‹ Itinéraire de la Haute-Égypte: comprenant une description des monuments antiques des rives duChapitre 17 sur 25 · THÈBE · texte numérisé non relu

THÈBE

ches crénelés , autant de lolicatés vaincues. A ce tableau se rattache, d'aiHeurs, un intérêt particulier que nous ne devons pas passer sous silence. Dans le 29® cartouche Champollion avait lu Joudah-meîek et il avait conclu que la tête qui surmonte ce cartouche était le portrait du roi de Juda lui-même vaincu par Sésac. Mais les recherches de M. Brugsch ont démontré que Joudah-melek est , comme tous les autres noms sans exception, le nom d'une localité de la Palestine, et que dès lors il n'y a aucune raison pour que nous voyions dans le personnage qni sert à symboliser cette localité le portrait de Jéroboam. Nous ajouterons, au surplus, que le sculpteur a donné aux cent cinquante personnages un type à peu près commun rappelant dans son ensemble le type des peuples vaincus, mais que, pour retrouver la physionomie vraie de ces peuples, il vaut mieux s'adresser aux personnages évidemment plus étudiés sur lesquels le pharaon vainqueur lève sa masse d'armes.

Le môme mur se prolonge vers l'est et s'arrête bientôt à un autre mur qui le coupe à angle droit. Si l'on monte sur cet autre mur en regardant le nord, on a à sa droite un long texte (V du plan) qui n'est autre chose que la copie du fameux poème de Penta-our, œuvre littéraire composée par un poète de ce nom pour éterniser la mémoire d'un fait d'armes accompli par Ramsès II dans la campagne de l'an 5 contre les Khétas ; on a à gauche (K du Qlaa\ ce qui reste des bas-relieis c\vv\ ïÇi^T^'à«v>^a\îe^ ^^'^ épisodes d'une autre catapagiift ^«ccv% ^^^ ç^ors^x^^^?

môme peuple; enfin, l'on a sous les pieds {l du plar la stèle où est gravé, avec tout Tappareil monu mental du temps, le traité de paix conclu entr Hamsès II et Khétasar, roi des Khétas, en Tan 2 du règne du premier de ces princes.

Les bas-reliefs du mur extérieur nord de la sali hypostyle {i du plan). — Ces bas-reliefs sont les monu ments les plus précieux que nous possédions du règn de Séti. Ce roi y a fait représenter , sans trop d souci d'un ordre rigoureusement chronologique 01 topographique , ses campagnes dans l'Asie occiden taie contre les Remenen (les Arméniens)^ les Schaso (les Arabes du désert, les Édomites) les Ruten (le Assyriens), les Khetas (les Hittites de la Bible), etc Cette précieuse série de tableaux est malheureuse jnent très mutilée. On en distingue cependant en core quelques-uns qui méritent de fixer l'attentioi du visiteur.

Nous sommes au pays des Remenen. Séti a port jusqu'en ces contrées ses armes victorieuses. Le Remenen ont à fournir au vainqueur des bois, pro 1)ablement destinés à la construction de ses navires Un premier tableau nous montre les Remenen cou pant ces bois dans leurs forêts.

Séti est sur un char. Ses chevaux (le premie

s'appelle Puissance en Thébatde) l'entraînent dans h

môlée. Les ennemis sont les Schasou. Séti les pour

suit et les perce de ses flèches. Ceux qui échappen

rentrent /précipitamment dans la forteresse Kanam

qui leur sert de refuge.

A. côté, seconde scène de balavWe. V.^^ «nsi^tc

sont les peuples du pays de Kharo. Ils tombent frappés par les traits du roi. Le pays de Kharo n'est plus désormais qu'une province de Fempire égyptien , et les forteresses dont Séti s'est emparé perdent leur nom pour en prendre un autre composé avec celui du pharaon vainqueur.

Autre campagne , cette fois contre les Ruten (Assyriens) « qui n'ont pas connu l'Egypte ». Les prisonniers sont amenés enchaînés pour être présentés aux dieux de Thèbes.

Le roi victorieux rentre en Egypte. Il s'arrête à OuatH-en-Séti. Il passe ensuite une autre forteresse nommée Ta-sam-ef-en-pa,,,, puis une troisième qui s'appelle P(Mna. Il arrive enfin devant une ville fermée dont le nom est perdu (Pit/iom-n...), précédé de nombreux prisonniers de toutes les nations. Là, près d'un cours d'eau peuplé de crocodiles, il reçoit les principaux fonctionnaires de l'Egypte qui sont venus pour l'acclamer.

Grande scène symbolique. Le roi lève la masse d'armes sur un groupe de prisonniers qu'il a saisis par la chevelure et qu'il va immoler devant le dieu de Thèbes. Nouvelles scènes de guerre. Le roi combat des ennemis montés sur des chars, etc., etc.

Cette excursion à l'extérieur du temple terminée, le visiteur rentre dans la salle hypostyle.

Passage entre les deux pylônes. — Il est distingué sur notre plan par la lettre E. Un pylône le borde d'un côté, un. second pylône de l'autre. Ail ixv\k\ft.^ s'élevaient deux obélisques, doivV. Vviw ^'bX. ^^\svv'st'^^- Un latrge bloc de granit eucote evv ^\^ç.^ $y.«^^xis*

MO VOYAGE DANS LA HAUTE-lOG YPTE.

l'obélisque debout laisserait supposer qu'une stat colossale s*y dressait, comme à Louqsor.

Le premier des deux pylônes (111) est du règ d'Aménophis III. Avant que la salle hypostyle f construite, il servait de façade au temple de Karna L'ordre chronologique des pylônes est ainsi rigo reusemeut observé. Le premier que l'on rencont on pénétrant dans le temple est de l'époque des L gides, le second de Ramsès I^'', le troisième d'Am nophis III. Malheureusement, il n'en reste que d ruines, et tout ce que l'on peut reconnaître enco ù quelques restes d'inscriptions gravées sur la fa sud-est du pylône , c'est qu'Aménophis III avait i serve ce côté du monument qu'il construisait^ à liste des donations faites par lui au temple d'Aï mon de Thèbes. A cette occasion , le roi énumè une foule de pierres rares et de métaux précieu: qui ont servi à l'embellissement du lieu sacré. 1 nombre en était considérable. On cite, par exempl 4820 uten de turquoises, 3623 uten de la pierre Hem Ces donations ont été faites après une campagi contre les Asiatiques. C'est le butin qui a servi embellir le temple de Karnak.

Le second des deux pylônes (IV) est si démol

({n*i c'est à peine si on en distingue le plan. Il e

du temps de Thoutmès P^ La porte qui le précè(

«i été construite par Thoutmès IV, et remaniée soi

la XXV* dynastie par Sabacon.

Des deux obélisques qui étaient adossés au pi

/ône de Thoutmès !•', uu sfcu\ ft%V. fe\vç.^t^ d^bou

Trois colonnes d'hi6rog\ypViô* ^^ ÔLfeç.at^Ty\. ^\vii

quatre pans. La colonne du milieu ne contient rien autre chose que les noms et titres du roi fondateur du pylône ; les colonnes latérales laissent voir des cartouches assez embrouillés, où Ton distingue les noms de Ramsès YI confusément gravés par-dessus ceux de Ramsès IV. Quant à Tobélisque tombé , on lit encore parmi les débris qui jonchent le sol les légendes de Thoutmès III.

La salle des cariatides (F). — On pourrait aussi l'appeler la salle de l'obélisque ou la salle des quatorze colonnes. Cette partie du temple appartient comme construction à Thoutmès I«'. Les deux pylônes qui la terminent à Touest et à Test étaient debout , ainsi que les quatorze colonnes , quand la fameuse régente, fille de ce même Thoutmès, et sœur de Thoutmès II et de Thoutmès III, fit dresser au milieu de cette salle les deux plus gigantesques obélisques que Ton connaisse.

