‹ Itha, comtesse de Toggenbourg, ou, La Vertu persécutée [microforme]Chapitre 6 sur 23 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Fermeté d'Itha dans les tentations,

Comme un bon père met souvent des bornes aux joies de ses enfants et emploie quelquefois la sévérité pour leur rendre plus tard le plaisir plus doux et plus profitable, Lieu, le meilleur de- pères, se plaît aussi à éprouver le cœur des justes par de poi- Snanties douleurs. 11 leur apprend ainsi à connaître

visiter à le signal heureux , On avait des nuits s les plus zalement épandait ait quel.

résignas mîme elle ne } pensée upçons, qui lui omtesse visiies, ons hachaque n'avait

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: le véritable bonheur que l'on pent trouver sur la

terre, età le placer dans la pratique de la vertu, qui prépare nos âmes pour le séjour du ciel. Le moment était arrivé où les nobles habitants de Toggenbourg devaient subir les plus cruelles épreuves, et Itha surtout était destinée à vider jusqu'à la lie ce calice d’amertume.

Parmi les domestiques du comte, il y avait un certain Italien, nommé Dominico : c'était un homme d'un extérieur agréable, très adroit dans les exercices du corps et les travaux de toutes espèce, d'un commerce agréable et affectueux, et particulièrement babile à s’insinuer par ses discours flatteurs dans les bonnes grâces de ses maîtres. Grâce à ses manières séduisantes, il avait su s’emparer de toute la confiance de son maître, et s’était même concilié l'estime de sa comtesse. Dominico était cependant bien indigne de ces distinctions honorables: car, sous des apparences trompeuses, il cachait une âme esclave des passions les plus honteuses et abandonnée aux penchants les plus impurs. La pieuse Itha devint elle-même, bien contre son gré, l'objet et l’aliment de ses coupables désirs. En effet, elle mone trait à cet homme l’affabilité qu’elle avait pour tous ses serviteurs, et se croyait même obligée de récompenser par quelques égards particuliers le zèle et l’attachement qu'il témoignait à son mari. Dominico, interprétant cette manière d'agir dans un sens favorable à sa passion, et croyant le cœur d’Itha aussi criminel que le sien, devenait chaque jour plus importun et plus audacieux. Le cœur de la comtesse était si pur, qu'il ne pouvait soupçonner le mal, et qu'elle croyait tout le monde aussi vertueux qu’elle-même ; cependant les empressements de

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Domfnico devinrent si effrontés, qu’elle crut de changer de conduite à son égard ; elle lui mo donc plus de froideur et de réserve, et reprit sév ment les paroles équivoques qu'il laissait sou: échapper devant elle. Mais les passions criminel quand elles ne sont pas énergiquement combat. s'emparent des cœurs au point d'y devenir s veraines maîtresses et indomptables ; Dominico renonça donc pas à ses abominables dessein:

n'attendait même pour en tenter l'exécution qu’: occasion favorable ; la confiance du comte ne ta pas à la faire naître, Un jour que ce serviteur infidèle accompagr seul Itha, qui revenait du couvent de Fisching il ne craignit pas de lui faire ouvertement des pro] sitions qu'une femme vertueuse ne peut entend sans en frémir d’indignation. Itha le repoussa a horreus ; mais les paroles n’étaient plus suffisan pour réprimer l'audace de ce monstre, qui sembl vouloir se livrer aux plus épouvantables violence Ils se trouvaient précisément su milieu de la for que traverse la route, et l'espoir de tout secours la part des hommes semblait interdit à Ja malhe reuse comtesse. Ce fut donc le Ciel qu’elle implo dans ce pressant danger, et ce fut le secours d' baut qu’elle invoqua dans ses cris de détresse entr coupés de sanglots. Sa voix pénétra les nues et a riva jusqu'au trône de Dieu ; car à l'instant mên un homme armé se précipita sur le lieu de cet horrible scène, et arrêta le criminel dans l'exécutic de son attentat.

- C'était Kuno, écuyer du comte Henri, qui, :

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Providence dans le voisinage de la route, avait entendu les cris de sa maîtresse, et était arrivé à temps pour lui sauver l'honneur. Itha reconnut en : lui le messager du ciel, et se précipita à genoux pour remercier Dieu, qui venait de l’arracher à cet épouvantable danger. Cependant Kuno s‘'tait jeté sur l'Italien, et le tenait terrassé, le menaçant de son épée et lui annonçant qu'il allait attendre dans le plus noir des cachots de Toggenbourg la punition de son forfait. Mais tels n'étaient pas les sentiments d'Ttha. Elle pensa que la reconnaissance qu'elle devait à Dieu ne devait pas seulement s’exhaler en actions de grâces, et qu'il fallait la prouver par des œuvres chrétiennes. Or l'oubli des offenses ne doit-il pas être le sacrifice le plus agréable à ce Dieu de clémence, qui est mort en pardonnant à ses bourreaux, Que pouvait-elle faire de plus méritoire que d'imiter dans cette lutte pénible l'exemple divin de Jésus notre rédempteur, qui, sur la croix même, appelait sur ses meurtriers la miséricorde de son Père céleste ?

Obéissant à ces saintes inspirations, elle se tourna d'abord vers Kuno et lui reprocha doucement le désir empressé de vengeance qu’il manifestait, lui rappelant l'infinie miséricorde de Dieu, à laquelle les hommes ont si souvent recours, et qu'ils n'obtiendront cependant qu'autant qu'ils auront été euxmêmes miséricordieux envers leurs semblables. Se tournant ensuite avec un ‘on de compassion et les larmes aux yeux vers Du nico, elle lui accorda le plein pardon de son injure, lui recommandant de chercher dans une sincère contrition le pardon célesie. Elle ordonna enfin à Kuno, qui ne pouvait l'entendre sans étonnement 1e garder le plus pro-

# [TRA ‘ fond silence sur tout ce qui s'était passé. Ce ft à contre-cœur que ce fidèle écuyer promit 4 à cet ordre ; mais l’appel que la comtesse av: à ses sentiments pieux l’avait profondémc ::

tré ; d’ailleurs la grande vénération qu'ilavait depuis longtemps à sa maîtresse, et qui ne fi! menter à la suite de cet événement, lui faisai sidérer chaque mot qui sortait de sa bouche « un ordre inviolable et sacré. Quant à Domini eut recours à ses fourberies ordinaires ; et, pr un ton hypocrite, il remercia vivement la con de l’indulgence qu’elle montrait à son égard, e sura de son repentir ainsi que de sa ferme résol de se corriger ei de recourir à la pénitence obtenir le pardon de Dieu. Mais, malgré ces ] paroles, son cœur n'était pas touché, etses pas criminelles ne firent que changer d'objet ; ca ce moment le démon de la vengeance s'empai toutes ses pensées, et il fit en lui-même l’af serment de punir tôt ou tard Kuno et sa maît de l’humiliation qu'ils venaient de lui faire su

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