‹ Itinéraire archéologique de ParisChapitre 17 sur 41 · SAINT-MERRY · texte numérisé non relu

SAINT-MERRY

sainteté de sa vie l’avaient déjà rendu célèbre. Son corps fut inhumé dans la chapelle de Saint-Pierre. Bientôt, la dévotion des peuples s’habitua insensiblement à considérer Saint-Merry comme le patron véritable du lieu où reposaient ses reliques. Une première translation du corps fut opérée en 884. Peu de temps après, Eudes le Fauconnier, un des guerriers qui avaient le plus contribué à chasser les Normands des murs de Paris, fonda la première église qui porta publiquement le nom de Saint-Merry avec le titre de Saint-Pierre. Quand on démolit cet édilice, du temps de François pour construire celui qui existe encore, on trouva dans un cercueil de pierre les restes du fondateur, dont les jambes étaient encore chaussées de bottines en cuir doré *. L’église Saint-Merry devint paroissiale au moins dès le xii® siècle, et collégiale au plus tard dans les premières années du siècle suivant. Des quatre églises desservies par des chanoines qu’on appelait vulgairement les Filles de Notre-Dame , parce qu’elles relevaient directement du chapitre de la cathédrale, celle-ci était la troisième. Le chapitre de Saint- Merry se composait, en dernier lieu, d’un chefcier qui exerçait les fonctions curiales, de six chanoines et de six chapelains.

L’édifice que nous avons à décrire fut commencé de 1 520 à 1 530; il n’a été terminé qu’en 1612. Il paraît que les architectes qui se sont succédé auront suivi assez lidèlement le plan primitif. L’architecture, tout entière de style gothique sauf le clocher, n’offre aucune de ces brusques modifications trop communes dans les édifices, dont les travaux se sont ainsi poursuivis pendant de longues années.

La façade occidentale est d’une riche ornementation, toute couverte de pinacles, de clochetons, de voussures et de corniches feuillagées. On entre de ce côté par trois portes ogivales, couronnées de crossettes et de fleurons, accompagnées de niches et d’arcatures trilobées. Des feuilles de vigne, refouillées avec

* Le cercueil a été remis en terre vers le milieu du chœur, et sur un carreau de marbre blanc, compris dans le pavé, on lit ces mots, qui étaient gravées sur l’ancien tombeau : hic jacet vir honœ memoriœ Odo Falconarius, huius ecclcfsiæ fundnlor. ara prn eo.

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adresse, serpentent dans les gorges des archivoltes. Des animaux et des marmousets servent de eonsoles, entre autres un petit joueur de cornemuse, coiiïé d’un bonnet tout pareil à celui que nous voyons porter aux jeunes Auvergnats. Douze grandes statues et six petites, toutes en pierre, ont été installées en 1842, dans les niches demeurées vides depuis la révolution. Les dix-huit statuettes posées sous les jolis dais de la double voussure de la porte médiane, sont des moulages pris à Notre-Dame, sur la porte méridionale du transept; ces figures du xiiie siècle ne sont guère à leur place sur un portail du xvi®. On aurait bien dû se dispenser aussi de mettre, dans la compagnie des saints, un démon à la pointe de l’ogive, où le moyen âge sculptait ordinairement l'image de Dieu, Mais les restaurateurs de nos églises n'étaient pas tenus sans doute de connaître ces détails. La boiserie de la grande porte n'a pas été renouvelée depuis la construction du portail; elle est sculptée d’ogives trilobées, de draperies, de feuilles et de petits animaux. La tour monte à l’angle méridional de la façade, au-dessus d’une des petites portes. Ogivale et gothique dans sa partie inférieure, elle prend à ses derniers étages le cintre et les pilastres du xviie siècle. De l’autre côté du portail, une légère tourelle s’élève revêtue d’une arcature, et surmontée d’un campanile de bois travaillé à jour. L’enlèvement des meneaux de la grande fenêtre centrale laisse une lacune fâcheuse dans l’ornementation. Des gargouilles accompagnent le pignon.