L*un est tombé et les voyageurs ne s'en occupent guère. L'autre, encore debout, est celui que l'on connaît sous le nom d'obélisque d'Hatasou.

L'obélisque d'Héliopolis a 20 mètres 27 centimètres de hauteur totale, l'obélisque de Louqsor à Paris, 22 mètres 80 centimètres, l'obélisque de la place Saint-Pierre à Rome, 2o mètres 13 centimètres, l'obélisque de Saint-Jean de Latran à Rome, 32 mètres 45 centimètres; l'obélisque d'Hatasou a 33 mètres 20 centimètres. Il est, par conséquent, le plus grand obélisque connu. On remarquera. ^.^<^^q^^^^ régularité U est posé sur sa\ia?>^. ^^^û. ^^^ ç^'^X-ssv^ même du temple, et celle ^^rëcme^xv VJiV^^'^ $^<5f«xv^^

poids vraiment considérable du monolithe) tr remploi de moyens mécaniques aussi délicats puissante.

Les légendes qui courent du haut en bas de IN lisque ne sont que des formules dédicatoires au i d'Hatasou (XVIII» dynastie, vers 4660 avant J.- Hatasou est, comme on le sait , la fameuse rég< qui tient une place considérable dans Thistoire la XVIII8 dydastie et dont le nom est justement à côté de celui des Thoutmès et des Âménophis.

Au bas de Tobélisque est une inscription en lig horizontales qui couvre les quatre faces. Cette scription nous fait connaître quelques renseig ments qu'il est bon de ne pas négliger.

Ce que nous y apprenons peut se résumer ain 1 ° le sommet de Tobélisque était recouvert « ( pur enlevé aux chefs des nations » ; s'il ne s\ pas d'un simple pyramidion en cuivre doré com le devait être le pyramidion de l'obélisque d'Hé polis, peut^tre l'inscription fait-elle allusion à c< sphère (d'or?) qu'on voit sur certains bas-reliefa Saqqarah ; 2<> l'obélisque était doré , sans doute haut en bas; si l'on remarque, en premier lieu < le fond des hiéroglyphes a été soigneusement p en second lieu que la surface plane du monum a été laissée relativement rugueuse ^ on concl de là que la surface plane (enduite d'un stuc bla ainsi que cela se voit sur tant de monuments ég t/ensj a seule reçu ce coûteux embellissement, àJéroglyphes conservant leur coxA^mt c\. \«vix l< ^c granit ; 3» enfin rmacriptiou c\\» comxsv^ m\

digne d'être transmis à la postérité la prompte exécution , non-seulement de l'obélisque dont nous nous occupons y mais encore de celui qui faisait pendant et qui est brisé, lesquels ont tous deux été achevés « en sept mois, depuis le commencement (du travail d'extraction) dans la montagne. »

Inutile d'ajouter que les cariatides dont on voit encore les restes ne sont rien autre chose que les statues de Thoutmès !«' représenté en Osiris, c'est-àdire comme roi du temps et modérateur des hommes. Elles étaient adossées au pylône V, qui est entièrement éboulé.

Salle des dix-huit colonnes, — Cette partie du temple a beaucoup souffert, et rien ne la recommande à l'attention. La salle aux dix-huit colonnes eut pour fondateur Thoutmès I*" dont on lit encore les cartouches sur les deux colonnes polygonales engagées à droite et à gaucho dans la maçonnerie de rentrée. Le travail fut complété par le fils de ce prince , celui iqui rendit si célèbre le nom de Thoutmès IIL

Les appartements de granit et leurs dépendances (H, I, K, P, R, Sj. — Nous entrons ici dans une partie du tejnple dont évidemment la petite salle (P) est comme le noyau et le centre. La salle (P) a été construite par Thoutmès III. Si on n'y lit aujourd'hui que les cartouches de Philippe Arrhidée, c'est que les murs de la salle étaient chancelants et que ce frère d'Alexandre les fit reconstruire à. v\e\i^.

Un pylône (VI) donne accès datv^\îiu^^M\^ $oû.\r7«^pJe où se trouve lu salle U. Co v^AC>\\^ V^yv^wn^^*^

série des portes monumentales qui conduiseï Textérieur du temple au sanctuaire. Il est petit que son voisin (V) , lequel est lui-môme n haut que celui qui le précède (IV). De l'entré fond du temple , les pylônes décroissent ainsi gressivement et symétriquement en hauteui premier est le pylône vraiment gigantesque borde le temple à l'ouest; le dernier est la struction un peu mesquine que nous avons les yeux.

La face occidentale du pylône VI est cou de représentations auxquelles il est impossibl ne pas s'arrôter. D'un côté sont figurés cent q personnages liés par les bras et par le cou; (|uinze autres personnages couvrent l'autre Tous portent, attaché sur la poitrine, un éci crénelé dans lequel quelques hiéroglyphes inscrits.

Le sens de ces représentations ne peut faire jet d'un doute. Les cent quinze personnages à ( symbolisent cent quinze des localités dont T mes III s'est emparé pendant une de ses camp; dans le sud de l'Egypte; les cent quinze perst ges à gauche symbolisent cent quinze des loc que Thoutmès III a conquises pendant une d campagnes dans le nord.

La liste du pays du sud se décompose en

parties. La première comprend Kousch la mau

ou l'Ethiopie. Quarante-trois noms sont cit

compris Adulis (n® 2). La dc\m^m^ ^vjlïNàç^ ç.wç?

Poun , auquel correspond \e \)a^?» d^% ^^^

y compte quarante noms géographiques. Avec la troisième partie nous entrons dans la Libye. « La « Libye, dit Hérodote, était habitée par deux na- « tions indigènes : au sud les Éthiopiens , au nord « les Libyens. » C'est sans aucun doute à la région éthiopienne de la Libye que se- rapporte la troisième partie de la liste de Karnak.

La liste des pays du nord offre au visiteur un plus grand intérêt. La ligne horizontale d'hiéroglyphes qui la borde au sommet en est le titre général que nous traduisons ainsi : « Liste des pays du Haut Ruten que Sa Majesté (Thoutmès IH) a enfermés dans la ville de Mégiddo la misérable , et dont Sa Majesté a emmené les enfants comme captifs vivants à la forteresse de Souhen à Thèbes lors de sa première expédition victorieuse , conformément à l'ordre de son père Ammon qui l'a guidé (le roi) dans les bons chemins. « Nous n'avons donc pas à hésiteisur l'époque des événements en souvenir desquels la liste dont nous nous occupons a été dressée : ces événements remontent au règne de Thoutmès Hl et à la première des treize ou quatorze campagnes de ce prince. Nous n'avons pas à hésiter non plus sur le nom de la contrée où nous allons nous trouver : cette contrée est celle que les légendes appel lent le Haut Ruten ou le Ruten supérieur. Quant au pays qui correspond à celui que les textes égyptiens nomment le Haut Ruten , il est facilement reconnaissable. Un simple coup d'oeil ^\3iÇ^\.^ ^-^ ^^^^^ ^ous avons devant nous , eTL^cVe-Tc^^^ x^^^^^'^o ^^ leurs Doms hiéroglypliicme?. , Y^au^Çi^Osv V^ ^^>

^iddo (no 2), Beth-Tappuah (u« 6), Juta (n» 9), Damas (n® 43), Beyrout (n® 19), Aschtaroth-Kariiaim (il» 27), Hatzor (u° 32), Kennéreth (ii° 34), Schuncm (n" 38), Nain (n<» 45), Acco (Saint-Jean d'Acre) (no 46) , Jaffa (n» 62) , Lod (n^ 64), Ono (n« 65), Socho (no 07), Hen-ganim (n^TO), Migdal (n» 7i), (;uérar(no 80), Rehobotli (n» 87), Beth-Markaboth 111° 9i), Beth-Hanath (n» i09), Zipli (n» 114). Beyl'out est tout à fait au nord ; Rehobotli est tout à lait au sud. Nous amvons à l'ouest aux mages (le la Méditerranée ; à l'est nous franchissons de ((uelques pas seulement le Jourdain. Le doute n'est donc pas possible. Si ces limites ne sont pas exactement celles que le chapitre x de la Genèse assigne d la terre de Ghanaan , on voit que, tout au moins, les cent quinze noms nous conduisent au centre même et au cœur de ce pays célèbre.

