VUE GÉNÉRALE DE L ABBAYE SAINT GERMAIN DES PRE
SAINT-GERMAIN DES PRÉS. Uo
lem ; la crosse en bois et cuivre de l’évêque Eudes de Sully; le crucifix que tenait saint Vincent de Paul, lorsqu’il assista le roi Louis XIII, au moment de la mort; la discipline de saint Louis; plusieurs fragments d’étoffes qui passent pour avoir fait partie d’un vêtement de ce prince; un sac de soie tissu d’or, une ceinture de lin rehaussée d’ornements de couleur, et d’autres linges qui lui auraient aussi appartenu. Les objets anciens réintégrés dans le trésor et les dons faits à l’église depuis le concordat formaient déjà une collection d’une valeur considérable, lorsqu’ils furent dispersés. Nous souhaitons que leur rentrée à Notre-Dame soit pour l’insigne cathédrale le commencement d’une ère nouvelle de gloire et de prospérité. Puisse-t-elle voir renaître les anciens jours de foi et de grandeur, en même temps que des mains habiles lui rendent son antique parure, effaçant de toutes parts les outrages du temps et des hommes.
Maiiit-Ciermaiii des Prés.
LE MONASTÈRE. l’ÉGLISE.
Après Notre-Dame, Paris ne possède pas d’église plus vénérable que celle de Saint-Germain des Prés. L’origine de l’illustre abbaye dont elle faisait partie se rattache aux plus lointains souvenirs de notre monarchie; l’histoire de ce monastère n’est aussi qu’une longue suite de services rendus à la religion , aux sciences et aux lettres.
Le roi Childebert Rr, revenant d’une seconde expédition contre les Yisigoths, qu’il était allé combattre en Espagne (531-543), rapportait, comme des trophées de sa victoire, la tunique de saint Vincent, une riche croix d’or et de pierreries conquise à Tolède, des vases qui passaient pour avoir appartenu à Salomon , et une grande quantité de calices, de patènes et de couvertures d’évangiles en or. Saint Germain, évêque de Paris, lui conseilla de construire une église et un monastère qu’il rendrait dépositaires des saintes reliques. Ainsi fut fondée, non loin des murs de Paris, au
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milieu de verdoyantes prairies, à peu de distance de la Seine et sur sa rive gauche, l’abbaye que nous connaissons sous le nom de Saint-Germain des Prés. Le jour même de la mort de Childebert, en o58, saint Germain dédia l’église sous le titre de la Sainte-Croix et de Saint-Vincent. Ce temple était cruciforme , soutenu par de grandes colonnes de marbre, percé de nombreuses fenêtres, et couvert d’nn lambris doré. Des peintures à fond d’or embellissaient les murs. Une riche mosaïque formait le pavé, et des lames de cuivre doré composaient la toiture. Saint Germain étant mort en 576, son corps fut inhumé dans l’oratoire de Saint-Symphorien, martyr, au bas de la grande église. Les guérisons et les miracles de toute espèce, qui s’opéraient par la grâce de Dieu au tombeau du saint évêque, eurent une telle renommée, que peu à peu l’église abbatiale quitta son premier litre pour prendre celui de Saint-Germain, qu’elle n’a plus cessé de porter.
Le premier abbé qui ait gouverné le monastère est Droctovée ; sa mort arriva peu après celle de saint Germain , et ses vertus lui méritèrent aussi d’être inscrit au catalogue des saints.
Jusqu’à la fondation de l’abbaye de Saint-Denis par Dagobert, l’église de Saint-Vincent ou de Saint-Germain servit de sépulture ordinaire aux rois et aux princes de la dynastie mérovingienne. Les rois Childebert 1®% Chérebert, Chilpéric 1®^, Clotaire II et Childéric II; les reines Ultrogolhe, Frédégonde, Rertrude et Bilihilde; les fils de rois Mérovée, Clovis et Dagobert; les princesses Chrodesinde et Chrotberge, filles de Childebert Rr, y furent successivem.ent déposés dans les vi^ et vue siècles. On trouverait dans VHistoire de l’abbaye ^ par dom Bouillart, le récit curieux et détaillé de l'ouverture de plusieurs de ces tombes royales, dont les travaux, exécutés pour la réparation ou pour la décoration de l’église, amenèrent de temps en temps la découverte. Les corps étaient renfermés dans des cercueils de pierre sans ornements extérieurs ; presque tous avaient été enveloppés de linceuls de soie et d’autres étoffes plus précieuses; quelques-uns reposaient sur un lit d’herbes odoriférantes; d’autres se trouvaient entourés de plusieurs fioles remplies d’aromates. Des fragments d’étoffes bro-
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dées en or, de baudriers, de chaussures furent aussi recueillis dans ces tombeaux.
Les religieux que saint Germain établit dans le monastère, venaient de Saint-Sympliorien d’Autun; ils suivaient les règles de saint Antoine et de saint Basile. Bientôt ils embrassèrent celle de saint Benoît, le grand législateur des moines de l’occident. Au xviie siècle, l’abbaye adopta la réforme de saint Maur, et c’est surtout à dater de ce retour à la sévérité de la discipline que ses moines se sont rendus illustres dans l’Europe entière par leurs travaux vraiment prodigieux.
Les abbés exerçaient autrefois toute juridiction, tant spirituelle que temporelle, sur le faubourg Saint-Germain, dont les constructions, aujourd’hui innombrables, avaient occupé peu à peu une grande partie des terrains concédés à l’abbaye par le roi Childebert, selon la charte de fondation. Mais les évêques de Paris et les rois finirent par restreindre aux limites de l’enceinte abbatiale ce privilège, auquel l’agrandissement de la ville donnait une importance exceptionnelle. Le monastère a compté parmi ses abbés un roi de France, Hugues Capet ; un roi de Pologne, Jean Casimir; des princes de la maison de Bourbon, et plusieurs cardinaux. L’abbé avait le droit de se servir des ornements épiscopaux pendant la célébration des saints mystères.
Les édifices élevés par Childebert et par ses successeurs furent dévastés par les Normands. Chaque fois que ces terribles hommes du nord poussèrent leurs incursions jusque sous les murs de Paris, et ils n’y sont pas venus moins de cinq fois, l’abbaye de Saint- Germain se trouva la première exposée à leur fureur. Livrée au pillage, incendiée, démolie , elle n’était plus qu’un monceau de ruines , quand le roi Eudes expulsa enfin les barbares. Un siècle suffit à peine à réparer tant de désastres. Morard, le vingt-neuvième abbé, qui gouverna le monastère de 990 à 1014, entreprit le rétablissement de l’église, et c’est à lui qu’appartiennent les portions les plus anciennes de la nef dans son état actuel. Soit qu’il eût laissé son œuvre imparfaite , soit que les religieux aient formé le projet de rebâtir leur église sur un plan plus magnifique, le
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chœur tout entier avec ses chapelles était en reconstruction au bout d’un siècle et demi environ. Sans nous occuper des changements successifs qu’éprouvèrent les bâtiments de l’abbaye dans l’intervalle du au xviiie siècle, nous les prendrons tels qu’ils étaient dans les derniers temps de son existence et tels que notre gravure les reproduit. Leur ensemble, modifié par des remaniements modernes, offrait encore cependant une réunion bien rare des plus riches modèles de l’architecture du moyen âge.
L’abbaye demeura longtemps isolée au milieu de ces prairies si fameuses dans les annales universitaires qu’on appelait le Préaux-Clercs. Il avait fallu la mettre à l’abri d’un coup de main. Elle fut donc environnée de larges fossés qui communiquaient avec la Seine parmi canal; des courtines crénelées, des tours, des portes fortifiées lui composèrent une enceinte respectable. Plus tard, quand les religieux n’eurent plus rien à craindre des Huguenots, ni de la guerre civile, des rues prirent la place des fossés, et des maisons de location s’élevèrent sur les débris des remparts.
L’enclos du monastère comprenait tout l’espace circonscrit par les rues de l’Echaudés Sainte-Marguerite, Saint-Benoît et du Colombier L On y entrait par trois portes, celle du Petit-Bourbon, à l’orient; de Sainte-Marguerite, au midi; de Saint-Benoît, à l’occident. Il y en avait une quatrième au nord, pour le service du palais abbatial. La porte Saint-Benoît existe, accompagnée de colonnes et pilastres d’ordre ionique surmontés d’une architrave. Il reste une partie de la porte Sainte-Marguerite; elle était décorée de pilastres doriques, de niches et d’un fronton. Au commencement du siècle dernier, les religieux tirent édifier par leur architecte , Victor d’Âilly, plusieurs grandes maisons destinées à des artisans, qui payaient fort cher la franchise dont ils jouissaient dans ce lieu privilégié. Les habitations nouvelles formèrent, dans l’intérieur de l’abbaye, les rues Childebert, Sainte-Marthe, Cardinale, Abbatiale' et de Furstemberg .
