HÉLIOPOLIS
païenne (i),etla grande enceinte qui leur sert de limite est, tout étendue qu'elle soit (2) , l'enceinte da iemple.
Quant à l'obélisque , on doit le regarder avec intérêt, car il est le plus ancien de tous les obélisques d'Egypte. Il porte, en etfet, les cartouches d'Ousertasen P', deuxième roi de la XII® dynastie. Il a 20 met. 27 cent, de hauteur. Originairement un pyramidion de cuivre, qu'Abd-el-Latyf (3) a vu encore à sa place , en recouvrait la pointe. Un second obélisque complétait avec celui-ci la décoration de la façade principale du temple pour lequel ces deux monolithes avaient été érigés; tombé par terre et fendu en deux, dès le temps de l'historien arabe que nous venons de citer (4), il a aujourd'hui disparu jusqu'au dernier fragment.
(1) De la ville proprement dite il n'est rien resté. D'habitude, on reconnaît le site des villes antiques aux buttes grises ou rougeâtres formées par les maisons de briques qui se sont successivement éboulées les unes sur les autres, et ces buttes se sont groupées régulièrement autour des grandes enceintes au centre desquelles s'élevaient des temples. Ici, rien de semblable. Comme Memphis, Héliopolis a porté la peine de son voisinage du Caire, et la ville a disparu jusqu'aux fondements.
(2) Elle a 900 mètres environ sur 1,200.
(3) Abd-el-Latyf, médecin arabe de Bagdad, visita l'Egypte vers 1190.
(4) Voici le passage d' Abd-el-Latyf : « C'est dans cette ville M que se trouvent les deux obélisques si renommés, que Ton u appelle les deux aiguilles de Pharaon. Ces obélisques consis- M tent en une base carrée, longue et large de dix coudées, et « d'une hauteur à peu près égale établie sur une fondation so- « lide dans la terre. Au-dessus de cette l^^i^e^ è\eN«\ïw^ ^O^s^vcs^^
n carrée, <fe /orme pyramidale... La tàte e-î^X. xei^wvNeç'^'ek ^>axv-i5k
«f espèce de chapeau en cuivre, eu îoTtcve âi* «tL\.av^wc , ^^^ ^'^^*
* cend jusqu'à, trois coudées enviTon dvi aoxowveX. ^^ çNvv^xe^-^^
L'excursion des Pyramides, comme l'excursion d'Héliopolis , se fait habituellement en voiture. On traverse le nouveau quartier qui , du nom de son fondateur, s'appelle hmailieh. Le Nil est franchi sur le pont de Kasr-el-Nil , et bientôt on atteint la tête de la route charmante construite par S. A. le Khédive, qui, de Gyzeh, conduit en face des Pyramides. De rEsbékyeh aux Pyramides , on compte en ligne droite 12,000 mètres. Il y a 8,300 mètres du Nil au plateau sur lequel sont bâtis les monuments que nous allons décrire.
Il est juste d'accorder aux Pyramides l'admiration qui leur a valu d'être rangées au nombre des sept merveilles du monde. Il faut dire, cependant, que cette admiration ne s'impose pas au visiteur dès qu'il arrive au pied de ces monuments célèbres. L'immensité du désert environnant et le manque d'un point de comparaison rapetissent, en etfet, les Pyramides et empêchent de les bien juger. Mais, ii
« l'etfet de la pluie et des années , s'est rouillé et a pris une
« couleur verte : une partie de cette rouille verte a coulé lu
> long du f&t de Tobélisque. Toute la surface de l'obélisque est
» couverte de ce genre d'écriture dont nous avons parlé. J'ai
" TU ua de ces deux obélisques qui était tom\)é et «'était fendu
^* en deux ea tombant, à cause de Yènoria\tè àa %oti "^V^*. C»\\
" avait enlevé le cuivre qui couvrait \a \k\A de teX e>i*\\%^e. ^
la réflexion , les Pyramides grandissent et reprennent leurs véritables proportions. On s'étonne alors de rimmensité de ces constructions. On y voit les monuments les plus durables et les plus élevés sous le ciel que jamais l'homme ait bâtis. Les Pyramides ont six ou sept mille ans de date ; mais il n'y a aucune raison pour que dans cent mille ans elles ne soient pas encore telles que nous les voyons aujourd'hui, si des mains ignorantes ou criminelles ne viennent pas aider à leur destruction.
Les trois grandes Pyramides sont les tombeaux de Chéops, de Chéphren et de Mycérinus ; les petites sont les tombeaux des membres de la famille de ces rois. La grande avait primitivement 146 mètres de hauteur; dans l'état actuel elle n'en a plus que 138; son cube est de 2,562,576 mètres. Tout ce que l'on a dit, toutes les phrases que, après Hérodote, on a faites sur la haine que ces rois s'étaient attirée par suite des corvées imposées aux Égyptiens qui travaillaient aux Pyramides, peut être réduit à néant; les monuments contemporains, témoins bien plus croyables qu'Hérodote lui-môme, nous montrent, en effet, que, de leur vivant et après eux, Chéops et Chéphren , à l'exemple de tous les autres rois , étaient honorés par un culte spécial ; quant à Mycérinus , c'était un roi si pieux, qu'il est cité dans le Rituel comme l'auteur de l'un des livres le plus en renom de la littérature religieuse de l'Egypte. En ce qui regarde l'usage a\iafie.V \ftîi. Pyramides étaient destinées, c?ÇiS\. \^vc^ ^\s^^^nr>^ "^ tout ce que nous savons de V^^^^V^ , ^\ssv^ ^'^ ^^'^
l*arcliéologie nous a appris sur les habitudes monumentales de ce pays , que d'y voir autre chose que des tombeaux. Les Pyramides, quelles qu'elles soient, sont des tombeaux, massifs, pleins, bouchés partout, même dans leurs couloirs les plus soignés , sans fenêtres , sans portes , sans ouverture extérieure. Elles sont l'enveloppe gigantesque et à jamais impénétrable d'une momie , et une seule d'entre elles aurait montré à l'intérieur un chemin accessible d'où, par exemple, des observations astronomiques auraient pu être faites comme du fond d'un puits , que la pyramide aurait été ainsi contre sa propre destination. En vain dira-t-on que les quatre faces orientées dénotent une intention astronomique ; les quatre faces sont orientées parce qu'elles sont dédiées par des raisons mythologiques aux quatre points cardinaux, et que dans un monument soigné comme l'est une pyramide une face dédiée au nord, par exemple, ne peut pas être tournée vers un antre point que le nord. Les Pyramides ne sont donc que des tombeaux, et leur masse immense ne saurait être un argument contre cette destination puisqu'on en trouve qui n'ont pas 6 mètres de hauteur. Notons, d'ailleurs, qu'il n'est pas en Egypte une pyramide qui ne soit le centre d'une nécropole , et que le caractère de ces monuments est par là amplement certifié.
