‹ Itinéraire archéologique de ParisChapitre 21 sur 41 · SAINT ÉTIENNE DU MONT . ET E ABBAYE SAINTE GENEVIÈ-F · texte numérisé non relu

SAINT ÉTIENNE DU MONT . ET E ABBAYE SAINTE GENEVIÈ-F

SAINT-ÉTIENNE DU MONT

Huit croix de consécration, sculptées sur des médaillons de pierre, sont incrustées dans les piliers du collatéral autour du chevet; nous les croyons du xiv® siècle; elles s’ajustent chacune dans des quatre-feuilles.

L’académicien Olivier Patru et Pierre Nicole, si célèbre par ses écrits de morale et de théologie, reposent à Saint-Médard. Des épitaphes modernes se lisent dans le chœur sur les sépultures de quelques chanoines de Sainte-Geneviève, qui ont gouverné la paroisse.

ISaiiit-Etieiine du Mont.

L’abbaye de Sainte-Geneviève, fondée par Clovis au sommet de la montagne qui domine Paris, du côté du midi , attira bientôt autour de ses murs une population nombreuse de serviteurs et d’ouvriers employés à la culture des terres. Un prêtre fut chargé spécialement de leur administrer les secours spirituels. C’est là l’origine de la paroisse de Saint-Étienne du Mont. Les fonctions curiales s’exercèrent longtemps dans la crypte de l’église abbatiale. Placée d’abord sous le titre de Notre-Dame, la chapelle où se réunissaient les fidèles, prit dans la suite pour son patron saint Jean l’Évangéliste, et fut appelée Saint-Jean du Mont. Mais au commencement du xiu« siècle, ce territoire avait acquis une telle importance, que Philippe-Auguste le fit comprendre dans la nouvelle enceinte de Paris. La crypte de Sainte-Geneviève ne suffisait plus dès lors au nombre toujours croissant des paroissiens. Aussi, vers 1220, l’évêque de Paris autorisa-t-il la construction d’une église, qui s’éleva sur le côté septentrional de la basilique abbatiale, et qui fut mise sous l’invocation de saint Étienne, le premier martyr. Ce nouvel édifice ne faisait en quelque sorte qu’une même église avec celle de l’abbaye, si bien qu’il n’eut pas d’entrée particulière ; on ne pouvait y arriver que par le portail de Sainte- Geneviève.

Les mêmes causes qui avaient déterminé la construction de Saint-Étienne au xme siècle, en rendirent nécessaire la reconstruc-

SAINT-KTIENNE DU MONT, lion sur un plan l)oaucoup pins vaste, trois siècles plus tard. En 1491, on se préparait seulement à l’agrandir; il parut plus avantageux de bâtir une église entièrement neuve et mieux appropriée aux besoins de la paroisse. Les dispositions à prendre pour une entreprise aussi considérable exigèrent un délai de plusieurs années. Ce ne fut donc qu’en 1517, dans les premiers temps du règne de Erançqislei-, qu’on se mit décidément à l’œuvre. Les travaux commencèrent par l’abside, d’après un usage assez ordinaire. L’abbé de Sainte-Geneviève, Philippe Lebel , fit achever le chœur en 1537, comme le prouvaient jadis ses armoiries et celles de son abbaye, sculptées sur les clefs de voûtes. L’année suivante, 1538, on mettait la dernière main au bas côté méridional de la nef et aux chapelles dont il est bordé. En 1 541 , l’ouvrage avait atteint un tel degré d’avancement, que l’évêque de Mégare y vint célébrer la bénédiction des autels, au nom de l’évêque de Paris. Les permissions accordées par l’autorité diocésaine pour l’application des ofiVandes du carême, constatent que les travaux continuaient en 1552 et 1563. Voici quelques autres dates: le jubé commencé en 1600; la chapelle delà Communion et les charniers, construits en 1605 et 1606 ; les portails, élevés de 1609 à 1617; les perrons et les escaliers, en 1618. La chapelle de la Vierge, au rond-point, rebâtie plus tard aux frais de la fabrique, n’a été bénite qu’en 1661.

Le second jour du mois d’août de l’année 1610, la reine Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, posa la première pierre du grand portail, et donna, pour aider à le construire, une somme de trois mille livres. Tout n’était pas encore terminé en 1624; car, pendant le carême de cette année, une nouvelle quête fut faite dans la paroisse en faveur de l’œuvre. Les travaux avaient duré plus d’un siècle.

Enfin , nous lisons encore sur un marbre noir, encastré dans le mur de la première travée du collatéral de la nef, au nord, qu’en 1626, le 25 février, dimanche de la Sexagésime, sous le pontificat d’Urbain Vllï et le règne de Louis XIll, l’église et le maître autel furent eonsacrés et dédiés à l’honneur de Dieu et de la vierge

SAINT-ÉTIENNE DU MONT

Marie, sons l’invocation de saint Étienne, par révérendissime messire Jean-François de Gondi , archevêque de Paris, sur la requête du curé et des marguilliers. Une autre inscription, placée au-dessous de la première, nous apprend que, pendant la cérémonie, deux filles de la paroisse étant tombées du haut des galeries du chœur, avec la portion de rampe qui leur servait d’appui , furent miraculeusement préservées de tout mal , et que leur chute n’occasionna aucun accident, quoique l’affluence du peuple fût en ce moment très-considérable.

Jusqu’à l’époque de la révolution, l’église fut constamment desservie par un chanoine régulier de l’abbaye de Sainte-Geneviève, qui portait le titre de curé. A la fin du xyi** siècle, il était assisté dans son ministère par une communauté de vingt-quatre prêtres. Le décret du 41 février 1791, qui déterminait la nouvelle circonscription des paroisses de Paris, décida que l’église de Saint- Étienne prendrait h l’avenir le nom de Sainte-Geneviève. Elle devait en conséquence recevoir les reliques, les ornements, les monuments et les tombeaux que possédait l’église abbatiale. Cette disposition ne fut pas exécutée.

Irrégulière et capricieuse dans sa structure, mais pleine de coquetterie et de mouvement, l’église de Saint-Étienne du Mont a l’heureux privilège de charmer les yeux et de séduire les esprits de tous ceux qui préfèrent la variété à la monotonie, la grâce à la correction. Elle est construite sur un plan cruciforme, avec bas côtés et chapelles. Une triple rangée de fenêtres y laisse entrer une abondante lumière; presque toutes sont garnies de meneaux qui se ramifient en diverses combinaisons. Au pourtour de l’édifice, de minces contre-forts, coiffés de clochetons, viennent prêter aux retombées des voûtes un appui nécessaire. Ceux qui montent jusqu’aux parties les plus élevées de l’édifice, sont munis d’arcsboutants. Des gargouilles allongent leurs têtes grimaçantes, ouvrant la gueule pour verser sur les passants les eaux qui descendent des combles. Les trois étages de l’église se dessinent nettement au dehors ; d’abord, les chapelles; puis, les collatéraux qui les dépassent déplus d’une fois leur élévation; enfin, le grand vaisseau

SAINT-ÉTIENNI^ DU MONT, surmonté d’une loîliire aiguë, qui en augmente encore la hauteur. L’arc en ogive domine dans les baies du chœur et de l’abside, non toutefois sans quelque mélange de plein cintre. A la nef, au contraire, il n’y a d’ogives qu’aux fenêtres ouvertes sur les côtés de la maîtresse voûte. A la neuvième travée au sud, il reste un vieux pan de mur, percé d’une fenêtre, qui semble romane par sa forme cintrée et sa moulure ; cette muraille était sans doute mitoyenne entre Saint-Étienne et le transept de Sainte-Geneviève. Au nord, une galerie basse, prolongée au-dessous des fenêtres des chapelles, met en communication le porche qui existe à la seconde travée, avec le charnier qui enveloppe le chevet. La chapelle de la Vierge diffère, par l’extrême simplicité de son extérieur, des chapelles voisines, où l’influence de l’ornementation du moyen âge se fait encore sentir.