La légende explicative de notre vue à vol d’oiseau indique la
I La rue du Colombier se confond aujourd’hui avec la rue Jacobs
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position relative des bâtiments principaux. Nous nous contenterons de compléter par quelques détails ce que la gravure n’a pu exprimer, et de faire connaître ce qui subsiste encore. Il y avait deux cloîtres, le grand et le petit, tous deux placés au nord de l’église. Un des côtés du grand cloître, celui qui touche à l’église, a été presque entièrement conservé; il est aujourd’hui distribué en appartements. Ses arcs en plein cintre, ses pilastres doriques et sa frise à triglyphes, datent du xvii® siècle. L’étage supérieur servait de galerie. Il restait autrefois des portions considérables du cloître, que l’abbé Eudes avait fait bâtir en 1227 ; elles ont disparu L La rue de l’Ahbmje coupe le grand cloître par le milieu; les maisons dont elle est bordée, du coté du nord, ont succédé au réfectoire et à la chapelle de la Vierge. Elle a renversé aussi, pour se faire jour, le chapitre et la grande sacristie. Le petit cloître, situé k la suite du parloir, précédait l’entrée delà chapelle de la Vierge.
Le réfectoire, construit du temps de l’abbé Simon, par l’illustre architecte de saint Louis, Pierre de Montereuil ou de Montereau, passait à juste titre pour un chef-d’œuvre. Cette salle magnifique avait cent quinze pieds de longueur dans œuvre, sur trente-deux de large; la voûte s’élevait k quarante-sept pieds sept pouces. Des vitraux légendaires armoriés de France et de Castille remplissaient les fenêtres; il s’en est gardé quelques panneaux dans l’église, et d’autres k Saint-Denis. La chaire du lecteur était une merveille de sculpture. Une statue de Childebert, en pierre peinte, se tenait debout k l’entrée; elle est maintenant au Louvre, dans une des salles du musée du moyen âge et de la renaissance. La construction du réfectoire exigea cinq années, 1239-1244.
Ce fut encore Pierre de Montereau qui éditia la grande chapeile de la Vierge , commencée sous le gouvernement de l’abbé Hugues d’Issy, mort en 1247, et terminée sous celui de Thomas de Mauléon, qui résigna ses fonctions abbatiales en 1255. Longue de cent
^ En 1588, le cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Germain, fit commencer sur les murs du cloître, au prix de dix écus par mois, une suite de peintures représentant la vie de saint Benoît.
SAINT-GERMAIN DES PRÉS, pieds, large de vingt-neuf, haute de quarante-sept sous clef, la chapelle de l’abbaye présentait quatre travées dans sa nef et sept au pourtour de son abside. A Paris elle n’avait de rivale que la Sainte-Chapelle du Palais, dont elle rappelait le style et la disposition. Ses quinze fenêtres et sa rose étaient complètement garnies de vitres peintes. L’abbé Gérard de Moret donna un éclatant témoignage de son admiration pour Pierre de Montereau, quand la mort vint frapper ce grand homme, le 17 mars 1266. Il voulut que le constructeur de tant de monuments merveilleux eût une sépulture digne de lui dans le chœur de la chapelle de la Vierge. Maître Pierre fut représenté sur sa tombe tenant la règle et le compas; son épitaphe lui donnait les titres de Flos 'plenus morum et de (Joctor latomorimi. Agnès , sa femme, reposait aussi dans le chœur de la même chapelle. On ignore ce que seront devenues les tombes de ces deux personnages; peut-être les découvrira-t-on un jour employées au dallage de quelque vestibule inconnu.
Gérard de Moret fit bâtir, en 1273, la salle capitulaire et le dortoir par-dessus. Quatre colonnes, de treize pouces de diamètre, partageaient le chapitre en deux nefs et soutenaient la voûte. Le pavé était composé de carreaux vernissés, qui dessinaient une foule de compartiments non moins variés de formes que de couleurs. Des grisailles, rehaussées de coloration, tempéraient, sans lui faire obstacle, la lumière des fenêtres. Le parloir était pavé et voûté de la même manière que le chapitre. Au centre, une colonne, haute de treize pieds, sur treize pouces de diamètre, recevait les retombées médianes de la voûte.
Deux rues modernes, la rue de V Abbaye et la rue Bonaparte traversent l’enclos de l’ouest à l’est et du nord au midi. Sur le parcours de la rue Bonaparte, on voit l’angle d’un bâtiment moderne qui contenait la cuisine et le dortoir des hôtes ; puis, le parvis de l’église, les maisons modernes élevées par l’architecte Victor d’Ailly, et quelques bâtiments de service sans importance. En suivant la rue de VAbbaye, on laisse à main gauche, enclavé dans des maisons, un des pignons du réfectoire; on passe devant deux arceaux en ogive, aveccolonnettes, qui peut-être faisaient par-
SAINT-GEHMAIN DES PRÉS, lie du parloir ou du petit cloître; enûn, on arrive devant l’ancien palais abbatial. De nombreux fragments de la chapelle de laMerge, colonnes, arcatures, gargouilles, balustrades à jour, feuillages sculptés, ont été recueillis dans un jardin qui fait angle des rues de l’Abbaye et de Furstemberg. La porte de cette chapelle, sculptée avec la plus exquise finesse, et la statue de Marie portant son divin fils, adossée autrefois au trumeau, sont à Saint-Denis depuis trente ou quarante ans.
Le palais abbatial est un monument de la munificence du cardinal de Dourbon, qui le fit construire vers 1386. L’architecture en briques et pierres, décorée de refends, de pilastres et de frontons, a le mérite de plaire aux yeux par riiarmonie de ses couleurs et par le pittoresque de ses dispositions. Au sommet d’un pavillon, une femme assise lient un écusson aux armes du fondateur. L’édifice est habité, en majeure partie, par des artisans et des industriels. En avant du palais abbatial, des bâtiments trèssimples et conservés en partie servaient d’écuries, de greniers, d’appartements pour les officiers de la maison, d’auditoire pour le bailli.
A l’angle sud-est de l’enceinte, on remarquait la geôle de l’abbaye, rebâtie au xviie siècle, et llanquée de quatre tourelles; elle a été détruite dans le courant de l’été de 1834. Là s’étaient accomplies, en 1792, les scènes les plus épouvantables: les prêtres et les nobles renfermés en grand nombre dans la prison, arra^ chés tout à coup de leurs cachots et traînés devant un tribunal dérisoire, tombaient sous le fer des assassins qui les attendaient à la porte. On sait quel fut l’héroïsme de M*>« de Sombreull, accourüe sur ce théâtre de sang, au milieu des cadavres entassés sur la place, pour disputer aux meurtriers la vie de son père. L’ancienne geôle abbatiale devint ensuite une prison militaire.
Nous avons vu longtemps à l’angle nord-ouest de l’abbaye une élégante tourelle, construite en encorbellement au coin des rues Sainl-Benoit et du Colombier. Elle adhérait à un gros pavillon de pierre reconstruit au xvii« siècle, à l’extrémité du grand jardin des moines. Une maison neuve occupe le même emplacement.
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La bibliothèque était célèbre dans le monde savant par ses manuscrits, par ses livres imprimés et par les objets de curiosité que les religieux y avaient rassemblés. Elle occupait l’étage supérieur d’un des bâtiments du cloître et s’étendait sur les voûtes du réfectoire. Ce sanctuaire de la science , où venaient étudier les Mabillon, les Montfaucon, les Martène, les Félibien, les Ruinart, fut détruit par un violent incendie au commencement de la révolution, et la ‘plupart des richesses qu’il contenait périrent pour jamais dans les flammes.
Après avoir ainsi parcouru les diverses parties du monastère, il nous reste à décrire l’église abbatiale ; elle leur a survécu, moins dégradée par le temps que par ceux qui ont entrepris de la restaurer. Les réparations et les embellissemqpts modernes lui ont donné un air de jeunesse bien peu en harmonie avec son âge véritable. De l’église de Childebert il ne subsiste plus que des chapiteaux de marbre blanc qui ont été dispersés, et des colonnes de marbre de diverses couleurs employées, nous le verrons, dans la galerie absidale. Nous ne trouvons aujourd’hui dans la construction de la^ basilique rien qui soit antérieur aux premières années du xie siècle ; le chœur et l’abside datent de la seconde moitié du xii®. L’extérieur, d’une architecture d’ailleurs très-simple, est en grande partie caché par des bâtiments qui ont servi d’habitation aux religieux. Pour bien juger de l’abside, il faut entrer dans le jardin du palais abbatial. Un porche insignifiant (xvii® siècle) précède la porte occidentale. Cette porte s’ouvre au pied d’un grand clocher ; elle est contemporaine du chœur. Son stylobate, sculpté de cannelures, était surmonté de huit statues nimbées, un évêque, cinq rois et deux reines. Les bénédictins ont cru que c’étaient les effigies de saint Germain, de Clovis, de Clotilde, de Clodomir, de Childebert et d’ültrogothe, de Clotaire et de Chilpéric. 11 est permis d'en douter; on ne peut admettre surtout qu’elles fussent de l’époque mérovingienne. 11 n’y a plus sur le stylobate que des colonnes dont les chapiteaux sont ornés de feuillagès, oiseaux, dragons et autres animaux fantastiques. Les vantaux datent de la fin du xv« siècle; on voit des rinceaux, un mascaron et deux personnages
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tenant des banderoles. L’ogive, avec ses moulures toriques, a été refaite en plâtre. Le bas relief du tympan est très-mutilé ; on y distingue le Christ faisant la cène avec ses apôtres, six à sa droite et cinq à sa gauche. Saint .lean se penche sur la poitrine du Sauveur. Un douzième apôtre, un genou en terre, présente le calice que le Christ bénit.