Ce qu'on voit aujourd'hui des Pyramides n'en est plus que le noy aa. Originairement elles étaient recou vertes d'un revêtement Wsse qui a âÀs>^%x>\. ^V\ftft ^G terminaient en pointe aiguè. V.ft% V>sYTi\cv\^^<i
étant des tombeaux hermétiquement clos , chacune d'elles (au moins celles qui ont servi à la sépulture d'un roi), avait un temple extérieur, qui s'élevait à quelques mètres en avant de la façade orientale. Le roi déifié comme une sorte d'incarnation de la divinité y recevait un culte. Les trois grandes Pyramides de Gyzeh ont, comme les autres, un temple extérieur.
La preuve que les Pyramides étaient des monuments hermétiquement clos, c'est que, quand Amrou voulut pénétrer dans la grande , H ne put le faire qu'en perforant violemment la face nord à peu près sur la ligne de son centre, ce qui le fit tomber par hasard à l'intérieur sur le couloir montant. Comme à cette époque le revêtement était entier et que , par conséquent, il n'y avait point de décombres accumulés à la base , il s'ensuit que la place môme de l'entrée ne se voyait pas du dehors.
Au sud-est de la grande Pyramide est le Sphinx. Le Sphinx est un' rocher naturel auquel on a donné tant bien que mal l'apparence extérieure de cet animal symbolique. La tête seule a été sculptée. Le corps est le rocher lui-même complété aux endroits défectueux par une mauvaise maçonnerie en calcaire. La hauteur totale du monument est de 19 met. 80 c. ; l'oreille a 1 met. 97 c; le nez i met. 79 c. ; la bouche 2 met. 32 c. La plus grande largeur de la figure de face et à. la ^oue^ ^^\. ^^ Vxa^V. /5 c. La question d'origine esl encot^ ^aviXKW?^^*^'^ a d'abord pris le Sphinx pour \3Lti xtvoTL\«x\'^'ciL\. ^
règne de Thoutmès IV (XVIII« dyn.). Aujourd'hui nous savons, par une pierre du Mus6e de Boulaq, que le Sphinx existait déjà quand Ghéops (antérieur à Chéphren) ordonna les restaurations dont cette pierre a pour objet de consacrer le souvenir. Nous rappellerons, d'ailleurs, que le Sphinx est la colossale imago d'un dieu égyptien appelé Armachis.
Près du Sphinx est une construction bizarre qui, plus encore que le Sphinx lui-même, est une énigme proposée aux savants. Il est certain que cette construction remonte à l'âge des Pyramides. Mais est-elle un temple? Est-elle un tombeau? L'apparence extérieure est, il faut l'avouer, plutôt celle d'un tombeau. De loin, le monument devait se présenter aux visiteurs comme un mastaba à peine plus grand que ceux qu'on trouve, par exemple, à Abousir et à Saqqarah. A l'intérieur, une chambre montre six niches superposées qui ont bien l'air d'avoir été construites, comme celles de la troisième Pyramide et du Mastabat-el-Faraoun , pour recevoir des momies. Le plan, d'ailleurs, ne s'éloigne pas sensiblement du plan de certains autres tombeaux qu'on trouve aux environs. L'opinion qui fait du monument dont nous nous occupons un tombeau , peut donc ôtre défendue sans violer les règles de la cri* tique. L'autre opinion qui en fait un temple est*elle également soutenable? Évidemment, du moment où l'ancien empire ne nous a laissé aucun autre temple à comparer à celm-ci , on peut dire que, à cel/e époque recalée , les tempVea fe^^VVfti^» ^\»L\^tL\. f^onstruits sur Je plan bien extraotdm^T^ cçi^ tlwx'î»
avons sous les yeux. D*un autre côt6, il est tout naturel de penser que , puisque le Sphinx est un dieu , le monument voisin est le temple de ce dieu. Mais ces raisons sont-elles suffisantes? En réalité, le monument est-il une annexe du Sphinx, ou le Sphinx une annexe du monument? Tout cela ne nous représente-t-il pas un très, ancien tombeau orné , pour plus de majesté , d'une colossale statue de dieu? La question est pendante.
Nous n'avons pas besoin de rappeler que le lieu où nous sommes est une des nécropoles de Memphis, comme le Père-Lachaise est une des nécropoles de Paris. Les tombes qu'on y trouve sont à peu près de toutes les époques. Cependant les tombes de l'ancien empire y dominent. Celles-ci ont, en général, la forme du mastaba, sorte de pyramide tronquée, bâtie en énormes pierres et recouvrant conmie un couvercle massif le puits au fond duquel repose la momie. Les visiteurs en ont sous les yeux deux ou trois bons modèles vers la face orientale de la grande Pyramide. Une meilleure occasion do décrire les monuments de ce genre nous sera offerte quand nous serons à Saqqarah.
A cette description des Pyramides nous joindrons ici un plan destiné à guider le voyageur qui , s'isolant des cris assourdissants des guides et de leurs fatigantes demandes de bakchichs, désirerait faire une étude un peu suivie de l'intérieur du principal de ces monuments.
Ainsi que nous J 'avons dit , le reNfe\.^TSiÇiW\.^ ojç^^asv^ il était en place, cachait Tentrèe d^ \a^^\^^^^^^>'^
il est évident que, dans Tintention des const teurs, cette entrée devait être éternellement sce Aujourd'hui rentrée de la Pyramide se prés sous la forme d*un trou carré qu'on rencontre treizième assise et à environ 18 mètres du sol.