Ainsi , à l'avantage de se laisser facilement saisir comme époque, la liste des cent quinze peuples joint celui de se laisser facilement saisir comme détermination géographique. En définitive, les cent quinze noms ne sont autre chose qu'un tableau synoptique de la Ten'e Promise , deux cent soixante ans avant l'Exode.

Quand on franchit le pylône et qu'on tourne subitement à gauclie , on a devant soi les dernières lignes d'une très longue inscription qui commence à l'autre extrémité du mur. Malgré les mutilations JntentionncWes qu'elle a subies, celte inscription est un dos textes les pVus pTédcw^ V'^^'^^^^^ toxtcs nombreux qui décorent \ca mufoÀWc?. ^mV^xw^^ ^^t

Karuak. On y lit, en effet, le récit succinct de toutes les guerres entreprises par Thoutmès III de l'an 22 à l'an 40 de son règne. Quatorze campagnes sont comptées. Comme l'inscription a surtout pour origine le soin que prend Thoutmès de faire connaître à la postérité les dons nombreux dont il a enrichi le trésor d'Ammon, le rédacteur du texte énumère avec un soin minutieux le butin fait sur l'ennemi et les tributs qui lui ont été imposés. Il compte les prisonniers faits , les chevaux , les bestiaux , l'ivoire , l'ébène, les bois précieux, les pierres rares, les chars, les armes, les meubles, les ustensiles, les céréales, le vin, le miel, les essences odoriférantes, envoyés à Thèbes. Bien que, dans le récit de Tacite, Ramsès soit nommé, et non Thoutmès, il n'y a pas de doute que c'est le texte de Karnak que les prêtres montrèrent à Germanicus. Legebantur, dit Tacite , et indicta gentibus tributa, pondus argenti et auriy numerus armorum equorumque et dona templis, ebur atque odores, quasque copias fnimenti, et omnium ustensilium quœque natio penderet.

La grande cour de l'est (T). — C'est à tort que l'on regarde l'appartement de granit dont nous venons de parler (P) comme le sanctuaire du grand temple de Karnak. Le sanctuaire du grand temple était plus ancien que Philippe, plus ancien que Thoutmès; il comptait parmi les plus vieux édifices de l'Egypte, puisqu'il remontait jusqu'au deuxième roi de la XIP dynastie.

Le sanctuaire de Karnak èVaW V\V!\ ^w ^^'s» ^"^ '^ '^~ levait au centre do la grande covjcvr ô.^ X! ^'^^. ^V "^^

renommée , son ancienneté , sa richesse peut-^ lui ont valu d'attirer avant toutes les autres pa de l'édifice Tattontion des conquérants qui p traient à main armée dans Thèbes , et il a dis] jusqu'aux fondements. Deux ou trois fûts de ce nés renversés sur le sol et où on lit encore la gende d'Osortasen I"» (XII" dyn.) en conser tout le souvenir.

La galerie de l'est et ses dépendances (V). — ' l'ensemble de couloirs, de chambres, de gale qu^ termine à l'est le grand temple de Kamal réservé au culte. Quelques-unes des chambres valent soit au dépôt des objets sacrés qu'on vc y chercher pour la célébration des fêtes, soit manipulation et à la conservation des offrandes, galeries devaient être traversées par les procesi en marche. C'est à Thoutmès III qu'appartien construction de cette partie du temple.

Quelques points méritent d'être spécialemeni signés au visiteur. Ce sont :

La chambre V de notre plan. On en remarqi

les soubassements. Thoutmès III y a fait repré

ter la faune et la flore du Haut-Ruten et d'un ]

ittconnil qui s^appello le To-Ituter (la Terre Di?;

pays qu'il faut chercher soit à l'extrémité mérj

nale dé la péninsule arabique » soit sur les bord

golfe PersiqUe. Ces curieuses représentations

sans analogue dans les autres temples do VÉgy

Entre les colonnes de la chambre V étaient de

les deux Jbeaux sphinx de gYaml to?so. v\\x\ wtvv\^

f^f' moment fa cour priuci\>a\c àw'VLw^^A- ^e'^

THÈBES. > i49

La chambre X, Les tableaux v sont au nom d*Alexandre II. Mais les inscriptions nous apprennent que la chambre tombait en ruine , quand ce prince Ta fait reconstruire.

La chambre U, Elle a été démontée et transportée, depuis une trentaine d'années, à Paris. La science la connaît sous le nom de Salle des Ancêtres. Thoutmes III y est, en effet, représenté adressant un hommage à soixante rois choisis parmi ses prédécesseurs au trône.

Nous terminerons ces brefs renseignements sur le grand temple de Kamak par une dernière observation. Tout le monde remarque et admire Tcntassement de pierres qui fait du grand temple de Karnak, vu d'un certain côté, le monument le plus pittoresque de TÉgypte. Ces ruines se sont-elles amoncelées sous Feffort de quelque tremblement de terre? La destruction de Karnak est-elle l'effet du passage de Ptolémée Lathyre , et du sac impitoyable auquel ce prince livra Thèbes, après un siège do plusieurs mois? Ne serait-ce pas plutôt le résultat de la mauvaise construction du temple et de sa position par rapport au Nil (i)? Peut-être sera-t-il sage d'adopter cette dernière opinion. Les temples pharaoniques sont, en effet, généralement bâtis avec une négligence extrême. Le pylône de l'ouest (II), par exemple, ne s'est effrondré que parce qu'il était creux et que, dès lors, l'inclinaison des murs , loin

(1) Le dallage du temple est de im,^ ^tsnVco^^^^-^'^'^'^^'^^ ^^ niveaa général de la plaine envi onuauXe.

iiiO VOYATrE DANS LA H A CTE-lCG Y PT i:.

d'être un moyen de solidité, n'a plus été qu'une i cause de chute. Notons, en outre, que, plus que tous les autres temples égyptiens, le grand temple de l Karnak est atteint chaque année, depuis longtemps, par les infiltrations du Nil dont les eaux saturées de nitre corrodent le grès. Le temple de Kamak a donc subi, plus que tout autre temple, les injures du | temps par la négligence de ses constructeurs et surtout par sa position relativement au Nil , et les mômes causes produisant incessamment les mômes 1 effets, on peut prévoir le temps où, d'éboulements en éboulements, la magnifique salle hypostyle, par exemple , verra céder sous un dernier effort la base de ses colonnes déjà rongée plus qu'aux trois quarts et s'abattra sur elle-même, comme se sont abattues les colonnes de la grande cour de l'ouest. III. Ruines du nord (1). — Notre itinéraire nous conduit au nord du grand temple et au milieu des ruines qui occupent cette partie de Kamak. Les deux sanctuaires qu'on rencontre à gauche du chemin sont de la XXYI*' dynastie et n'offi^ent qu'un | médiocre intérêt. Le temple adossé au mur d'en- ! ceinte (G du plan général des ruines) a été commencé par Thoutmès III et successivement agrandi par Sabacon et les Ptolémées. De l'autre côté du même mur d'enceinte et correspondant à six portes {a, 6, c, d, e, f) percées à travers ce mur sont six petits temples ruinés qui appartiennent à la période compnse entre la XXII» dynastie et la XXVI». Tout à fait

(V Voyez le plan général de* rume* ^e l&.wrMÛL.