Une grosse tour quadrangulaire s’élève au-dessus de l'entrée ; elle a été réparée tant de fois, qu’elle ne conserve à peu près rien de son caractère primitif. On y travaillait encore au mois de décembre dernier. A son 'plus haut étage, deux baies cintrées (xiie siècle), accompagnées de colonnes, s'ouvrent sur chacune de ses quatre faces. Une haute flèche couverte en ardoises la surmonte i. Le corps de l’église est en forme de croix. De grands murs, percés de baies en plein cintre, appuyés de contre-forts d’une faible saillie, ornés seulement d’un cordon de billettes et d’une corniche à modillons, forment les parois de la nef. Une porte a été construite, au xviie siècle, à la quatrième travée, sur le côté méridional. Les croisillons sont aussi l’ouvrage de cette dernière époque.
Deux tours, un peu moins hautes que celle de l’ouest, terminées aussi par des flèches, se trouvaient placées dans les angles du chœur et du transept; elles donnaient à Tédiûce une physionomie originale, et le peuple appelait Saint-Germain l’église aux trois clochers. On les a détruites, vers 1822, pour ne pas avoir à faire les frais de leur restauration. Les parties basses en sont encore visibles; elles ont été laissées debout comme appuis nécessaires de l’église.
Le chœur et l’abside sont entourés de chapelles , les unes carrées, les autres polygonales. La chapelle terminale, rebâtie il y a environ trente ans, est une masse de pierre informe qui enlaidit le chevet. Des contre-forts, avec arcs-boutants simples, se dressent
^ Le 2 novembre 1589, Henri IV monta au sommet de cette tour, accompagné d’un seul religieux, pour examiner la situation de Paris. Il fit ensuite un tour de cloître sans entrer dans l’église, et se retira sans rien dire [Histoire de l’ Abbaye).
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autour de la maîtresse voûte. Deux rangs de fenêtres éclairent cette partie du monument. Celles des chapelles sont cintrées pour les premières, puis ogivales au rond-point. Les fenêtres hautes, toutes en ogive, ont pour ornements un cordon de quatre-feuilles, et des colonnettes dont les chapiteaux se font remarquer par l’élégante fermeté de leurs rinceaux. On s’aperçoit facilement que ces dernières baies ont été allongées; nous verrons que cette modification a entraîné la mutilation d’une galerie intérieure. Il en est aussi résulté que les toits du collatéral n’ont plus la pente suffisante. Au sommet des murs s’étend une corniche avec modillons sculptés de billettes, fleurons,, rosaces et autres motifs du même genre.
L’église a deux cent soixante-cinq pieds de long, sur soixantecinq de large environ , et cinquante-neuf de hauteur. En arrivant par la porte principale, on traverse un porche pratiqué dans l’étage inférieur de la tour et voûté en berceau. La nef, accompagnée de collatéraux simples, se partage, dans sa longueur, en cinq travées. Arcs latéraux en plein cintre, d’une largeur considérable; piliers carrés cantonnés de quatre colonnes; chapiteaux sculptés de figures d’hommes, d’animaux, d’entrelacs, de grands feuillages qui prennent un faux air de la feuille d’acanthe; voilà ce qu’était l’œuvre de l’abbé Morard. Mais elle n’a pas traversé un intervalle de plus de huit siècles sans avoir perdu quelque chose de sa forme première. Au xvjie siècle, les bénédictins entreprirent de grands travaux dans la nef. L’abbé Morard s’était contenté de lui donner une couverture en charpente; mais le 6 avril 1644, on commença la construction d’une voûte en pierre, la réédification de tout le transept, la reprise des murs et l’ouverture d’un certain nombre de baies pour amener plus de jour dans l’édifice; les travaux durèrent deux ans. La voûte et les piliers d’ordre composite qui en recevaient les retombées, ont été modifiés tout récemment ; pour vouloir leur donner une certaine tournure archaïque, l’architecte de l’église en a effacé la date. De 1820 à 1824, la nef de Saint- Germain eut encore à subir un remaniement considérable. Il fallut en rétablir en sous-œuvre toutes les fondations ; nous nous souve-
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nons d’avoir vu les arceaux soutenus en Pair par d’énormes appareils de bois. Cette portion de l’église servait, pendant la révolution , de raffinerie de salpêtre, et les eaux corrosives qu’on laissait négligemment couler sur le sol attaquaient les piliers par la base. Les chapiteaux qui soutiennent les arcs latéraux de la nef, ont été refaits pour la plupart. Ou a d’ailleurs pris soin de transporter au palais des Thermes ceux qu’on ne laissait pas en place. Les nouveaux ne ressemblent guère aux anciens; ceux-ci étaient d’un travail singulièrement grossier, mais ceux qu’on leur a substitués n’ont plus aucun caractère. Nous engageons nos lecteurs à voir dans la grande salle des Thermes les vieux chapiteaux du xie siècle*. Ils y sont au nombre de douze, représentant le Christ dans sa gloire elliptique, l’agneau de Dieu, des anges, des saints, Daniel au milieu des lions, des personnages en chasuble qui semblent occupés à la célébration des mystères sacrés, Samson, qui broie dans ses mains les mâchoires du lion de Thamnata, etc., etc. Tous les anciens chapiteaux n’ont cependant pas disparu de la nef. 11 en reste plusieurs aux colonnes engagées dans les murs des bas cotés. Mais , tout en y reconnaissant quelque chose de la disposition primitive, nous craignons bien que ces sculptures n’aient été retouchées par des ouvriers qui auront travaillé au hasard, sans se rendre compte de ce qu’ils avaient à faire. Nous avons remarqué la Visitation, la naissance du Christ, des guerriers vêtus à peu près comme les soldats romains, des syrènes, mâle et femelle, entourées de poissons, des serpents enlacés, des hippopotames qui tiennent de petits animaux entre leurs pattes, et peutêtre, autant qu’une restauration maladroite le laisse deviner, le renard livré aux poules, le loup et la cigogne.
A partir du transept, nous entrons dans le chœur du xii® siècle.
* Le musée de Cluny possède aussi la partie supérieure d’un trèsancien bâton abbatial en ivoire, retiré d’un tombeau, et plusieurs fragments de cercueils en pierre des premiers siècles, qui ont été trouvés, en 18.^4, dans les fouilles pratiquées pour l’établissement d’un calorifère. .
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dont rarcliiteclure noble et vigoureuse s’est maintenue à peu près intacte. La construction en était à peine terminée, lorsque le pape Alexandre 111 célébra la dédicace de l’église le 21 avril 1163, Le même jour, les chapelles absidales, au nombre de neuf, furent dédiées par Hubald, évêque d’Ostie, et par trois autres évêques. Le chœur compte quatre travées; il y en a cinq en pourtour à l’abside; un large collatéral, bordé de chapelles, tourne au rondpoint '.La première travée du chœur, placée entre les deux anciennes tours latérales, est fermée de chaque côté par un mur plein. Là se trouve le maître autel. Dans le reste du chœur et dans l’abside, dix colonnes monostyles, qui ont une certaine analogie avec celles de la nef de Notre-Dame, soutiennent les arceaux. Le cintre et l’ogive sont ici en présence. Les arcs du chœur et ceux des chapelles sont cintrés ; la forme ogivale prévaut dans les arcs du rond-point, dans les dix-sept fenêtres hautes, dans celles d’une partie des chapelles et dans les arcs doubleaux de la maîtresse voûte. Au-dessus des grands arcs, il existe une galerie dont les baies sont aujourd’hui couvertes par des architraves, qui reposent sur des colonnes. Ces baies étaient en ogive, comme on le voit à la portion de galerie figurée en application sur les murs latéraux de la première travée ; elles ont été défigurées, lorsqu’on a voulu augmenter les dimensions des fenêtres hautes. Leurs colonnes sont presque toutes en marbres rares, et proviennent certainement de la basilique de Childebert. Quelques-unes sont en pierre; on a eu le tort de les recouvrir de stuc. Il y a trente ans, au contraire, on les avait toutes uniformément badigeonnées. La sculpture de tous les chapiteaux de cette partie de l’église a été exécutée avec une verve et une variété de motifs vraiment admirables. Ce sont à
1 Lorsque de l’entrée de l’église on porte ses regards vers l’extrémité de l’abside, on est frappé d’une déviation notable dans l’axe du monument. Le chevet fléchit d’une manière très-sensible vers le levant d’hiver. Nous sommes persuadé que cette irrégularité tient à des difficultés de construction, comme il s’en rencontre toujours quand il s’agit d’asseoir un édifice au milieu de bâtiments plus anciens, et qu’elle ne provient nullement d’un parti pris de rappeler la position du Christ sur la croix.
