‹ Ithaque, le Péloponnèse, Troie;Chapitre 60 sur 140 · LES PRISONNIERS · texte numérisé non relu

LES PRISONNIERS

cinq hommes vinrent aussitôt à ma rencontre, et, après m’avoir fait de profondes révérences, me demandèrent si je n’avais pas un livre ou au moins un journal grec à leur donner. J’avais par hasard sur moi un volume des poésies d’Alexandre Soutzos, dont je m’empressai de leur faire cadeau, en leur recommandant d’apprendre tout le livre par cœur. Ils reçurent le volume avec l’expression de la plus vive joie ; mais, étonné de voir qu’ils tenaient le livre à l’envers, je commençai à douter de leurs connaissances littéraires, et je leur demandai s’ils savaient lire. — Oj$e Y p*pp.a (pas une lettre), — fut la réponse. — Mais que voulez-vous alors faire de ce livre ? leur dis-je. — Nous voulons apprendre à lire, me répondirent-ils.

Bien que je ne comprisse guère comment ils s’y prendraient pour étudier la lecture dans un livre imprimé, dont ils ne connaissaient pas une lettre, je ne voulus pas leur faire de questions sur ce sujet, de peur qu’ils ne crussent que je voulais leur reprendre le volume, et je tournai la conversation sur un autre objet en leur demandant pourquoi ils étaient en prison.

— D’abord nous vous jurons, répondirent-ils, que nous sommes ici contre notre volonté, et puis que nous sommes parfaitement innocents, car nous sommes de paisibles bergers, et nous n’avons jamais fait tort à personne. — Mais on n’emprisonne pas les honnêtes gens, leur dis-je; vous devez donc avoir gravement offensé la société, pour qu’elle tire une si terrible vengeance de vous. — C’est qu’on s’est mépris

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