XIV PRÉFACE
surtout Homère, que je lus et relus avec le plus vif enthousiasme.
Je m’occupai ensuite pendant deux ans presque exclusivement de l’ancienne littérature grecque, et je parcourus dans ce temps presque tous les anciens auteurs, et maintes fois Y Iliade et Y Odyssée.
En 1 858, je visitai la Suède, le Danemark, l’Allemagne, l’Italie et l’Egypte, ou je remontai le Nil jusqu’aux deuxièmes cataractes en Nubie. Je profitai de cette occasion pour apprendre l’arabe, et je parcourus ensuite le désert du Caire à Jérusalem; je visitai Pétra, je parcourus toute la Syrie, et j’acquis ainsi une assez longue pratique de la langue arabe, dont j’ai fait ensuite une étude approfondie à Saint-Pétersbourg. Après la Syrie, je visitai Athènes, pendant l’été de 1869, et j’allais partir pour Pile d’Ithaque, lorsque je tombai malade et fus obligé de retourner à Saint- Pétersbourg.
Le Ciel avait béni mes opérations Commerciales d’une manière miraculeuse, de sorte qu’à la fin de 1 863 , je me trouvais en possession d’une fortune, à laquelle mon ambition n’avait jamais osé aspirer. Je me retirai donc alors entièrement du commerce, pour me livrer exclu-
PRÉFACE. XV
sivement aux études qui ont le plus d’attrait pour moi.
En 1864 j’étais en route pour visiter la patrie d’Ulysse et la plaine de Troie, lorsque je fus entraîné à aller aux Indes, en Chine, au Japon et à faire le tour du monde. Je passai deux ans dans ce voyage, et à mon retour, en 1866, je me suis fixé à Paris pour donner le reste de ma vie aux lettres, et pour m’occuper principalement d’archéologie, car cette science a le plus grand charme pour moi.
Je pouvais enfin réaliser le rêve de toute ma vie et visiter à loisir le théâtre des événements qui m’avaient tant intéressé, et la patrie des héros dont les aventures ont charmé et consolé mon enfance. Je partis donc l’été dernier, et je visitai successivement les lieux où sont encore si vivants les souvenirs poétiques de l’antiquité.
Pourtant je n’avais pas l’ambition de publier une étude sur ce sujet, et l’idée ne m’en est venue qu’en constatant les erreurs de presque tous les voyageurs archéologues sur la place occupée jadis parla capitale homérique d’Ithaque, les étables d’Eumée, l’île d’Astéris, l’ancienne Troie, les tumulus de Batieia et d’Æsyétès, le tombeau d’Hector, etc.
PRÉFACE
De plus, outre que j’ai l’espoir de redresser des opinions que je regarde comme erronées, je serais heureux de contribuer à répandre dans l’intelligent public français le goût des belles et nobles études, qui ont soutenu mon courage dans les dures épreuves de ma vie, et qui charmeront mon repos pendant le reste de mes jours.
HENRY SCHL1EMANN.
6, p lace Sctint-Michcl.
Paris, le 31 décembre 1868.