MARAIS DÉJÀ DANS I.’ ANTIQUITÉ
fièvres font de grands ravages dans la population, surtout parmi les nouveaux arrivés qui ne sont encore acclimatés. Sans aucun doute le climat serait parfaitement sain si ces marais n’existaient pas; mais la population est à présent si faible et si insignifiante qu’il n’y a pas moyen de penser qu’elle puisse s’occuper de l’assainissement de la plaine. Cependant il est évident par les anciens auteurs que des marais ont toujours existé là, même du temps où la population était nombreuse et puissante.
Il y avait même un marais au pied des murs de Troie, car Ulysse dit à Eumée ( Od ., XIV, 47 a ”47 5 ) :
À1V ote Sri p’ ixoaecôa 7c<m tctoXiv aim rs reîyoç,
Hu,sîî (AÈv lïepi âarTu xaxà pwnr/iïa ituxva,
Àv àrfvaxaç xaî eXoç, Ù7tà Ttôytai -iztitm&Ttç,
Kei'jAeÔa.
« Mais, lorsque nous arrivâmes à la ville et à la a haute muraille, nous nous étendîmes tout armés « devant la citadelle , au milieu d’épaisses brous- « sailles, dans les joncs d’un marais. »
Vers dix heures du matin, nous arrivâmes à un vaste terrain élevé, jonché de tessons et de débris de marbres sculptés. Quatre colonnes solitaires de marbre, à moitié enfouies dans le sol, indiquaient l’emplacement d’un grand temple. La vaste étendue du champ, parsemé de débris, ne permettait pas de douter que nous ne fussions sur l’enceinte d’une grande ville, jadis florissante. En effet nous marchions sur
HTSSARUK, JLIUM-NOVÜM. 175
les ruines d ' Ilium-Novum, appelé aujourd’hui Hissarlik, ce qui signifie palais.
Après avoir marché pendant une demi-heure sur ce terrain, nous arrivâmes à une colline d’une quarantaine de mètres de haut, qui descend au nord presque perpendiculairement dans la plaine, et qui est d’environ 20 mètres plus élevée que le dos de la chaîne montagneuse, dont elle forme l’extrémité et l’éperon.
S’il était possible d’avoir des doutes sur l’identité d’Hissarlik avec Ilium-Novum, l’aspect de cette chaîne montagneuse les ferait disparaître entièrement, car il répond aux mots de Strabon (XIII, I, page 109, édit. lauchnitz), « auve^ç », dos montagneux continu.
Le sommet de ladite colline forme un plateau carré uni, de a 33 mètres de long sur autant de large. Par des fosses que l’ingénieux Frank Calvert a pratiquées dans cette colline, il a reconnu qu’elle est en grande partie artificielle et qu’elle a été formée par les ruines et les débris des temples et des palais qui s’y sont succédé pendant de longs siècles. En faisant une petite fouille sur le sommet à l’est, il a mis au jour une partie d’un grand bâtiment, palais ou temple, construit de grandes pierres de taille, mises l’une sur l’autre sans ciment. Le peu qu’on voit du bâtiment ne permet pas de douter qu’il n’ait de grandes proportions et qu’il ne soit exécuté avec un art parfait.
Après avoir attentivement examiné à deux reprises toute la plaine de Troie, je partage pleinement la con-
COLUNE ARTIFICIELLE.
viction de ce savant, que le haut plateau d’Hissarlik est l’emplacement de l’ancienne Troie et que la susdite colline est le site de sa Pergame. Je me trouve ainsi en désaccord avec Lechevalier, Voyage de la Truade, 3 e édit., Paris 1802; Renne], Observations on the topography of lhe Plain of Troy, London, 1 81 4 ; P. W. Forchhammer, in the Journal of lhe Royal Geographical Society, volume XII, 1842; Mauduit, Découvertes dans la Troadc, Paris-Londres, 1840; Welcker, Kleine Schriflen; Texier ; Choiseul-Gouffier, Voyage pittoresque de la Grèce, 1820; M. G. Nicolaïdès, Paris, 1867, qui tous placent l’ancienne Troie sur les hauteurs de Bounarbaschi. Je suis également en désaccord avec Clarke et Barker Webb, Paris, 1844, qui la placent sur les collines de Chiblak audelà d’Ilium-Novum. Mais je suis en parfait accord avec C. Mac Laren, Dissertation on the topography of lhe Trojan war , Edinburgh, 1822; et Eckenbrecher, im Rheinischen Muséum , N. -F. 2. Jahrgang, S. 1 ff, qui reconnaissent l’identité d’Hissarlik avec l’emplacement de Troie.
Pour parvenir aux ruines des palais de Priam et de ses fils et à celles des temples de Minerve et d’Apollon, il faudra enlever toute la partie artificielle de cette colline, et je crois qu’on trouvera alors que l’acropole de Troie s’étendait encore à une bonne distance sur le haut plateau contigu; car les ruines du palais d’Ulysse, celles de Tiryns et celles de l’acropole de Mycènes, ainsi que la grande Trésorerie encore intacte d’Agamemnon, nous prouvent jusqu’à l’évidence