Le grand portail occidental, élevé dans les premières années du XVII® siècle, se distingue par l’originalité de sa forme et par la belle exécution de sa sculpture. 11 a perdu les statues de ses niches, les figures et les armoiries des tympans et des frontons. Les balles ne l’ont pas épargné non plus dans les dernières années de nos luttes civiles. Mais quelque regrettables que ces mutilations puissent être, nous craignons plus encore pour lui une de ces restaurations complètes qui renouvellent un monument. Au premier ordre, quatre colonnes composites soutiennent un fronton triangulaire. Les fûts sont cannelés et coupés de distance en distance par des banderoles historiées de rosaces et de palmettes, comme on en voit aux colonnes de l’ordre inférieur du dôme des Tuileries. La facture des chapiteaux est excellente. Les guirlandes qui accompagnent les colonnes , les rinceaux- des frises et des encadrements, les modillons et les rosaces du fronton sont remarquables par l’ampleur du style et par le fini du travail. Dans la région supérieure de la façade, une rose à compartiments s’inscrit sous un fronton demi-circulaire. Une seconde rose est percée dans le pignon, dont la décoration comprend aussi des pilastres cannelés et des vases richement ciselés. Deux petites portes et des fenêtres .à meneaux s’ouvrent dans les parties latérales.

SAiNT-ETlKiNNE DU MOiNT.

La lour des cloches, si bien planlée sur le côté seplenlrional de la nef, semble posée là tout exprès pour ajouter un trait de plus à la piquante physionomie de toutes ces constructions. Elle est svelte , légère, percée de longues baies, les unes en ogive, les autres cintrées. Les ornements de l’étage inférieur appartiennent au style de la lin du xve siècle; ils sont encore gothiques. L’étage qui suit a été modifié, peut-être reconstruit, vers 1625. Une tourelle contient l’escalier ; des gargouilles jaillissent de l’entablement ; une lanterne octogone domine la plate-forme. Au pied de la tour, mais un peu en avant, il existe un porche voûté, dont le bénitier, sculpté d’une tête d’ange, est daté de 1632. Les vantaux des portes de l’église sont contemporains des portes elles-mêmes, et décorés de quelques sculptures.

Le charnier, construit au chevet, n’a rien qui l’annoflice au dehors. On y arrive par l’intérieur de l’église. Il est disposé en forme de cloître, avec pilastres doriques, arcades cintrées et voûtes en berceau. La cour, très-resserrée, qu’il environne était autrefois le petit cimetière. Le grand cimetière occupait une partie de la place qui précède l’église. Une sacristie neuve a été bâtie sur un des côtés du charnier, dont elle rappelle l’architecture. Enfin, en arrière de ce cloître, à l’angle d’une maison du siècle dernier, qui sert de presbytère, on remarque un pavillon carré et une tourelle, dont l’appareil et la corniche à grands feuillages ne peuvent appartenir qu’au xni® siècle.

La gravure que nous publions met à la '^fois sous les yeux du lecteur le portail de Saint-Étienne du Mont, la façade de la vieille église Sainte-Geneviève qui se reliait par un de ses angles à celle de Saint-Étienne, et une partie des bâtiments de l’abbaye, notamment l’ancien réfectoire, devenu aujourd’hui la chapelle d’un lycée impérial.

L’intérieur de Saint-Étienne du Mont n'esl pas moins singulier que le dehors. Les voûtes s’élèvent à une grande hauteur. Celles des bas côtés ne sont pas de beaucoup inférieures à la maîtresse voûtCi Toutes reposent sur de grands piliers ronds, d’environ cinq

SAINT-ÉTIENNE DU MONT, pieds de diamètre ^ montés sur des piédestaux carrés. Pour raffermir ces colonnes et pour atténuer en même temps l’élévation peut-être exagérée des baies latérales , l’architecte a imaginé un procédé bizarre. Au tiers de la hauteur, il a jeté d’un pilier à l’autre un arc surbaissé qui n’a pas plus de deux pieds d’épaisseur, et qui est bordé de deux rangs de gros balustres en pierre. Ce passage étroit circule de chaque côté de la nef, mais sans traverser le transept; il reprend pour faire le tour du chœur et de l’abside. A la rencontre de chaque colonne, une tourelle en cul-de-lampe lui offre un passage demi-circulaire. Cette disposition inusitée ^ a permis de pratiquer, au-dessus des chapelles, de vastes fenêtres qui éclairent le vaisseau central aussi bien que ses collatéraux. Un dernier rang de fenêtres s’ouvre sous les arcs formerets des grandes voûtes. Comme à l’extérieur, le transept forme à peu près la ligne de démarcation entre l’ogive plus constamment adoptée dans le chœur et le plein cintre qui prend le dessus dans la nef. Au fond de l’abside, les arcs du premier rang ont été retouchés et ramenés au cintre, mais d’un côté seulement; les pointes de leurs ogives primitives se retrouvent vers le collatéral.

On compte cinq travées à la nef , trois au chœur et cinq au pourtour de l’abside. Les chapelles se prolongent dans toute l’étendue de l’édifice, même aux extrémités des croisillons. Elles occupent en totalité vingt-deux travées. Partout, les voûtes sont croisées de nervures. 11 reste un certain nombre de clefs pendantes d’une ornementation très-fine et très-variée. D’autres étaient sculptées d’armoiries qui n’ont pu échapper au marteau démocratique. Les voûtes du transept se font remarquer par la profusion de leurs nervures disposées en réseau et de leurs clefs richement décou-

^ Les piliers qui portent le poids de la tour sont d’un volume bien plus considérable. Du côté du nord, la présence de cette tour a rendu également nécessaires quelques autres changements dans la structure des deux premières travées de la nef.

2 II y en a des exemples plus ou moins heureux dans un petit nombre d’édifices du moyen âge, comme dans les nefs de la cathédrale de Rouen et de l’église abbatiale de la ville d’Eu,

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pées. La clef cenlrale surtout est d’une dimension extraordinaire ; elle a plus de deux toises de saillie en dehors du nu de la voûte, et ne peut évidemment se soutenir qu’à l’aide d’une armature de fer. Autour, entre les arêtes, sont sculptés en relief des rosaces, des guirlandes, des têtes d’anges et les symboles des quatre Evangélistes.

Un défaut d’alignement assez visible existe entre la nef et le chœur. L’axe n’est pas exactement le même pour ces deux parties de l’édifice. La conformation du terrain, les reprises successives de la construction , le voisinage de l’église Sainte-Geneviève sont, à notre avis, les seules causes de celte irrégularité. Nous ne pouvons nous résoudre à y voir un raffinement de symbolisme, qui n’était guère dans les idées du xvi® siècle.

Le jubé de Saint-Étienne est le seul qui existe encore à Paris; il passe pour un chef-d’œuvre de stéréotomie. Sa voûte, en cintre surbaissé, hardiment jetée à travers le chœur, les tourelles à jour qui en contiennent les escaliers et qui montent en spirale bleu audessus de la plate-forme, les rampes suspendues en l’air et les minces colonnetles qui forment points d’appui, sont autant de difficultés que rarchilecte s’est proposées pour mieux déployer toutes les ressources de son adresse. Des anges, des palmes, des rinceaux, des entrelacs, des mascarons décorent les archivoltes et les frises. Le jubé se complète de deux portes qui ferment les bas côtés du chœur. Leurs vantaux sont h claire-voie; au-dessus de leur entablement sont assis , au milieu de frontons triangulaires inter rompus, deux adorateurs en pierre d’une gracieuse exécution.

Le buffet d’orgues est une immense et monumentale boiserie du xvn" siècle. Son ornementation comprend des statues et des basreliefs, un Christ ressuscité placé tout au sommet, des anges, des vases, des termes, un saint Étienne lapidé, une sainte Geneviève gardant un troupeau, les vieillards de l’Apocalypse qui adorent l’Ëternel, les femmes des Israélites, qui, sous la conduite de Marie, sœur d’Aaron, célèbrent, au bruit des instruments, le passage du peuple de Dieu au travers de la mer Rouge.

Laurent de La Hire, peintre habile, dessina la chaire , et Claude

SAINT-ËTIENNE DU MONT

Lestocard en fit la sculpture. Un Samsoii la porte sur ses puissantes épaules. Des figures de Vertus , Thistoire de saint Étienne, les Évangélistes, animent les parois de la tribune. Les stalles, les autels, les boiseries des chapelles n'offrent aucun intérêt.

