‹ Ithaque, le Péloponnèse, Troie;Chapitre 117 sur 140 · CHARRETTES A MUSIQUE · texte numérisé non relu

CHARRETTES A MUSIQUE

sculptures ; mais il se peut aussi que ces derniers aient

été apportés ici d’Alexandria-Troas.

Les habitants du village étaient occupés à battre le blé et à le nettoyer, et, hommes, femmes et enfants, tout le monde y était occupé. Pour le transport des fardeaux ils se servent de charrettes à deux roues, qui n’ont pas déjantés et qui consistent en un disque de bois entouré d’une bande de fer. Il semble qu’on ne graisse point les essieux de ces charrettes, car ils font une musique à écorcher les oreilles, même à une grande distance.

Mon ‘cheval était tellement fatigué, que je ne parvins qu’avec beaucoup de peine, vers neuf heures du soir, au village d’Ougik, où je fus forcé de rester la nuit. J’avais aussi beaucoup de raisons de me plaindre de mon guide, qui tâchait de me tromper à toute occasion. En outre je désirais retourner au plus tôt aux Dardanelles, et je me hâtai donc de trouver un nouveau guide et deux chevaux pour le lendemain matin; mais toutes mes recherches restèrent inutiles.

Enfin un homme , du nom de Topai , se présenta , disant qu’il avait trouvé pour moi deux bons chevaux, mais qu’on en exigeait 5o piastres, et qu’il réclamait, lui, d’avance un pourboire de io piastres. Comme j’étais à bout de patience , j'acceptai l’offre et je payai les io piastres. Je me couchai ensuite dans la rue devant une maison ; mais à peine me fus-je endormi , que le même homme revint me dire qu’il fallait que je payasse les 5o piastres d’avance , ou qu’autrement je n’aurais pas de chevaux le lendemain.

LE FILOÜ TOPAL.

Ne sachant comment me tirer autrement d’affaire, je lui payai les 5o piastres et m'endormis derechef. Il revint me réveiller à une heure et demie du matin, disant que les deux chevaux étaient prêts dans une cour voisine et m’invita à le suivre. Il me conduisit dans une cour, où je vis effectivement un homme et un cheval ; à ma demande où était l’autre cheval, il me répondit qu’il était dans la cour voisine; et tout à coup il disparut. L'autre homme attacha mon sac de voyage sur le cheval, lorsque je reconnus, malgré l’obscurité , que c’était le même coquin et la même misérable rossinante fatiguée qui m’avaient causé tant d’ennui depuis plusieurs jours , et il n’y avait aucun autre cheval.

Je vis que j’avais été dupe d’un filou; mais, comme il avait disparu, je tombai sur l’autre homme, qui devait être son complice, et, à force de menaces, je réussis à obtenir de lui quarante-huit piastres; c’était tout ce qu’il prétendait avoir reçu de l’autre.

Je voulus alors avant tout me venger du filou, et, ayant loué moyennant dix piastres un gamin pour porter mon sac de voyage, je me mis à trois heures du matin en route, à pied, pour le village de Néochorion, distant de g kilomètres, pour y faire ma plainte. Je dus passer au pied du tumulus d’Udjek- Tépé, dont les ténèbres semblaient augmenter encore les immenses proportions.

Nous courûmes si vite que nous arrivâmes à quatre heures, trempés de sueur, à Néochorion, où je m’arrêtai dans un café.

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