ORIGINES. -ANTIQUITÉS
Le nom le plus ancien de Paris se présente à nous sous une forme latine, Lutetia, que nous traduisons par Luiècc. Nous racceplerons tel que l’histoire nous le transmet, sans embarras et sans commentaires. Nous n’eu irons demander la racine ni à la langue latine, ni à la grecque, moins encore à l’idiome celtique, dont nous ne savqns pas une syllabe. Pour les uns, Lutèce était la ville des corbeaux, pour d’autres, la ville boueuse entre toutes. Les cor- ; beaux n’y sont, que nous sachions, ni plus nombreux ni plus tapa- I geurs qu’ailleurs ; la boue, avant l’établissement du macadam, n’y j était ni plus noire, ni plus épaisse. Mieux vaudrait certes répéter i ici les plaisantes choses que Rabelais écrivait à cette occasion sur ‘ les divagations des chercheurs d’étymologies. Quoi qu’il en soit,
' cette petite ville de Lutèce était la capitale du pays des Parisiens,
I et dès les premiers siècles de l’ère chrétienne, elle avait remplacé i son nom primitif pour adopter celui du peuple dont elle se trouvait le chef-lieu, comme il arriva dans le même temps pour la plupart des villes importantes des Gaules.
Lutèce demeura longtemps renfermée tout entière dans l’île que nous appelons aujourd’hui la Cité. Deux ponts, défendus par [ des ouvrages avancés, reliaient la capitale des Parisiens, l’im à la rive droite, l’autre à la rive gauche de la Seine. Ils étaient situés à la place où nous voyons encore aujourd’hui le Pont au change I et le Petit-Pont. Ces deux ponts mettaient la ville en communica- Ij lion avec deux voies principales, dont l’une se dirigeait vers les
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provinces du nord, et l’autre vers celles du midi Huit autres voies secondaires, dont le parcours a été reconnu à diverses époques, s’embranchaient sur les deux premières, conduisant à Senlis, à Chelles, à Sèvres, à la plaine de Grenelle, et dans d’autres localités du voisinage. Des faubourgs s’étaient formés peu à peu le long de ces différentes voies, en dehors des deux issues de la ville. Nous avons vu, en 1842, des parties importantes de la grande voie méridionale, mises à découvert, sous le sol actuel de la rue Saint-Jacques, à une profondeur déjà considérable, par suite de travaux entrepris pour la construction d’un égout. Le pavé antique se composait d’énormes quartiers de grès, irrégulièrement assemblés, comme il en existe encore dans une des rues de la ville d’Autun.On a recueilli une douzaine de ces blocs, qui sont maintenant déposés dans une des cours du musée de Cluny (n® '16 du catalogue).
A voir la quantité de fragments antiques que les fouilles pratiquées sur le sol de la ville gallo-romaine font revenir chaque jour à la lumière, on doit bien penser que les découvertes de ce genre n’auront pas été moins nombreuses dans les siècles qui nous ont précédés. Antérieurement au xvii® siècle, les renseignements nous font défaut; on n’a pas pris la peine de nous en transmettre. Les savants des deux siècles derniers au contraire ont enregistré scrupuleusement toutes les découvertes qu’ils ont pu connaître, mais sans prendre d’ailleurs les précautions nécessaires pour en conserver les produits. Aujourd’hui qu’un asile est ouvert à ces vieux débris, on s’accoutume sans effort à les porter au musée de Cluny. Nous allons dire en peu de mots quelles ont été les découvertes les plus intéressantes, et nous indiquerons en même temps sous quels numéros se trouvent inscrits au musée les fragments qu’on y a recueillis.