SAINT-GERMAIN DES PRÉS, chaque colonne des rinceaux du style le plus nerveux, des têtes humaines tenant lieu de volutes, des lions, des harpies, de beaux personnages, pleins de gravité, vus à mi-corps et tenant dans leurs mains des branches de feuillages, des oiseaux qui attaquent à coups de becs des têtes d’hommes et de femmes. Il y a là tout un symbolisme à rechercher. Quatre colonnes monostyles se distinguent entre toutes par leurs grands chapiteaux, sculptés chacun de deux rangs d’animaux , lions ailés, griffons, oiseaux, les uns courroucés, les autres pacifiques. Voici un de ces chapiteaux, placé vers le sud; au milieu des lions qui s’agencent autour de la corbeille, il s’en trouve un à visage masculin, un autre à tête féminine.
Il ne faut pas oublier les feuillages et les pattes en relief, au pied des colonnes, sur les angles des bases. Entre la seconde et la
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troisième chapelles au sud, nous avons vu avec étonnement aux coins du socle la représentation de deux pantoufles, l’une brodée, l’autre unie, assez semblables à celles qui font partie du costume épiscopal : c’est le seul exemple de ce genre que nous connaissions.
L’ancien maître autel, rééditié en 1704, a été complètement détruit. La galerie des tableaux du Louvre s’est enrichie des six colonnes de marbre dpolin qui en soutenaient le baldaquin, et qui avaient été apportées des ruines d’une ville romaine en Afrique, sous le règne de Louis XIV. 11 n'est rien resté de la châsse magnifique de saint Germain, ni du devant d’autel de cuivre doré, dont l’arcature encadrait seize figures de vermeil. L’abbé Guillaume 111 fit faire ces riches joyaux en 1408 et 1409. La châsse avait la forme d’une somptueuse chapelle. Les orfèvres y employèrent vingt-six marcs deux onces d’or, deux cent cinquante marcs d’argent, deux cent soixante pierres précieuses et cent quatre-vingt-dix-sept perles. L’autel était encore debout, avec toute sa décoration, en 1792.
On a supprimé les stalles pour convertir le chœur en chapelle.
On a recouvert aussi avec des dalles le puits de Saint-Germain, que nous avons pu voir encore près de la quatrième colonne libre du chœur, au nord. Son e.xistence et ses vertus miraculeuses sont constatées dès le ix« siècle.
La chapelle de Saint-Symphorien, au pied de la nef, vers le sud, n’a maintenant qu’un aspect moderne. Ce fut saint François de Sales qui en fit la bénédiction le 27 avril 1619. Elle ne possède plus le monument qui marquait le lieu de la première sépulture de saint Germain. Les chapelles de Sainte-Marguerite et de Saint- Casimir, au transept, sont ornées de colonnes de marbre. Celle de la Vierge, à fextrémité du chevet, a été reconstruite en mauvais style moderne; le pape Pie VII y posa la première pierre de l’autel.
Sans parler d’une foule de détails d’ornementation moderne, nous citerons encore plusieurs monuments dignes d’intérêt :
Dans une chapelle absidale, quelques débris de vitraux du
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xiiie siècle, représentant Anne et Joachim, l’Annonciation, le Mariage de la Vierge, et peut-être les œuvres de miséricorde. On a refait un panneau ou deux.
Dans le bas côté sud de la nef, une grande statue en marbre, appelée Notre-Dame la Blanche, que la reine Jeanne d’Évreux, donna, en 1340, à l’abbaye de Saint-Denis, et qui, après avoir passé par le musée des Petils-Augustins, a]été transférée à Saint-Germain.
Les statues en marbre de sainte Marguerite, par frère Jacques Bourlet, religieux convers de l’abbaye, 1705, et de saint François Xavier, par Coustou le jeune.
Les tombeaux rétablis vers 1824, mais avec une partie seulement de leur ancienne décoration, du roi de Pologne, Jean Casimir, qui devint abbé de Saint-Germain en 1669, après avoir renoncé à sa couronne, et mourut en 1 672 ^ ; d’Olivier et de Louis de Castellan, tués au service du roi, en 1 644 et 1 669 ^ ; de Guillaume Douglas, dix-huitième comte d’Anguse, prince d'Écosse, illustre guerrier, mort en 1611, et de son petit-fils, Jacques Douglas, tué en 1645, à l’âge de vingt-huit ans, dans un combat près de Douai
Les épitaphes consacrées, en 1819, par les soins de l’Académie, à la mémoire de Nicolas Boileau, de René Descartes, de Jean Mabillon et de Bernard de Montfaucon, dont les restes, recueillis pieusement au musée des Petits-Augustins, furent déposés à Saint- Germain , après la suppression de cet établissement. Boileau reposait autrefois à la Sainte-Chapelle et Descartes à Sainte-Geneviève. Quant aux deux savants religieux , ils sont revenus trouver un dernier asile dans le lieu même de leur première sépulture.
C’est dans l’abbaye de Saint-Denis qu’on voit aujourd’hui ce qui
1 La statue agenouillée, par Marsy; le bas-relief , par Jean Thibaut, religieux convers de la congrégation de Saint-Maur. ,
t Figures et médaillons, par Girardon.
3 Le eaveau des Douglas, où reposaient plusieurs autres personnages de la même famille, était dans la chapelle Saint-Christophe, la seconde du chœur, au sud.
SAINT-GERMAIN L’AUXERROIS
a été sauvé des lombes royales de Saint - Germain des Prés.
L’abbaye de Saint-Germain ne conserve plus rien de son riche trésor, qui a été pillé et dispersé. Dom Bouillart en donne une description accompagnée de planches gravées.
Nous n’avons pas besoin de signaler aux visiteurs les belles peintures murales dont M. Hippolyle Flandrin a décoré le chœur de la basilique. Ce sont des œuvres sérieuses, savantes et de grand style, qui se recommandent d’elles-mêmes à l’.altenlion de tous.
!§»aiiit-€termaiii PAuxerrois.
L’époque certaine de la fondation de celte église n’est pas connue. L’abbé Lebeuf conjecture avec beaucoup de vraisemblance qu’elle aura été construite primitivement pour conserver la mémoire de quelque miracle ou de quelque action extraordinaire de saint Germain d’Auxerre, pendant son séjour en la cité des Parisiens, peut-être même par saint Germain de Paris, qui avait en grande vénération ce saint personnage. D’après les traditions du diocèse, le roi Childebert et la reine Ultrogolhe auraient enrichi de leurs bienfaits la nouvelle église. Comme paroisse et comme collégiale, Saint-Germain l’Auxerrois tenait le premier rang après la cathédrale. En 886, la basilique fut saccagée par les Normands; on l’appelait alors Saint-Germain le Rond, sans doute à cause de la forme circulaire de l’édifice. De nouveaux barbares la dévastèrent encore une fois en 1831 . Mais après quelques années d’abandon, elle est devenue l’objet de toutes les sympathies de l’Administration municipale, et cette restauration a réellement marqué le premier retour notable aux habitudes d’ornementation du moyen âge.
Un chapitre desservait autrefois l’église; il était composé d’un doyen, d’un çhanlre, de treize chanoines et de onze chapelains. Les chanoines exerçaient tour à tour les fonctions curiales. Après de longs débats, le chapitre fut réuni à celui de la cathédrale en 1744, et depuis, l’église a été réduite à l’état de simple église paroissiale.
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SAINT-GERMAIN L’AUXERROIS
Saint Landry, évêque de Paris, fut inhumé à Saint-Germain en 656. Dès le règne de Cliarlernagne, au moins, une école publique, d’une grande célébrité, attirait dans le cloître de nombreux étudiants. Le quai voisin et une petite place près de l’abside en ont retenu le nom de quai et place de l’Ecole, sous lequel ils étaient déjà connus au xiii^ siècle. La vie du roi Robert, par le moine Helgaud, nous apprend que ce prince fit rebâtir l’église. Mais une reconstruction complète a certainement eu lieu depuis. Elle s’est accomplie avec une lenteur extrême. Le clocher appartient au xiie siècle; la porte principale, le chœur et l’abside à la première moitié du xiiie; le porche, la plus grande partie de la façade, la nef L les croisillons, les chapelles de la nef et du chevet datent des xv® et xvie siècles. Un cloître environnait autrefois l’église. La maison du doyen, faisant face au porche occidental , se trouvait placée entre l’église et le Louvre. L’enceinte du cloître était alors exactement fermée. On voit encore dans la rue des Prêtres, sur le côté méridional de l’église, une ancienne maison à pignon de bois, et le presbytère avec sa tourelle, qui peut dater de la fin du xvie siècle. C’est en traversant le cloître de Saint-Germain que l’amiral de Coligny fut blessé d’un coup d’arquebuse, et quelques jours après la cloche de l’église donnait le signal de la Saint-Rarthélemy.
Depuis leur origine, le Louvre et les Tuileries sont paroissiens de Saint-Germain l’Aiixerrois. Plusieurs enfants de France y ont reçu le baptême, et les rois y venaient en grand appareil remplir le devoir pascal.
