‹ Itha, comtesse de Toggenbourg, ou, La Vertu persécutée [microforme]Chapitre 22 sur 23 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Itha persévère dans sa vie édifiante.

Après avoir goûté quelques moments d’un repos que la course et les émotions de la veille lui rendaient bien nécessaire, Itha devança l’auroïe, dans son empressement de reprendre'ses pieuses méditations. Ce fut une grande joie pour son cœur lorsqu'aux premiers rayons du soleil elle aperçut dans sa chambre un magnifique crucifix, une belle image de Marie et celle des saints dont elle réclamait le plus habituellement l’intercession. Ces tableaux furent pour elle l'occasion d’une nouvelle prière qu’elle adressait, non aux représentations insensibles qu’elle avait devant les yeux, mais à Dieu et aux saints, dont ils excitaient le souvenir de son esprit,

Le petit jardin, qui répondait déjà aux soins que Henri en avait pris, était aussi pour elle un grand sujet de contentement ; elle pensait qu’elle pourrait pourvoir par son travail à la plupart de ses besoins, et consacrer ainsi tout ce qu’on lui enverrait au sou. lagement de ses semblables. Elle priait ardemment Dieu de lui donner le goût et l'intelligence de ces nouveaux devoirs qu’elle s'était imposés ; car elle savait que la prière la plus agréable que l’on puisse adresser à l'Eternel consiste dans les secours distribués aux pauvres et aux nécessiteux, dans l’assistance prêtée à la veuve et à l’orphelin, dans les consolations portées à ceux que visite l’adversité. Son séjour dans la forêt ne lui avait pas ét ir“tile pour

luf enseigner le prix de ses secours donnés aux mal. heureux ; car elle avait appris à connaître les souffrances de la faim et les autres privations qui ne l'auraient jamais atteinte dans le château de Toggenbourg.

Occupée comme elle était de ces pensées de bien. ir qu’elle décou-

ourir son prochain, et de se contenter Pour elle-même des fruits de son travail. Elle se remit donc à recueillir une grande quantité de fraises, de myrtilles et de prunelles, qui, réunies aux produits du jardin qu’elle cultivait avec succès, suffisaient à ses besoins, tandis que par ses bienfaits constants et affectueux elle devint la mère et la consolatrice de to qu’elle ne l'avait jamais été d opulence. Elle se rendait auprès de tous les mal-

e savait souffrants et e les boissons ou les

es à leur position, les encourageait par de pieuses exhortations, et s’ou-

+ bliait souvent elle-même au milieu des soins qu'elle

prodiguait à ses semblables. Jamais elle n'était si contente de sa journée que lorsqu'elle l'avait passée à sécher les larmes de ceux qui étaient affligés, et à calmer les maux de ceux qui souffraient.

Lorsqu'elle restait dans son ermitage d’Au, elle Consacrait bien des heures à de profondes contemplations, pendant lesquelles elle était souvent élevée en exiase jusqu’au pied du trône de l'Éternel, et réunie aux chœurs Pieux des anges et des sér

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ep Prneans en

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qui glorifient éternellement le Seigneur. Elle trouvait encore le temps d'occuper ses mains adroites à des travaux utiles pour le prochain, C'était surtout la nuit qu’elle se plaisait à élever son âme vers Dieu, pendant le jour la foule toujours croissante de ceux qui venaient chercher auprès d’elle des secours ou des consolations lui en laissant à peine le temps. Elle ne donnait que de bien courts moments au sommeil ; car, presque chaque cuit, elle se rendait à minuit au couvent de Fischengen pour assister aux matines des bénédictins et unir sa voix à leurs chants solenriels. Ces chœurs religieux remplissaient son âme d’une sainte émotion et d’une force divine ; pénétrée de pieuses inspirations, elle se hâtait au point du jour de regagner sa chaumière. On rapporte que plus d’une fois, pendant les nuits obscures, un cerf miraculeux parut devant elle, la précédant et éclairant ses pas, au moyen d’un feu céleste attaché à son bois. C’est ainsi que le Ciel se plaît à guider dans le sentier de la vertu les âmes religieuses qui sont enflammées du véritable amour de Dieu.

