TOPOGRAPHIE DE CORINTHE
en restent. On me montra d’abord un amphithéâtre de forme ovale, entièrement taillé dans le rocher, de 97 mètres de long et de 64 mètres de large , avec une entrée souterraine pour les gladiateurs et les bêtes féroces : il est probable que cette construction est postérieure à Pausanias, car il n’en fait pas mention. Je visitai ensuite les fameuses Sept colonnes doriennes, qui ont, à ce que l’on prétend, fait partie du temple d’Athénée Chalinitis, décrit par Pausanias. Elles portent l’empreinte d’une très- haute antiquité, et elles paraissent même beaucoup plus anciennes que celles des temples de Pæstum , fondés au septième siècle av. J.-C.
Tout près de ces colonnes se trouve une maison à un étage, entièrement taillée dans la pierre ; on a eu soin d’enlever le rocher à l’entour, en ne laissant au mur qu’une épaisseur de 33 centimètres. La maison reste ainsi isolée, et comme elle ne forme qu’un seul morceau avec le rocher sur lequel elle se trouve, et dans lequel elle a été taillée , elle est sans contredit un des plus curieux monuments de la haute antiquité.
Je vis partout sur l’emplacement de la ville antique des monticules artificiels, et comme Corinthe contenait, selon la description de Pausanias, un nombre immense de temples et d’autres monuments grandioses et splendides, je n’ai pas de doute que des fouilles bien dirigées ne produisissent des découvertes archéologiques très-importantes. Mais malheureusement pour la science on n’en fait pas, car l’argent manque en Grèce. Chose incroyable ! on 11’a jusqu’à
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présent trouvé à Corinthe ou dans les environs aucun reste de l’ordre d’architecture qui j>orte son nom, et on ne trouve même plus dans la flore de l’isthme la plante d’acanthe, qui en forme le caractère distinctif.
Bien que les paysans de Corinthe ne fouillent que superficiellement le sol dans leurs travaux agricoles, ils trouvent pourtant très-fréquemment des tombeaux avec de beaux vases funéraires en terre cuite; en effet tel est le nombre de ces découvertes , que j’ai pu acheter six magnifiques vases pour 3 fr. a5. Par cela on peut juger des résultats qu’obtiendraient des fouilles entreprises sur une grande échelle avec des moyens suffisants.
Une belle plaine qui s’étend à l’est de l’ancienne ville a probablement été le théâtre des jeux isthmiques, mais il faudrait faire des fouilles pour en acquérir la certitude.
La célèbre fontaine de Pirène, mentionnée par Pindare, Euripide, Strabon, Pausanias et d’autres, existe encore ; mais il paraît que trois fontaines portaient ce nom : la grande source sur le rocher d’Acro-Corinthe, les ruisseaux qui sortent du pied de cette montagne, et la grande fontaine sur l’emplacement de l’ancienne ville.
Je montai ensuite à la fameuse forteresse d’Acro- Corinthe, située sur un rocher presque perpendiculaire de six cent vingt-neuf mètres de haut, qui s’élève brusquement dans toute sa grandeur isolée, et ni la formidable forteresse d’Aden, ni même celle de Ci-
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braltar, ne peuvent être comparées à cette citadelle
gigantesque, dont Stace écrit ( fhcù Vil, 10G) :
. . . Surnmas cuput Acro-Corinthus in auras Tollit, et alterna geminuni mare protegit umbra.
« Acro-Corinthe élève sa tête au plus haut des airs, « et son ombre couvre alternativement l’une et l’au- « tre mer. »
Tite-Live en dit (XLV, a 8) : « Arx in immanem altitudinem édita. » {La citadelle se dresse à une hauteur immense.)
Avec une garnison suffisante cette forteresse serait inexpugnable, car il n’y a qu’un seul point d’où elle puisse être attaquée par l’artillerie : c’est un rocher pointu, à quelques centaines de mètres au sud-ouest, d’où elle a été bombardée par Mahomet IL
Un chemin assez bon, mais très-escarpé, conduit en zigzag jusqu’en haut. Le sommet de la montagne, qui n’a pas moins de six kilomètres de circonférence, est entouré d’une muraille de construction vénitienne de 7 à 10 mètres de haut, flanquée d’un grand nombre de tours de défense ; il est tellement inégal qu’il forme plusieurs pentes et plateaux, qui se trouvent de 3 o à îoo mètres l’un au-dessus de l’autre.
La partie la plus basse de l’acropole est couverte de maisons et de mosquées turques en ruines. Sur un des plateaux supérieurs se trouve une grande caserne. On y voit une masse de citernes taillées dans le rocher, dont la construction peut remonter à une très-
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haute antiquité ; mais, malgré toutes mes recherches, je n’ai pu découvrir un seul mur, ni même une partie de mur, antérieure à l’ère chrétienne. Seulement, sur la cime la plus élevée de l’Acro-Corinthe, où selon Strabon (VIII, 6) se trouvait « iov ’Afppo^t-niç » (un petit temple de Vénus), je vis dans les murs d’un fort quelques grandes pierres grossièrement taillées, qui proviennent évidemment d’une construction cyclo— péenne de l’âge héroïque.
On prétend que la garnison turque, avant de capituler, a enfoui dans l’acropole quinze caisses remplies de monnaies d’or et d’argent, et les paysans des environs ont fait depuis un an, en quatre endroits, des fouilles profondes pour retrouver ces trésors; mais jusqu’à présent tous leurs efforts ont été inutiles. Je suis descendu dans les quatre fosses qu’ils ont pratiquées, et dont deux ont une profondeur d’environ 17 mètres, pour examiner la nature du terrain, et j’ai trouvé jusqu’au fond des excavations la terre mêlée d’une grande quantité de morceaux de tuile et de poterie, mais nulle part, dans ces trous, je n’ai pu découvrir aucun vestige d’anciens murs.
Je m’arrêtai plus de trois heures sur le point culminant, pour admirer le splendide panorama qui se déroulait devant mes yeux, et dont aucune imagination ne pourrait se faire une idée. La vue embrasse les parties les plus intéressantes de la Grèce et les lieux témoins d’un grand nombre de ses actions glorieuses. Les points les plus frappants du paysage sont, selon Murray : « Le promontoire Sicyonien, où le golfe