Notre planche représente l’église telle qu’elle était autrefois, avec les chapelles qui accompagnaient son portique, la llèche qui surmontait sa tour, une des portes qui fermaient son cloître, et quelques-unes des vieilles maisons qu’il contenait.
Le portique , d’un aspect très-pittoresque, complètement ouvert par sept arcades ogivales, couronné de balustrades et de combles fleuronnés, est l’œuvre de maître Jean Gaussel; il fut construit en 1435. Ses voûtes, sillonnées de fines nervures prismatiques, ont
1 II est sûr qu’on travaillait à la nef en 1423.
4 42 SAINT-GERMAIN L’AUXERROIS
pour clefs un écusson jadis sculpté des armes de France, les animaux symboliques des évangélistes, des rosaces à jour, la Cène et l’adoration du Christ par les bergers C Des consoles représentent, aux retombées des voûtes, un fou avec sa marotte, des marmousets et de petits animaux en diverses attitudes. Au-dessus du porche, le mur de la nef médiane est percé d’une rose à compartiments; deux tourelles élégantes l’accompagnent , et un ange , sculpté de nos jours par M. Marochetti, se tient debout sur la pointe du pignon. Les travées du porche , qui correspondent aux portes latérales de la façade, sont moins élevées que la partie centrale; on a profilé de la différence pour disposer deux petites salles carrées fort curieuses, où le chapitre déposait jadis ses archives et ses objets les plus précieux. Nous mettons ici la plus intéressante sous les yeux du lecteur. Elle est intacte, avec son pavé ancien, son plafond de bois sculpté, ses armoires remarquables par leurs pentures de fer e*par le travail de la boiserie. On lit encore sur les panneaux les titres de certaines pièces qui s’y trouvaient conservées. Quelques meubles anciens y sont placés, entre autres un grand triptique.
PEQARO. ac.
1 La Cène, sculptée en bois sur un médaillon, provient de l’intérieur de Téglise, et n'appartenait pas primitivement au porche.
SAINT-GEKMAIN L’AUXERROIS. i 43
xvie siècle, peint et sculpté, où se voient l’histoire de la faute originelle et la légende de la Vierge.
L’enlèvement des grilles serrées qui garnissaient les baies du porche et celles des petites salles dont nous venons de parler, a modifié notablement le caractère de l’architecture. Toute la décoration intérieure en or et peinture appartient à la restauration récente de l’église, ainsi que les statues posées dans les niches. Le porche n’a gardé que deux figures anciennes, un saint François d’Assise et une sainte Marie Égyptienne, qui tient les trois pains dont elle doit se nourrir au désert. Ces statues ne sont pas sans valeur. Deux petites chapelles, construites aux extrémités du porche, l’une pour la communion, en 4608, l’autre pour le baptême, en 4 639, ont été démolies en 4 838.
Trois portes donnent accès du porche dans l’église. Les deux latérales sont du xve siècle. L’entrée médiane appartient à la première moitié du xiii^. Elle a perdu, vers la lin du règne de Louis XIV, son pilier-trumeau, avec la statue du Christ C et le jugement dernier de son tympan. Mais il lui reste six statues rangées dans ses ébrasures et les trois cordons historiés de son archivolte. Le pilier-trumeau a été rétabli ; une statue toute neuve de la Vierge est venue s’y adosser. Une jolie arcalure, xv® siècle, couvre la boiserie des vantaux. De petites ogives et des colonnettes décorent le stylobate. Les grandes statues, chacune abritée par un dais et debout sur une console, représentent à la droite, non du spectateur, mais du tympan, saint Vincent, diacre et martyr, revêtu des insignes de sa dignité et tenant un livre fermé; un roi barbu, sceptre en main ; une reine; — à gauche, saint Germain, en costume épiscopal ; sainte Geneviève avec son cierge, qu’un diable s’ellorce d’éteindre; un ange au visage souriant, qui tient un chandelier dont la llamme rallumerait le cierge de Geneviève, si le démon pouvait réussir dans son attaque. Les supports sont, dans le même ordrej le préfet qui condamna saint Vincent, un grifl’on, un diable en po.s-
1 C'élail bien un Christ: on en a retrouvé la tête, cl non, comme le prétend Sauvai, un saint Germain.
144 SAINT-GERMAIN L’AÜXERKOIS.
lure peu décente, un homme accroupi, et deux démons de formes hideuses. Anciennement, une inscription gothique, xv^ ou xvi® siècle, se lisait sur une tranche de marbre entre les deux effigies royales, qu’elle nommait Childebert et Ultrogothe. Nous ne pouvons insister ici sur les attributs ni sur les caractères iconographiques de ces statues précieuses. Des colonnes de diverses grosseurs, toutes coiffées de chapiteaux à feuilles élégantes, accompagnent les figures ou passent en arrière.
La voussure comprend un groupe et trente'personnages répartis en trois cordons. Il ne faut pas oublier qu’ils complétaient, comme à Notre-Dame, le jugement dernier sculpté en basrelief au tympan. Au premier cordon, à droite, Abraham assis entre deux arbres et tenant une nappe où sont trois petites âmes ; à gauche, dans la chaudière infernale, trois âmes, dont une est mitrée, et deux affreux démons, dont l’un tourmente les damnés avec une fourche, tandis que l’autre va jeter un malheureux dans les flammes, après l’avoir mis en lambeaux. Six anges, les yeux tournés vers le tympan , et un septième à mi-corps placé à la pointe de l’ogive , remplissent le surplus de cette première rangée. Au deuxième cordon, à droite, les cinq vierges sages, nimbées, modestes, voilées, ayant leurs lampes bien allumées; à gauche, les vierges folles, mondaines dans leur costume, le regard distrait, tenant leurs lampes renversées; à la pointe de l’ogive, deux mains sortant d’un nuage et laissant flotter deux banderoles, où l’on distingue quelques traces de lettres , sans doute les paroles de grâce adressées aux bons et la condamnation des méchants. Enfin, au troisième rang, les douze apôtres , six de chaque côté, assis sous de petits dais , et caractérisés par les instruments de leur martyre, excepté saint Jean, qui a pour attributs le vase d’où sort un dragon, et la palme céleste qu’il porta devant le cercueil de la mère de Dieu. Des traces de coloration étaient encore visibles sur toutes ces figures avant leur restauration. Quelques têtes se font remarquer par leur noblesse, surtout au cordon des apôtres.
Le plan de l’église est cruciforme. Elle a deux cent quarante pieds de longueur totale sur cent vingt de large au transept. Des
SAINT-GERMAIN L’AUXERROIS
bas cotes doubles, bordés de nombreuses chapelles, accompagnent la nef, le chœur et le rond-point de.Eabside. La nef a quatre travées; le chœur en compte un pareil nombre, et l’abside sept en pourtour. Avec ses doubles galeries et ses chapelles, l’édifice occupe une largeur plus considérable que ne semblerait le comporter la proportion du vaisseau central.
A l’extérieur, la nef et ses accessoires sont décorés, suivant le goût du XV® siècle, d’une quantité de balustrades à jour, pignons, gargouilles, consoles historiées, corniches feuillagées et peuplées de petites bêtes; grandes fenêtres à meneaux avec tympans à compartiments multipliés. Des arcs-boutants contre-butent la maîtresse voûte. Les contre-forts se terminent par des clochetons, auxquels se tiennent suspendus des animaux de toutes sortes, oiseaux fantastiques, griffons, singes, loups, chiens de plusieurs variétés, ours muselés et bien d’autres. Aux gargouilles , des montreurs de bêtes annoncent leur spectacle en frappant avec une baguette sur un écriteau, et font exécuter des tours à un singe; un sauvage, armé d’une massue et tout grimaçant, sort de la gueule d’un hippopotame; des monstres s’agitent en mille contorsions; un homme porte un lion sur ses épaules, un autre un singe coiffé d’un capuchon. Les consoles représentent, entre autres sujets singuliers, un mendiant accompagné de son chien, des hommes et des animaux qui se battent, un fou dans une position équivoque, une truie qui allaite sa nombreuse famille, la boule du monde rongée par des rats qui se frayent une sortie pour s’échapper à travers les crevasses, tandis qu’un chat les guette au passage. Les rats, ce sont les méchants qui dévastent la terre ; le chat, c’est le démon qui les attend.
Üne porte, encadrée de vigne et d’autres feuillages, s’ouvre à l’extrémité de chaque croisillon; elle est décorée en outre de niches et de pinacles. Les tympans de ces portes sont évidés, et au-dessus de chacune d’elles, vers le haut de la façade dont elle fait partie , s’arrondit une rose à meneadx flamboyants. Dans les tourelles qui renferment les escaliers, les voûtes supérieures sont sculptées d’animaux, de feuillages, de marmousets , et de nervures disposées en réseau.
L’A ÜXEUUUIS.
Les eliapelles el les collai éraiix de la nef ont pour couverlnie une suite de petits combles en pavillons , dont quelrpies-uns sont devenus de véritables ossuaires. Ou y rangeait autrefois tous les débris humains qui venaient à être découverts dans le sol de l’église, lorsque de nouvelles sépultures étaient creusées à la place de fosses plus anciennes.