TUÈBKS. 151

au nord enfin (A, B, C) existe un édifice qui était dédié, comme le grand temple, au personnage principal de la triade thébaine. Cet édifice a été fondé et probablement construit tout entier par Aménophis 111. Sous les Ptolémées , la partie antérieure du monument (A), y compris la salle entourée de colonnes, fut remaniée dans le style du temps ; on remania de même et à la même époque la porte monumentale du nord. Déjà, en avant du temple proprement dit , Ramsès 11 avait fait dresser les deux obélisques de granit dont on ne voit plus aujourd'hui que les débris. Le temple du nord est, d'ailleurs, ruiné de fond en comble. En certaines parties, ses murs ont disparu jusqu'aux fondations ; en d'autres , ils ont à peine conservé i mètre de leur hauteur primitive. Une porte entière et quelques pans de murailles assez élevés sont cependant encore debout à Tangle sud-ouest du monument.

rV. Ruines du sud. — Nou»^ redescendons vers le sud, c'est-à-dire vers Louqsor qui a été notre point de départ, nous longeons le grand temple par la mm*aille qui le borde à l'est, et nous nous acheminons ainsi vers les trois points qu'il nous reste à visiter à Karnak , qui sont : le lac , les quatre pylônes du sud, et le temple de Moût.

Le lac (A'). — Les barques sacrées du temple circulaient sur le lac pendant les jours de fêtes. Le lac a été creusé par Thoutmès qui, dans une des inscriptions du temple , se vante d'avoir présidé lui-même aux premièTes o^fet^NÀ»\v% ^^ ^^^ ^x^vail. Aucun canal ne relie \e \^ç. ^^s^ ^"^^ \I\sSJ5^^

tion lente des eaux suffit seule à son alimenta Les quatre pylônes du sud (VII , VIII , IX , X Ils sont tous plus ou moins ruinés. Par la pos qu'ils occupent dans le plan général de Kar ils sont évidemment destinés à relier le tempi Moût (X) au grand temple ; mais la déviation si Hère qu'on remarque dans la direction de axes constitue un problème dont la solution es ficile à trouver. Peut-Atre, sur le vaste terrain 1 libre à côté du grand temple , éleva-ton les qi pylônes comme autant d'arcs de triomphe des à perpétuer la gloire des souverains qui les 1 ériger. On serait tenté de le croire si l'on res par la pensée les deux hautes tours des pyl< leur grande porte centrale et les tableaux h ques de bataille dont leurs lianes sont couverts Les deux premiers pylônes en venant du (X, IX) sont du règne d'Horus (XVI11« dyn.

troisième (VIII) a été commencé par la reine tasou alors qu'elle avait été déjà associée au 1 par son père Thoutmès I®'. Le quatrième (VI du temps de Thoutmès III. Des surcharges i breuses au nom de Séti I*'' , de Ramsès II, de 1 ses IV et de Ramsès VI, se remarquent en d points, particulièrement sur le pylône IX.

Des statues colossales ornaient chacune des :

des quatre pylônes. Elles sont détruites, ou

ne sont venues jusqu'à nous que dans un état

plorable de mutilation. Les deux statues de '.

calcaire blanc qui sont adosafeôs k \^ l^e» yv^y

pj'/ône X sont de Ramsès U. Ou coia^\A\\. ?:yil

THÈBES. io3

ses en avant de la face sud du pylône VIII. Les colosses de Touest sont seuls encore plus ou moins visibles. Le premier représente Thoutmès II assis. Le second est le colosse d'Aménophis P' dont nous avons déjà parlé. On lit les cartouches de Thoutmès III sur le socle du troisième.

Entre le pylône X et le pylône IX, au milieu du du mur d'enceinte qui relie ces deux monuments , existe un temple (S) d'une construction particulière dont il est curieux de préciser la destination. Ce temple remonte tout entier au temps d'Aménophis II ; il faut y voir le modèle de ces sortes de reposoirs où, pendant les grandes panégyries du temple principal, les processions en marche s'arrêtaient pour y célébrer quelque cérémonie.

Le temple de Jf out(X).— -Avec le temple de Moût, nous touchons à l'extrémité méridionale de Karnak. Le temple de Moût est le plus dévasté de tous ceux que nous venons de décrire. Les regrets que l'on éprouve en visitant ses ruines ne sont que plus vifs quand on constate que nous avons affaire ici à un véritable temple , avec son enceinte , ses pylônes , ses sphinx, son sanctuaire et même son lac. Le temple d'Ammon au nord de Karnak a été fondé par Aménophis III ; c'est encore Aménophis III que nous trouvons comme fondateur du temple de Moût au sud.

Les figures léontocéphales qui décorent ce temple soulèvent un problème qui est jusc[u'à çréseoi ç»;«s& solution. La première cour en fe^\,, ^w« ^\isv ^ûx'^^ pleine, ainsi qae la seconde ei \fta ^«vsa. ^wïNsvs^ ^"^

\M VOYA«E DAXS LA H ACTE-ÉG YPTE.

bordent le temple à Test et À Tooest Toutes sont an graoit ooir et à peu près uniformes de trafail et de taille. Symétriquement placées le long des murs sur un rang et quelquefois sur deux, elles se touchent presque du coude. Enfin, si Ton essaye de reconstruire Tensemble au moyen des données que fournissent celles de ces statues qui sont encore à leur place antique et qui, par conséquent, peufent .servir de repères certains , on trouTerait qu'originairement, le temple de Moût a été décoré de plus de cinq cents statues représentant uniformément la déesse à tête de lionne.

Nous passons maintenant sur la ri^e gauche.

L'itinéraire varie avec les saisons. Quand le Nil est bas, quand la plaine occidentale est à sec et qu'on a pu y tracer une route , quand surtout il est f>ossible d'aborder sur la rive gauche en face de Louqsor, on fait de Louqsor son quartier général et de ce point fixe on rayonne sur la ville entière , la rive gauche comprise. Mais au moment de la crue du Ml ou peu de temps après, la plaine est coupée de flaques d'eau, et des canaux encore pleins la sillonnent; d'un autre côté, une barque partie de Louqsor pour aller accoster en face s'échoue ayant d'arriver, et les voyageurs doivent faire à dos d'homme une marche qui est quelquefois de 200 mètres. Pour toutes ces raisons, on quitte Louqsor quand on veut visiter pendant la crue la rive gauche de Thèbes, et, remontant vers le nord, on va chercher à 4 ki\oTafe\.tfc% âieiX^^xwv ^Yidroit où J(».H bateaux peuvent tacWetnexiV. %fcwô«t ^N. ^^\^

THÈBES. loj

chemin du ileuve aux ruines est libre. En d'autres termes y quand le Nil est bas, on visite les temples de la rive gauche en commençant par le sud; quand le Nil est haut , on les visite , comme nous allons le faire , en commençant par le nord . Dans le premier cas, on reste à Louqsor; dans le second cas, on passe snr l'autre rive, à 4 kilomètres plus bas.

