‹ Ithaque, le Péloponnèse, Troie;Chapitre 44 sur 140 · ADIEUX TOUCHANTS · texte numérisé non relu

ADIEUX TOUCHANTS

jusqu’au lendemain. Je leur expliquai que je resterais avec une véritable joie si je le pouvais ; mais qu’il était déjà trois heures et demie de l’après-midi ; que ÿ’avais encore quatre heures de chemin jusqu’à Vathy ; que le bateau à vapeur partait à dix heures du soir, et que j’avais encore à faire mes paquets. On consentit enfin à me laisser partir ; mais on insista pour que je lusse encore quelque chose d’Homère. Je leur lus et leur traduisis donc à la hâte les beaux vers du XX11P chant, où Pénélope reconnaît son époux par la description qu’il lui fait de leur lit nuptial, qu’il avait fabriqué lui-mème de la tige d’un olivier. Ensuite je me séparai de ces braves villageois ; mais notre séparation ne se fit pas sans une vive émotion de part et d’autre : chacun vint me faire ses adieux en me serrant la main, en m’embrassant, et en murmurant : Xaïpe, <pi"Xe, ei; xaWjv avraaiociv [adieu, ami , à un heureux revoit).

La même scène se répéta au petit village de Saint- Jean , d’où cependant je réussis à m’échapper sans plus de lecture d’Homère.

Puis j’accélérai ma course autant que les forces du cheval et l’état de la route le permettaient, et à huit heures du soir j’arrivai à Vathy, où je me dépêchai d’empaqueter mes effets.

Mais à peine cette opération commencée, je rencontrai de nouveaux obstacles, car ma chambre fut envahie par toutes les intéressantes et aimables personnes de Vathy, dont j’avais eu le bonheur de faire la connaissance depuis mon arrivée. Parmi elles se trouva

DÉPART D’iTHAQUE.

le propriétaire des quatre chiens qui avaient failli me dévorer, et naturellement aussi l’ingénieux et aimable meunier Àsproiéraca, qui, la nuit de mon arrivée, en suivant avec moi à pied l’âne chargé de mes bagages, m’avait donné , avec une merveilleuse volubilité, le récit sommaire des vingt-quatre chants de l’Odyssée.

Je fis venir quelques litres de vin, je trinquai avec tous à un heureux revoir, et je jetai ensuite mes effets pêle-mêle dans mes malles, avec l’espoir d’y mettre de l’ordre à bord du bateau à vapeur ; le loquace meunier porta mes bagages sur ses vigoureuses épaules jusqu’à une embarcation, ensuite je pris cordialement congé de tout le monde et me rendis à bord du pyroscaphe AO^vai, qui partit quelques minutes plus tard.

J’étais vivement ému en m’éloignant d’Ithaque, et je l’avais déjà depuis longtemps perdue de vue, que mes yeux restaient encore fixés dans la direction de cette île ; toute ma vie je me rappellerai avec joie les neuf jours heureux que j’ai passés parmi ce brave, charmant et vertueux peuple.

•ni . .

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