Cette description étant destinée au voyageur visite rintéheur fie la Pyramide notre plan main , il n*est pas nécessaire de donner de gri détails. A est une chambre souterraine aujourd inaccessible. B est la chambre dite de la Reine . pellation qu'aucune tradition ne justifie. G es chambre dite du Roi. D est un palier interroi par deux coulisses, dans lesquelles on a dû i glisser autrefois, c'est-à-dire au moment o< momie royale venait d'être déposée dans le sa pbage, les deux blocs massifs destinés à bou( hermétiquement l'entrée de la chambre. E, F H, sont des couloirs de communication. I est un lier dans lequel débouche le conduit forcé du ci Amrou. J est le puits mystérieux qui a si exercé la sagacité des explorateurs. Tel est l'L rieur de la Pyramide.
Maintenant , quelle était la destination de cet
semble , en apparence inextricable , de couloir
de chambres ? Évidemment tout est fait pour dé
ter les violateurs futurs de la Pyramide et ]
faire prendre le change sur la place réelle d
/no/nie. Supposons, en effet, que l'entrée cac
^ous Je revêtement est découverte. Un prec
obstacle se présente : ce 80Tv\.\es\i\oç.% ^qw\.\^'
Joir H est rempli. RéuBBil-ou ^bm^t ç.^%\\^^^
KVoX^ex^^^^'^^^'
passer oatre , on arrive dans la chambre A. S'aperçoit-on que la chambre A n'est pas la vraie chambre de la Pyramide, il faut sonder le couloir H dans toutes ses parties pour trouver le point inconnu où s'embranche le couloir qu'on suppose défînitif. Mais cette fois c'est à des blocs de granit qu'on a affaire , puisque deux de ces blocs sont encore en place (palier I). Il faut alors, non pas briser, mais tourner l'obstacle, et on se trouve dans le coulohr ascendant G. A l'extrérpité du couloir, le palier K n'a pas la disposition qu'il présente aujourd'hui. Il est entièrement bouché , ainsi que l'orifice du puits. Si on force le passage , il est naturel de suivre pour guide le dallage régulier et alors l'explorateur s'engage dans ce couloir F sans soupçonner qu'un deuxième couloir ascendant est sur sa tôte. Il arrive ainsi à la chambre B. Ici nouveaux doutes sur le caractère véritable de cette chambre et nouvelle exploration du couloir pour découvrir le point de soudure d'un autre embranchement. On trouve enfin ce point de soudure, on s'engage dans le couloir en encorbellement E , et pour cette fois on pénètre dans la vraie chambre , les deux coulisses n'étant qu'un obstacle matériel facile à renverser. Il n'y a pas jusqu'au puits qui ne trouve son explication dans cette manière de concevoir la raison d'être de la distribution intérieure du monument. Pendant la construction de la Pyramide , des blocs de granit de la dimension du couloû: G QiVv\. été déposés dans le couloir eiv fewç.^^^^^«^s^^* La pyramide éfant achevée el \^ lïv^mAfe ^^ ^^^^-^
on laisse glisser par leur seul poids les blocs dans le couloir G, on bouche le palier K, puis les ouvriers descendent par le puits et remontent à la lumière par le couloir H, qui à son tour est obstrué paf les blocs qu'on y introduit de rentrée extérieure du monument. Ajoutons que la pratique des fouilles autorise jusqu'à un certain point cette explication. Il n'est pas rare; en effet, de trouver des tombeaux où de fausses pistes éloignent intentionnellement les violateurs du caveau où repose la momie (i).
MYT-RAHYNEH
Myt-Rahyneh est sur la route du Caire à Saqqarah. On fait donc en une fois l'excursion de Myt-Rahyneh et de Saqqarah. Un peu avant d'arriver au second de ces villages on rencontre le premier.
Le voyageur qui veut visiter Myt-Rahyneh et Saqqarah peut attendre que sa dahabieh soit prête et faire de cette visite la première étape du voyage de la Haute-Egypte. Il s'arrête alors à Bédréchyn.
Mais s'il lui paraît plus convenable de faire de la visite à MyURahyneh et à Saqqarah l'objet d'une simple excursion, il doit choisir entre deux routes :
(1) Etudiez à ce point de vue les deui. g;ttkMe« Pyramides de Dascbour. Là, encore tout est combiné ipoMt ^feY«X«t \** -rvOiv teura du monument.
MYT-RAHYXEH. 71
1® il peut monter à âne au Caire et n'en descendro que devant le colosse de MytrRahynch; les âniers connaissent le chemin et serviront de guides ; 2° il peut envoyer d'avance les ânes à Bédréchyn, qui est la station du chemin de fer de Minieh la plus i^pprochée de Myt-Rahyneh ; il fait alors le trajet du Caire à Gyzeh en voiture, et à la station de cette ville il prend le chemin de fer (1); c'est la voie la plus suivie, surtout par les voyageurs qui n'ont pas de temps à perdre, ou qui craignent la fatigue d'une longue route faite tout entière à âne , aller et retour.
Memphis fut vraisemblablement la plus grande ville d'Egypte, et si, comme nous le croyons, la Pyramide à degrés de Saqqarah appartient à la l'« dynastie, on peut affirmer que Memphis remonte à une antiquité que Thinis seule peut lui disputer. Un palais de « construction barbare » s'y trouvait comme à Héliopolis.
Les fouilles n'ont pas confirmé l'assertion do Strabon qui nous dépeint Memphis comme touchant le pied de la chaîne Libyque. Memphis, au contraire, semble avoir été resserrée entre le Bahr- Jousef d'un côté, le Nil de l'autre, et avoir formé une ville très allongée qui s'étendait au nord presque jusqu'à Gyzeh et au sud jusqu'à Schinbab, ce qui explique la dispersion de ses nécropoles. Tout le long du terrain dont nous venons d'indiquer les limites sont des buttes plus ou moins arides çarse-
(2) Le chemin de fer passe kla stalioii ^fcCj"5iç^'^T\feNiS.\iSs»:t«a.. Le trajet est d'environ tme demV-\iQ\vre.
mécs çà et là de blocs de granit et de pans de murailles qui émergent du sol. La principale de ces buttes est celle sur laquelle est situé le village de Myt-Rahyneh. C'est là qu'était le temple fameux consacré à Phtah, le Vulcain des traditions grecques.