Les temples qu'on visite sur la rive gauche sont les suivants :

Temple de Qournah. — C'est le plus septentrional des temples de la rive gauche. On le trouve à la lisière des terres cultivées et à l'entrée de la gorge qui conduit à Bab-el-Molouk. Il était précédé de deux pylônes dont quelques pierres révèlent seules l'existence. Contemporain du temple de Séti à Abydos , il est bâti comme lui sur un plan assez bizarre dont on ne se rendrait bien compte que si les inscriptions de l'intérieur nous permettaient de connaître le détail des cérémonies à la consécration desquelles le temple a dû servir. Comme lui encore, il est plutôt funéraire. C'est là, en effet, le côté original du temple de Qoumah. A Abydos, le dieu du temple est Osiris lui-même , roi de l'enfer égyptien; ici le dieu du temple est Ramsès !«', et le monument est élevé à la mémoire de ce roi par son fils vivant Séti. La position du temple sur le bord du désert et à l'entrée d'une nécropole est ainsi expliquée. Le temple est un cénotaphe. Qv\ <;^<^ rappelle ce qae nous avons di\. V^.'^'i^ ^"^ ^A\îvfc^^î>s:tie des mastaba, bien diffèrenle^ ^u ^xiiVs» n '^^^ ^"^"^

tains jours de Tannée les parents se rassemblaient, et où le défunt, quoique mort, était presque traité comme vivant. L'idée mère du temple de Qonmali ost à quelques égards la même , avec la différence ({ai, pour un Égyptien, sépare le roi de la nation. Le temple de Qoumah était, si j*ose m'exprimer ainsi, hanté par le souvenir de Ramsôs I^'; c'est le souvenir de ce roi qu'on y venait évoquer aux jours prévus par le rite. Quant à la momie, elle reposait plus loin , au fond de l'hypogée de Bab-el-Molook, comme dans les mastaba de l'Ancien Empire la momie reposait au fond du puits inaccessible.

Le temple de Qoumah ne rappelle pas seulement par sa date le temple d'Al)ydos. Il le rappelle aussi par le style de ses bas-reliefs. Des deux côtés , c'est le môme art, la même ampleur, la même finesse. Quand on entre par la porte du milieu dans la salle aux six colonnes et qu'on pénètre dans la troisième cliambre à droite, on trouve sur l'un des murs de rottc chambre une admirable tête de Séti qui le c(>de à peine aux plus belles de celles que les murailles d'Abydos offrent à notre étude.

Le temple, avons-nous dit, est un monument ('levé par Séti à la mémoire de son père Ramsès P'. Quelques parties restèrent inachevées. Ramsès II son empara et à son tour les consacra à la mémoire de son père Séti.

Le Hamesséum. — On va du temple de Qournah au B/imesséunif en suivant la lisière des terres cultir/'ps. On passe, chemin faisanl, dcsa.TvV\iT«k\\-^ovî\nof^frah^ on traverse une par\ie àe Ykaa»»ss&, wi

THÊBES. 157

longe ane autre partie de Scheikh-abd-el-Qournah , et bientôt on arrive devant d'importantes ruines dont les colossales cariatides et les colonnes monumentales se détachent en belle couleur jaune sur le fond des montagnes voisines. On est en présence du Ramesséum.

Le Ramasséum a été nommé le Palais de Memnon, le Tombeau d'Osymandias, Élevé par Ramsès II, dont il porte les cartouches sculptés sur chacune de ses murailles, il a été bien plus justement appelé le Ramesséum par Ghampollion,nom qui lui est resté.

La pensée qui a présidé à la construction du Ramesséum est la même qui a présidé à l'érection du temple de Qoumah. Ici encore le temple est un cénotaphe. Seulement, au lieu d*avoir le fils du roi défunt pour fondateur, le temple est un monument élevé à sa propre mémoire par Ramsès II lui-même. En parlant des tombes de TAncien Empire ) nous avons dit que ces tombes étaient faites de son vivant par le défunt, et cet usage est prouvé par des exemples si nombreux qu*il est absolument hors de contestation. Quand Améni-Amenemha > par exemple y prend la parole à Béni-Hassan et raconte que comme général d'infanterie il a battu les Éthiopiens , que comme moudyr de la province de Sah il a été généreux envers la veuve et les petits enfants , ce û*est pas à la piété des survivants que Cet éloge est dà ; c'est Améni-Amenemha lui-même qui , dans une sorte d'autobiographie ^ ikovis. ^^»jak& ses vertus. De même Ramsès se 1^\\* ç,wv^v:t\3A^'5^ ^^a»s» la nécropole de Thèbes, en p\e\tv i\\x»xNà^^ $^^-»\^^^^^

i:i8 VOYAGE DANS LA H AUTE-ÉGYPTE.

lin monument où, après lui, on viendra évoquer son souvenir, et où, naturellement, il entretient les survivants de sa piété, de sa gloire et par conséquent de ses campagnes.

Le Ramesséum est, en efifet, un édifice qui, funéraire dans sa partie principale, nous voulons dire dans rintention de son fondateur, devient accessoireinont historique par les nombreux tableaux d'histoire qu'on y a sculptés.

Comme le temple de Qournah, il était précédé (le deux pylônes plus ou moins démolis.

On ne peut voir les sculptures du premier qu'à iino certaine heure du jour, quand la lumière devient frisante. Les sculptures sont historiques et se rapportent à l'un des épisodes les plus curieux du règne de Ram ses IL Nous sommes en Syrie et sur le bord d'un fleuve que tout indique être l'Oronte. Hanisès est présent de sa personne et, les armes à l;i main, vient disputer la possession du pays à une vaste confédération de peuples confondus sous le nom général de Khétas. Kadesch est la ville la plus |irochc. Par un concours de circonstances qui ne sont pas tout à fait à l'honneur des généraux égyptiens, Ramsès se trouve tout à coup entouré par les ('nneniis. Ceux de ses soldats qui l'escortaient à ce inoinent ont pris la fuite. Ramsès est seul « et personne n'est avec lui ». N'écoutant alors que son courage , il se lance au milieu des chai^. Il tue les choÏ3 « des vils Khétas » , force leurs troupes à repasaer précipitamment \c ÏLeu\e cX. ^^ ^^ n^'wss pr»rsonnclle change en Viclo'irc uu^ ^L^.t^^i^fô ç.«\\aS»ft,

C'est de ce brillant fait d'armes que le premier pylône du Ramesséum nous consacre le souvenir. D'un côté, on voit Ramsès se précipitant furieusement dans la mêlée ; les ennemis s'enfuient pleins d'épouvante ; les uns sont broyés sous les pieds des chevaux et les roues du char; les autres sont étendus par terre percés des flèches lancées par la main du roi ; d'autres encore sautent dans le fleuve et s'y noient. D'un autre côté, le roi est représenté assis sur son trône. Les officiers viennent le complimenter. Mais c'est par des réprimandes que le roi les accueille. « Aucun de vous, s'écrie-t-il , n'a bien agi en m'abandonnant ainsi , seul au milieu des ennemis. Les princes et les capitaines n'ont pas réuni leurs mains à la mienne. J'ai combattu, j'ai repoussé des miniers de nations et j'étais tout seul !.. » En décrivant le temple do Louqsor, nous avons mentionné les deux obélisques qui précèdent le pylône et le pylône lui-môme; mais nous avons négligé d'ajouter que les représentations qui couvrent la face extérieure de ce pylône sont historiques. Or, c'est à ce même épisode de la guerre des Khétas qu'elles se rapportent, et, comme ici Ramsès y est représenté accomplissant l'exploit qui est resté pour lui-même un des grands événements de son règne, puisqu'il l'a fait reproduire au Ramesséum, à Louqsor, à Karnak, à Ibsamboul, et que nous allons le trouver une autre fois encore occupant le second pylône du temple dont nous faisons la descriçtiQn(i\.

(1) Cet épisode fait le sujet du poëiae àô Pcuta-our ^«t*. noua avons parlé ci-<]essu8.

Ce qui reste du second pylône ne semble debout que par un miracle d'équilibre, et si Te savait que, il y a soixante-dix ans, les artbtes qt compagnaient l'expédition française l'ont vu et sine comme nous lo voyons et le dessinons au, d'hui, on craindrait de le voir à chaque in s'écrouler.

Ce second pylône donnait accès dans une bordée de pilastres auxquels de grandes figuri Ramsès, revêtu des attributs d'Osiris, sont ados Ce que nous avons dit du caractère principale) funéraire du temple explique cette disposition.

