‹ Itinéraire pittoresque du fleuve HudsonChapitre 2 sur 40 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

vers l'ouest, est couvert de forets impénétrables vers lesquelles, lors de mon passage, l'homme n'avait point encore songe' à tourner son active industrie ou ses avides spéculations, de sorte qu'elles présentaient l'aspect, de plus en plus rare aujourd'hui dans ce pays, d'une de ces forets vierges et impratiquées, séjour d'une ombre épaisse et d'une humidité éternelle. Protégés par cette ombre qui les défend d'une trop rapide évaporation, et entretenus par cette humidité qui les alimente sans cesse, plusieurs petits lacs et des myriades de courans qu'on pourrait comparer aux vaisseaux du système circulatoire chez les animaux , puisque comme eux ils se distribuent du centre à la circonférence, stagnent paisiblement dans les parties planes, ou sillonnent rapidement, et en formant mille sinuosités, les pentes singulièrement fertiles de ces montagnes calcaires, qu'ils contribuent à couvrir tour à tour d'épais pâturages et d'une végétation exubérante. Ces ruisseaux vagabonds, après s'être divisés ou réunis, après avoir précipité leur course ou serpenté plus ou moins long-temps selon les accidens des localités, vont enfin se jeter dans des lacs inférieurs , ou viennent successivement se réunir dans des vallons pour former des rivières. Ces fleuves naissans, recevant continuellement sur leur passage de semblables tributs, élargissent bientôt leurs lits aux dépens des berges boisées dont ils entraînent les arbres et les débris. En examinant la situation de ce grand plateau de montagnes, et la direction de tous les cours d'eau auxquels il donne naissance, il me fut facile de reconnaître que ses versans s'abaissaient insensiblement vers les quatre points opposés du méridien, et que les eaux se partageant suivant ces difterentes pentes, s'écoulaient à l'ouest dans le lac Ontario, au nord dans le Saint-Laurent, à l'est dans le lac Cliamplain et l'Hudson, et enfin au sud dans l'Atlantique.

En continuant mon voyage vers le lac Ontario , j'arrivai àMartins-Burg, cheflieu de comté, situé non loin des bords de la Rivière-Noire que j'ai déjà citée et qui, continuellement contrariée dans son cours par des croupes de montagnes s'embranchant les unes dans les autres, exécute un nombre infini de sinuosités au grand profit de l'industrie des habitans de cette contrée qui ont établi sur ses ondes rapides diverses espèces de constructions hydrauliques, et surtout des mou-

lins pour la fabrication du papier. Mais quelque inlëressans que me parussent ces sites, la contrée que je -visitai ensuite et au centre de laquelle est situe le joli bourg de Turin, devait m'en présenter de bien plus magnifiques encore, tant par l'abondance des cours d'eau et les innombrables détours de leurs me'andres, que par la magnifique vëgétalion qui en décore les bords. Je me plais à rappeler que dans le bourg que je viens de nommer était alors pasteur le révérend P. Rogers, dont les connaissances étendues et l'active complaisance m'ont été très-utiles pour me diriger dans mes recherches. C'est à quelque distance de ce même bourg de Turin, et au milieu des bois qui l'enveloppent, que sourdent de nombreux filets d'eau qui, grossis et réunis, vont au loin former la branche principale de la rivière des Saumons, célèbre par la grande quantité des poissons de ce nom que l'on harponne tous les ans au bas de ses belles chutes, un peu avant qu'elle aille mêler ses eaux à celles du lac Ontario.

Les parties élevées et les montagnes de cette contrée servent de retraite au couguar * qui tente quelquefois en hiver de s'approcher des parties basses pour y faire sa proie des animaux domestiques qu'on aurait négligé de mettre en sûreté dans des étables bien fermées. On m'a aussi assuré que souvent, dans les nuits froides, on entend les aigres miaulemens de cet animal redoutable mais très-poltron, qui, ainsi que le chat sauvage ^, se blottit sur les plus hautes branches des arbres d'où il s'élance à l'improviste sur les animaux qui parcourent ces solitudes. A ses cris se mêle parfois le lugnbre hurlement des loups auxquels le couguar ne craint point de livrer un combat acharné à la suite duquel le loup, malgré sa force et son extrême férocité, est presque toujours mis à mort et dévoré par son antagoniste, ou bien ses restes abandonnés servent de pâture aux animaux de sa propre espèce. Les habitans de la contrée qu'inquiètent les nocturnes incursions du couguar, se mettent souvent en chasse pour l'atteindre et le forcer vivant, et quelquefois ils y parviennent; alors ils le rapportent en triomphe chez eux. Lors

* Felis concolor et discolor. Linn.