L'histoire de Memphis est, d'ailleurs, à peu près celle d'Héliopolis. Seulement, nous trouvons ici un secours qu'Héliopolis nous a refusé. Les nécropoles de Memphis encore florissantes (Pyramides, Abousir, Saqqarah, Daschour) nous renseignent, en effet, sur l'histoire de cette ville pendant les diverses périodes de son existence. Déjà fondée sous les plus anciens rois successeurs de Menés, florissante sous la 1V° dynastie, qui est la grande époque des Pyramides, sous la V® et le commencement de la VI*, négligée ou abandonnée sous la XI®, la XII® et la XIll", Memphis ressuscite comme l'Egypte ellemême quand les rois de la XVIII® dynastie ont réussi à purger le sol national de ses envahisseurs. Tour à tour prise et reprise sous les dynasties suivantes par les Assyriens, les Éthiopiens, les Perses, Memphis conserve sous les Grecs une partie de son ancienne splendeur, bien que Strabon nous la montre à l'époque de son voyage comme déjà déserte. Mais les temps sont proches où il ne restera de Memphis que des ruines et où se vérifieront à la lettre les sombres menaces de Jérémie : « fille de « l'Egypte , préparez ce qui peut vous servir dans « votre captivité, parce que Memphis sera réduite
en un désert; elle sera abandonnée et elle devlendra inhabitahle, » De longvxea WW.^?» oVi \^
MYT-RAHYNEH. 73
dattier croit seul, çà et là un pan de mur, un fût de colonne brisée, des statues mutilées, à moitié enfouies dans le sol ou couchées dans la boue, telle est, en effet, de nos jours la ville qui a exercé pendant des siècles une si profonde influence sur les affaires du monde.
11 ne faudrait pas croire, cependant, que Memphis ait disparu tout d'un coup et comme d'une seule pièce, juste au moment où périt en même temps qu'elle l'antique civilisation égyptienne. A ce sujet, il est môme curieux de voir dans Abd-el-Latyf ce qu'étaient encore les ruines de Memphis il y a sept cents ans. « Passons maintenant, dit le voyageur (( arabe , . à d'autres vestiges de la grandeur de « l'Egypte; je veux parler des ruines de l'ancienne « capitale de ce pays. Cette capitale était Memphis ; «.c'était là que les Pharaons faisaient leur rési- « dence, et cette ville était le siège de l'empire des « rois d'Egypte. Malgré l'immense étendue de cette « ville et la haute antiquité à laquelle elle remonte, « nonobstant toutes les vicissitudes des divers gou- « vernements dont elle a successivement subi le « joug, quelques efforts que différents peuples « aient faits pour l'anéantir, en en faisant dispa- <c raître jusqu'aux moindres vestiges, effaçant jus- « qu'à ses plus légères traces , transportant ailleurs « les pierres et les matériaux dont elle était con- « struite, dévastant ses édifices, mutilant les figures « qui en faisaient l'ornement; enfin, en d4^\\.^^ ^^ « que quatre mille ans et plus oiv\. ^^ ^^^vs^fc^ ^Naxî^. « de causes de destruction, ses xvim^^ ç^SSx^^sN- '^^
« core aux yeux des spectateurs une réunion de (( merveilles qui confond Tintelligence , et que {( l'homme le plus éloquent entreprendrait inutile- « ment de décrire. Plus on la considère , plus on « sent augmenter l'admiration qu'elle inspire; et a chaque nouveau coup d'oeil que l'on donne à ses « ruines est une nouvelle cause de ravissement. » Et plus loin Abd-el-Latyf ajoute : a On voit au môme « lieu des piédestaux établis sur des bases énormes. « Les pierres provenant de la démolition des édifi- « ces remplissent toute la surface de ces ruines ; on (( trouve en quelques endroits des pans de murail- « les encore debout...; ailleurs il ne reste que les « fondements, ou bien des monceaux de décom- « bres. J'y ai vu l'arc d'une porte très haute , dont (< les deux mur» latéraux ne sont formés chacun « que d'une pierre; et la voûte supérieure, qui '< était d'une seule pierre, était tombée au-devant « de la porte... Quant atix figures d'idoles que l'on « trouve parmi ces ruines , soit que l'on considère « leur nombre , soit qu'on ait égard à leur prodi- « gieuse grandeur, c'est une chose au-dessus de « toute description et dont on ne saurait donner « une idée; mais ce qui est encore plus digne d'ex- « citer l'admiration, c'est l'exactitude de leurs for- « mes, la justesse de leurs proportions, et leur '< ressemblance avec la nature. Nous en avons trouvé u une qui, sans son piédestal, avait plus de trente coudées... Cette statue était d'une seule pierre de granit rouge; elle èlfiât TetOMN^TY^ ô!\viiN^\rnis rouge, auquel son anWqailfe %cw!Jte\«\V. ti^
MYT-RAHYN'EH. 7.')
« faire qu'ajouter une nouvelle fraîcheur. » Et plus loin : u J'ai vu deux lions placés en face l'un « de l'autre à peu de distance ; leur aspect inspirait « la terreur; on avait su, malgré leur grandeur « colossale et infiniment au-dessus de la nature , « leur conserver toute la vérité des formes et des « proportions; ils ont été brisés et couverts de « terre.... » On ne peut lire ces lignes écrites par le plus sagace et le plus véridique des historiens arabes sans éprouver de mortels regrets. Karnak lui-môme , dépouillé depuis cinquante ans de toutes ses richesses, ne peut donner une idée de ce qu'était Memphis à la fin du xii® siècle , avant que les pierres de ses temples aient été s'engloutir une à une dans les constructions du Caire. Aujourd'hui, en effet, il ne reste rien de Memphis qu'on a vue tout entière quand on a été visiter la place où gisent les trois ou quatre monuments suivants :
1® L'espace déprimé dont le voyageur côtoie les bords en arrivant sur les ruines et qui laisse apercevoir au loin dans une éclaircie d'arbres les sommets aigus des Pyramides, est le lac du temple de Vulcain. Près de là est un colosse de granit rose découvert en 1852 par Hékékyan-Bey. 11 représente Ramsès II. Les cartouches en surcharge sont ceux des successeurs immédiats de ce prince.
2** A quelques mètres au sud du colosse est une grande stèle de calcaire blanc, couchée sur le dos. Elle est du temps d'Apriès (XXYI® dyiia.^i\ft.\, k^x>&^ avait augmenté les proprièlë?» ^u \feXK^^ ^^ ^x^cain ; il avait a^andi le temçVe \iQ5L-Xûfe^a\& ^^^^ ^
service duquel il avait fait creuser divers lacs ou canaux. La stôle a pour objet de conserver le souvenir de ces bienfaits.