Le clocher s’élève dans l’angle formé par la jonction du chœur avec le croisillon méridional. Nous avons dit qu’il appartenait au xiie siècle. On y reconnaît en effet les baies en plein ceintre, les corniches à modillons, les petits piliers carrés, les impostes du style roman. La corniche du couronnement et la balustrade sont modernes. Le xyiii® siècle a décapité cette tour, en supprimant sa liaule flèche de pierre et ses quatre clochetons.
Les chapelles du chœur, au nord, n’ont été construites que dans la seconde moitié du xvie siècle, comme le prouvent les dates gravées au-dessous de leurs gargouilles, 1569-1571. La petite porte, à pilastres cannelés et fronton triangulaire, ouverte vers le nord-est, accuse à peu près la même époque. A l’abside, la structure des chapelles est encore en style gothique, mais de la dernière période. Quant à celles du coté méridional, elles se trouvent envahies et défigurées tant par le bâtiment de la maison curiale que par celui de la sacristie. Des logements à pans de bois et de plâtre, disposés sur leurs terrasses, nuisent grandement à l’aspect de cette partie de l’église. On remarque à la corniche de la chapelle terminale des feuilles frisées, des armoiries et des tronçons de carpe qui, comme on l’assure , font allusion au nom du fon^ dateut.
Les parties du chœur et de l’abside qui se montrent au-dessus des collatéraux et des chapelles, ont éprouvé tant de relnaniementSj que leurs caractères primitifs se sont effacés d’une manière h peu près complète. Cependant la forme des grandes fenêtres en ogive simple, quelques colonnettes avec leurs chapiteaux de feuilles et les traces d’une corniche à grands feuillages, sont encore des preuves incontestables d’une construction opérée au xiii'* siècle. On découvre même, en y regardant de près, le point
SAINT-GEIÎMAIN L’AEXEKHOIS.
(le soudure de raucieii chœur avec le transept plus nouveau.
L’architecture intérieure est fort simple. Après avoir assigné à chaque partie de l’édifice sa date véritable, nous ne croyons plus nécessaire d’insister sur les caractères d’architecture ou d’ornementation qui confirmeraient nos assertions. C’est un travail que chacun peut faire sans difficulté en étudiant le monument. Nous avertirons toutefois nos lecteurs qu’il faut un peu se tenir sur ses gardes dans un édifice comme celui-ci , auquel on ne cesse depuis si longtemps de travailler, tantôt pour l’habiller à la moderne, tantôt pour lui rendre son costume du moyen âge. Les seules sculptures d’ornement de la nef et de ses collatéraux ou chapelles, consistent en plusieurs clefs de voûtes d’un travail soigné. Elles portent les figures de saint Vincent et de saint Germain, qui se partageaient le patronage de l’église; de saint Jacques le Majeur, de saint Landry, de saint Christophe qui traverse un torrent avec le Christ enfant sur ses épaules. La plus gracieuse de toutes est le saint Germain en habits épiscopaux, peint et doré, qui se détache sur une rosace à jour, à la dernière travée de la chapelle de la Vierge. Quelques-unes paraissent avoir été armoriées. Les colonnes, réunies eu faisceaux, n’ont pas de chapiteaux. Les meneaux des fenêtres basses ont été refaits pour la plupart; mais ceux des hautes fenêtres sont demeurés intacts. Les nervures se croisent régulièrement à chaque travée.
Dans le transept, le mur de face de chaque croisillon est percé à jour presque dans toute sa hauteur. La base du clocher embarrasse de ses lourdes baies en plein cintre une partie du croisillon méridional.
Le chœur était encore fermé, en 1744, par un splendide jubé, dont Pierre Lescot avait dessiné l’architecture, et qui avait été sculpté de la main de Jean Goujon. Les marguilliers et le curé, à peine devenus maîtres de l’église après la suppression du chapitre, renversèrent cette précieuse clôture, sous prétexte de mieux ouvrir le sanctuaire aux regards des fidèles. Le Christ au tombeau et les quatre Évangélistes, bas-reliefs en pierre, qui remplissaient l’entablement du jubé, sont entrés, après bien des vicissihules, dans
1 48 SAINT-GERMAIN L’AÜXERROIS.
la cülleclion de la renaissance, an Louvre. Les nouveaux possesseurs de l’église n’étaient pas satisfaits. Il leur fallait un chœur à la moderne, purifié autant que possible de la barbarie (joüiique. Un architecte, nommé Racarit , présenta un projet de décoration dont l’Académie des Arts accepta la responsabilité , en y donnant une éclatante approbation. Les vieilles colonnes furent sillonnées de cannelures ; les feuillages en crochets de leurs chapiteaux se transformèrent en guirlandes; on défigura, autant que possible, les ogives, en taillant des panneaux et des caissons au-dessus de leurs archivoltes. Les fenêtres eurent aussi leur part de cette restauration déplorable; les voûtes seules, qu’on ne pouvait remanier sans péril, en furent à peu près exemptées. Ce qui parut merveilleux aux Académiciens de 17i5, tout le monde le trouve informe aujourd’hui. Malgré tant d’efforts, le sieur Racarit n’a pas entièrement réussi à faire oublier la date réelle du chœur et de l’abside; elle est encore inscrite en grands traits dans la forme générale.
Treize chapelles environnent le chevet. Quatre travées sont occupées par une salle de service, par la sacristie et par une porte latérale. Toute la décoration a été renouvelée , et les dernières restaurations, celles-là même qui se sont exécutées en style du moyen âge, ont encore fait disparaître bien des choses Intéressantes, traces de peintures, piscines, armoiries, inscriptions et fragments de tombeaux. C’est surtout dans les collatéraux du chœur qu’on peut surprendre les indices des agrandissements .successifs de l’église. Les architectes des xve et xvie siècles n’ont pas osé reprendre les piles en sous-œuvre; ils se sont contentés de faire des trouées dans les murs et de façonner tant bien que mal des massifs en piliers. L’éi)itaj)he du doyen Pierre de Cérisay, conseiller au pailement de Paris, que nous avons relevée, il y a peu d’années, dans la troisième chapelle du chœur au sud , constatait qu’un peu après 1506 cette chapelle avait été reculée et reconstruite pour l’accroissement de l’édifice.
Saint - Germain possédait autrefois une nombreuse série de vitraux. L’abbé Lebeuf attribuait ceux du chœur au commencement du xiV-' siècle; il n’en reste plus un seul panneau. Ceux de la nef
SAINT-GERMAIN L’AUXERUOIS.
liO
furonl supprimés vers 1728, quand, pour la rendre plus elaire, on f^ratla les fonds d’azur ei les (leurs de lys d’or de sa voûte et de ses colonnes; ils représentaient les miracles opérés pendant la translation de saint Vincent et la légende de saint Germain d’Auxerre. Les vitraux conservés datent des xve et xvie siècles; ils garnissent les deux roses du transept, les quatre fenêtres du croisillon septentrional et deux fenêtres du croisillon méridional.
Rose du nord. — Au centre, le Père Éternel, en costume de pape; autour de lui, plusieurs cercles d’anges et de chérubins, de martyrs, de confesseurs. Parmi les martyrs, saint Vincent, sainte Agnès, sainte Marguerite, sainte Catherine, sainte Marthe. Parmi les confesseurs, saint Germain d’Auxerre et saint Louis. Dans les angles, au-dessus et au-dessous de la rose, les quatre Pères de l’église latine.
Fenêtres du croisillon septentrional. — Dix -huit sujets de la Passion depuis la Cène jusqu’à la mise du Christ dans le tombeau ; quatre prophètes tenant des banderoles déroulées; plusieurs éj)isodes du sacritice d’Abraham. Neuf sujets des miracles et des actions du Sauveur, depuis les noces de Cana jusqu’à l’expulsion des marchands du Temple; un donateur, en cotte d’armes blasonnée, suivi de ses deux fils; une donatrice accompagnée de ses trois filles, dont la dernière est une religieuse; plusieurs prophètes; des anges. Un saint Pierre plein de noblesse et dessiné de main de maître; sainte Anne instruisant la Vierge et patronant une donatrice ; plusieurs scènes très-intéressantes du martyre de saint Vincent ; une suite de charmantes ligures de saintes femmes , entre autres sainte Claire, sainte Catherine, sainte Julitte et son (ils saint Cyr, une reine qui instruit ses deux fils, une sainte Madeleine vêtue de sa longue chevelure d’or, et enlevée par des anges.
Rose du sud. — L’Esprit Saint, en forme de colombe, descend des cieux au milieu d’une gloire rayonnante; des fonds d’azur, semés de (lammes d’or, brillent à tous les compartiments; la Vierge et les Apôtres reçoivent les premiers l’effusion de la grâce et de la lumière, qui vont ensuite se répandre sur un nombreux chœur de disciples et de saints; les attitudes des personnages expri-
loO ■ SÂINT-CEUMAIN l/AUXERROIS.
ment l’enlliousiasme qui exalte leurs âmes à cel instant solen-
nel.