Quand rillustre abbaye de Port-Royal eut été détruite en 1710, et que le moment fut venu de chercher à ses morts un autre asile, on transféra le cercueil de Racine à Saint-Étienne du Mont, où il se trouve encore, déposé dans un caveau de la chapelle de la Vierge, à côté des restes du grand Pascal. Les épitaphes de ces deux personnages sont fixées contre le mur du collatéral du chœur, vers le midi. Celle de Racine avait été oubliée dans l’église du village de Magny-les-Uameaux, où elle faisait partie du dallage, comme tant d’autres pierres tombales extraites de Port-Royal. Retrouvée en 1808, elle ne fut apportée à Saint-Étienne qu’au bout de dix années. C’est Boileau qui a composé cette inscription en latin, pour rendre un hommage suprême à la mémoire de son ami. Une autre épitaphe, dans le bas coté nord de la nef, rappelle les vertus et les talents du célèbre anatomiste Jacques-Bénigne Winslow, membre de l’Académie des sciences, ramené de l’hérésie au catholicisme par les exhortations de Bossuet i. Eustache Lesueur, ce peintre si suave et si gracieux , repose à Saint-Étienne ; mais aucun monument ne marque le lieu de sa sépulture.

A l’époque de la destruction de l’église abbatiale de Sainte- Geneviève, en 1801, on retrouva dans la crypte le cercueil de pierre où le corps de la sainte patronne de Paris avait été déposé, le 3 janvier 511 . Ce tombeau, demeuré vide lorsque les reliques en furent tirées pour prendre place dans une chasse, mais toujours vénéré pendant la suite des siècles, est maintenant conservé dans une des chapelles absidales de Saint-Étienne. Il n’est guère possible d’en approcher pour en étudier la forme , entouré qu’il est sans interruption de cierges allumés et de pèlerins suppliants. De nombreux ex-voto couvrent Ips murs de ia chapelle. Le monument moderne qui abrite le tombeau n’est pas digne de sa destination;

I Ce maibie vient Je l’église Saint-Benoît.

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quelques fragments de la renaissance, provenant du musée des Petits-Augustins, y ont été employés assez maladroitemçnt, entre autres deux jolies colonnes armoriées. Deux grands tableaux votifs, peints par les de Troy père et fils, pour l’église de l’abbaye, et placés dans les collatéraux du chœur à Saini-Étienne, représentent Messieurs de l’hôtel de ville de Paris, réclamant la protection de sainte Geneviève contre les rigueurs de l’hiver en 1710 et contre la disette en 1725.

Saint-Étienne est un riche musée de peinture sur verre. Tl possède encore une collection presque complète de modèles remarquables, depuis le milieu du xvi‘= siècle jusqu’aux derniers peintres qui ont exercé cet art avec quelque succès, au commencement du siècle suivant. Les plus anciennes verrières garnissent les cinq fenêtres hautes de l’abside. Ce sont les apparitions du Christ ressuscité aux disciples d’Emmaüs, à la Madeleine, à sa mère, à saint Pierre, aux trois Maries. Il y en a sept aux fenêtres du troisième rang dans la nef : le lavement des pieds, le Christ en croix, le Christ descendu de la croix, sa résurrection, le couronnement de la Vierge, les saintes femmes au tombeau, le repas du Christ avec les deux disciples d’Emmaüs, l’incrédulité de saint Thomas, l’Ascension. A la rose occidentale, le Père Eternel, en costume de pape; les quatre Pères de l’Église latine; un chœur d’anges qui chantent et jouent de divers instruments. Dans le transept, aux fenêtres les plus élevées, les noms de Jésus et Marie inscrits dans des soleils; le Christ en croix; sa résurrection; la Vierge dans la gloire, environnée de tous les attributs que lui donnent les livres saints , et de banderoles gothiques où se lisent les titres de ces poétiques symboles; plusieurs saints patrons assistant des donateurs agenouillés; des fragments qui proviennent de verrières détruites.

Une des plus belles fenêtres se trouve dans le collatéral nord de la nef. Voici quel en est le sujet : le Père Eternel, assis dans la gloire, tient sur ses genoux le livre des sept sceaux; l’Agneau vient ouvrir le volume redoutable; les vingt-quatre vieillards célèbrent la gloire de Dieu ; des anges versent sur la terre les coupes de la colère divine; les rois et les peuples adorent la Bête qui fait la guerre

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aux saints. Les donateurs, suivis d’une nombreuse famille, sont pieusement agenouillés dans la partie inférieure du vitrail; dans le tympan, sainte Anne préside à l’éducation de sa fille, Marie. Six grandes verrières ont été conservées dans les collatéraux du chœur et de l’abside : 1» la Trinité sainte; les apôtres et la Vierge, réunis dans un magnifique édifice, et recevant, sous la forme de langues de feu, les lumières du Saint-Esprit; 2° la légende de saint Claude, en huit sujets, petites scènes charmantes qui abondent en détails intéressants; 3» plusieurs sujets de la vie de la Vierge et son couronnement dans le ciel, au milieu des anges; 4« le martyre de saint Étienne; un donateur en chape, la crosse à la main; le baptême et la transfiguration du Christ; des anges déroulant de longues et nombreuses banderoles, à la louange du saint nom de Dieu et de la Trinité; le Père et le Fils soutenant de leurs mains le globe du monde, au-dessus duquel plane l’Esprit- Saint; 5» les circonstances miraculeuses qui ont accompagné la naissance et l’enfance de la Vierge; sa mort; Dieu le Père qui la bénit; 6<> l’ordination, la prédication, le martyre, l’ensevelissement de saint Étienne.

Il ne nous est pas possible même de tout mentionner. Nous passons, en parcourant les chapelles, quelques panneaux incomplets ou de médiocre valeur, pour indiquer seulement ce qu’elles possèdent de plus important. Le défaut d’espace, dans un livre comme celui-ci, ne nous permet qu’une simple nomenclature.

Dans la troisième chapelle de la nef, au sud, le Christ assis pour juger le monde ; autour de lui , des anges ; h ses côtés, David et Moïse, saint Pierre et saint Paul, la Vierge et saint Jean-Baptiste. Dans la quatrième, le repas du Père de famille ; les conviés,qui, au lieu de se présenter h la table qui leur était préparée, s’en vont, l’un voir sa femme ; un autre visiter sa maison de campagne ; un troisième essayer une paire de bœufs ; peint en 1568 et. restauré en 1846L Dans la sixième, la multiplication des pains et l’histoire

* Cette verrière a coûté 92 livres 10 sous, y compris la ferrure et le ni d’arclial destiné à protéger le verre.

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(les disciples d’Emmaüs. Dans la septième, la Vierge enfant, instruite par son père et par sa mère. Dans la première du chœur, toujours du môme côté méridional , l’allégorie du pressoir mystique , ou du sang de Jésus-Christ. En présence de Dieu le Père et de l’Esprit-Saint, le Christ est étendu dans un pressoir rempli de son sang. Les docteurs de l’Église recueillent la liqueur sacrée et la mettent en réserve dans des tonneaux. Des prélats et des rois travaillent à faire entrer les tonnes dans le cellier. Des fidèles accourent sous un portique, pour recevoir le corps et le sang du Sauveur. Au dernier plan, les Apôtres et les Evangélistes font la vendange; un charriot, conduit par l’ange de saint Matthieu, traîné par le bœuf, par le lion et par l’aigle, en transporte les produits dans les diverses régions du monde. Sauvai assure que ce vitrail contient les portraits fort exacts du pape Paul III, de Charles-Quint , de François de Henri VIII , du cardinal de Chatillon et de plusieurs autres célébrités historiques. Nous éprouvons quelque peine à croire à une ressemblance aussi fidèle ; elle ne nous a pas frappé, lorsque nous examinions cette peinture. Les personnages sont bien conservés, excepté toutefois un prince en manteau fleurdelisé, dont la tête a été brisée.