30 Auprès de la maison isolée où nous avons réuni quelques débris de statues provenant de nos fouilles, est un autre colosse. Celui-ci est de calcaire siliceux et représente Ramsès II. Les statues de Ramsès sont si communes que la science n'attacherait aucun prix à celle que nous avons sous les yeux si la tête, modelée avec une grandeur de style qu*on ne se lasse pas d'admirer, n'était Tauthentique portrait du célèbre conquérant de la XIX« dynastie (i).
SAQQARAH (i
Saqqarah est un village qui donne son nom à la nécropole dont il est voisin. Cette nécropole est la plus importante, la plus ancienne et en même temps la plus moderne des nécropoles de Memphis. Elle s'étend le long de la lisière des sables du dé-
(1) La statue a été découverte par Caviglia vers 1820. Bile a été donnée par Méhémet-Ali au gouvernement anglais. Pendant les trois quarts de l'année elle est sous Teau. Tout fait présumer qu'elle était placée, la face tournée vers le nord, contre un pylône du temple de Vulcain dont il ne reste aucune trace. Un second coloaae devait lui faire pendant de l'autre côté de la porte. Noua ravona vaioemeat cherché. Où troMve à Louqsor et à Karnak d'excelloDlB exemples de cette dV»vo*\t\oti. Va* ^«v«. cojoaaea du pyUne de Louqtor aont a\i*»\ de 'Rwft%^*.
SAOQARAB. 77
sert sur une longueur d'environ 7,000 mètres et une largeur de 500 à i,500.
Il est certain qu'il n'est pas aujourd'hui un coin de la nécropole de Saqqarah qui n'ait été déjà bien des fois retourné par des fouilles plus ou moins anciennes. La nécropole offre, en effet, le spectacle d'un bouleversement complet. Des puits sans nombre s'ouvrent sous les pas du voyageur. Des murailles de briquçs démantelées, des buttes de sable mêlé de pierres et de granit arrêtent à chaque instant sa marche. Çà et là des linges de momies que le vent trajisporte au loin, des ossements humains que le soleil a desséchés et blanchis, avertissent qu'on est dans la région des morts.
Les nombreuses pyramides dont la nécropole est couverte arrêtent également les regards. Au centre s'élève , comme le noyau de ce vaste ensemble, une pyramide singulièrement bâtie à six degrés. Si les traditions sont vraies , si le lieu dont cette pyramide occupe le centre s'appelle Ko-Komé et si le roi Ouennéphés fit bâtir en ce lieu nommé Ko-Komé sa pyramide , il s'ensuivrait que la Pyramide à degrés remonte à la I'® dynastie , et qu'elle est, par conséquent, le plus ancien monument connu de l'Egypte et du monde. Les autres n'ont pas de date et il est probable que la plupart d'entre elles n'ont jamais été ouvertes (i).
(1) La Pyramide à degrés est ouverte; 8euleineiit^«.\).vcv.c^X!&&\)^ où D0U8 écrivons ces lignes, un èboxxVetn^TvX «ïi «é OQ%\Tvsfe^«^trée. Au sud de la. nécropole est\e M a8tabat-el-FaTaau.tv,^^sX construction d'origine royale, dont ixo\x& «^noii^t^Xtown^X^^^
La nécropole de Saqqarah est si vaste qu'il est impossible de la visiter tout entière. Les monuments que Ton est dans l'habitude de voir sont le Sérapéum, le Tombeau de Ti, et le Tombeau de Phtahhotep.
A. Sérapéum. — Le Sérapéum est un des édifices de Memphis qu'un passage souvent cité de Strabon et les mentions fréquentes qui en sont faites sur les papyrus grecs ont rendu célèbre. On en a longtemps cherché les ruines que nous avons eu la chance de retrouver en 1850 (1).
en 1859. Quelques marques de carrières tracées en rouffe ,8ur des blocs employés dans la maçonnerie, ont laissé voir joét signes qui nous ont paru former le nom d'Ounas, un des derniers rois de la V* dynastie.
(1) Strabon, décrivant Memphis, s'exprime ainsi : « On trouve << de plus (à Memphis) un temple de Sérapis dans un endroit u tellement sablonneux, que les vents y amoncellent des amas u de sable, sous lesquels nous vîmes les sphinx enterrés, les u uns à moitié, les autres jusqu'à la tète : d'où l'on peut conjec- «< turer que la route vers ce temple ne serait point sans danger, «« si l'on était surpris par un coup de vent. » Si Strabon n'avait pas écrit ce passage, il est probable que le Sérapéum serait encore perdu sous les sables de la nécropole de Saqqarah. En 1850, j'avais été envoyé par le gouvernement français pour visiter les couvents coptes de l'Egypte et faire l'inventaire des manuscrits en langues orientales qui s'y trouvent. Je vis à Alexandrie, dans le jardin de M. Zizinia, une demi-douzaine de sphinx. Au Caire, je vis encore des sphinx du même modèle dans le jardin de Clot-Bey. M. Fernandez en conservait un certain nombre d'autres à Gyzeh. Évidemment, il y avait quelque part une allée de sphinx en exploitation. Un jour, attiré à Saqqarah par mes études d'égyptologie, j'aperçus un de ces mêmes spbJnx dont )a tète sortait du sable. Celui-là n'avait pas été dérauf^é et il était certainement à sa place aTil\«^\x©.To\xX».VL^tèa rjsaJt une table à libation, sur laquelle ètavi gtavè^s eti\ùwo- (TP/ies uae invocation k Osiris-Apis. L.0 psaïas* ^* ^\x«îooti
Apis, comme image vivante d*Osiris descendu sur la terre, était un taureau qui, vivant , avait son temple à Memphis (Myt-Rahyneh), et, mort, avait . son tombeau à Saqqarah. Le palais que le taureau habitait de son vivant à Memphis s'appelait l'Apiéum; le Sérapéum était le nom donné au tombeau.