En avant du pylône, c'est-à-dire du côté est, placée la plus gigantesque statue que les Égyp aient taillée dans un seul bloc de granit. Elle sure 17 met. 50 cent, de hauteur et son poids pas moindre de 1,217,872 kilogrammes. Ran bien entendu, est le personnage représenté, heureusement , de Tune des œuvres les plus pi gieuses qui soient sorties du ciseau égyptien, reste que des fragments. La face est mutilé< quand on voit cet effrayant monolithe brisé avi tel acharnement) on se demande ce qu'il y a de étonnant, de la patience et de la force de ceu3 l'ont apporté d'Assouan pour en faire l'omei d'un temple, ou de la force et de la patience de qui l'ont jeté par terre et renversé sur le dos.

Sur la façade intérieure du pylône auquel 1

losse de Aamsès était appuyé sont sculptés de i

breux tableaux historiques oii tiovxs T%\.TÇi>\NQ>Tï

pisode de la bataille conlTe Vea ¥àife\aa.AçX\

THi>.BES. 161

est plus favorable et les détails de la scène peuvent être mieux étudiés. Ramsès est au milieu de la môlée, semant la mort autour de lui, et déjà des cadavres nombreux jonchent le champ de bataille. Ici , c'est Grabatousa, l'écuyer du prince de Khéta; là c'est Rabsounaf capitaine des archers, qui tombent atteints par les flèches du roi. L'Oronte est sur la route des Khétas qui fuient éperdus. Ils s'y précipitent, et de l'autre côté du fleuve on voit retirer des flots l'un des généraux ennemis que ses soldats suspendent la tête en bas, pour lui faire rendre l'eau qui l'a suffoqué. Les épisodes que le sculpteur a réunis çà et là avec plus de bonne volonté que de talent, sont aussi nombreux qu'intéressants, comme on peut le voir en jetant les yeux sur les diverses parties des grands tableaux qui couvrent le pylône. Nous ne nous y arrêterons pas davantage. Des scènes religieuses où Ramsès est représenté en adoration devant les dieux de Thèbes, de longues listes des princes et des princesses de la famille du roi, un tableau astronomique que les beaux travaux de M. Biot ont rendu célèbre, se trouvent dans les autres parties du temple. Une salle hyspotyle s'ouvrait aux cérémonies intérieures de l'édifice. On en admire les colonnes dont les chapiteaux en fleurs épanouies ont une grâce que les lourdes colonnes de la salle hypostyle de Karnak sont loin de posséder.

Les Colosses. — Les colosses pxfecfe^^\«tA*\^V^^'^^ d'an temple qui a dispara ^usqja'atXX^.^oxÀ.^xcvfe^^'^'

Le temple était en calcaire et a péri victime d richesse de ses matériaux. Les colosses soni brèche et, comme ils n'ont pa servir à alime les fours à chaux voisins, ils ont survécu.

Sans aucun doute , le temple dont les colc annonçaient si magistralement rentrée, était à ^ nophis III ce que le Ramesséum était à Hamsè et ce qu'était à Ramsès III Médinct-Abou. On par là que la destruction de cet édifice a prii science de documents qui auraient probablen jeté un jour très vif sur un des règnes les plus té ressauts de l'histoire égyptienne.

Les deux colosses sont en brèche , mêlés de < loux agatisés. Primitivement ils étaient monolit Un accident, sur lequel nous reviendrons, a^ fait perdre au colosse du nord sa partie snpériei c(;ttc partie a été rebâtie en blocs disposés assises. Les deux colosses ont leur base isolée, môme matière qu'eux.

Quand les deux statues s'élevaient en face pylône, debout sur leur baso, elles avaient 19 n (»0 cent, de hauteur, ce qui est la hauteur d' maison à cinq étages de Paris. Détachées du S( sur lequel elles sont posées, les statues proprere dites n'ont plus que 15 mot. 00 cent. Leur enfo siiinent dans le sol environnant est, d'ailleurs m^me (1 met. 90 cent.) que celui de Karnak.

Nous n'avons pas besoin d'ajouter que les d

slaïaas représentent Aménophis III, assis dans

pose Jiiôratique, Les statues a(Voç»%t.Ç'>?> ^\i %\!t^^<^ «

celles de /a mère et do \a tenvrcve Ae ç^. v^vsi^fe.

THÈBES. i63

La statue du nord est le Colosse de Memnon, si célèbre pour les voyageurs qui, dans les deux premiers siècles de la domination romaine en Egypte, ont visité la terre des Pharaons. Destiné par Aménophis III à orner la façade de son temple, ce colosse resta pour tout le monde la statue d'Aménophis jusqu'au jour où, en l'an 27 avant notre ère, un tremblement de terre en fit tomber la partie supérieure (1). Chose étrange, cet accident qui enlevait au colosse sa valeur, est le fait qui lui donna sa célébrité. On s'aperçut bientôt, en effet, que du socle, resté en place, un tintement sonore semblable à une voix humaine s'échappait quand le soleil du matin frappait le monument de ses rayons. Sans aucun doute, ce tintement n'était que le résultat du craquement de la pierre mouillée par la rosée de la nuit, et échauffée par le soleil. Mais, pour les Grecs et les Romains qui voyageaient alors en Egypte , le phénomène ne tarda point à prendre le caractère du miracle. Le colosse était situé dans un quartier de Thèbes appelé les Memnonia. Memnon était dans les traditions qui avaient cours parmi les étrangers, le légendaire fondateur des édifices de cette partie de la ville. La voix qu'on entendait n'était-ce pas la plainte de Memnon implorant sa

(l) ThebsB ^gypti usque ad solum dirutx sunt, dit Eusèbe. Si le tremblement de terre eut cette violence, on peut lui attribuer la chute dir pylône dont les débris accumulés font une impression si navrante quand on entre dans la ^i!&wd.Qk (^<2>n^ ^<s^ Karnak. La corrosion de la base des xûxvi^^^x\^\vVyt«è;'^«»-'M^^ pas moins la. cause qui a amené \e ^\\xs ôi êcxwi\fôvsv«vv\.^ Ç^-a^a^ij temple de Karnak.

\i)'t VOYAGE DANS LA HA UTE- ÉG Y PTE.

môre divine TAurore? La célébrité du colosse se répandit aussitôt. De toutes parts, on vint pour entendre la voix merveilleuse, et à Tenvi on se mit à graver sur les jambes de la statue les témoignages de l'admiration de ceux que leur bonne fortune avait rendus témoins de ce miracle. Enfin, après deux siècles et demi, Septime Sévère crut faire taire la plainte du béros et rendre sa voix plus belle en rétablissant le colosse. Il n'y réussit qu'à demi. Le béros ne se plaignit plus, mais la voix étouffée sous les blocs de grès qu'on voit encore aujourd'hui en place , cessa pour toujours de se faire entendre.

