‹ Itha, comtesse de Toggenbourg, ou, La Vertu persécutée [microforme]Chapitre 5 sur 23 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Itha fait la gloire de sa famille et le bonheur de ses sujets.

Bien que les sujets et les serviteurs d'Henri lui

fussent tous cordialement attachés à cause de sa

justice, de sa générosité et des nombreux bienfaits qu'il répandait sans cesse autour de lui, ils avaient cependant eu plus d’une fois à souffrir de son humeur emportée et de sa vivacité dans ses moments de colère. Rien ne pouvait donc leur être plus agréable que de voir ce seigneur déjà si bon et si bienfaisant prendre une épouse dont la douce piété et l’aimable caractère devaient confirmer en lui les vertus qui le distinguaient déjà, et calmer la fougue de son esprit, ou du moins atténuer les fâcheux effets de cette funeste passion.

Tout occupés de cette espérance, les domestiques du comte attendaient sous la voûte de J'antique porte du château celle qui allait devenir leur maîtresse, et tous les habitants du comté garnissaient les rues et les chemins par lesquels Itha devait gravir la montagne que couronnait l'habitation de son mari. Dès les premiers pas qu'elle fit au milieu d'eux, ces braves gens purent lire dans s2s regards bienveil.

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lants l’assurance que tous leurs vœux seraien exaucés; car tous ses traits gracieux étaient em preints de la douceur, de l'innocence et de la piété qui embellissaient son âme. Les remerciement: pleins d'émotion avec lesquels elle répondait à tou: leurs souhaits de bonheur, les saluts affectueux qu’elle leur adressait, l’affabilité et la patience qu’elle montrait au milieu de cette foule empressée, semblaient, autant que l'amour que Henri lui témoignait, garantir qu’elle ne tromperait pas l’espoir qu'ils avaient placé en elle.

En effet, Itha fut pour tous les habitants du ch. teau une mère pleine de soins et d'affection plutôt qu'une maîtresse impérieuse : elle n'exigeait de personne plus qu’il ne pouvait faire, et dirigeait le travail de chacun en les engageant tous à s'aimer et à s'aider mutuellement, et en fortifiant de son propre exemple toutes ses recommandations. Elle aimait sirtout l'ordre et la propreté : chaque heure de la journée était affectée à un travail déterminé ; chaque domestique avait son ouvrage fixe, et l'œil intelli. gent de la maîtresse surveillait tout, tandis que ses mains actives aidaient à l'exécution de ses propres ordres. Elle ne négligeait pas non plus les devoirs que notre sainte religion trace aux maîtres à l'égard

. de leurs serviteurs, et elle n’oubliait point qu’un

jour elle aurait à rendre un Compte exact et sévère du plus humble de ceux que Dieu soumettait à sa direction. ‘ ussi voyait-on tous les matins les nombreux domestiques du château réunis dans la cha. pelle autour du comte Henri et de son épouse, Là ils venaient tous, pleins de respect et de piété, offrir avec le prêtre la glorieuse victime qui s’est immolée pour nos péchés, et ils appelaient ja bénédiction du

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Père éternel sur les travaux de la journée. Les dimanches et les fêtes, personne ne pouvait sans les motifs les plus impérieux, se dispenser d'assister au service divin, que l’on célébrait avec pompe. C'est par cette sage conduite que le comte et la comtesse, placés comme la LUMIÈRE SUR LE CHANDELIER pour éclairer toute la contrée, conservaient la piété parmi leurs sujets, et leur assuraient une source abondante de grâces célestes et d’innocents plaisirs.

Ce qui complétait ce bonheur, auquel participaient tous les vassaux du comte, c'était l’heureuse influence qu’Itha avait su prendre sur l'esprit de son époux. Elle savait, en effet, maîtriser les fougueux emportements de son caractère irascible ; lorsque sa colère éclatait, elle trouvait encore les moyens d'en retarder les effets, pour donner à la réflexion le temps de calmer ces aveugles fureurs. Alors le cœur bienveillant et paternel d'Henri reprenait son empire, et, s’il avait commis une injustice, il la réparait loyalement. Souvent aussi l’intervention d’Itha obtenait aux coupables la remise ou la modération de leur peine, et elle l'employait toujours avec empressement quand elle voyait chez eux des signes sincères de repentir et la volonté de se corriger.

La jeune comtesse se montrait particulièrement bienveillante et généreuse pour les familles honnêtes qui languissaient dans la pauvreté. Elle avait, pour soulager ces malheureux, une charité inépuisable, et son mari la secondait très volontiers dans ses soins généreux ; car il savait que les puissants doivent être l’image de Dieu sur la terre, et que la charité est le meilleur moyen d'obtenir la miséri-

corde de Celui qui a dit qu’un verre d’eau donné en son nom aura un jour sa récompense,

ss ITHA | Lorsque les parents d'Itba venaient la visite Toggenbourg, leur arrivée était toujours le sig des plus grandes réjouissances. On était si heure des deux côtés de se revoir en bonne santé, on a tant de choses à se raconter, que la moitié des nu s'écoulait quelquefois dans les conversations les pl Jréables. Les deux familles rendaient égaleme grâccs à la Providence des faveurs qu'elle répand sur elles, et si quelque légère épreuve affligeait qu qu'un d'entre eux, tous l'acceptaient avec résign tion et con:me un bicnfait de Dieu. Alors mîn qu'Itha eût à souffrir de secrètes douleurs, elle ; troublait pas ces jours de bonheur par une pensi amère, et Henri, dissimulant ses injustes soupçon se comportait en bon mari envers l'épouse qui l était si profondément dévouée. La jeune comtes: prolongeait donc antant qu'elle le pouvait ces visiies qui lui rendaient tout son bonheur ; etles bons ha bitants de Kirchberg s’en retournaient à chaqu

Voyage plus convaincus que leur fille chérie n’avai . fien à désirer dans ce monde,

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