^ Catus cercarias. Linn.

de mon passage, j'eus occasion d'en voir un de la plus grande taille qu'on avait ainsi saisi vivant et qu'on retenait prisonnier dans une. cage. Cet animal, dont la captivité renforçait encore le naturel sombre et taciturne, restait blotti dans l'angle le plus obscur de sa prison, et ne se montrait qu'au moment de se jeter sur les alimens qu'on lui présentait.

Le premier endroit que je visitai après Turin fut le village de Lowille auquel j'arrivai par une jolie route qui le traverse; ce village, situé dans un creux et composé de maisons agréables et largement espacées, est déjà assez considérable. Le pays qui l'entoure offre au naturaliste un intérêt particulier, à cause des fossiles nombreux et surtout des ammonites d'une grande dimension qu'on y découvre journellement. Curieux d'en connaître par moi-même les sites les plus intéressans, je sortis du village par un chemin montueux et des plus pittoresques, et tournant ensuite à l'ouest, je me dirigeai vers le bourg de Denmark. J'aurais deviné à la disposition géologique des lieux, quand même on ne m'en eut pas prévenu, que je devais rencontrer dans ces lieux une chute d'eau remarquable, tant l'expérience m'avait donné d'habitude sur ce point. En effet, j'atteignis bientôt la rivière Deer-Creek, et, après avoir pris un guide au bourg de Denmark, je courus visiter la chute qui en est peu distante. Nous nous dirigeâmes à travers un fourré assez incommode , formé principalement par d'énormes fougères dont l'humidité ambiante favorise la croissance. Sous leur épais abri rampaient de nombreux serpens dont je saisis facilement quelques-uns. Le sol m'offrit en outre une foule de coquilles univalves à spire avec leur animal vivant. Parvenu enfin au bord du ravin, j'eus la maladresse de me laisser glisser, et je fis la ramasse ^ comme on la faisait autrefois sur le Mont-Cenis ; mais mon traîneau, un peu moins commode, fut une large dalle de pierre qui, d'un seul jet, me porta en bas sur la rive à peu de distance de la chute. J'en fus quitte pour quelques écorchures, et, bientôt relevé, j'allai me placer en face de la cascade. La muraille de roche, le long de laquelle elle se précipite, forme une espèce de niche que par son action continue elle tend à creuser chaque jour davantage. Les eaux s'échappent par un étroit couloir qu'elles se sont ouvert dans le flanc d'une large montagne calcaire composée d'immenses lits stratifiés

d'une horizontalité parfaite. Une végétation d'une vigueur que je n'avais encore remarquée nulle part, revêt les parois de ce canal. Les arbres des deux rives confondent leurs cimes au-dessus du courant, et forment un continuel berceau presque impénétrable aux rayons du soleil. Je ne puis attribuer qu'à la profonde obscurité qui régnait dans ces lieux, au calme et a la fraîcheur qui en résultent, le besoin invincible de sommeil que je ressentais, tandis que je terminais le dessin de la cascade. Ce besoin était si impérieux que, maigre le mouvement et l'exercice que je prenais de temps en temps, je fus plusieurs fois au moment de céder. Je ne pus m'empécher de trouver ce phénomène remarquable dans une région aussi tempéroe ; jamais, au milieu des glaciers des Alpes ou de ceux des Pyrénées, je n'avais ressenti un penchant aussi irrésistible au sommeil. Je parvins enfin, après bien des interruptions, à terminer le dessin que je donne de la chute de la rivière de Deer-Creek (planche XXXVIII).

Pour achever de faire connaître cette rivière , qui n'est d'ailleurs remarquable que par sa charmante chute, j'ajouterai qu'elle prend ses sources dans les hauteurs boisées du plateau dont nous avons parlé plus haut, d'où elle descend en exécutant un grand nombre de sinuosités jusqu'au moment où elle entre dans le territoire du district de Denmark. C'est à cet endroit que le plancher montagneux qui la portait lui fait subitement défaut, et qu'elle se précipite d'une hauteur de cinquante à soixante pieds j plus calme dès-lors elle va joindre ses eaux à celles de la Rivière-Noire, à quelques milles au sud du bourg de Carthage dont nous parlerons plus tard. Son nom de Deer-Creek (rivière des cerfs ) lui a été donné sans aucun doute à cause de la grande quantité de cerfs qui habitent les immenses forets environnantes, et qui, souvent pressés parle chasseur, se réfugient de ce côté et trouvent dans ses flots la mort à laquelle ils cherchaient à se soustraire. En effet, dansleur course précipitée, ils croient pouvoir franchir d'un bond le ravin encaissé au fond duquel coule la rivière , mais malgré toute leur agilité ils ne peuvent atteindre l'autre bord, et ils viennent se briser sur les rochers qui encombrent son lit. Cependant on m'a assuré qu'à certaines époques l'élévation des eaux, bien au-dessus de leur niveau habituel, leur avait permis de les traverser