On a réuni, il y a seulement quelques années, dans la chapelle de Sainte-Geneviève, des verrières, au nombre de neuf, qui avaient été d’abord posées sous les arcs du charnier. La plupart de ces tableaux présentent, à côté d’un fait évangélique ou d’un symbole chrétien, l'action qui en a été la figure dans l’Ancien Testament. Ainsi , l’Eglise et le temple de Salomon ; l’arche de Noé et le vaisseau de saint Pierre; le Christ lavant les pieds des apôtres, et les prêtres de la loi mosaïque se purifiant au bassin d’airain ; la Pâque et la Cène; la manne et l’eucharistie. On y voit encore Abraham donnant l’hospitalité aux trois anges; Élie appelant le feu du ciel sur l’autel; le péché originel et l’expiation par le sacrifice de la croix ; le miracle de la sainte hostie, qui versa du sang sous le couteau d’un juif; le pain eucharistique exposé dans un splendide ostensoir, qu’environnent les emblèmes de l’ancienne loi et de la nouvelle.

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Les verriers les plus habiles des xvi^ et xviie siècles ont travaillé à toutes ces peintures. On cite les noms de Jean Cousin, de j Claude Henriet, d’Enguerrand Leprince, de Pinaigrier, de Michu, j de François Périez , de Nicolas Desengives, de Nicolas Levasseur, de Jean Mounier, mais sans pouvoir d’ailleurs faire exactement la I part de chacun. Pierre Levieil, dans son Traité de la peinture sur verre, présente à cet égard des conjectures, auxquelles l’étude sérieuse qu’il avait faite des vitraux placés dans les diverses églises de Paris donne une incontestable autorité. Aujourd’hui, grâce aux destructions irréparables accomplies depuis plus de soixante ans, les termes de comparaison manqueraient pour recommencer une étude semblable.

Dans les premières années du xvii^ siècle, Saint-Étienne comptait parmi ses notables paroissiens un riche marchand de vins, nommé Le Juge, qui était en même temps un des plus grands amateurs de peinture sur verre de cette époque. Il aurait volontiers fait vitrer toutes les fenêtres de l’église. La fabrique ne cherchait qu’à modérer son zèle, et peu s’en fallut qu’elle ne l’empêchât de faire exécuter le grand vitrail de l’Apocalypse, dont nous avons parlé, sous prétexte que le voisinage du clocher rendait déjà trop obscure la partie de l’église où cette verrière devait prendre place. L’empressement des paroissiens à donner de la peinture sur verre était tel, que le bureau des marguilliers les avertit à plusieurs reprises de réserver leurs libéralités pour l’achèvement du portail et pour la fonte des cloches. La présidente de Viole, dame d’Andresel , fit faire le vitrail du banquet préparé par le Père de famille; Renault, bourgeois de Paris, paya les frais de celui du jugement dernier, devant lequel il voulut être inhumé; la dame Soufflet-Vert donna 155 livres pour la rose de la façade. Les armoiries des bienfaiteurs sont peintes sur le plus grand nombre des verrières ; il y reste aussi quelques inscriptions dédicatoires.

Le saint sépulcre, posé dans la cinquième chapelle de la nef, au sud, n’est pas sans mérite. Il se compose de huit figures en terre cuite, de grandeur naturelle. C’est une œuvre du xvi^ siècle; elle a été tirée de l’église Saint-Benoît. Un ancien tableau , appendu dans

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EGLISE SAINT EUSTACHE

SAlNT-KUSïACIli:. m

la même chapelle, représente Louis XTIl offrant sa couronne au Christ qui meurt sur la croix.

Un (les derniers curés de Saint-Étienne, M. l’abbé Faudei, a eu l’excellente idée de faire inscrire sur les parois d’une chapelle les noms des personnages illustres qui furent inhumés en diverses églises situées dans la circonscription actuelle de la paroisse, telles que celles de l’abbaye de Sainte-Geneviève, de Saint-Hilaire, de Saint-Étienne des Grès, de Saint-Benoît, des Jacobins, de Saint- Victor, des Carmes et du collège de Navarre.

^ain t-Eu stache.

Une chapelle du titre de Sainte-Agnès , désignée dans une sentence arbitrale de 1213 comme nouvellement bâtie, existait sur la voie de Paris à Montmartre, à peu de distance du grand cimetière des Saints-Innocents. En 1216, elle était déjà le chef-lieu d’une paroisse. Peu d’annnées après, en 1223, il en est fait mention dans une charte, sous le nom d’église de Saint-Eustache, qu’elle n’a plus cessé de porter. On ignore quel aura été le motif de ce changement. Mais de nombreux exemples nous prouvent que le don de quelques reliques suffisait alors pour faire substituer un saint nouveau venu h l’ancien titulaire d’une église. Le souvenir de sainte Agnès n’a cependant pas été mis en oubli, et son culte se trouve encore aujourd’hui associé à celui de saint Eustache. Aucun renseignement n’est arrivé jusqu’à nous sur la structure de l’édifice qui a subsisté jusqu’au xvie siècle.

De l’état de simple chapelle, Saint-Eustache était devenu , en trois siècles, l’église de la paroisse la plus riche et la plus peuplée de Paris. 11 lui fallait un monument proportionné à son importance. Le 19 août 1532, Jean de La Barre, prévôt de Paris et lieutenant général au gouvernement de cette ville, posa la première pierre de l’édifice nouveau, sous le règne de François Dr et le pontificat de Clément Vil. L’architecte qui dirigea les travaux se nommait David. Au bout de quatre ans, l’évêque de Mégare vint célébrer la bénédiction de plusieurs autels. Ce même prélat renouvela, en 1549, la

SAINT-EUSTACHE

meme cérémonie pour d’autres autels, élevés récemment dans des chapelles, qui avaient été terminées depuis la première bénédiction. En 1537 et 1552, rautorilé diocésaine permit d’appliquer au solaire des ouvriers le produit des aumônes offertes par les paroissiens pour la dispense du beurre et du lait pendant le carême. On avait commencé la construction par la nef, et peut-être une partie de l’ancienne église était-elle restée debout sur l’emplacement du chœur actuel, pour servir à l’exercice du culte jusqu’à l’achèvement du bâtiment neuf. Les travaux se poursuivirent lentement, si même ils ne furent pas frappés d’une suspension absolue, pendant les longues années de dissensions religieuses et de guerres civiles.

« Le nouveau bâtiment de l’église Saint-Eustache qui se voit à présent, écrivait le père Du Breul , en 1612, dans son Théâtre des antiquités de Paris, occupe une partie de la nef. Ce sera un des plus beaux bâtiments de l’Europe, s’il peut être parfait comme il a été commencé; car rien n’y manque pour ce qui est de la perfection de l’architecture, soit pour le haut exhaussement, les fenêtres et ouvertures, et aussi l’enrichissement des diverses frises et moulures de toutes sortes et façons. Toutefois, pour la grande dépense qu’il y conviendrait faire, il est demeuré imparfait jusques h présent. »

Le chœur ne fut commencé qu’en 1 624, c’est Sauvai qui nous l’apprend. Les travaux atteignirent leur terme en 1633, selon quelques auteurs, en 1642, suivant d’autres. Plus d’un siècle s’était écoulé depuis la pose de la première pierre. Le plan primitif a d’ailleurs été scrupuleusement observé, et l’architecture présente un caractère d’unité bien rare dans les édifices dont la construction a duré aussi longtemps. Le chancelier Séguier et le surintendant des finances, Claude de Bullion, fournirent des sommes considérables pour accélérer l’achèvement du chœur et de l’abside:

Après la cathédrale, Saint-Eustache est sans comparaison l’église la plus spacieuse et la plus haute de tout Paris. Elle a 318 pieds de longueur totale, et 132 de largeur dans le transept. Son plan cruciforme admet trois grands portails. La façade occidentale, dont te

SAINT-EÜSTACHE.

(joiU barbare choquaü les yeux, pour parler comme les écrivains du dernier siècle, ne fui jamais terminée. C’était, il nous semble, une grande et riche construction, parfaitement appropriée au style de la nef. Nos lecteurs en jugeront, d’après la gravure que nous leur mettons sous les yeux.