Découvertes d’antiquités. — la cité. Chaque fois qu’on remue le sol de la Cité pour fonder une maison ou pour améliorer la voie publique, il y a presque certitude que les ruines de quelque monument gallo-romain se rencontreront sous la pioche des ouvriers. Les premiers en date et les plus précieux pour l’histoire parisienne, entre tous ces débris, sont assurément les autels de
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Il pierre, tout chargés de bas-reliefs, qui furent trouvés au milieu I même du chœur de l’église métropolitaine. Comme les architectes fl du roi faisaient exécuter une large tranchée dans la basilique pour in préparer l’emplacement d’un caveau destiné à la sépulture des 1 archevêques de Paris, on découvrit tout à coup, le 16 mars 1711, H dans les fondations d’une muraille très-ancienne qui traversait le ' chœur du nord au sud, neuf pierres sculptées pour la plupart, et 1 portant des inscriptions plus ou moins intactes. Le musée de Cluny en possède cinq (nos 1-4)^ dont deux se superposent pour reconstii tuer un cippe à peu près complet. Les trois autres formaient chacune la partie supérieure ou l’entablement d’un autel. Lessculptures î présentent un bizarre mélange de la mythologie romaine et de la i religion gauloise, Esus, le taureau sacré, le dieu Cernvnnos eu J compagnie de Jupiter, de Vulcain, de Castor et de Pollux. Le taureau, couvert d’une dra ■ perie en forme d’étole, porte sur sa tête, sur son dos, sur sa croupe, trois ligures de grues, et l’inscription lui donne en conséquence le titre peu commun de Tarvos tngaranvs. Le dieu Cernvnnos est encore moins connu et plus singulier; son ajustement, très - mystérieux peutêtre, ne fait pas honneur au bon goût de nos pères. Ce patron de Paris nous apparaît la tête chauve, le menton barbu, les épaules à peine abritées par|une draperie, le front accosté de deux grandes cornes de cerf dans lesquelles sont passés deux larges anneaux. Une inscription ^d’une extrême importance, qui
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fixe l’érection de ces autels au règne de Tibère, c’est-à-dire au commencement du premier siècle de l’ère chrétienne, se lit sur une autre pierre, accompagnée de plusieurs figures armées à la romaine, qui tiennent des lances et des boucliers. Voici le texte , moins la disposition de quelques lettres placées en interligne par la maladresse de l’ouvrier:
TIB. CAESARE.
AVG. lOVI OPTVMO
MAXSVMO m’
NAVTAE. PARISIACI PVBLICE. POSIERYNT
Voilà donc l’existence bien constatée d’une compagnie de navigateurs ou de négociants qui occupaient un rang considérable dans la Cité, plus de quatre siècles avant l’établissement de la monarchie française. De graves historiens ont pensé que ces nmites parisiens, ainsi réunis en communauté, sont les ancêtres directs de nos échevins d’autrefois et de notre conseil municipal moderne.
Mentionnons d'autres découvertes dans leur ordre chronologique.
Août 1784. Travaux de l’aile neuve du Palais de Justice, sur la rue de la Barillerie ; un cippe carré en pierre, très-bien conservé, dont la hauteur atteint près de deux mètres, sculpté sur ses quatre faces de grandes figures mythologiques, entre autres de celles de Mercure et d’Apollon. Il fut porté immédiatement à la Bibliothèque royale, où il est encore, au pied de l’escalier du salon de lecture.
1829. Substructions d’é lilices près du bâtiment de l’administration des hôpitaux.
Rue du Chevet - Saint - Landry, et dans les démolitions de l’église du même nom, le mur du quai ou du rempart antique, qui se trouvait en arrière du quai actuel à une grande distance ; plusieurs fragments de sculptures et d’autels; une frise repré-
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senlanl des chasseurs, des chiens et des lièvres qui courent se précipiter dans des filets; tous ces débris du iv® siècle environ (nos 6-9).
Juin 1844. Les restes d’un vaste édifice et de son hypocauste, à travers le parcours de la rue Gonstanline.
1847. Travaux du Palais de Justice; nouveaux fragments de colonnes, de corniches, de pieds-droits sculptés, d’inscriptions (nos lO et 11); dans la cour de la Sainte-Chapelle, les restes d’un grand édifice public, dont les murs, appareillés en pierre avec une extrême précision, étaient recouverts, comme ceux des maisons de Pompéi, d’un enduit rehaussé de peintures.
Dans le cours de la même année 1 847, les travaux exécutés pour le nivellement du parvis Notre-Dame et pour la construction d’un égout, mirent à découvert une partie du rempart méridional composé, comme ceux de la plupart de nos villes gallo-romaines, de fragments d’édifices et d’inscriptions, les ruines de plusieurs habitations antiques, et, ce qui était surtout digne d’intérêt, les vestiges de la basilique élevée au vie siècle par le roi Childebert pr. Nous reviendrons sur ces débris des premiers âges chrétiens, quand nous nous occuperons de la cathédrale de Paris.
RIVE DROITE DE LA SEINE. Dans la seconde moitié du xviie siècle (les auteurs ne sont pas d’accord sur l’année), des ouvriers employés à creuser le sol du jardin d’une maison située dans la rue Coquillière, du côté de l’église Sainl-Eustache, trouvèrent à deux toises de profondeur, au milieu des ruines d’une vieille tour, une tête de femme, en bronze antique, un peu plus grande que nature, et coiffée d’une tour crénelée, comme la Cybèle de la mythologie. Cette figure, d’un assez beau caractère, est maintenant conservée au cabinet des antiques de la Bibliothèque impériale.
1612, 1717, 1818, 1835. Découvertes de tombeaux et de médailles eii arrière de l’Hôtel de Ville, à peu de distance de la Seine.
1781. On reconnaît dans le jardin du Palais-Royal les bassins de deux réservoirs, qui recevaient leurs eaux des hauteurs de Passy par un aqueduc souterrain, dont quelques portions s’étaient déjà