Itha ne laissa jamais passer un seul jour sans assister à la messe et sans s'associer en esprit à toutes les parties du saint sacrifice. Ainsi l'Evangile lui rappelait la divine parole et la doctrine de Jésus- Christ ; à l’offertoire, elle se présentait elle-même en holocauste au Père céleste ; la transsubstantiation lui faisait admirer le prodigieux amour de Dieu pour les hommes ; la sainte oblation du sang et du corps de Jésus la pénétrait de reconnaissance et d’humilité ; et, au moment de la sainte communion, elle s’unissait en idée, comme les religieux, avec notre divin Sauveur. Elle recueillait ensuite la bénédiction du

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prêtre, et, fortifiée par cette faveur dé l'Église, elle se rendait à ses occupations ordinaires.

La pieuse comtesse vivait donc, comme dans la forêt, toute pour Dieu ; Mais elle cherchait à mériter ses grâces par son amour sans bornes envers son prochain ; et ce n’était pas l'estime des hommes qu'elle cherchait dans ces pénibles travaux, lle avail sans cesse présentes à l'esprit ces saintes paroles : ‘ Tout ce que vous ferez au plus humble de

vos semblables, je le considérerai comme fait à moimême.”

nana ane, ———————— ms CHAPITRE XX

Itha entre dans le couvent des religieuses de Fischengen.

Ttha passa ainsi plusieurs années à Au, vouée au service de Dieu et au soulagement des hoinmes. La renommée qui lui valait une vie si sainte se répandait de plus en plus, et chaque jour voyait s’augrenter la foule de ceux qui venaient lui demander des conseils dans leurs afflictions ou des adoucissements à leurs maux ; et cependant chacun de ceux qui la visitaient obtenait d’elle plus qu’il n’avait osé espérer. Tous ceux qui l’approchaient ne pouvaient s'empêcher de la vénérer et de la considérer 5omme une sainte.

À côté du couvent des bénédictins de Fischengen était, comme cela se voyait souvent autrefois, un souvent de religieuses, alors habité par un certain nombre de femmes pleines de dévotion et de piété, Tous les jours ces bonnes sœurs voyaient Itha dans l’église du couvent, et admiraient le profondrecueil-

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lement dans lequel elle entrait devant Dieu, recueñllement que n'aurait pu troubler aucun bruit ni aucun événement. Tout ce qu’on racontait de la merveilleuse charité d’Itha était aussi connu dans le couvent, de sorte que les religieuses désiraient ardemment posséder un modèle si parfait de la vertu la plus accomplie, et pensaient que sa présence apporterait dans la maison une grande édification et une salutaire émulation. Elles exposèrent à Itha les vœux qu'elles formaient à cet égard, lui manifestant combien elles seraient heureuses de la veirau milieu d'elles, et lui offrant une habitation convenable qu'elle ferait arranger comme il lui convie..drait, Elles la supplièrent d’'agréer leur prepesition, et s’engagèrent à la laisser parfaitement libre de régler s'iivant sa convenance toute sa conduite et sa manière de vivre.

Itha ne consentit pas d'abord; mais, comme les religieuses ne se lassaient pas de renouveler leurs prières, elle demanda conseil d’abord à Dieu dans une ardente prière, et s’en remit ensuite aux avis de son directeui spirituel. Elle-même réfléchit qu'en acceptant cette offre bienveillante elle ne changerait rien à ses habitudes, et pourrait continuer dans le couvent ses œuvres charitables ; d'ailleurs elle : trouva pou: elle-même et Peur son salut de grands avantages dans cet arrangement. La vieillesse commençait à se faire sentir chez elle, et les souffrances qu'elle avait éprouvées pendant sen long séjeur dans la forêt avaient hâté pour elle l’âge des infirmités. Ce n'était plus sans fatigue qu’elle se rendait à l’église de Fischengen, et elle sentait que ses forces lui permettraient bientôt à peine de se livrer

à ses travaux ordinaires. Creyant deac reconnaître la velonté de Dieu dans la Proposition des bonnes religieuses, Itha l'accepta avec reconnaissance, et à la grande joie de toute celle sainte maison, elle prit aussitôt pessession de la cellule qui lui avait été destinée,