On peut voir à la seule inspection des jambes du colosse combien les témoignages d'admiration dont nous venons de parler ont été nombreux. En général les inscriptions sont datées^ les plus anciennes du règne de Néron , les plus récentes du règne de Septime Sévère. La seule époque d'Adrien en a fourni vingt-sept à la collection , sans compter celles, plus nombreuses, qu'aucune date ne signale à l'attention. Le plus souvent les inscriptions sont en prose et revêtent la forme la plus simple , comme celle-ci : « Sabine Auguste , femme de l'empereur « César Auguste, a entendu deux fois Memnon, « pendant la première heure » ; et cette autre : « Moi.... Vitalinus, épistratège de la Thébaïde, avec « ma femme Publia Socis, j'ai entendu Memnon, « l'an IIL.., au mois de pachôn, deux fois, à une «- heure et demie. » Mais quelquefois aussi la poési'e est employée f et comme r^vodifeV^ ^^ ^^ ^eure nous citerons les deux auiNanle* •. i<^Uû\,'^y«^\ûv

THÊUES. 1()5

« mus, qui tiens de mon père le nom de Dillius, « italien de naissance, je t'honore par ces vers élé- « giaques, en faisant au dieu, qui me parle, un « présent poétique. Mais en retour, 6 roi, accorde- « moi une longue vie. Beaucoup viennent en ce « lieu pour savoir si Memnon conseiTe une voix « dans la partie du corps qui lui reste. Quant à lui, « assis dans son trône, privé de sa tête, il résonne « en soupirant pour se plaindre à sa mère de l'ou- « trage de Gambyse; et lorsque le brillant soleil « lance ses rayons, il annonce le jour aux mortels « ici présents. » — « Ta mère, la déesse Aurore « aux doigts de rose, ô célèbre Memnon, t'a rendu <( vocal pour moi qui désirait t*entendre. La douzième « année de l'illustre Antonin, le mois de pachôu « comptant treize jours, deux fois, ô être divin, « j'ai entendu ta voix, lorsque le soleil quittait les « ilôts majestueux de l'Océan. Jadis le fils de Sa- « turne, Jupiter, te fit roi de l'Orient; maintenant « tu n'es plus qu'une pierre ; et c'est d'une pierre « que sort ta voix. Gémella a écrit ces vers à son « tour, étant venu ici avec sa chère épouse Rufilla « et ses enfants. »

Deir-el-Medineh. — Entre les colosses et Médinet- Abou, derrière la partie de la nécropole antique nommée Qoumat-Mouraî, est un petit temple perdu dans un pli de terrain. Il a été commencé par Ptolémée Philopator et achevé par les successeurç» da ce prince. Mais ce temple n'e&\. c^'mw^ ^^^wv^^^^^tlon. Il existait, en effet, d^& \e \.ev£\v% ^ Kx«n^^^-

phis m , et avait été édifié par un personnage qai joua à cette époque le plus grand rôle, et qui s'appelait Aménophis (comme le roi régnant), fils de Hapou. Il est dédié à la déesse « Justice », et reçut de son fondateur le nom de Ha-kak, Quand on conduisait à sa dernière demeure la momie d'un habitant de Thèbes, c'est dans le temple de Deir-el- Medineh que le cortège s'arrêtait pour accomplir à l'entrée de l'édifice sacré la cérémonie (fictive) du jugement de l'âme. Le nom de l'antique fondateur du monument est écrit partout; dans la chambre du sud , un tableau , sans nom propre (fait unique dans les temples égyptiens et que nous ne saurions expliquer si nous ne connaissions la destination de l'édifice ) nous fait assister à la grande scène de la psychostasie.

On s'arrêtera au temple de Deir-el-Medineh pour voir son élégante façade, bâtie sur un modèle dont on ne trouvera pas un exemple mieux conservé en Egypte. On étudiera aussi avec fruit une curieuse fenêtre ouverte dans la paroi sud de l'un des couloirs intérieurs.

Médinet-Abou. — Quand on traverse la rive gauche de Thèbes en aiTivant du nord, comme nous le faisons en ce moment, on aperçoit tout à fait au sud, du plus loin qu'on vienne, une grande colline presque noire du sein de laquelle émergent çà et là fjue)fjucs constructions d'un jaune doré.

La colline est Je village copte qvù , k \«^ OqmXa 4^ ya religion éyg/ptienne , se forma dVîA.ovïi^ ^vi \k«v^^

dont nous apercevons les restes, l'ensevelit peu à peu et finit par le couvrir presque entièrement de ses maisons. Le temple est MédineUAbou, ainsi nommé du village qu'il a d'abord précédé, et auquel maintenant il succède.

Pour la plupart des voyageurs, Médinet-Abou est le temple célébra élevé , comme une sorte de Versailles, à la gloire de Ramsès III. Mais, en réalité, Médinet-Abou est le composé de deux temples, dont voici la description.

1° Temple de Thoutmès. — Aux chapiteaux fleuris des colonnes qui s'élèvent dans le fond de la première cour, au style gauche des sculptures et particulièrement des hiéroglyphes, on devine que l'entrée est d'époque romaine. On lit, en efifet, les noms de Titus, d'Adrien, d'Antonin, sur les diverses parties de la cour.

Le pylône à moitié construit qui vient après la cour est également d'époque romaine , bien que la porte placée -entre eux soit, d'un côté, du règne de Ptolémée Lathyre, de l'autre côté, du règne de Ptolémée Aulète.

. Une petite cour se présente ensuite, bordée à son extrémité par un pylône de la construction la plus élégante. Ici il faut presque deviner les dates. Quelques cartouches de Tahraka (XXV® dynastie, 680 av. J.-C), de Nectanébo II (XXX® dynastie, 350 av. J.-G.) sont bien visibles çà et là; ro.ai& quelquefois il faut savoir tcti^^ ^ ^wv ^Vst^^^^'^^ auteur un cartouche que P\.o\fe«ife^\J^^^^ ^ "^^

1f)8 VOYAGK DANS LA II AUTHl-KG Y fTE.

& Nectanubo, lequel l'a pris lui-même à Tahraluu Quand on a franchi la porte ouverte aa milieu (lu pylAne et passé Tautre cour qui suit cette porte, on est dans le temple proprement dit. Les cartoachcs los plus anciens qu'on j trouve sont ceux de Thouiniès I«', les plus nombreux sont ceux de Tlioutrnès III. Viennent ensuite, jusqu'à Piolémée IMiyscon, des cartouches de presque toutes les épo- «[ues, dont il est curieux d'étudier rencheyétrement au milieu dos restaurations que le temple a subies. Maintenant que nous connaissons le fondateur et l<;s diverses époques du temple de Thontmès, quelle en est la destination? A quel usage était réservé ce ;)ciit édilice avant que llamsès 111 lui donnât pour voisin 1(5 grandiose monument qui attire à lui seul iuijourd'hui toute l'attention ? C'est ce que les inh iriptions ne disent pas.

'i*" Temple de lUtmsês Ul. — Le temple de Ramsès III csl, par sa grandeur, par son ensemble, par son importance liistorique, par son style, par la variété (iiîs tableaux dont il est décoré, un des monuments ('i/^^yptiens dont la visite laisse la plus agréable et en inênie temps* la plus forte impression.

11 se compose de deux parties séparées par une cour. La première est ce qu'on appelle le pa^is. C'est c(3lle qu'on trouve d'abord en pénétrant dans Tédilicc par sa porlc d'entrée. Vient ensuite le temple propn^nient dit qui s'annonce par un majestueux pylôtui.

A. Le palais a tous les caracltet^ift à:\Mi^\i^v\aNÀss^

TUÈBES. 169

royale. Deux grandes tours carrées, dont les quatre murs sont symétriquemeut Inclinés vers un centre commun , en forment le corps de logis principal. Les détails d'architecture méritent d*être étudiés. A l'extérieur , les fenêtres se présentent entourées d'ornements spéciaux d'une grande originalité (voyez surtout le côté extérieur nord). Aux étages supérieurs, on voit que des consoles supportées par des prisonniers couchés sur le ventre, étaient destinées à supporter les extrémités du velàrium qui devait s'étendre au-dessus du passage d'entrée et protéger do soleil la façade orientale. Mais c'est principalement dans les chambres intérieures que se montre le caractère privé de l'édifice. Là Ramsès m est réellement chez lui, au milieu de sa famille. Une de ses filles lui apporte des fleurs; il joue aux dames avec une autre ; il reçoit des fruits d'une troisième qu'il caresse en signe de remerciement. On conçoit que, dans une construction de cette importance, Ramsès ne pouvait oublier l'histoire et le soin de se mettre en relief comme conquérant. Dès la porte d'entrée, en effet, Ramsès est rejprésenté amenant aux dieux les prisonniers qu'il a faits sur l'ennemi. Avec une habileté dont on est justement frappé, le sculpteur égyptien a su donner à chacun de ces prisonniers le type de sa race. Songeons que nous sommes ici au xjii® siècle avant notre ère, et que nulle part l'ethnographie ne trouvera à étudier sur des exemples plus authentlo^iieç. les nations qui, à ce momeiiX., ^^\ï^\^^\>^. ^ ^^^^ occidentale, la Libye et VÉl\iio^'ve.