Construite sur un plan cruciforme, l’église a deux autres portails. La maison presbytérale ne laisse apercevoir de celui du midi que la pointe du fronton et les deux tourelles terminées en forme de cloches, sur lesquelles grimpent des chimères. Au nord, la façade n’a rien qui la dérobe aux regards; le principal motif de sa décoration est une large fenêtre â meneaux flamboyants. Il en existe une pareille de l’autre coté, mais on ne la voit plus qu’à l’intérieur de l’église. Des maisons se pressent autour de l’édifice dans la plus grande partie de son périmètre, et des cahutes de bois ou de plâtre se sont nichées jusque sur les terrasses de ses chapelles. Ce n’est pas sans difficulté, et c’est seulement par échappées qu’on

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parvient à saisir la suite des arcs-boutants percés d’arcatures trilobées à jour, les balustrades et leurs mascarons feuillagés, les tourelles qui renferment les escaliers, la belle ordonnance des grandes fenêtres à meneaux. Les détails abondent; ils se distinguent par leur finesse.

Une nef à cinq travées précède le transept; le chœur en compte trois, et l’abside sept dans son pourtour. Tous les arcs et toutes les baies étaient en ogive ; le xviii® siècle en a voulu transformer quelques-uns, pour les mettre plus à la mode du moment. L’architecture est celle des dernières années du style gothique , ogives bordées de nervures anguleuses, piliers dépourvus de chapiteaux, meneaux flamboyants dans les fenêtres, nervures prismatiques croisées, clefs fleuronnées. Dans la nef, une petite frise de feuillages mêlés d’animaux court entre les arcs latéraux et les fenêtres hautes. A la voûte centrale du transept, un réseau de nervures s’épanouit autour d’une clef pendante. Dans le chœur et l’abside, il y a de superbes clefs en rosaces. La nef est accompagnée de collatéraux, qui sont bordés chacun de cinq chapelles. Le collatéral du midi est double; celui du nord est simple; mais ses chapelles communiquent les unes avec les autres par des ogives percées dans les murs de refend , ce qui forme comme une seconde galerie. La plupart des travées des basses nefs ont des clefs percées d’ornements à jour; il y reste aussi quelques écussons armoriés qui ont échappé à la proscription des emblèmes héraldiques. Un bas côté simple et treize chapelles environnent tout le chevet. Aux sept travées de l’abside, les arcs sont plus élevés que dans le chœur, ainsi que les voûtes du collatéral et des chapelles. Il y a eu là une reprise ou un changement dans la direction des travaux.

L’églihe Saint-Merry, en fille respectueuse de Notre-Dame , voulut imiter sa mère. Dans le cours du siècle dernier, vers 1753 , la fabrique dépen ;a plus de cinquante mille écus pour convertir en pleins cintres les treize ogives du chœur et de l’abside, pour renfermer les piliers dans des panneaux de stuc, et pour étaler une gloire ridicule à gros rayons dorés dans la travée terminale. Les frères Slodtz conduisirent cet ouvrage. L’un d’eux, Michel-Ange

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Slüdl/, dessina la chaire de la nef, accostée de palmiers et surmontée d’une figure de la Religion. Pour placer ce meuble maté- • riel, il fallut démembrer toute une travée. En 1754, rarcliitecte Richard défonça trois chapelles du coté du midi, pour ouvrir autant d’entrées à la chapelle de la Communion construite sur ses dessins. Les Slodtz ont exécuté quelques sculptures dans cette lourde chapelle, et Charles Coypel en a peint le tableau.

A la cinquième travée du collatéral nord de la nef, un étroit escalier de quinze marches descend dans une chapelle souterraine, qui fut soigneusement rétablie à l’époque de la reconstruction de l’église, en souvenir de la crypte où le tombeau de saint Merry avait été primitivement placé. On s’occupe en ce moment même de restaurer ce monument vénérable, qui servait encore, il n’y a pas longtemps , d’atelier au lampiste et aux balayeurs de l’église. La chapelle est carrée. Sa voûte se divise en quatre travées, dont les nervures retombent, d’une part sur une colonne centrale, de l’autre sur des consoles ou sur des colonnes engagées. Les clefs sont sculptées de rosaces, les chapiteaux et consoles de feuilles de vigne. Le jour arrive à peine par de petites ouvertures à grilles serrées.

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Quelques pierres tombales fort usées par le frottement se voient eà et là dans le dallage. 11 n’est rien resté du monument du fameux Jean Chapelain, l’auteur de la Pucellc, si fort critiqué par Boileau , ni de celui du célèbre Arnaud de Pomponne , ambassadeur et ministre d’Etat sous le règne de Louis XIV.