Dans le Couvent, sa vie fut le miroir constant de la plus parfaite sainteté. Le monde devenait peur elle l'arène d’une lutte dans laquelle la religion lui servait d'appui, et Jésus ’exemple et de guide. Elle appliqua son esprit et son cœur à ne jamais perdre de vue un seul instant ce divin modèle pour marcher sûrement dans Ja voie du salut, Après les divins plaisirs qu'eite trouvait dans la sainte communion, son occupation la plus agréable était de parler de Dieu ; elle se plaisait aussi infiniment à guider vers le Seigneur les âmes souffrantes qui cherchaient la benne voie sans Y marcher aussi fermement qu'elle. Les religieuses se félicitaient tous les jours d’avoir appelé auprès d'elles cette pieuse servante de Dieu ; elles la visitaient souvent et se trouvaient bien éloignées de l’égaler en vertu eten dévetion. Mais, loin de se décourager, elles s’instruisaient par son exemple et s’étudiaient à approcher de ce sublime modèle er suivant ponctuellement les leçons et les Censeils qu’elle ne refusait jamais à personne,

On n’est pas certain qu'Itha ait fait des vœux et soit entrée en rciigion dans le Couveni ; mais son histoire et la tradition nous apprennent qu'elle sur- Passait toutes les religieuses en piété et en recueille. ment: d'ailleurs, comme elle s’imposait à ellemême des règles beaucoup plus sévères que celles auxquelles les religieuses étaient obligées, on l’a leujours considérée comme appartenant à l’ordre

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des bénédictines, el comme en étant l’uu des orne. ments ies plus admirables et les plus brillants.

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Vieillesse et mort d’Itha.

Il n’était pas rare à celte époque de rencontrer d pieux Pérsounages qui, non contents de vivre loin du monde dansun ordre religieux, voulaient encore

se séparer plus entièremerit des choses de ce monde et vivre dans une intime uni

parvenir jusqu’à EUX Un rayon de soleil. C'était jà ce qu'on appelait à proprement parler des reclus ; et ils étaient séparés du reste du Couvent, comme le couvent lui-même Stait séparé du monde. A l'exemple de la vierge et martyre Wiborad, qui avait autrefois illustré le couvent de Saint-Gail, plusieurs pieuses filles du

usitées alors dans l’Église en pareilles circonstances, et se fit renfermer dans une espèce de petit caveau dont elle ne devait plus sortir vivante,

Dans cette situation, la plus grande partie du temps se passait Pour Iiha dans un recueillement

silencieux où la ‘ontemplation intérieure de Dieu absorbait toutes ses pensées; souvent son âme, plongée dans une sainte prière, s’élançait susqu'au

Pour vivre éternellement avec Dieu; mais elle se soumellait sans murmurer à la volonté divine, et attendait de sa bonté la fin de ses souffrances temporelles. Elle se rappelait alors la résignation de Dieu au jardin des Oliviers, et s’écriait en remettant sa vie entre les mains de la Providence : + Q mon

ler dans votre sein; mais que votre volonté s’accom- 1] plisse, et non la mienne |”

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ne quitiait la recluse sans emporter une vive conse lation intérieure. Ainsi la vertu et la piété d'Itha, qui avaient brillé dans sa jeunesse d’un si vif éclat, qui l'avaient soutenue dans ses afflictions, embellissaient encore le soir de sa vie, et tout ce qui l’approchait ressenlait l'impression tendre et douce de ce dernier rayon d’un ustre bienfaisant qui allait disparaître.

Itha passa quelques années dans cette rigoureuse pénitence, toujours animée Pa’ un amour de Dieu qui ne faisait qu'accroître, et toujours sou pirantäprès le moment où son Sauveur l’appellerait à lui. Mais elle avait dû supporter de bien pénibles épreuves et être en butte à de cruelles infortunes avant d’être jugée digne de -recevoir dans le céleste séjour la Couronne du triomphe éternel.

Cependant le moment suprême arriva pour elle ; une m:ladie grave l’atteignit, et elle s'aperçut uussitôt que son dernier jour était proche, Dès les premiers jours de sa maladie, elle chercha à s'assurer des gages de salut qui pouvaient faciliter son passage de cette vie dans un monde meilleur. Elle demanda l'extréme-onction, et reçut le saint viatique avec un recueillement si édifiant, que tous ceux qui furent témoins de cette cérémonie ne pouvaient dépeindre tout ce que ce touchant spectacle leur avait fait éprouver. Du fond de son âme, fortifiée gar la divine nourriture, elle pouvait s'écrier avec saint Siméon : ‘‘ Et maintenant, Seigneur, laissez votre servante partir en paix ; car elle a ressenti toutes les félicités du ciel dans son union avec son Sauveur, qui la conduira lui-même ins les demeures éternelles ”, Animée encore de ces pieux sentiments, elle se retourna vers les bonnes religieuses, les remercia affectueusement de tous les bons offices qu’elle avait

