DÉPART POUR ALEXANDRIA-TROAS
nant au nord. Le canal artificiel dont j’ai déjà fait mention le relie dans cette courbe au Kalifatli-Asmak. 11 semble recevoir beaucoup d’eau par cette voie ; car, à partir de cet endroit, son lit devient plus large et plus profond. Ses bords sont très-hauts et escarpés à son embouchure, qui a la forme d’un petit port et est appelée, à cause de cela, Haranlik-liman.
Je visitai de nouveau l’embouchure de cette rivière et du Kalifatli-Asmak, pour en examiner les bords encore une fois avec la plus grande attention, et, plus que jamais convaincu que cette plaine ne peut dans aucun cas être le produit de l’alluvion des fleuves, je retournai le soir avec mon guide à Bounarbaschi, où je passai de nouveau la nuit aux sources.
Le lendemain, 17 août, à cinq heures du matin, je partis avec mon guide pour Alexandria-Troas, appelée par les habitants Iskistarnboul.
Cette ville, fondée par Antigone et appelée par lui Antigonia, fut agrandie et embellie par Lysimaque, qui lui donna le nom d’Alexandria-Troas en l’honneur d’Alexandre le Grand. Elle est située sur la côte de la mer Égée, au sud-sud-ouest de la plaine de Troie, et à environ 20 kilomètres de Bounarbaschi.
Le chemin nous conduisit d’abord par des terrains incultes, couverts de chênes sauvages et de pins, puis par des forêts de beaux chênes qui occupent aussi l’emplacement de l’ancienne ville. Avant d’arriver, nous passâmes plusieurs cimetières turcs, dont tous les tombeaux sont ornés de magnifiques marbres sculptés, qui ont été enlevés d’Alexandria-Troas.
ALEXAMDRl A- TROAS .
Les murs de la ville, qui ont 10 mètres de largeur, consistent en deux rangs de pierres de taille, parmi lesquelles j’en vis beaucoup qui avaient a"66 de long sur i m 34 de large. L’espace entre ces deux rangs de pierres est rempli par une maçonnerie de* petites pierres et de tuiles. Plusieurs portes de la ville sont bien indiquées. A chaque pas qu’on fait dans l’intérieur, on trouve les ruines de grands bâtiments, et, si la forêt épaisse de chênes ne faisait pas obstacle, la vue serait des plus magnifiques et des plus intéressantes.
Parmi ces ruines je remarquai particulièrement celles de deux tours rondes, qui ont apparemment fait partie d'un palais; puis les restes d’un immense établissement de bains, qui n’a pas moins de 35o mètres de long sur autant de large, et dont les murs ont une épaisseur de 6 mètres 66 centimètres; on y voit plusieurs arches de io mètres de diamètre.
On trouve dans la forêt des centaines de colonnes de marbre , les unes couchées par terre , les autres debout, qui ne laissent pas de doute sur la magnificence d’Alexandria-Troas. A juger d’après l’étendue des ruines, cette ville peut avoir eu une population de 5oo,ooo âmes.
Après avoir traversé la ville dans tous les sens, je vins au petit village turc appelé, de même que l’ancienne ville, Iskistamboul , où je m’arrêtai à la maison d’un Turc pour déjeuner. Ce brave homme s’empressa de me présenter du pain, du fromage de chèvre, des œufs, des raisins, des melons et de l’eau de source ; j’avais un terrible appétit, qui fut encore assaisonné
PORT d’aLEXANDRIA-TROAS,
par la vue de l’extrême propreté qui régnait dans la maison. Je donnai au brave Turc i fr. 4° pour le repas, et il en fut si content qu’il s’offrit à me ' conduire à l’ancien port d’Alexandria-Troas.
L’étendue de ce port, qui est de forme ronde, est exactement indiquée par les ruines d’un ancien magasin de douane et d’autres constructions, et par de nombreuses colonnes ; il ne peut pas avoir dépassé i oo mètres de diamètre, et l’on ne conçoit vraiment pas comment ce port lilliputien peut avoir suffi à une si grande ville. L’entrée du côté de la mer étant à présent bouchée par les sables, il ne reste du port qu’un petit étang.
Je partis du village Iskistamboul vers une heure de l’après-midi, dans la direction de la plaine de Troie, où je comptais passer la nuit.
En passant le long du bord de la mer, je pus voir une masse immense de boulets de canon en granit et en marbre, de 33 à 67 centimètres de diamètre, rangés en tas comme dans les arsenaux . Ces boulets ont été taillés par les Turcs dans les colonnes d’Alexandria-Troas.
Le chemin nous conduisit presque continuellement par des champs incultes, couverts de chênes sauvages et de pins.
Vers quatre heures et demie je passai par le village Gikly, qui est habité seulement par des Turcs agriculteurs , et qui semble être situé sur l’emplacement d’une ancienne ville, car, dans les murs des puits, des maisons et des cloisons, je vis partout des débris de