PANORAMA SPLENDIDE
de Corinthe tourne au nord-ouest-nord ; le pied du promontoire de Cyrrha, nord-nord-ouest; le promontoire Anticyrrha (aujourd’hui Aspraspitia) avec son golfe, et au-delà le point le plus élevé du Parnasse au nord; au nord-nord-est le mont Hélicon, qui porte sur son dos une protubérance semblable à la bosse d’un chameau ; le point le plus élevé du mont Géranée, entre Mégare et Corinthe, au nord-est-nord. L’isthme même s’étend à l’est-nord-est, vers le point le plus haut du mont Cithéron. Au-delà de celui-ci, à l’est , on voit les monts Parnès et Hymette, et entre eux apparaît le Parthénon sur l’acropole d’Athènes. Puis l’île de Salamine à l’est, et Égine au sud-est. Strabon a indiqué avec précision les points les plus remarquables de cette vue, qui s’étend sur les huit Etats les plus riches de l’ancienne Grèce : l’Achaïe, la Locride, la Phocide, la Héotie, l’Attique, l’Argolide, la Corinthie et la Sicyonie. »
Je contemplai avec un intérêt particulier l’isthme, qui a quatorze kilomètres de long et, près de Corinthe, autant de large ; mais à son extrémité nord sa largeur n’est que de six kilomètres et demi, et c’est dans cet endroit que le golfe de Lutraki, sur l’ouest, est joint par une bonne route au port de Calamaki sur l’est. Un peu plus au sud était le Diolcos, route aplanie, sur laquelle on tirait les petits navires sur des rouleaux à travers l’isthme, d’une mer à l’autre.
Ayant pris avec moi Pausanias, je lus sur le sommet d’Acro-Corinthe sa description de l’ancienne Corinthe, et j’eus de la peine à croire que, dans la plaine,
RETOUR A COR1NTÜE.
que je voyais à six cent vingt-sept mètres au-dessous de mes pieds, et qui ne présentait que dévastation et désolation , ait pu se trouver jadis une ville immense, puissante et célèbre , l’orgueil de la Grèce et l’entrepôt de son commerce ; une ville dont l’opulence, le faste et le luxe étaient passés en proverbe ; une ville qui a fondé de nombreuses colonies, et, entre autres, la puissante et splendide Syracuse ; une ville enfin qui a résisté pendant longtemps à l’ambition de Rome, et qui ne fut livrée à Mummius que par trahison, en 146 av. J.-C.
Je retournai le soir à la nouvelle Corinthe , où le lieutenant de la petite force militaire eut l’amabilité extrême de me donner une escorte de deux soldats pour m’accompagner jusqu’à Argos.