RUE BONAPARTE
Quul sîli volunt isH lapides^ JosüE, cap. IV, V, 6.
Nous annoncions au public, ü y a quelques mois, l’apparition prochaine d’un Itinéraire archéologique de la VILLE DE Paris et de ses environs. Pour donner à nos recherches des limites, non pas arbitraires, mais déterminées d’avance par la nature même du sujet, nous avions résolu de leur assigner celles de l’ancien diocèse parisien. Réduit maintenant au département de la Seine, ce diocèse comprenait autrefois un vaste territoire; le nombre des paroisses répandues hors des murs de la ville métropolitaine s’élevait à plus de quatre cent. Nos travaux préliminaires étaient en cours d’exécution; les dessins étaient déjà préparés en partie. Mais il nous a semblé que l’approche de l’Exposition universelle exigeait de nous quelque chose de plus prompt et de plus opportun ; nous avons pensé qu’il était bon de saisir l’occasion, unique peut-être, de ce grand rendez-vous de toutes les nations civilisées dans la capitale de notre pays,
pour faire connaUrc aux hôtes de la France ce quhl nous reste encore du vieux Paris, après tant de vicissitudes, et pour mettre en quelque sorte sous la sauvegarde de TEurope entière les monuments à jamais vénérables de notre passé.
Le plan que nous avons suivi est simple. Remontant aux plus anciennes traditions de Fhistoire parisienne, nous énumérons, en quelques pages, les précieux débris, dont l’origine se rattache aux temps de la domination romaine, et les fragments dont les bouleversements du sol amènent chaque jour la découverte. Puis, viennent en leur ordre les monuments de la civilisation chrétienne, répartis en deux divisions principales, les monuments religieux et les monuments civils. Dans la première catégorie, les églises, qui n’ont pas été dépouillées de leur caractère sacré, tiennent la plus grande place. Nous indiquons ensuite sommairement les églises collégiales ou paroissiales, les abbayes, les prieurés, les maisons conventuelles les plus considérables, les commanderies, les chapelles, qui ont cessé d’exister, ou dont les constructions se trouvent aujourd’hui livrées à des usages profanes. Ce n’est pas une nomenclature complète de tous les anciens établissements religieux de Paris que nous prétendons offrir à nos lecteurs; nous avons dû nous borner à signaler ceux qui présentaient le plus d’importance, au point de vue de l’art ou des souvenirs historiques.
Les monuments civils se subdivisent tout naturellement en deux sections : les édifices d’intérêt public et les édifices d’intérêt privé. Nous plaçons en première ligne les résidences ordinaires des souverains et des princes de leur famille , le Palais de Justice, l’Hôtel de Ville, les établissements de l’ancienne Université, les bibliothèques, les musées, les hôpitaux. Nous citons aussi plusieurs vieux ponts, quelques-unes de nos rues les plus pittoresques, quelques places d’ancienne
architecture. Un chapitre est consacré à la desci-iption des hôtels qui servaient d’habitation aux races aristocratiques^ et des maisons, aujourd’hui bien rares, dans lesquelles logeaient de père en fils les familles patriarcales de la vieille bourgeoisie. La cité entière ainsi parcourue, il s’agit de lui donner son enceinte de murailles, de lui rendre ses tours, ses courtines, ses bastilles, ses portes et tout l’appareil guerrier de ses constructions militaires.
11 est bien entendu, nous insistons sur ce point, que ce n’est pas à travers les splendeurs quelque peu monotones du Paris d’aujourd’hui qiio nous convions nos lecteurs à nous accompagner; nous voulons essayer de faire revivre à leurs yeux l’originale et piquante physionomie du Paris d’autrefois, dont les traits vont s’effaçant chaque jour davantage. Nous ne nous occuperons des monuments modernes qu’autant qu’ils se rattachent à des fondations ou à des traditions anciennes. Il serait mal aisé sans doute de poser une limite rigoureuse. Mais notre intention est de dépasser, le moins qu’il nous sera possible, la première moitié du xvif siècle. Les merveilles des âges modernes trouveront assez d’adulateurs intéressés. Nous préférons nous en tenir à ce vieux Paris si poétique et si curieux, dont chaque pierre était un témoignage sensible de notre histoire et de nos traditions nationales. Ce livre sera comme un inventaire de ce que nous possédons encore des richesses que nos pères nous avaient léguées. Depuis tout à l’heure un siècle, chaque année est venue nous appauvrir de quelque monument. Celle qui vient de s’écouler a vu tomber, à elle seule, l’antique donjon de Saint-Jean-de-Latran et l’église de Saint-Benoît. Nous voudrions du moins pouvoir annoncer qu’à ce prix nous n’aurons plus rien à redouter pour l’avenir.
Notre but le plus cher serait atteint, si ceux qui nous
auront lu devaient en acquérir plus d’amour et d’admiration pour la France. Nous souhaitons aussi que l’étranger se sente moins dépaysé dans notre cité, quand nous lui aurons fait reconnaître les traces encore visibles de ses aïeux^ qui accoulaient autrefois dans nos monastères ou dans nos écoles, et qui ont laissé parmi nous de nobles monuments de leur passage.
Nous ne pouvons, à notre grand regret, nommer ici toutes les personnes qui nous ont apporté un conseil ou un renseignement. Nous prierons du moins M. Viollet-le-Diic de recevoir nos remerciements. Il a bien voulu examiner, avec une attention toute particulière, avant leur publication, les dessins et le plan général qui accompagnent notre texte. Nos lecteurs qui, pour la plupart, connaissent sans doute le mérite de M. Viollct-le-I)uc comme architecte et comme savant, apprécieront toute la valeur d’une semblable coopération.
M. Charles Fiebot, notre collaborateur, a dessiné les planches de ce volume d’après les monuments eux-mêmes, ou à l’aide de documents d’une autorité incontestable. T/auteur de notre plan, M. Roguet, s’est attaché surtout à tracer, au moyen de teintes diverses, tes enceintes successives de Paris, et à marquer la place des édifices dont le texte contient l’indication.
Avril 1835.
VUE GENERALE DES RUINES DÜ x“ALAIS DES THERMES
Hôtel de Cluny