Autant qu'on peut en juger par les restes retrouvés pendant les fouilles , le Sérapéum était un édifice qui avait l'apparence extérieure des autres temples de rÉgypte, même de ceux qui n'ont point une destination funéraire. Une allée de sphinx y conduisait. Deux pylônes le précédaient. Il était environné d'une enceinte. Mais ce qui le distinguait des autres temples, c'est que dans l'une de ses
me n^nt alors à la mémoire. L'avenue que j'avais sous les pieds, c^ était celle qui conduisait à ce Sérapéum si vainement cherché. Mais j'avais été envoyé en Egypte pour inventorier des manuscrits, non pour fouiller des temples. Il me fallut donc prendre un parti que ma position rendait redoutable. Sans en rien dire et presque en me cachant, je réunis quelques ouvriers et le déblaiement commença. Les débuts furent pénibles. Mais bientôt les lions, les paons, les statues grecques du dromos, les stèles du temple de Nectanébo sortirent du sable, et je pus annoncer mes succès au gouvernement français en l'informant tout à la fois de l'entier épuisement des fonds destinés aux manuscrits et de la nécessité d'en envoyer d'autres. Ainsi s'est faite la découverte du Sérapéum.
Les travaux durèrent quatre ans. Le Sérapéum est un temple bâti sans plan régulier, où tout est à deviner, et où il a fallu reconnaître le terrain pouce à pouce. En certains endroits , le sable y est, pour ainsi dire, fluide et oppose au déblaiement l'obstacle de l^eau qui cherche incessamment à reprendre son niveau. En outre, des difficultés surgirent entre le gouvernement français et le gouvernement égyptien, qui mé forcèrent i^lvi&lftvi!&% fbis à renvoyer les ouvriers. Ce aoiit c^^ <i\sç.Qrûak\»5ùR.^^ ^55ivxvs<i!dirent le travail si long, ot m'y ôieiiX. «T3Kç\oi«t o^^ïx'îi v>aA^^^^
ne regrette pas.
chambres s'ouvrait un chemin en pente qui gagnait bientôt le roc sur lequel le temple était bâti , et donnait accès dans de vastes souterrains. Ces souterrains étaient la Tombe d'Apis,
Le Sérapéum proprement dit, c'est-à-dire Tédifice extérieur, n'est plus aujourd'hui qu'une vaste plaine de sables mêlés d'éclats de pierres incroyablement bouleversés. Le Sérapéum n'existe donc plus. Mais la plus belle et la plus intéressante partie de la tombe souterraine peut encore être visitée.
Nous en ferons l'historique.
La Tombe d'Apis se compose de trois pai*ties séparées, c'est-à-dire qui n'ont entre elles aucune communication directe.
La première et la plus ancienne remonte à la XVlIlo dynastie et à Aménophis IIL Elle a servi à la sépulture des Apis jusqu'à la fin de la XX^. Ici les tombes sont isolées. Autant d'Apis morts, autant de chambres sépulcrales que l'on creusait çà et là dans le temple un peu au hasard. Ces chambres sont aujourd'hui placées sous les sables. Elles n'offraient, d'ailleurs, qu un très médiocre intérêt.
La seconde partie comprend les tombes des Apis morts de Scheschonk I" (XXII« dynastie) à Tahraka (dernier roi de la XXV«). Cette fois un système nouveau a été inauguré. Les tombes ne sont plus isolées. Un long souterrain a été creusé , et de chaque côté de ce souterrain on a ménagé des chambres çu'on utilisait à mesure qu'un Apis mourait à Memphis, Le souterrain qui, et \\i\ î.cvj\, loTm^ \i seconde partie de la. tombe est auio\xTÔ!\im *m^ç«.^v
SAQQARAU. 8i
sible , les voûtes s*étant écroulées en quelques parties, et le reste ne présentant plus assez de solidité pour qu'on en permette la visite aux voyageurs (I). La troisième partie est celle que tout le monde connaît. Elle commence àPsammétichusP'(XXVP dynastie) et finit aux derniers Ptolémées. Le même système de souterrain commun a été suivi, seulement sur une échelle beaucoup plus grande. Les nouvelles galeries ont environ 350 mètres de développement, et d'un bout du grand souterrain à l'autre, on compte 195 mètres. Une autre mode a été inaugurée, celle des sarcophages de granit. On en compte vingt-quatre dans toute l'étendue de la tombe . Tous sont ians inscription, à l'exception des trois qui portent les noms d'Amasis (XXVl® dynastie) , de Cambyse , de Khebasch (XXVIl®) et d'un quatrième dont les cartouches sont vides, mais que tout fait présumer appartenir à l'un des derniers Ptolémées. Quant à leurs dimensions , elles sont en moyenne de 2 met» 30 cent, de façade sur 4 mètres de profondeur et une hauteur totale de 3 met. 30 cent., de sorte que ces monolithes ne pèsent pas moins,
(1) Quand on se dirige par le chemin ordinaire vers rentrée de la Tombe d^Apis, on aperçoit à droite, c'est-à-dire vers le nord, un trou circulaire d^une assez grande largeur. C'est là que se trouvent les souterrains qui ont précédé ceux que Ton va voir. Le ti^ou (iofi^espond à un éboulement ancien. En en faisant sauter les débris avec la poudre, nous avons trouvé, non un ApiSj mais une momie humaine. Un masque d^or couvrait la figure. Des bijoux de toutes sortes élaieiiX ôife^o^.^'a, ^^\« \ô. -^«àxtirinei Toutes les inscriptions étaient au liom ÔlW. ^^ I^nwcv ^««^ Ramsès gui fut pendant longtemps gouNeTneut ôi«k '^ew^^'^^^* "^ peut supposer que c'est là que fut ©nt-eTtè c^ ^TV£i<:.e.
82 EXCURSIONS AUTOUR Dt? CAIRE.
Tun dans l'autre (les vides déduits) , de ^,000 kilogrammes.
Telles sont les trois parties de la Tombe d'Apis.
On sait que l'exploration de cette tombe a fourni à la science des matériaux inesp'érés. C'est que nous n'en voyons plus aujourd'hui que le squelette. La tombe y quand elle a été découverte, était, en effet, pleine encore , bien que violée par les premiers chrétiens, d'à peu près tout ce qui n'était pas or ou matières précieuses. Une coutume avait surtout contribué à enrichir la tombe de documents utiles. A certains jours de l'année, ou bien à la mort et aux funérailles d'un Apis, les habitants de Memphis venaient rendre visite au dieu dans sa sépulture, et comme souvenir de cet acte pieux laissaient une stèle, c'est-à-dire une sorte de dalle carrée arrondie par le haut qu'on encastrait dans Tune des parois de la tombe , après qu'on y avait gravé un hommage au dieu au nom du visiteur et de sa famille. Or, ces documents, au nombre de cinq cents environ, ont été retrouvés pour la plupart à leur place antique (voyez surtout la chambre d'entrée au nord), et comme beaucoup d'entre eux sont datés à la mode du temps, c'est-à-dire de l'année, du mois, du jour du roi régnant, on voit quel secours la comparaison de ces stèles peut fournir à la science, particulièrement à la chronologie.