Fenêtres du croisillon méridional. — Toutes deux appartiennent à une époque un peu avancée du xvie siècle. Dans un vestibule de la plus riche architecture, à colonnes d’or et de porphyre, le Christ présent, au milieu des Apôtres, fait toucher son côté à saint Thomas, pour le convaincre de sa résurrection. Plus haut, les Apôtres assistent à l’ascension du divin maître, A la seconde fenêtre, onze Apôtres sont réunis autour du tombeau de la mère du Christ, et comme celui de Jésus, ce sépulcre est vide pour toujours. Marie glorifiée, pleine de douceur et d’humilité, s’élève vers le ciel, entourée d’esprits célestes qui chantent ses louanges et célèbrent son triomphe. Un ange apporte la ceinture de la Vierge à saint Thomas, qui doutait celte fois encore, et dont l’incrédulité cède aussi à ce nouveau prodige. Dans le tympan , la Vierge est couronnée par le Père Éternel. A la pointe de l’ogive, un puits rappelle sans doute que les Pères donnent à Marie le titre de Puits des eaux vives.
Tous les vitraux que nous venons de citer se distinguent par la vivacité du coloris, par l’agencement pittoresque des costumes, par mille détails d’une piquante originalité Les uns s’ajustent dans une ornementation gothique, les autres dans un encadrement de la renaissance. Les scènes se passent soit au dedans, soit à l’extérieur de petits édifices spirituellement composés. On pourra trouver que les dais qui surmontent les sujets, dessinés avec finesse, mais peints seulement en grisaille, occupent une place quelquefois trop considérable. Les têtes, les mains, les parties nues se sont fortement oblitérées dans un grand nombre de panneaux, par suite de l’imperfection des verres employés, ou de l’insuffisance du trait. De nombreuses armoiries, de l’éclat le plus brillant, conservent la mémoire des donateurs, au bas des fenêtres dont ils ont généreusement payé le vitrage.
Aucune église n’a reçu, dans ces dernières années, un plus grand nombre de verrières modernes que Saint-Germain l’Auxerrois. Elles remplissent la rose occidentale, les dix basses fenêtres
SAlNT-r.ERMVIN L’AUXERUOIS.
(le la nef, les tympans des portes du transept, les cinq fenêtres hautes du fond de l’abside, les vingt et une fenêtres des chapelles du chevet. Ces vitraux ne sont pas tous de la même valeur, il s’en faut. Quelques-uns, nous ne pouvons nous empêcher de le dire, ne sont nullement dignes de la place qu’on leur a faite. Les meilleurs sortent des ateliers de MM. Maréchal et Lusson. Une imitation très-exacte de plusieurs panneaux de la Sainte-Chapelle, exécutée par les soins de MM. Didron et Lassus, mérite aussi de notre part une mention honorable.
Les peintures des chapelles, les autels, les boiseries, l’orgue d’accompagnement, les confessionnaux, les grilles ont été restitués en style gothique. Comme architecte de la fabrique, M. Lassus a dirigé la plus grande partie de ce travail.
La chapelle de Notre-Dame, qui occupe toute une galerie du bas côté méridional, se distingue surtout par la richesse de sa décoration. C’est une petite église complète, avec stalles, orgue, chaire, clôture en boiserie sculptée, autel enrichi de bas-reliefs. Au rétable, un arbre de Jessé, chargé de figures royales, entoure de ses branches une Vierge en pierre, xiv« siècle, qui provient d’une église de la Champagne i. Dans le second des quatre oratoires latéraux de cette chapelle, renlèvemeiit du badigeon a mis à découvert, en 1838, les resles d’une peinture murale des premières années du xvi^ siècle, représentant un cimetière avec sa croix monumentale, dont le sol s’entr’ouvre et dont les morts ressuscitent à la voix des anges. Ou a aussi retrouvé, dans le même oratoire, en face de cette peinture, trois statues qui étaient restées longtemps cachées derrière une boiserie moderne, et qui sont contemporaines de la chapelle. Les ligures, rehaussées d’or et de couleur, servaient de retable à l’autel. La Vierge est assise sur un trône 'Ct porte son fils; à sa droite, ou voit un saint évêque également assis; à sa gauche, un saint diacre debout; probablement saint Germain et saint Vincent, désormais inséparables dans
^ Une autre Vierge en bois peint, xiv^ ou xvc siècle, a été placée audessus de la porjë du cloéhet, dabs lé bas-côté, au sud du cHoeur.
152 SAINT-GERMAIN L’AÜXERROIS.
cette église. Le saint Germain est en bois; les deux autres statues
sont en pierre.
La chapelle de Notre-Dame de Compassion , à l’extrémité du bas côté septentrional, possède un très-grand retable en bois, des derniers temps du style gothique, travaillé avec une incroyable patience, et couvert d’une multitude de figures. Il a été tiré d’une église de la Relgique. La généalogie et l’histoire de la Vierge, la vie et la mort du Christ en ont fourni les principaux sujets.
L’église conserve quelques parties de son ancien ameublement, son grand orgue, sa chaire et ses stalles. Mais nous n’en avons rien à dire. Nous citerons seulement le banc d’œuvre, qui avait été disposé pour recevoir la famille royale aux jours des grandes solennités. Il fut exécuté, en 1684, sur les dessins de Lebrun, par François Mercier, maître menuisier. Des colonnes et des pilastres d’ordre ionique y soutiennent un somptueux baldaquin, et des panneaux à jour sculptés de rinceaux en forment la clôture. Les grilles du chœur, en fer poli , avec ornements de bronze, passent pour un des plus beaux ouvrages de la serrurerie du dernier siècle.
Saint-Germain était riche autrefois en tombeaux des xvi® et XVII® siècles. Le Louvre lui avait envoyé une foule de morts illustres, tantôt des officiers de la maison royale, et tantôt des artistes auxquels nos rois accordaient dans les galeries de leur palais une noble hospitalité. A côté des chevaliers des ordres, des chanceliers, des gentilshommes , des secrétaires d’État, reposaient le poète Malherbe, le savant André Dacier, les peintres Coypel, Rouasse, Stella et Santerre ; les sculpteurs Sarazin, Desjardins, et Coyzevox, le fondeur 'Warin, l’orfèvre Ralin, le graveur Israël Sylvestre, les architectes Louis Levau et François Dorbay, le géographe Sanson, le comte de Caylus, si célèbre par ses travaux sur l’antiquité. Nous n’avons fait que nommer quelques-uns des plus notables^
Le 25 avril 1617, le peuple en fureur se précipita dans l’église, dès le point du jour, pour mettre en pièces le cadavre du maréchal d’Ancre, tué la veille aux portes du Louvre, et déposé à Saint- Germain, dans un caveau, sous la tribune de l’orgue.
SAINT-GEKMAIxN L’AUXERROIS.
Les seuls monuments funéraires qu’on rencontre aujourd’liui dans réglise, sont les effigies en marbre, par Laurent Magnier, d’Étienne d’Aligre et de son fils, tous deux chanceliers de France, morts, le premier en 1635, le second en 1677; deux statues et plusieurs bustes aussi en marbre, accompagnés d’inscriptions, et provenant des mausolées que la maison de Rostaing avait jadis à Saint-Germain l’Auxerrois et dans une chapelle du monastère des Feuillants; l’épitaphe d’une dame de Mortemart, duchesse de Lesdiguières, morte en 1740; plusieurs marbres modernes sur lesquels on lit les noms de personnages qui ont vécu de notre temps L De grands caveaux, creusés en 1746 et 1747 sous la nef entière, pour l’inhumation ordinaire des paroissiens, existent encore. Ils renferment des ossements rangés avec symétrie comme dans un charnier.
Nous avons indiqué quelques sépultures de magistrats, d’artistes, de savants. Après les sages, il nous reste à parler d’un fou. « Charles V ne s’est pas contenté, dit Sauvai, d’avoir des fous et des plaisants ; il leur a encore dressé des mausolées, presque aussi superbes que celui du connétable Du Guesclin. Car j’apprends des registres de la chambre des Comptes qu’il en fit enterrer un dans l’église de Saint-Germain l’Auxerrois. Sur une grande tombe de marbre noir était couchée de côté une figure peinte et grande comme nature, dont la tête et les mains étaient d’albâire , les cuisses, les jambes, les pieds et le corps de marbre blanc, et qui servit de modèle au mausolée qu’il fit faire en 1375, à ïhévenin, autre fou , dans l’église de Saint-Maurice (de Senlis), par Hennequin de la Croix. » Cette tombe si singulière n’existait déjà plus du temps de Sauvai. On sait que celle de Senlis coûta vingt-huit livres seize sous parisis; elle n’était qu’en pierre de liais. Mais celle de Saint-Germain, dont la matière était plus précieuse, dut coûter davantage à l’épargne du bon roi.
1 Quelques monuments ont été recueillis au musée de Versailles et dans celui du Louvre. Les débris de quelques autres se sont retrouvés dans le cours des travaux de restauration ; ils seront rétablis, on l’assure du moins.