Quatre piliers butants partageaient la açade en trois travées. Au centre , s’ouvrait la grande porte d’entrée, accompagnée de niches et de pilastres, surmontée de plusieurs rangs de voussures à personnages. Les deux autres travées devaient servir de bases à deux tours; intérieurement, elles contenaient la chapelle des fonts baptismaux et celle des mariages, peintes à fresque, l’une par Mignard, l’autre par Charles de La Fosse. Ce portail a été démoli avec les chapelles qui en dépendaient ; les architectes Mansard

SAlNT-EUSï'ACHR.

de Jouy el Moreau en ont mis à la place un nouveau, dont personne ne conteste la médiocrité. Deux ordres de colonnes, le dorique et l’ionique, forment un porche au rez-de-chaussée et une tribune extérieure au-dessus. Si le curé de Saint-Eustache jouissait du privilège de donner la bénédiction papale, celte tribune, qui rappelle celle des basiliques de Rome, aurait sa raison d’être; mais elle n’est bonne à rien. Un lourd fronton la surmonte. Trois portes donnent accès dans la nef. Une petite tour, décorée de colonnes corinthiennes cannelées, s’élève du côté du nord. L’autre tour est h peine indiquée. Les travaux, commencés en 1754, furent interrompus après la construction du premier ordre, pour ne plus être repris qu’en 1772.

Les portails du nord et du sud, au transept, appartiennent au style de la renaissance. Celui du midi est le plus ancien des deux; aussi son ornementation offre-t-elle plus de finesse et d’élégance. Ils présentent chacun, d’abord , une large porte cintrée, décorée avec luxe, dont le tympan est à claire voie ; de grands pilastres chargés de rinceaux ; puis, deux étagesde galeries; plusieurs rangs de balustrades; une rose à meneaux; deux clochetons terminés par des lanternons à jour ; une seconde rose à la hauteur des combles, et enfin, sous la pointe du pignon, comme un souvenir de la conversion miraculeuse de saint Eustache , une tête de cerf entre les bois de laquelle apparaît un crucifix. Une ogive, qui se dessine en relief dans chacun de ces pignons, accuse la forme des travées de la charpente. Les monogrammes de sainte Agnès et de saint Eustache se répètent fréquemment dans l’ornementation. Les palmes et les cors de chasse qui les accompagnent, rappellent que ces deux patrons furent martyrs , et que de plus saint Eustache était chasseur. La voussure de la porte du nord se divise en trois cordons ; celle du sud en a quatre. Elles étaient peuplées de statuettes, abritées chacune par un dais ouvragé comme un petit édifice, avec ses niches et ses colonnes. 11 y avait place, dans les ébrasures et dans les cordons de l’archivolte, pour quarante statues à la porte du nord, et pour cinquante-neuf à celle du midi. Les sculptures de cette dernière restent encore inachevées. De charmantes figures de fan-

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taisie onl été commencées en bas-relief sur les panneaux du stylobâte', et des rosaces de l’exécution la plus délicate couvrent les pieds-droits. Un sculpteur d’ornements trouverait ici sur chaque pierre des modèles exquis. Toutes les statues ont élé brisées ou du moins enlevées. Deux des niches principales, du côté du sud, ont leursbases sculptées enfaçon derochers; peut-être contenaientelles le cerf de la légende et saint Eustache converti par l’apparition du Christ. Les portes gardent leurs anciens vantaux; le travail en est des plus simples.

Le flanc méridional de l’église se développe tout entier dans notre gravure. Vers l’angle sud-ouest, le mur qui devait servir d’appui à l’une des tours est encore conservé. Sa décoration consiste en pilastres doriques , triglyphes , métopes et patères. De larges fenêtres à meneaux versent dans les chapelles et dans les nefs une abondante lumière. Trois rangs de balustrades, les unes pleines, les autres à jour, environnent les terrasses des chapelles, des collatéraux et du grand comble. Entre les chapelles, des pilastres composites montent à la corniche; ils sont rehaussés de rosaces, de mascarons, de têtes d’anges, de monogrammes et de divers emblèmes. Dans quelques chapiteaux, on voit se jouer, au milieu du feuillage, des génies, des têtes d’animaux , des enfants qui portent des corbeilles de fruits. Des consoles à feuilles d’acanthe soutiennent le couronnement. Pour maintenir les voûtes à la hauteur énorme qu’elles ont atteinte, il a fallu des points d’appui robustes et nombreux. De solides contre-forts , revêtus de pilastres, les uns doriques, les autres ioniques, s’élèvent de toutes parts, et les arcs-boutants se croisent les uns sur les autres pour s’épauler mutuellement. Aux points de jonction des bras de la croix, ces combinaisons d’arceaux et de piles produisent un effet des plus extraordinaires. Les gargouilles se projettent çà et là en quantité prodigieuse. Celles du rang inférieur sont d’une beauté remarquable , sculptées de figures de femmes, d’hommes et d’enfants, dont le corps se termine en feuillage, et qui pour la plupart portent des ailes. Sur une de ces gargouilles, au midi, on distingue la date de 1629.dLe flanc septentrional, en grande partie masqué

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par de hautes maisons , ne diffère du coté méridional que dans les détails. Il est bon d’entrer dans la cour de la sacristie, pour examiner le riche travail de la chapelle de sainte Geneviève. Le millésime de 1534 se lit sur son chapiteau, entre un Requiescant inpaceeiim Memento mori. Ainsi cette chapelle, la troisième du chœur au nord, était édiliée deux ans après la pose de la première pierre de l’église. Lorsque Sauvai assure que le chœur ne fut pas commencé avant 1634, il n’a donc voulu parler que de la partie médiane, et non des collaiéraux ni des chapelles.

La chapelle de la Vierge, au rond-point, dépasse de beaucoup les autres en volume et en élévation. La forme en est circulaire. Deux étages de fenêtres à meneaux l’éclairaient; on a muré celles du premier rang. Le comble qui la couvre se termine par un élégant campanile, xvii<> siècle, et le navire de la ville de Paris se découpe à la girouette. Un bâtiment, érigé sur le coté méridional de l’abside, par l’architecte Moreau, sous le règne de Louis XVI, pour servir à la fois de corps de garde, de salle de catéchisme et de trésor, embarrasse d’une manière fâcheuse les dernières travées du chevet. Au nord, il existe un charnier peu considérable et dont la structure n’a rien d’intéressant ; la construction n’en fut commencée qu’en 1647. L’abbé Lebeuf indique encore à l’orient une chapelle souterraine de construction moderne, dédiée à sainte Agnès; elle aura été supprimée ou abandonnée ; car il ne s’en aperçoit plus aucune trace. Un campanile à jour surgit du grand comble, à l’intersection des branches de la croix; il était surmonté d’une petite flèche, qu’on a depuis longtemps tronquée pour établir sur ce point, l’un des plus élevés de Paris, un poste télégraphique.

Il est impossible d’entrer à Saint-Eustache sans se sentir vivement impressionné par l’aspect des immenses proportions du vaisseau, et surtout par la hauteur colossale des voûtes. Les trois parties de l’élévation , chapelles, collatéraux, maîtresse voûte, s’étagent les unes au-dessus des autres. Du portail occidental au transept, il y a cinq travées; le chœur en compte trois en longueur, et l’abside cinq en pourtour. Les arcs et les baies sont partout en plein cintre, excepté à l’abside, où l’ogive s’est réfugiée dans les

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grands arcs du premier ordre et dans les fenêtres hautes. Des bas côtés doubles s’étendent tout autour de l’édifice. Les chapelles sont au nombre de dix dans la nef, et le plan primitif du chevet en admettait quinze, dont quelques-unes ont été affectées à d’autres usages.

Par respect pour la voie publique , qu’il n’était pas permis d’entamer, l’architecte a dû construire sur un plan tout oblique le mur des chapelles de la nef au midi, de telle façon que les deux premières surtout n’ont pas même en profondeur de quoi contenir un aulel. Pour donner à toutes des dimensions égales, il eût fallu gagner du terrain aux dépens des parties essentielles de l’église, et à tout prendre, le système qu’on a suivi était probablement le meilleur.