^ TomhùB de Ti et de Phtah-hotep. — Après le Sérapùum, les voyageurs viaileul \i^\VM^VVftmeat ^no ou plusieurs des tombes de YwidetL cta^vt^
dont la néeropole de Saqqarah est si riche. Nous choisissons les tombes de Ti et de Phtah-hotep.
En général, une tombe de Tancien empire s'annonce à l'extérieur par un édicule qui a la forme d'un mastaba ({),
Le mastaba se compose de trois parties qui sont : i^ une ou plusieurs chambres quelquefois accompagnées d'un serdab, sorte de corridor étroit caché dans l'épaisseur de la maçonnerie. Les chambres étaient accessibles en tout temps au moyen d'une porte s'ouvrant sur l'extérieur du mastaba ; 2° un puits qui a son embouchure dans l'une des chambres et descend verticalement 3ans le sol; 3° un caveau creusé dans le sol, où repose la momie.
Le serdab est toujours sans inscription ; les chambres en sont, au contraire, le plus souvent ornées, et ces représentations ont un intérêt tel , qu'il conviejnt de nous y arrêter.
Chose remarquable , tout y est aussi peu funéraire que possible. Dans les tombes des autres époques (nous en verrons plus d'un exemple à Bab-el- Molouk) une armée de dieux bizarres, fantastiques, a envahi les murs de la chambre. Le "mort y est véritablement dans l'autre monde, et dans un autre monde peuplé d'êtres le plus souvent impossibles à décrire. Ici rien de semblable. En vain cherchera-
(1) On sait déjà que, sous rancien empire, les tombes des. particuliers sont, en général, des mastaba, nou.% ^o^Wv.^ ^\^<3^ ^^'^ espèces de pyramides tronquées tOMt ■çt*^^ ô^Çi\a.\i^a»^,^i^% ^'a^ JoJû, ae présentent sous la forme d'vmmeïiu^* ç.o>aN«tOw^^ ^^'a»:tcopbagea.
Uon sur les murs une seule image de divinité. I défunt est, non dans Tautre monde, mais dai celui-ci (i). 1) est représenté debout, le bâton ( commandement à la main, ou bien assis. Safemn est à ses côtés. Ses enfants raccompagnent. S* seiTiteurs sont devant lui. Il semble qu'il n*ait pi encore quitté la terre.
Pénétrons un peu plus avant dans le sens d tableaux, et nous verrons la tendance que noi venons de signaler s'affirmer de plus en plus. A dehors de la porte d'entrée de chaque tombes (malheureusement cette partie est très souvent d« molie) est une inscription assez longue qui sert ( quelque sorte d'enseigne au monument. On y lit nom et les titres du défunt, puis une invocatic qui résume en quelque sorte les tableaux que noi trouvons en si grand nombre dans l'intérieur. Dai cotte invocatioif, en effet, on demande à Ânubis 1® d'accorder au personnage nommé une boni sépulture dans la nécropole, après Une vie longt et heureuse; 2<» de favoriser la route du défui dans les régions d*outre-tombe ; 3<> d'assurer poi l'éternité Rapport de ce que le texte appelle « l dons funéraires.». Or, c'est spécialement à ces tro
(1) Voyez les restrictions apportées à cette manière de v<
dans V Avant-propos, V Avant-propos est écrit en 1872 ; la pr
sente description des tombes de Saqqarah remonte à IM
Cea divergences d'opinion sont la marque du travail
transformation que subit la science. I>es faits mieux obsenr
ou d'autrea faite encore inconnus nous lot c«onX^cvx\r^Vc^Vti
fli/ier encore use fois Topinion que noua ôtae\.\«na «o^o^^x^^
(Note do la 1" édition.)
SAQQARAH. 8î)
parties de rinscription qiie se rapportent les tableaux de rintérieur, ce qu'il est facile de prouver puisque, en définitive, il n'est pas un seul de ces tableaux qui ne puisse entrer dans une des catégories suivantes :
4® Tableaux relatifs au personnage encore vivant. Le tombeau de Ti offre plusieurs de ces tableaux très intéressants à étudier. Le défunt est chez lui. Des femmes de la maison exécutent des danses (couloir étroit de l'entrée, paroi du sud). Les musiciens jouent de leurs instruments ; des chanteurs les accompagnent en battant la mesure avec les mains {ibid.). Le défunt chasse dans les marais (grande chambre, paroi du nord). 11 est debout sur une barque en roseaux de papyrus ; d'une main il tient des appelants ; de l'autre, il lance sur les oiseaux aquatiques répandus dans les longs roseaux un bâton recourbé qui part en tournoyant (ibid.). Dans l'eau sur laquelle vogue la barque sont blottis des hippopotames et des crocodiles. Des serviteurs cherchent à les prendre. Un curieux épisode est le combat de deux de ces amphibies ; le crocodile est vaincu. A côté un serviteur de la maison prend un hippopotame avec une sorte de crochet, ce qui rappelle immédiatement les deux versets de Job : « Attires-tu le léviathan avec un hameçon? Et avec « une corde lieras-tu sa langue? Lui mets-tu un « roseau dans la narine, et avec un crodiat. IvsJ^ « perces-tu la, mâchoire*? » \JÈA.\i^\^t* \^ ^^^'^ ^"^ ngare du tomheaa.) Une awlr^ sc^w^^ «sN. ^^^"^ ^^^'
chasse aux oiseaux aquatiques faite par les serviteurs du défunt. Plus loin (grande chambre et paroi du nord) sont de délicieuses représentations de la vie des champs. Des vaches traversent un gué. Des veaux paissent dans une prairie. Des serviteurs conduisent un troupeau de chèvres. Les tahleaux d'agriculture (ibid.y paroi de Test) ne sont pas moins curieux. On récolte le hlé, on le forme en meule, on le dépique, on Tassemhle en gerbes qu'on charge sur des ânes. Devant chacune de ces scènes le défunt est assis, on bien debout, le bâton de commandement en main. Ici il assiste à la mise sur le chantier des barques (paroi de Test); là (paroi du sud), il surveille la confection des meubles de sa maison; autre part (petit couloir d'entrée, paroi de Touest) de grands navires aux voiles étendues, des barques montées par des rameurs , sillonnent pour lui les eaux du Nil. En un mot, tout, dans ces tableaux, nous montre la réalisation du premier souhait formé en faveur du défunt par Tinscription qui sert d'enseigne au tombeau. Ti mène sur la terre une vie vraiment heureuse, telle que pouvait l'imaginer un peuple si entièrement voué aux travaux agricoles.il est au milieu des siens. Ses serviteurs l'entourent. Il atteint, comme dit l'inscription, une « vieillesse heureuse et longue. » (Comparez les inscriptions du tombeau de Phtah-hotep.)