SAINT-SÉVKniX.
^aîiil-^éveriii.
L’église paroissiale de Saint-Séveriii doit son origine à un oratoire érigé sur la sépulture d’un pieui solitaire du même nom, qui vécut en ce lieu au vi® siècle, du temps de Cliildebert Ce saint Séveriii, dit le père Du Dreul, était reclus en une celle ou cliambrette à Paris, s’exerçant de tout son pouvoir à contemplations divines, et il donna l’babit de religieux à saint Cloud. » L’oratoire fut brûlé et détruit pendant les incursions des Normands. C’était peut-être saint Cloud qui l’avait consacré à la mémoire de son maître. En i 050 , le roi Henri Pr, qui le possédait comme une ancienne fondation des rois ses prédécesseurs, en lit concession à l’évêque de Paris, Imbert. Plus tard, on confondit saint Sé vérin, moine et solitaire, avec un autre saint Séverin , fondateur de l’abbaye de Cbàleaulandon, (jui avait guéri miraculeusement le roi Clovis en lui imposant sa chasuble.
Rebâtie vers la lin du xi^ siècle, l’église reçut le titre d’arcliipresbytérale, et se trouva le chef-lieu d’une immense paroisse, qui comprenait à peu près toute la région méridionale de Paris. L’état actuel de l’édilice prouve qu’une reconstruction fut entreprise au xin® siècle. En 1347, le pape Clément TI accorda des indidgences aux lidèles qui contribueraient à l’œuvre de l’église ; elles furent renouvelées en 1458. Les marguilllers prirent la précaution d’acheter, en 1445 et 1 448, le terrain nécessaire pour un futur agrandissement de l’église. La première pierre du bâtiment projeté fut posée le 12 mai 1489. Trois ans après, on commença la chapelle de Saint-Sébastien. Vers 1490, on abattit la chapelle de la Conception, près de l’entrée du chœur, au nord, pour faire place au développement du collatéral, et le titre en fut transféré dans une des chapelles du chevet. L’évêque de Paris, Jean Simon, célébra la bénédiction de la partie neuve de l’église, du maître autel, et de ceux de plusieurs chapelles, le 30 mars 1495.
Le 12 février 1498, Micheaul le Gros commençait les chapelles du eûlé méridional, vers le eiinelière. Les chapelles <1u nord sont
ÉGLISE SAINT SÈVERITl
SALNT-SKVhRIN. i:>j
.'i peu près (Je la iiuînie é[)oque ; il paraîl seulement que quelquesunes existaient (J('tjà en 1481. Le trésor et la sacristie furent bâtis en 1540. Dans la seconde moitié du xvii“ siècle, en 1673, on édifia la chapelle de la Communion, et celle de Saint-Sébastien fut défoncée pour lui servir d’entrée.
Ce fut dans le même temps que la fabriciue fit disparaître l’ancien jubé, et que le sanctuaire re(;ut une décoration moderne , dans le genre de celle qui fut infligée un peu plus tard au chœur de Saint- Germain l’Auxerrois. Tels sont les renseignements que l’abbé Lebeuf et d’autres auteurs ont extraits des archives que l’église possédait jadis. Une inscription sur cuivre, appliquée au second pilier du bas coté méridional, constatait qu’il avait été dressé eu 1414, aux dépens de la succession d’Antoine de Compaigne, enlumineur de pincel , et de sa femme Oudette.
Si la valeur des textes est grande, l’élude des diverses parties du monument dont il s’agit de déterminer l’âge est bien plus importante encore. Ainsi, les archives de Sainl-Séverin gardaient un silence absolu sur des travaux considérables exécutés au xiii® siècle, et si nous n’avions l’édifice lui-même pour contrôler leurs indica- 1 lions, nous devrions penser que rien n’y était antérieur à 1 350 environ. 11 en est tout autrement, comme nous le verrons un peu plus loin.
L’église a la forme d’un parallélogramme terminé par une abside demi-circulaire. 11 n’existe pas de transept. Le clocher s’élève sur la façade à l’angle nord-ouest. C’est une tour carrée, d’une structure élégante et fine, percée de deux étages de longues baies ogivales, avec de jolies colonneltes dans les ébrasures. La forme et le travail des chapiteaux, les moulures des arcs ne perinelteni pas d’assigner à la construction une date moins éloignée que le milieu du xnie siècle. Le couronnement, avec ses clochetons et sa balustrade, est postérieur d’environ deux cents ans. Celle tour se termine par une flèche très-aiguë, décorée de lucarnes et coiffée dbin lanternon. La pointe s’en fait apercevoir de toute l’étendue ' des quais. Un porche voûté, d’un bon style, occupe l’étage inférieur du clocher; jusqu’à nos jours, il a servi d’entrée principale
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à l’rglise. Sa porte est accompagnée de colonnes et bordée de cordons toriques à l’archivolte; une arcature ornée d’animaux et de pignons, en tapisse les parois. On distingue encore sur le stylobate les vestiges d’une inscription, en petites lettres capitales de la fin du xnie siècle, qui relatait les diverses charges auxquelles étaient tenus les fossoyeurs de Saint-Séverin, entre autres celle de nettoyer les voûtes et toute l’église le jour de la saint Martin d’été, à cause de la dédicace, dont la fête se célébrait le surlendemain. Déjà mutilé depuis longtemps, ce rare monument d’épigrapbie a presque disparu à l’époque des dernières réparations du portail. Deux lions, que nous croyons du xvie siècle tout au plus, et qui nous paraissent avoir servi de supports à quelques armoiries, sont encastrés à droite et à gauche de la baie. Il se trouvait de ces figures de lions aux portes d’un grand nombre d’anciennes églises; de là cette formule qui termine certains jugements prononcés par l’autorité ecclésiastique, au seuil des temples, datiim inter duos leones.
Le bas-relief du tympan vient d’étre rétabli; il représente saint Martin donnant à un pauvre la moitié de son manteau. L’église de Saint-Séverin possédait, depuis le xiv^ siècle, un morceau du ce glorieux vêtement ; elle renfermait aussi une chapelle dédiée au charitable évêque de Tours, qu’elle vénérait comme un de ses principaux patrons. Quand saint Martin partage son manteau, il est toujours à cheval. Aussi les voyageurs le prenaient-ils pour leur protecteur, et soit à leur dépari, soit à leur retour, ils venaient attacher auprès de son image les fers du cheval qui leur avait servi de monture. Les vantaux de la porte, ici placés au-dessous du saint Martin cavalier, en étaient autrefois tout couverts.
La façade occidentale de Saint-Séverin n’offrait pour entrée qu’une simple baie en ogive, sans aucun ornement. Mais, en 1837, on y a transféré la décoraiion architecturale de la porte de l’église Saint-Pierre aux Bœufs en la Cité, qui venait d’être démolie. Il y a douze colonnes que séparent des gorges sculptées de feuillages et de rinceaux. L’archivolte en ogive a des crochets en saillie et des moulures toriques. Un bas-relief, exécuté depuis la réédification de la porte, remplit le champ trilobé du tympan. A part quelques
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reslauralions, la porte de Saint-Pierre date de la première moitié du XIII® siècle. Elle garde encore ses vantaux, xvii® siècle, où les saints apôtres, Pierre et Paul, figurent en médaillons. On surprend, au bas de la façade de l’ouest, quelques ogives d’un style plus ancien que celles du porche^. Au xvi® siècle appartiennent les parties supérieures, galerie à jour, rose flamboyante, balustrades, corniche à feuillages frisés où se jouent de petits animaux. La statue de la Vierge, debout sur le sommet du pignon, n’a été sculptée qu’en 1842.
Toute la ceinture des chapelles, ainsi que la majeure partie du grand vaisseau, accuse lea xv® et xvi® siècles. Seules les trois premières travées de la nef révèlent un style tout différent. Le xm® siècle y a mis sa signature dans les arcs-boutants, dans la forme des fenêtres, dans l’entablement rehaussé de grands feuillages. Des frontons, tout couverts d’arcatures et de moulures en treillis , surmontent les chapelles. Les contre-forts sont munis d’arcs-boutants et chargés en tête par des clochetons. Des gargouilles, façonnées en oiseaux et en quadrupèdes, rejettent les eaux loin des murs. Des feuillages serpentent dans les corniches. A l’angle nord-ouest des chapelles, une niche élégante renferme un saint Séverin tenant une crosse à la main. Auprès de cette ligure, une inscription gothique invite à prier pour les âmes des trépassés^, et l’ajustement du cadre de l’horloge se fait remarquer par son petit arc ogival , avec feuillages et fleurons du xv® siècle. Du coté du midi, un presbytère moderne a pris la place d’une partie des charniers, et l’ancien cimetière paroissial est devenu un jardin pour le curé. Quelques arceaux des charniers, contempo-
* Une de ces baies, encadrée de dents de scie, pourrait dater de la fin du xii®,sièclc. Il y a eu là des retouches récentes, et si nos souvenirs ne nous trompent, celte même baie était plutôt en plein-cinire qu’en ogive.
^ BONNES GENS Qll P CY PASSES