Quarante-huit piliers libres, et beaucoup d’autres engagés dans les murs latéraux , portent les voûtes. Les piliers sont carrés, partagés dans leur hauteur en plusieurs étages de pilastres ou de colonnes doriques , ioniques , corinthiens et composites. Chacun en présente trois rangs superposés. Dans le grand vaisseau, des colonnes s’arrondissent à l’étage le plus élevé. Cette architecture n’est pas irréprochable, il s’en faut; la multiplicité des détails brise les lignes à tout instant, et la proportion des membres ne paraît pas en harmonie suffisante avec celle de l’ensemble. Ainsi, tandis que la hauteur des arcs latéraux de la nef et du chœur a été poussée jusqu’à une élévation extraordinaire, la galerie qui règne au-dessus semble d’une petitesse extrême; elle se compose d’une suite d’arcs cintrés, avec pilastres ioniques dans les intervalles. Quatre rangs d’ouvertures distribuent la lumière , le premier dans les chapelles, le second dans les collatéraux , le troisième à la galerie , et le dernier vers la maîtresse voûte. Les hautes fenêtres ont presque toutes leurs tympans découpés en fleurs de lis. Plus étroites que les autres, celles du fond de l’abside sont dépourvues de meneaux.

Dans les deux lignes de collatéraux, les voûtes sont pareilles en hauteur. Elles sont moins élevées dans les chapelles, et c’est dans l’intervalle que s’ouvre le second rang de fenêtres. La chapelle de

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la Vierge seule égale en hauteur le collatéral du chevet. Les voûtes sont renforcées de nervures prismatiques, qui se ramifient en combinaisons diverses dans la nef, le transept, le chœur et l’abside. Celles des collatéraux n’ont que des nervures croisées à la manière ordinaire. Dans les chapelles, quelques-unes sont décorées de caissons et de rosaces. Il y a de tous côtés des clefs d’un trèsbon travail, en forme de culs-de-lampe, couvertes de draperies, de feuillages et de têtes d’anges. A la troisième travée de la nef médiane, l’écusson du chancelier Séguier C l’iin des bienfaiteurs de Saint-Eustache , se lient comme suspendu aux nervures, paré du manteau , du casque , des deux masses et du mortier. La voûte centrale du transept éionne par la richesse de sa disposition et par la hardiesse de sa clef pendante environnée de personnages. Au rond-point de la grande abside, la clef n’est ni moins saillante ni moins ornée. Dans la plupart des chapelles, les clefs présentent les armoiries du fondateur, et quelquefois aussi des animaux de fantaisie. Un grand arc cintré forme l’ouverture de chacune de ces nombreuses chapelles; on vient d’y restituer les anciens blasons sculptés et peints au-dessus de l’archivolte. Le millésime de 1537 est gravé sur un des pilastres de la cinquième travée de la nef au nord, et celui de 1640 dans le croisillon du même côté , au-dessus de la seconde galerie.

Le 16 décembre 1844, un violent incendie détruisit les orgues, endommagea la chaire et causa quelques dégradations à l’architecture. Le mal a été réparé. Dans les dix années qui se sont écoulées depuis ce désastre , l’église s’est enrichie d’un maître autel en marbre blanc , d’un buffet d’orgues et d’une chaire entièrement neufs, de plusieurs verrières à personnages. Ce fut en nettoyant l’édifice qu’on découvrit, vers le mois de septembre 1849, dans la septième chapelle du chevet au sud, des restes importants de peintures murales, dont l’existence était inconnue, et qu’un épais badigeon recouvrait depuis très-longtemps. De nouvelles recherches

1 Ü’azur au chevron d’or, accompagné en chef de deux étoiles de même, et en pointe d’un mouton passant d’argeut;

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I firent retrouver des peintures semblables dans plusieurs autres cbapelles. 11 fut alors décidé par l’Administration municipale que les peintures anciennes seraient soigneusement restaurées , et que des fresques nouvelles, exécutées dans les chapelles où il ne s’était rien rencontré, viendraient compléter la décoration. L’ensemble

' sera magnifique, quel que soit d’ailleurs le mérite particulier de chacune des parties qui concourront à l’effet général. A travers tous les arcs de la nef et du chœur, on verra briller l’or et la couleur, non-seulement aux parois des chapelles, mais encore sur l’architecture qui leur sert d’encadrement extérieur. Les peintures anciennes sont l’œuvre d’artistes du xviie siècle, qui paraissent s’être formés à l’école de Simon Vouet.

Des vitraux datés de 1 63 1 remplissent les onze fenêtres du chœur et de l’abside. On y lit le nom répété plusieurs fois d’un verrier appelé Soulignac, parfaitement inconnu d’ailleurs. Ce peintre, qui ne manquait pas d’une certaine habileté, a représenté plus grands que nature les quatre Pères de l’Église latine et les douze Apôtres, avec les attributs ordinaires qui les caractérisent. Les personnages se détachent sur des corps d’architecture, disposés en perspective et figurant de longues galeries à colonnes corinthiennes. A la fenêtre du fond, le patron du temple, saint Eustache, occupe une place privilégiée ; dans la partie supérieure de la même baie, on voit encore les armes de France, la Vierge et le Christ qui tient sa croix. On remarquera aux cotés de saint Eustache les deux animaux, le lion et le loup qui, suivant la légende, lui enlevèrent ses deux fils. Saint Eustache fut privé presque en même temps de sa femme et de ses enfants. Plus tard, ils se retrouvèrent tous les quatre, pour souffrir ensemble le martyre. La légende d’or rapporte que l’empereur Adrien les fit enfermer dans un taureau d’airain qui avait été rougi au feu.

Une clôture en boiserie, à claire-voie , décorée de petites colonnes doriques, xvie siècle, ferme la première chapelle de la nef au nord. Deux inscriptions sont fixées contre le mur de la première chapelle au sud. L’une constate que, le 26 avril 1637, l’église, rebâtie de fond en comble, a été de nouveau consacrée en l’honneur

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de Dieu, sous rinvocation de la Vierge, de saint Eustache, de sainte Agnès et de saint Louis, roi de France, par révérendissime père en Dieu, messire Jean-François de Gondi, premier archevêque de Paris. L’autre, tout récemment posée, rappelle que le territoire des églises paroissiales des Saints-Innocents et de Saint-Honoré se trouve aujourd’hui réuni à celui de Saint-Eustache; elle indique aussi la date des travaux les plus importants exécutés dans l’église, depuis que la restauration en a été entreprise. Dans le mur oriental du croisillon sud, il est resté un petit ajustement d’architecture, xvi° siècle, en style de la renaissance, qui servait de retable à un autel; pilastres ciselés d’arabesques, traces de peintures, médaillons contenant des emblèmes, niches surmontées de dais du travail le plus élégant, qui ont abrité les statues de saint Pierre, de saint Paul et de saint Jacques. Dans le croisillon nord, à la même place, il y avait aussi un retable à trois niches rehaussées de couleur; une armoire en cache la plus grande partie. La chapelle terminale, fermée depuis bien des années pour cause de travaux intérieurs, surpasse en hauteur et en étendue toutes les chapelles du même genre qui existent dans les anciennes églises de Paris. Elle possède la Vierge en marbre, que Pigalle avait sculptée pour le dôme des Invalides.

Le banc d’œuvre, exécuté par Lepautre, sur les dessins de Garland, coûta vingt mille livres au duc d’Orléans, alors régent du royaume ; des anges apportent la palme et la couronne à sainte Agnès, agenouillée sur l’entablement. La révolution n’a rien laissé des tableaux du sanctuaire , du maître autel ni de ses colonnes de marbre, du grand crucifix de bronze ni des statues que Jacques Sarrazin avait faites pour l’abside. Ces figures passaient pour des chefs-d'œuvre; le saint Louis, la Vierge et le petit Jésus étaient des portraits de Louis XllI, d’Anne d’Autriche et de Louis XIV, encore enfant. Le Christ au tombeau, bas-relief en pierre de liais attribué à Daniel de Volterre, qui décorait le massif du maître autel, a été replacé au Louvre.

