‹ Ithaque, le Péloponnèse, Troie;Chapitre 43 sur 140 · ACADÉMIE VILLAGEOISE · texte numérisé non relu

ACADÉMIE VILLAGEOISE

gasin, ou stationna devant la maison. Ayant appris que le but de ma visite à Ithaque était de faire des recherches archéologiques , on m'accueillit avec une grande sympathie et on me prodigua des offres de services désintéressées. Cependant, comme toutes les antiquités qu’on avait à me montrer se réduisaient aux trois églises, dont l’àge ne pouvait remonter à plus d’un siècle, je ne pris pas la peine de les voir.

Mais, ayant appris qu’il y avait une école dans le village, je désirai la visiter ; une foule immense, qui semblait composer toute la population, m’y conduisit. Le maître d’école, du nom de Georgios Lecatsas, me fit les honneurs de l’académie villageoise et s’empressa de rassembler ses élèves, qui étaient au nombre de vingt-cinq, pour me montrer leurs progrès. Il les fit lire ; puis il me montra leurs cahiers d’écriture, et je restai satisfait de leurs études. Le professeur ne leur enseigne que l’écriture et la lecture ; mais c’est déjà beaucoup , vu l’état de complète ignorance du peuple d’Ilhaque. Il m’assura qu’il ne serait que trop heureux de leur enseigner l’ancien grec , mais que malheureusement il n’en savait pas lui-même les premiers éléments. Il me prouva par ses questions qu’il avait quelque connaissance superficielle de géographie ; mais certes ce n’était pas assez pour faire un cours de cette science dans l’école.

J’étais encore en conversation avec le maître d'école, lorsque je fus abordé en italien par un ancien matelot natif de Sorrento près de Naples, qui s’est fixé à Exoge il y a vingt ans, s’y est marié avec une fille

LE FORTUNÉ -MARÉCHAL -FEU Il ANT. 81

du pays, et est devenu le maréchal-ferrant de la communauté. Il me fit un réfit sommaire de ses voyages au long cours, de ses souffrances et de ses naufrages, dont souvent il n’avait échappé que par miracle, et me présenta ensuite sa femme , dont le nom était Pénélope, et ses deux fils, dont l’anié s’appelait Ulysse, et le cadet, Télémaque.

Je lui fis mon compliment de ce que, plus fortuné que mille autres, il était devenu sage par le malheur ; que, loin des dangers, des tempêtes et des écueils, il avait pris sa paisible retraite dans la situation la plus magnifique et la plus pittoresque de l’ile la plus intéressante et la plus célèbre, au milieu du peuple le plus aimable et le plus vertueux, et de ce que, pour comble de bonheur, le ciel lui avait accordé une femme gracieuse, un véritable modèle de toutes les vertus. Je lui exprimai en même temps ma joie de voir son admiration pour les héros de cette glorieuse île, son pays adoptif, admiration qu’il ne pouvait pas mieux prouver qu’en donnant leurs noms à ses enfants. Ce fut la première fois à Ithaque que j’eus occasion de parler une autre langue que le grec.

Je réussis à grand’peine à partir à deux heures et demie de relevée. Toute la population du village m’accompagna jusqu’au pied de la montagne, où chacun vint me serrer la main en me disant : Eiç xaVijv àvxa- [Afcjaiv (à un heureux revoir).

Je me hâtai de retourner à Vathy , mais nouvel arrêt à Leuce, où tout le village m’attendit sous le grand platane et demanda que je restasse chez eux

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