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reçus d'elles, et particulièrement dans celte dernière maladie ; puis, levant les Jeux au ciel, elle appela sur leur maison 1: : énédiction céleste, et supplia le Tout-Puissant de les récompenser, selon son inépuisable bonté, de tous les soins charitables qu’elles lui avaient prodigués. Lessaintes filles, à leurtou r,remerciaren Itha d’avoirbien voulu venir habiter au milieu d'elles, des bons conseils et des salutaires exemples qu'elle leur avait donnés. Les larmes gui coulaient de tous les yeux miren: fin à ces paroles bienveillantes et ce fut encore Itha, calme eu moment de la mort comme elle l'avait été pendant toute sa vie, qui les consola en leur rappelant que la mort n’est autre chose que le terme des souffrances temporelles et le commencement d’un bonheur impérissable.

Cependant la maladie de la pieuse recluse faisait de rap'des progrès, et sa faiblesse allait toujours en augmentant ; les religieuses ne quittaient plus les côtés d’Itha, car elles la voyaient parvenue au moment d'aller recevoir la palme immortelle, Les derniers mots qu’elle put murmurer étaient des paroles d'amour divin et de pieuse consolation ; mais bientôt sa bouche devint muelle; ses yeux seuls sem blaient encore, par un regard bienveillant, adresser à ses sœurs le dernier adieu et leur exprimer l'espérance qu’elles se reverraient un jour ; puis ses yeux se fermèrent, comme si elle se fût plongée dans une profonde méditation, et un doux sourire se peignit sur son visage. Toutes les r ‘ :euses voyaient bien que sa faiblesse croissait . :.. -sse, et elles entouraient en sanglotant ga couche de mort; elles croyaient qu’elle leur souriait encore au moment où déjà son âme, dégagée des liens du corps, s'était envolée au céleste séjour,

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Le passage d’Itha dans une autre vie fut aussitôt connu dans toute la contrée, et chaque famille la pleura comme si elle eût perdu la meilleure des mères et la plus généreuse des bienfaitrices. Le jour de ses obsèques, toute la popr-lation avait abandonné les travaux de l'agriculture «. es soins du ménage, pour venir se presser autour de ses restes mortels ; il n’était personne dans cette foule qui n’eût à citer quelque trait de bienfaisanceet de bonté pour honorer la mémoire d’Itha, et ce fut au milieu des signes les plus expressifs etles plus touchants de la reconnaissance universelle qu'ellé fut inhbumée dans l'église du couvent de Fischengen, devant l'autel de Saint- Nicolas.

On Jui éleva un superbe tombeav, et ce fut la première preuve de la vénération qu'elle avait inspirée de son vivant; mais il n’était besoin ni de merbres ni de sculptures pour perpétuer son souvr ir: elle : s'était elle-même élevé un impérissable monument dans le cœur des 10mmes par son inépuisable bienfaisance et sa bonté. Le bruit de ses vertus et de sa mort édifiante se répandit de plus en plus, et attira bientôt un grand concours de fidèles qui venaient chercher sur son tombeau des consolations à leurs peines et dés adoucissements à leurs souffrances. Dès son vivant, toute la contrée dont elle était la gloire etle bonheur lui donnait le titre de sainte, et, après sa mort, on ne la désignait pas autrement que par le nom de sainte Itha. L'Église catholique confirma plus tard ce jugementgénéral, et chaque année on célèbre sa fête le 3 novembre, jour de sa mort. Ua grand nombre de parents, cherchart à conserver un souvenir vivant de ses mérites, mettent nn

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de leurs enfants sous sa puissante protection, et les pieux habitants de la contrée formèrent, sous l'invocation de son nom, une confrérie qui futapprouvée par l'autorité ecclésiastique, et qui compte encore aujourd'hui un grand nombre de membres pleins de ferveur.

Puisse le salutaire exemple de cette sainte inspirer à tous ceux qui l’admireront la résignation dans les souffrances et l’adversité, l’oubli des injures, la charité chrétienne, et toutes ies sublimes vertus qui rendirent la vie d’Itha si édifiante pour ses seme blables et si précieux aux yeux de Dieu !

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PRÉFACE. 000000000000 CCLLDLLLLE] CELLLLELLL ELLLLES COCLLLLLL]]

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