Le sol de l’église n’était jadis pavé que de dalles funéraires; on les a dél)itées pour les convertir en carreaux losangés de forme

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régulière. Nous n’avons pu retrouver qu’un fragment de tombe , près de la deuxième chapelle delà nef au sud, et quelques débris d’épitaphes rassemblés dans le croisillon nord. La tombe était celle d'un contrôleur du grenier à sel de Saint-Quentin , comme le dit l’inscription gothique gravée autour de l’effigie. Les épitaphes sont très-frustes; les noms qu’on y peut lire n’ont aucune célébrité.

De grands personnages, des hommes illustres dans les lettres et dans les arts, ont reçu la sépulture à Saint-Eustache, tels que Colbert, l’amiral de Tourville, le lieutenant général François de Chevert, le duc de La Feuillade, qui avait fait ériger à Louis XIV le fastueux monument de la place des Victoires; le garde des sceaux d’Armenonville ; Marin de La Chambre , médecin de Louis XIV ; Voiture, Vaugelas, Furetière, Benserade, La Motte Le Vayer, le peintre Charles de La Fosse. Le musée des monuments français recueillit, pendant la révolution , le tombeau de Colbert, sculpté par Coyzevox et Tuby, sur les dessins de Lebrun; le médaillon de Chevert, et l’épitaphe remarquable que Diderot avait composée en l’honneur de ce guerrier. Ces marbres ont été réintégrés à Saint- Eustache. Colbert est à genoux sur un cénotaphe , au pied duquel se tiennent assises l’Abondance et la Religion. Tuby n’a fait que la figure de la Religion ; les deux autres sont de la main de Coyzevox. Un ange présentait autrefois au ministre un livre ouvert; des cartouches de bronze et des inscriptions couvraient les piedsdroits de l’arcade qui encadrait le mausolée ; ces accessoires n’existent plus. On n’a pas conservé davantage la singulière inscription qui faisait descendre Colbert d’une famille de chevaliers émigrés d’Écosse en France, au xiii® siècle, tandis que le grand ministre tirait son origine, on le sait, d’une bonne et honnête famille de la bourgeoisie de Reims, exempte de toute prétention aristocratique.

Près du portail occidental, un médaillon de marbre représente un curé de la paroisse, célèbre au dernier siècle par son savoir et sa bienfaisance, Robert Secousse, (îocteur de la société de Navarre, mort en 1771 .

ÉGLISES MODERNES

Kg'lises paroissiales construites €lu XVII® siècle au XIX®,

Nous avons essayé de faire connaître , autant que nous le permettent les limites bien restreintes de ce volume, la cathédrale de Paris et les onze autres églises paroissiales dont la construction est antérieure au xviie siècle. Il n’entre pas dans notre plan de décrire en détail celles qui ont été élevées depuis cette époque , et dont le style n’appartient plus au moyen âge ni à la renaissance. Nous croyons cependant devoir donner ici la nomenclature complète des églises paroissiales de Paris, en nous bornant, pour chacune, à indiquer les dates des diverses parties de l’édifice et les objets de curiosité qu’il renferme encore.

XVIie SIÈCLE,

Sainl-Paiil-Saipt- Louis. — Ancienne église de la maison professe des Jésuites, commencée en 1627, achevée en 1641 , sur les dessins du père François Derrand. Le cardinal de Richelieu y célébra la première messe. Caveau sépulcral des pères jésuites; épitaphes de Bourdaloue et du savant Huet, évêque d’Avranches. Deux inscriptions, qui ont fait partie d’un monument où était renfermé le cœur de Louis XIV. Louis XIII présentant à saint Louis le modèle de l’église, belle peinture historique par Simon Vouet. Le collège Charlemagne occupe les anciens bâtiments élevés par l’illustre compagnie. Des fresques remarquables du xyii»* siècle couvraient encore, il y a peu d’années, les voûtes de la grande salle de la bibliothèque et le plafond de l’escalier; il en existe encore quelques parties.

Saint~Jean-Saint-François. — Fondée vers 1623, pour servir de chapelle à un couvent de Capucins. Deux précieuses statues en marbre, un saint François d’ Assise, par Germain Pilon, et un saint Denis, que Jacques Sarazin sculpta pour l’abbaye de Montmartre, à la demande de la reine Anne d’Autriche.

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Sainlfi-EHsaheth. — Construite pour des religieuses du tiers ordre de Saint-François; la première pierre posée par la reine Marie de Médicis, en 1628; dédicace en 1646. Une suite de petits bas-reliefs en bois, au nombre de cent, représentant l’Ancien Testament et le Nouveau en présence, fin du xvie siècle, provenant, dit-on, d’une église d’Arras; un curieux font baptismal en marbre, daté de 1654; les premiers essais qui aient été faits de nos jours, en 1826, pour remettre en honneur la peinture sur verre.

Saint-Jacques du Haut-Pas. — Commencée en 1 630, achevée en 1684; le portail dessiné par Daniel Gittard. Quelques vitraux modernes.

Saint-Sulpke. — De toutes les églises modernes de Paris, c’est celle dont le plan se rapproche le plus de la disposition des églises du moyen âge, et se trouve par conséquent le mieux approprié aux besoins du culte catholique. Travaux entrepris en 1646; dirigés successivement par Christophe Gamart, par Louis Levau et par Daniel Gittard; interrompus, faute d’argent, de 1678 à 1718; repris sous la conduite d’Oppenord; terminés par Jean Servandoni en 1749, au moyen d’une loterie, et grâce au zèle extraordinaire du célèbre Languet de Gergy, curé de la paroisse. Le portail occidental est l’œuvre de Servandoni. En 1777, Chalgrin commença la reconstruction, sur un nouveau dessin, des étages supérieures de la tour du nord. La révolution ne laissa pas le temps de faire la même opération à la tour méridionale, bâtie en 17i9, par Maclaurin. Statues et bas-reliefs des portails; un font baptismal en pierre , des premiers temps de la renaissance ; les vitraux du chœur et de l’absidepeints par Leclerc; huit Apôtres, une Notre-Dame des Douleurs et un Christ en pierre , par Bouchardon ; la chapelle vraiment magnifique de la Vierge, toute brillante de marbre, d’or et de peinture; la méridienne tracée sur le sol de l’église et l’obélisque en marbre blanc qui la termine; le grand mausolée du curé Languet de Gergy, par Michel-Ange Slodtz; l’orgue et sa tribune; la chaire donnée, en 1788, par le maréchal de Richelieu; les deux coquilles admirables servant de bénitiers , qui furent offertes à

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François 1er par la République de Venise ; des cryptes d’une étendue considérable. Quant aux peintures modernes des chapelles, celles qui ont été exécutées jusqu’à ce jour (janvier 1855) ne contribuent guère à l’embellissement de l’église.

Saint-Roch. — Jacques Lemercier donne le dessin de l’édifice. Louis XIV pose la première pierre en 1653. Le portail est commencé en 1736, suivant le projet qu’en avait fait Robert de Cotte L La chapelle de la Vierge est élevée en 1709. Roulée et Falconet dirigent la construction du Calvaire.

Groupe de la nativité du Christ, par François Anguier, provenant du Val de Grâce; le baptême du Sauveur, par J. B. Lemoine, autrefois placé à Saint-Jean en Crève; les statues des Pères de l’Église latine , faites pour les chapelles du dôme des Invalides ; le Christ en croix, par Michel Anguier, tiré de l’église de la Sorbonne; la chaire sculptée par Challes; un saint Roch, par un des Coustou; un Christ agonisant, par Falconet; les stations du Calvaire en basreliefs et en statues; l’archevêque de Paris, monseigneur Affre, et saint Denis, son pairon, en vitraux modernes. Des figures qui ont fait partie de divers mausolées, savoir': le buste de Lenôtre, par Coyzevox; la statue du cardinal Dubois, par Guillaume Coustou; le buste de Mignard, par Desjardins; les médaillons du maréchal d’Asfeld, du duc de Lesdigulères, du comte d’Harcourt; la statue du duc de Créqui. Le monument de Maupertuis; celui de l'abbé de l’Épée; un médaillon et une épitaphe consacrés à la mémoire de Pierre Corneille; une inscription en l’honneur de Falconet, etc., etc. La comtesse de Feuquières, sculptée en marbre blanc, par Lemoine, était jadis agenouillée près du tombeau de son père, Mignard; elle a été transformée en Madeleine, par nous ne savons quel fabricien, et posée sur le Calvaire, au pied de la croix.