à la nage, de regagner le côté oppose et de faire perdre leur trace dans le fourre' e'pais qui le borde. Dans ces forets, ainsi que dans presque toutes celles de l'Union, j'ai souvent eu l'occasion de surprendre ces charmans animaux au milieu de leurs jeux; là, parfaitement dérobe par le feuillage épais à leur inquiète vigilance, je m'amusais à considérer leurs folâtres ébats à chaque instant interrompus et repris. En effet, au moindre bruit, même du feuillage qu'ils agitent eux-mêmes en marchant, ils restent immobiles, dressent l'oreille qu'ils meuvent rapidement en tous sens , élèvent leur tête branchue et ne reprennent leur sécurité ainsi que leurs vifs amusemens que lorsqu'ils sont bien assurés qu'ils n'ont aucun ennemi à craindre. J'ai possédé plusieurs cerfs de cette espèce, que j'ai colonisés en France, au Jardin du Roi et dans le parc de Compiègne, où ils se sont multipliés et où ils existent encore dans leur descendance.

Dans les vastes forêts qui couvrent et avoisinent le plateau d'oîi descend la rivière de Deer-Creek, habite encore, quoique en petite quantité, le moos ou clan auquel les naturels de cette contrée ont donné le nom d^orig/ial. Lors de mon passage on en prit un que l'on m'offrit, mais que je refusai à cause du haut prix auquel onle mettait, prévoyant bien que plus tard je l'obtiendrais à meilleur marché, et en eflét c'est ce qui arriva.

Enfin, pour terminer le récit de mon excursion à la chute de Deer-Creek, j'ajouterai que, dans le ravin encaissé qui reçoit ses eaux, je recueillis une certaine quantité de trilobites de petite dimension, des masses de jDroductus, des poissons du genre cyprin, plusieurs tortues, et différens insectes, tels que des sphinx et des bombyx qui se cachent sous le feuillage.

Après une station de plusieurs heures dans ces lieux sauvages, je regagnai les hauteurs par une route inégale , courant diagonalement de l'est à l'ouest , et coupant plusieurs rivières à leur origine. Cette route, qui traverse un pays couvert, se dirige vers le nouveau bourg de Rutland, et plus loin aboutit à "Watertown qui était le but de mon voyage. Je mis quelque temps à gravir à cheval le sommet du plateau , mais dès que je fus sur cette hauteur, je découvris au-dessous de moi une immense étendue de pays qui, dans des temps très-

recules , fut vraisemblablement le bassin d'un lac , peut-être même celui du lac Ontario, remplace maintenant par une riche et universelle forêt à laquelle succéderont, dans un avenir peu éloigne, des champs cultives et de champêtres habitations qu'on voit déjà percer çà et là. Du haut de ce plateau, je distinguais encore, au-delà de celte vaste forêt, la ligne horizontale et bleuâtre des eaux de l'Ontario qui semblaient se confondre avec l'azur des cieux, et, dans un rayon plus rapproche' de moi, au milieu des masses épaisses et noirâtres des arbres, la ville de Watertown, dont les maisons me paraissaient une réunion de points diversement colorés.

La déclivité extrême de la pente que j'avais à parcourir pour me rendre àWatertown était un véritable obstacle à l'accélération de ma marche ; cependant je ne laissai pas d'y arriver en peu de temps. Cette ville, déjà assez considérable, est le chef-heu du comté de JelFerson; ses maisons sont nouvellement construites, et plusieurs se font remarquer par leur élégance. Sa position est assez favorablement choisie sur les bords de la Rivière-Noire qui , prenant sa source dans les montagnes dont j'ai parlé plus haut et coulant sur des planchers calcaires , va , par une pente de plus de cinq cents pieds, se rendre au lac Ontario, après avoir subi plusieurs chutes de douze, de dix-huit, de vingt-quatre et même de soixante pieds. Sur ses rivages dégradés et taillés à pic reparaissent des roches horizontalement stratifiées d'une couleur noirâtre et d'une odeur fétide, divisées en rhombes énormes, et renfermant des débris considérables d'animaux et beaucoup de coquilles entières, telles que des cancellaires de Bordestables ou pluratanaires, qu'on trouve dans la roche intermédiaire qui forme la banquette. Le général Brown me fit présent déniasses de coquilles turriculées recueillies sur ce même sol, et provenant des terrains incendiés par suite des nouveaux défrichemens. Il est à remarquer que l'intensité du feu a altéré la nature du sol sur une grande surface et qu'elle a fait subir de nouvelles et curieuses modifications aux couches de rochers. On rencontre encore dans la même contrée des orthocéraies d'un très-grand volume, mais tellement défigurées par les eaux, les neiges et les glaces, qu'elles sont indéterminables. L'aspect des environs de Watertown, tout hérissés encore de souches char-