Jean de Ganay, paroissien de Saint-Merry, premier président du parlement de Paris, et depuis chancelier de France, ayant accompagné Charles VIII à la conquête du royaume de Naples, rapporta de Florence, en 1496, une madone en mosaïque qui était l’œuvre de maître David. 11 en fit présent à son église paroissiale. Aujourd’hui, elle est déposée au musée de Cluny. On ignore malheureusement ce que seront devenues de très-anciennes tapisseries qui représentaient la légende de saint Merry.

Les vitraux de Saint-Merry avaient autrefois une grande réputation. Suivant les renseignements que nous a laissés Levieil dans son Histoire de la peinture sur verre, quatre habiles verriers du xvie siècle, Héron, Jacques de Paroy, Charnu et Jean Nogare représentèrent en concurrence dans le chœur, h droite, l’histoire de saint Pierre, tirée des actes ; à gauche, l’histoire de Joseph, d’après la Bible. Aux vitres de la nef, ils peignirent, d’une part, la vie de saint Jean-Baptiste , de l’autre, celle de saint François d’assise. Ils exécutèrent aussi d’autres sujets pour les chapelles. On admirait dans une de ces chapelles le jugement de Suzanne peint par Jean Nogare, d’après le carton de Jacques de Paroy. Dans l’aile du chœur au midi , un très-beau vitrage en grisaille représentait la vie de sainte Geneviève. Mais, au xvin® siècle, on se plaignait de l’obscurilé de l’église ; il était nécessaire aussi d’éclairer les stucs et les dorures du chœur. La fabrique fit enlever systématiquement, à chaque fenêtre, les panneaux de la division centrale. Pas un vitrail n’est resté complet; les sujets n’ont plus de suite, et ce qui augmente encore la confusion, les morceaux enlevés ont servi à réparer les vitres conservées. Nous mentionnerons sommairement ce que nous avons pu reconnaître. Dans la nef, sainte Agnès, miraculeusement voilée de ses cheveux, et conduite pour être exposée dans un lieu de prostitution; saint François d’Assise,

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entouré de ses disciples, recevant les stygmates, ravi par des concerts célestes; plusieurs sujets de la légende de sainte Anne et de Joachim ; la Vierge travaillant au métier dans le temple, et l’ange qui lui apporte du ciel sa nourriture; sainte Madeleine en chaire, prêchant le peuple, son ravissement par les anges, sa mort ; la vie et les miracles du Christ, la résurrection de Lazare, la guérison de l’aveugle, celle du paralytique ; l’incrédulité de saint Thomas; saint Jean-Baptiste devant Hérode, son emprisonnement, il parle à travers la grille de sa prison, il est décapité; sainte Catherine; sainte Geneviève avec son cierge, qu’un ange rallume. Dans le transept, au milieu de débris rassemblés sans ordre, la guérison du boiteux par saint Pierre; saint Jean-Baptiste ; la Vierge entourée d’anges, et le Saint-Esprit au-dessus de sa tête; le Christ ressuscitant; le Christ assis pour juger le monde. Dans le chœur, plusieurs traits de la vie de saint Pierre, entre autres sa prédication au peuple de Jérusalem et le châtiment d’Ananias; Joseph faisant le récit de scs songes, quittant son père Jacob, descendu dans la citerne, vendu, poursuivi par la femme de Putiphar, mis en prison, etc., etc. Dans les chapelles, un reste de grisaille d’un dessin charmant, qui peut avoir fait partie de l’histoire de Suzanne; une sainte Trinité, sous la forme de trois personnages, absolument semblables, et touchant chacun d’une main un cercle où se lit le texte si connu, ego sum alpha et oméga, primus et Notre-Dame de

Pitié ; saint Martin partageant son manteau; saint Éloi, en costume d’évêque, tenant la crosse et le marteau; saint Merry; saint Michel ; plusieurs apôtres et saints personnages; quelques sujets dépareillés de la vie du Christ et de celle de la Vierge; les Sibylles portant chacune l’emblème de ce qu’elles ont prédit sur la venue et la mort du Sauveur, comme la crèche, la lanterne, le fouet, la croix et d’autres symboles.

L’église possède encore quelques fragments de clôtures en bois de la renaissance, sculptées de colonnes, pilastres, enfants, oiseaux et trophées; un bénitier du temps de Louis XII , en pierre, armorié de France, de Bretagne et des insignes de la Passion ; une trèsjolie peinture sur bois, xvie siècle, employée comme devant d’au-

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