1 C’est en avant de celte façade que s’est passé un des épisodes les plus sanglants de la fameuse journée du 13 vendémiaire an iv ( 5 octobre 1795). L’artillerie de la Convention, dirigée par le général Bonaparte, foudroya les sections de Paris, qui avaient pris position sur le perron de l’église. On a fait disparaître les traces du combat, en supprimant toutes les sculptures que la mitraille avait entamées.

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Noire-Dame des Victoires. — Le couvent des Augustins réformés, fondé en 1629, par Louis XIII, a été complètement démoli dans ces.dernières années. Il n’en reste que l’église, commencée en \ 656, par Pierre Lemuet, continuée par Libéral Bruant et par Gabriel Leduc, terminée en 1739 par Cartaud, qui construisit le portail.

Mausolée et buste en bronze du célèbre musicien de la cour de Louis XIV, Jean-Baptiste Lulli, mort en 1 687. Dans le chœur, sept grands tableaux par Carie Vanloo, dont le plus important représente Louis XIII et le cardinal de Richelieu, rendant grâces à la Vierge de la prise de La Rochelle.

Saint-Nicolas du Chardonnet. — Église dont l’origine remonte au xine siècle; reconstruction commencée en 1656, puis discontinuée et seulement achevée en 1709, à la réserve de la façade qui reste encore à faire.

L’épitaphe de Santeul. Le tombeau que Lebrun fit élever â sa mère par Tiiby et Callignon ; celui que sa veuve lui fit ériger à luimême, et qui fut sculpté par Goyzevox ; le monument de Jérome Bignon, par Girardon.

Saint-Louis en Vile. — Commencée en 1664, par Louis Levau, continuée par Gabriel Leduc, terminée en 1726 par Jacques Doucet. La petite aiguille à jour du clocher est datée de 1765. Boiseries sculptées, vitraux, peintures, exécutés depuis peu d’années.

Saint-Thomas d’Aciuin. — Cette église dépendait du noviciat général des Jacobins , dont les bâtiments sont occupés par le dépôt central et par le musée d’artillerie. Pierre Bullet la commença en 1683; elle ne fut achevée qu’en 1740. Le portail a été dessiné par le frère Claude, religieux du monastère. François Lemoine a peint la transfiguration au plafond du chœur en 1724.

Saint-François Xavier. — Ancienne chapelle du séminaire des Missions étrangères. La première pierre en fut posée par l’archevêque de Paris, au nom du roi, le 24 avril 1683. Une église basse existe sous le sol de l’église supérieure, à laquelle on monte par un grand perron à double rampe.

Notre-Dame des Blancs-Manteaux. — Des religieux qui se don-

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liaient le nom de serfs de la vierge Marie, et qui étaient vêtus de manteaux blancs, s’établirent en ce lieu vers 1258. Dès la fin du xiiie siècle, des ermites de Saint-Guillaume les avaient remplacés. En 1618, ce monastère fut uni à la congrégation des Bénédictins réformés. Les bâtiments claustraux, reconstruits en 1685, sont maintenant affectés au service du Mont-de-piété. Les Bénédictins élevèrent à la même époque une nouvelle église, à côté de l’ancienne, dont ils convertirent l’emplacement en jardin.

Saint-Pierre de Chaillot. — La partie la plus ancienne, l’abside, date environ du milieu du xvii^ siècle, et la nef du siècle suivant.

Saint- Ambroise. — Autrefois chapelle d'un couvent d’Annoiiciades, bâtie dans la seconde moitié du xvii« siècle.

Sainte- Marguerite. — Église construite ou agrandie à diverses reprises, dans les deux derniers siècles. La chapelle des âmes du purgatoire, curieuse composition de l’architecte Louis,. en 1765. Plusieurs tableaux anciens de la vie de saint Vincent de Paul, intéressants par l’exactitude des portraits historiques; ils proviennent des Lazaristes. Le tombeau d’Antoine Fayet, curé de Saint- Paul, mort en 1634 L Une descente de croix en marbre, que Le Lorrain et Nourrisson , élèves de Girardon , sculptèrent en basrelief, d’après les dessins de leur maître, pour l’église de Saint- Landry, dans la Cité, et qui a été donnée à l’église Sainte-Marguerite, en 1817. Une autre descente de croix, très-remarquable peinture sur bois, xvi® siècle.

Saint-Louis des Invalides. — La belle église de l’hôtel des Invalides est paroissiale pour le territoire compris dans la vaste enceinte de cet établissement. La nef et le chœur furent élevés par Libéral Bruant, de 1671 à 1679. Le dôme est un admirable hors-d’œuvre, ajouté à l’église primitive par Jules Hardouin Mansart; il fut dédié, en 1706, par le cardinal de Noailles.

Il est impossible de citer ici les statues, les bas-reliefs, les pein-

1 Ce monument fut enterré dans le sol du chœur, vers 1 737, à cause de la nudité des anges de marbre blanc qui l’accompagnent; on l’a exhumé depuis quelques années.

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lures qui concourent à la splendide décoration du dôme et de ses chapelles. Nous ne pouvons que mentionner les statues en marbre de Charlemagne et de saint Louis, parCoyzevox et Nicolas Coustou; la vie de saint Louis sculptée en pierre, par les mêmes Coustou et Coyzevox, par Vanclève etFlamen; la coupole peinte par Charles de Lafosse et par Jouvenet ; le pavé en mosaïque aux chiffres et emblèmes de Louis XIV; le tombeau de Turenne, dessiné par Lebrun, exécuté par Tuby et Marsy, autrefois placé à Saint-Denis ; le monument de Vauban; le maître autel récemment reconstruit, avec ses magnifiques colonnes de marbre et son baldaquin ; le somptueux mausolée de Napoléon ; les monuments et cénotaphes consacrés à la mémoire de plusieurs officiers généraux, maréchaux de France, gouverneurs de l’hotel, qui ont illustré notre pays par leurs exploits. Les étendards conquis par nos armées sont rangés sur la corniche de la nef, où leur présence consacre les souvenirs de notre gloire et la valeur de nos soldats.

XVIIl® SIÈCLE.

Noire-Dame de l’Abbaye aux Bois. — Petite église commencée en 1718. Elle appartenait autrefois à un monastère de religieuses de l’ordre de Cîteaux, transféré du diocèse de Noyon à Paris, dans la seconde moitié du xvn^ siècle. Le cloître existe encore.

Saint-Philippe du Roide. — Construite en forme de basilique sur les dessins de Chalgrin. Les travaux, entrepris en 1769, furent achevés en 1784. L’édifice vient d’être agrandi.

Saint-Antoine des QHinzx^Vingts.—VhbpdiA des Quinze-Vingts, fondé, en 1260, par saint Louis, à peu de distance du Louvre, sur un emplacement que traverse aujourd’hui la rue de Rivoli, fut transféré, en 1780, au faubourg Saint-Antoine, dans l’ancien hôtel des Mousquetaires noirs. La chapelle de la maison sert en même temps d’église pour la paroisse voisine. C’est un petit édifice sans aucune importance. On y conserve plusieurs inscriptions sur plaques de cuivre, relatant des fondations pieuses qui avaient été faites dans l’église primitive; la plus vieille est de 1481. Une autre nous

ÉGMSES MODERNES.

apprend que Marie Lambert, femme de chambre de la reine mère, fonda, en 1667, une messe qui se devait dire tous les jours ouvrables, dès quatre heures du matin , alin que les aveugles pussent Eentendre avant d’aller à la quête. Un vitrail mutilé, xvr siècle, représentait saint Louis; on La supprimé récemment.

Saint-Louis d’Antin. — Les Capucins du faubourg Saint-Jacques ayant été transférés, en 1783, dans le nouveau quartier de la Cliaussée-d’Antin, l’architecte Brongniard leur lit bâtir cette église et la maison conventuelle dont elle dépendait. Un lycée occupe les bâtiments et le cloître des religieux. L’église renferme le monument du comte de Choiseul-Gouffier, qui s’est rendu célèbre par ses talents diplomatiques et par ses écrits sur l’antiquité.

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