bonnees, vestiges long-temps persistans de la foret qui a disparu, n'offre rien d'agreable aux yeux, et n'invite guère aies parcourir. Cependant, voulant m'assurer de la conformation de ce sol qui paraît s'étendre au loin, je remontai le courant delà rivière en marchant constamment sur des lits de roches e'tage'es, jusqu'à l'endroit où, divisée en deux bras distincts par une île, elle subit deux chutes dont le coup-d'œil pittoresque embellit un peu ce site sauvage. L'une est formée par un barrage établi pour intercepter le courant et en porter toute l'action du côte' de la rive gauche oii sont établies deux filatures de coton. L'autre, qui est située sur la rive opposée, est occasione'e par la disposition naturelle des lieux; elle est due au défaut du plancher même de la rivière qui manque tout-à-coup à ses eaux , de sorte qu'elles se précipitent en bouillonnant et en soulevant des flots d'ëcume blanchâtre, et qu'elles viennent se briser avec fureur contre les sombres rochers qui encaissent leur cours. Ces rochers, d'une nature peu solide, cédant facilement à cette violente action, se délitent, et leurs débris charriés par la rivière et délayés dans ses eaux qu'ils teignent en effet d'une couleur foncée, lui ont fait donner le nom de Rivière-Noire. Cette impétuosité seml^le encore augmenter lorsqu'à l'extrémité de l'île les deux branches, dont nous venons de parler, opèrent leur jonction; alors la fureur des eaux est portée à son comble, et le bruyant fracas de leurs flots qui s'entrechoquent forme un contraste frappant avec le silence absolu qui règne sur les deux rives.

En quittant ces lieux, je me dirigeai vers Sack.eW s-TIarhour , en prenant une route militaire, nouvellement tracée, qui abrège beaucoup le chemin. C'est en suivant cette direction que je rencontrai des forets entières du pinus strobus, le plus magnifique peut-être de tous les conifères. Je ne pouvais me lasser d'admirer ces gigantesques résineux, les plus élancés que j'eusse encore rencontrés. Leur tige , absolument dépourvue de nœuds et de branches, n'avait pas moins de cent vingt à cent trente pieds de hauteur , et portait pour couronne un bouquet de rameaux auxquels pendaient une multitude de fruits coniques , revêtus d'écaillés taiflées en pointe de diamant, et dont la teinte jaunâtre annonçait la maturité. L'intérêt que m'inspiraient ces magnifiques végétaux trouvait sa source dans la

considéra lion de leur immense milite; en effet, pensais-je en moi-même, ils devront à leurs qualités précieuses d'échapper à la hache du bûcheron ou à l'incendie du planteur; abattus au contraire avec économie parle constructeur, ils serviront à la mâture des plus grands bàtimens de guerre et de commerce, ou bien scies en planches du plus fm poli que l'on recouvrira d'une couche lucide de résine, ils revêtiront les hauts bordages de ces citadelles flottantes. Toujours occupé de mes plans d'ame'nagemens forestiers, et plein du de'sir de naturaliser dans ma patrie toutes les espèces utiles des Etats-Unis, je ne manquai pas d'expédier en France une grande quantité des graines de ces précieux végétaux.

Au débouché de cette longue forêt marécageuse, encore peu habitée, et en vue du lac Ontario qui se déroule dans l'éloignement, on aperçoit sur le chemin quelques maisons isolées. Parvenu, après les avoir dépassées, sur un plateau étendu, je suivis la côte située au nord-est du lac, et je passai devant les casernes de Madisson, dont la construction ne date que de 1816 et de 1817, et qui sont bâties avec une roche calcaire schistoïde bleuâtre. Je m'arrêtai quelques instans à considérer le hâvre de Sackett's que j'apercevais du même endroit, et l'air européen de ce grand étabhssement; puis, continuant à monter le chemin, je découvris au sud-ouest la ligne des maisons du bourg , l'église qui est très-élevée , la grande taverne et le port de construction. L'ensemble de ce point de vue me frappait et m'intéressait d'autant plus qu'il m'offrait le tableau de la civilisation , que depuis long-temps m'avaient dérobé d'éternelles forêts. .Te hâtai ma course, en descendant la pente de la montagne, et j'entrai enfin dans le bourg de Sackett's bâti sur la frontière de l'Union, et par conséquent séjour d'une garnison militaire, la première que j'eusse vue depuis mon entrée dans l'intérieur du pays. Je traversai la rue principale bordée de maisons la plupart assez élégantes, et j'allai me loger au second étage de la grande taverne dont j'ai déjà parlé. Ce n'était pas sans raison que j'avais choisi cette position , car de ce point élevé mes regards embrassaient la presqu'île du Chantier, le port et tous ses accessoires, et l'énorme baraque à trois étages de fenêtres qu'on y a élevée pour servir d'abri à un bâtiment de guerre de la capacité de six cent seize tonneaux et percé pour cent dix canons; ce

Page 1