2^ Tableaux relatifs à la mort du défunt. C'est la moins étendue des trois parWea. V*^ Ôl^I\slw\. ^ ^'^«^i sur une Marque, assiste ou Iraiis^oxN. ^^^^^^^^^^
momie dans la nécropole. Évidemment , à voir la rareté de ces représentations , on pressent comme nne sorte d'euphémisme qui force l'ordonnateur du tombeau à passer vite sur cette partie de la décoration. Notons, d*ailleurs, que le transport de la momie est la seule scène vraiment funéraire que nous offrent les tableaux. Ces tableaux conduisent le mort jusqu'à sa sépulture, mais ne le suivent pas dans les refilons d'outre-tombe. Toutes les représentations du tombeau sont de ce monde ; pas une seule ne franchit ce seuil mystérieux qui sépare notre vie périssable de la vie étemelle.
3® Tableaux relatifs à l'apport des dons funéraires. Les chambres où nous nous trouvons étaient ouvertes à tous venants, et, à certains jours de fête , les parents du mort s'y assemblaient. Or, une coutume universellement suivie obligeait ces parents à apporter dans le tombeau des offrandes de toutes sortes : pains, liquides, végétaux, membres d'animaux immolés au dehors. C'est ce que notre inscription appelle « les dons funéraires ». Les tableaux relatifs à l'apport des dons funéraires sont nombreux. Les deux parois de la petite chambre à droite du couloir d'entrée de la tombe de Ti , représentent des scènes de ce genre : des serviteurs apportent sur leur tête, sur leurs épaules, sur leurs mains étendues, des victuailles, des fleurs, des plateaux chargés de vases. Sur la paroi est du même cqvlloif d'entrée on a reprèsetilfe Vîûû^Va.^'^ \^'?i\i'«Nî^'^ destinés à fournir une paxliô Vav^çy£\»x>îvfe ^^'^ ^^^
funéraires. Dans l'intérieur de la tombe, sur 1 registre inférieur de la paroi nord, est une file d femmes conduisant des animaux et portant de coufFes sur la tête. Ce sont les propriétés du défuc ainsi symbolisées qui toutes concourent à raccom i plissement de la cérémonie ayant pour but Tappoi
i des objets destinés à figurer en nature dans 1
chambre intérieure du tombeau. C'est dans le tom beau de Pbtah-hotep que les scènes de ce geni sont clairement exprimées. Là le défunt est ass: (paroi de l'ouest, entre les deux stèles). Devant li commence une véritable procession de serviteui apportant les dons. En tôte marchent des prétn récitant les hymnes sacrés; derrière eux des sei viteurs sont censés disposer sur une table où el]( s'amoncellent en tas les offrandes destinées à la c^ rémonie. Pbtah-hotep lui-même accueille les doi et on le voit porter à la bouche un vase contenai une des substances qui figurent dans u l'appoi ; des dons funéraires ».
■» Nous serions entraînés trop loin si nous voulioi
. décrire tous les t£d)leaux , de composition si variéi
i qui décorent les murs des deux tombeaux de Ti <
de Phtah-hotep. Ce que nous désirons faire voir a visiteur , c'est le sens général de ces tableaux , < par là le caractère de la partie du tombeau où i sont placés. Rappelons que nous sommes ici dar l'intérieur d'un mastaba^ mais de plain-pied avec 1 joJaine environnante. Ici rien de lugubre , rien qi rappelle la mort. Le dè£unt serai\Aft e\ï&x l\iû reçoit ses parents , les gens de sa Tft«Â&oti. C*N
SAOQARAH. 89
d'ailleurs, lui-même qui a commencé le tombeau de son vivant et a fait sculpter sur les murs les scènes dont nous venons de chercher la signification. <( Les « Égyptiens, dit Diodore, appellent leurs habita- « tions hôtelleries, vu le peu de temps qu'ils y sé- « joument, tandis qu'ils nomment les tombeaux « demeures éternelles. » C'est bien là, en effet , le sens des monuments dont nous nous occupons. La maison, la ferme, les bestiaux, les champs, la moisson, tout y est, et par sa solide construction, le tombeau devient vraiment une « demeure éternelle ». Quant à l'âme , quant à cette vie d'outretombe dont les Égyptiens ont fait la base de leur croyance et qui est partout ici absente, il faut pour la trouver aller dans une autre partie du tombeau. Mais personne ne pénètre dans celle-là, et elle doit rester éternellement cachée. Il s'agit du caveau fr^néraire, effectivement perdu sous terre au fond d'un puits dont l'entrée était dérobée à tous les regards. Là est la momie, mais là aussi règne le Rituel. Le défunt a franchi le seuil redoutable , il est maintenant dans le monde mystérieux où régnent les dieux des purs esprits.
En résumé, un édifice extérieur recouvrant :
\ ° des chambres accessibles en tout temps et le plus souvent décorées de tableaux ; 2° un puits vertical (1 ),
(1) Le tombeau de Ti offre, par une exception bien rare, une dérogation à cette règle. Le puits, tel qu'on peut le voir aujourd'hui au milieu de la cour, n'est pas vertical. Il est incliné comme le couloir d'une pyramide. Ma\&\%^t\ti^\^^^^x.\<2i^«vVwNfc« Ce couloir incliné était rempli 3usc\\i'avx ionâi ^•aXi^^^'s» ^«k^^sstt'^i, Le sarcophage est en calcitire et li'a, axxcvMX^ m"&cc\:^<vs^»
caché à tous les yeux, au fond duquel on ne peut descendre aujourd'hui qu*ayec des cordes; S** un caveau souterrain où git la momie : telles sont les tombes de Saqqarah, et tel est, ajoutons-nous, le principe de toutes les tombes antiques qu'on trouve en Egypte.