Les prisonniers sont divisés de chaque côté rentrée en deux séries.

Du côté sud est la série des prisonniers appa nant à l'Ethiopie et à la Lihye ; du côté nord es série des prisonniers faits sur les nations du ne Tous sont représentés agenouillés et les mains li derrière le dos.

La liste des prisonniers du sud est ainsi compos

1® « Le chef de la vile race de Kousch ». Le ^ veur lui a donné par exception les traits d*un nè^ quoique Kousch fût compris plus exactement les Égyptiens eux-mêmes dans la race des Chami

20 Détruit.

3® Détruit. On voit que le personnage re{ sente était Kouschite.

40 « Le chef du pays de Libou ». Il a labarhe pc tue , une tresse pend sur son oreille. L'identiflcat est facile. Il s'agit évidemment des Libyens , nat située à Fouest de l'Egypte.

50 « Le chef du pays de Tour ses », autre type ko chiste ; on remarquera le nez aquilin et la grai robe frangée.

6* « Le chef du pays des Maschouasch », si fi pant par sa grande physionomie. Les Maschoua sont les Maxyes d'Hérodote. Ils habitent les c^ septentrionales de l'Afrique et forment une imp tante subdivision de la Libye.

70 « Le chef du pays de Taraoua ». Ce septié personnage complète avec le premier, le troisiè et Je cinquième , la série des pevi^Vft?» VoM^OoùXfc^ paraissent dans le tableau.

Ramsès III n'eut pas seulement à combattre les Kouschites et les Libyens. Aux Libyens représentés par les Libou et les Mascbouascb se joignirent des peuples venus de l'Asie occidentale qui formèrent contre TÉgypte une formidable coalition que Ramsès III eut la gloire de vaincre. Sept des peuples soumis par les armes égyptiennes sont représentés sur le côté nord. Ce sont :

1® « Le vil chef des Khétas, en prisonnier vivant ». Il a la figure pleine , sans barbe ; les oreilles sont ornées de grands anneaux; la tête est couverte d'un bonnet collant d'où s'échappe une sorte de queue qui retombe sur le dos. Avec le vil chef des Khétas, nous quittons le continent africain et nous sommes transportés en Syrie et sur les bords de l'Oronte. Les Khétas sont les Hittites de la Bible.

2° « Le vil chef du pays d'Amaro », à la figure allongée , à la barbe pointue. C'est le roi des Amorites qui peuplent la rive occidentale de la mer Morte.

3° « Le chef des ennemis Takkari », au bonnet écrasé et coupé droit au sommet, à la figure pleine et sans barbe. Les T'akkari habitaient primitivement une région voisine du Caucase. Battus par Ramsès III, ils furent compris parmi les peuples qui , à la suite de leur défaite , s'établirent sur les frontières occidentales de l'Egypte et devinrent les nations libyques dont les noms se retrouvent presque tous dans Ptolémée. Les T'akkari (Zakkari) sont les Zygritœ{i) des géographes (Ptol., IV, 5, 22\,

(1) Ces vues nouvelles sont le rès\i\\At. ^©^ ô^roXex^ '^'^'^J**^ de M. Bragsch, consignés dans son Histoire d:Èg^J^»^ft V?^^^*a»

4® « Le pays de Schartana qui est sur la i Immédiatement après les Zygritœ, Ptolémée(IA cite les Khartani, qui habitaient probablement licie et le bord de la mer. Nul doute que les Kh ne soient les Schartana des listes de Médinet-

5<* « Le chef des ennemis de Schasou ». Les sou sont bien connus dans Thistoire d'Égyp parcourent le désert qui s'étend sur les froi égyptiennes du côté de l'isthme de Suez. C les Édomites de la Bible. On voit que Rams à lutter contre les ennemis qui l'attaquaient à 1 à l'ouest, par les Libou et les Maschouascfa l'est, par les peuples confédérés de l'Asie, ajouterons qu'il eut à lutter aussi contre des p< qui vinrent par mer et essayèrent de pénétr le territoire égyptien par les bouches du Nil.

r>« « Le pays de Tourscha qui est sur la me s'agit de la chaîne du.Taurus, peut-être de en Cilicie , qui est sur le bord de la mer.

7« « Le chef des ennemis de Pu (rosata) ». L rosata sont pour les uns des Pélasges , pour h très des Philistins. On y verra plutôt, avec M. Bn les Prosotidœ cités par Ptolémée quelques '.

après les Zygritœ et les Khartani (IV, 5, 24).

anglaise, t. II, pp. 133, 151, etc.). M. Brugsch voit des natl bitant le Caucase et le Taurus là où M. de Rougé et a] M. Chabas avaient vu des Sardes, des Sicules, des T< des Osques, des Pélasges, des Teucriens. Que les Sarde ces à Toccident de la Méditerranée, se soient coalisés a Amorties de la mer Morte pour fondre sur TÉgypte, < f/u'on admettrait difficilement. \3ne teWft ft\i\.e\i\A d^ ^<

possible aujourd'hui avec les moyen» de cotam>\\i\(^^M\

on dispose, était autrefois lrrèa\v*a\A©.

L'édifice que précède cette curieuse série elbnographique, qui semble placée à l'entrée pour lui servir précisément d'enseigne, soulève une question à laquelle il n'est pas hors de propos d'accorder quelques instants d'examen. Est-ce i:éellement dans un palais que nous entrons ici , ce qui ferait du pavillon de Médinet-Abou le seul échantillon d'architecture civile que nous possédions? Notons que si le pavillon de Médinet-Abou est un palais, c'est que les autres palais de l'Egypte étaient en pierres tout aussi solides que les temples eux-mêmes, et alors pourquoi les traces mêmes d'un autre palais ne sont-elles pas venues jusqu'à nous? Nous ne décidons pas par là la question de savoir où logeaient les rois , question de plus en plus embarrassante depuis que nous savons qu'ils ne logeaient pas dans les temples. Mais nous inclinons à penser que jamais le pavillon de Médinet-Abou n'a été pour son fondateur un lieu d'habitation. L'idée que, vu de loin et dans le paysage, il évoque par les lignes générales de son architecture, est celle de ces tours triomphales {migdol) dont les bas-reliefs de Karnak, de Louqsor, du Ramesséum et de Médinet-Abou môme nous ont conservé les dessins, et que les rois faisaient élever sur leurs frontières, à la fois comme un moyen de défense et comme un monument de leurs victoires. Un monument d'architecture militaire, commémoratif du roi guerrier par excellence, et non un monument d'architecture civile, tel serait le pavillon de Médinel-KlboM VV>j. (J) On remarquera, que le sommet du m\xt IS«uç.«voX.«k «^^ '^"^

174 VOYAGE DANS LA HADTE-ÉGYPT

B. Le temple de Médinet-Abou est, < palais, un monument construit et décoré tier par Ramsès III .

Le premier pylône forme à lui seul ui graphie à laquelle il serait intéressant crer une étude spéciale. De grandes stèl de Tan 11 et de l'an 12, mentionnent le lions glorieuses entreprises par Ramsès > Libyens, les Maschouasch et les autre; accourus des rivages de la Méditerran^ montagnes de l'Asie occidentale pour se 11 tre la puissance égyptienne. Sur la f< pylône , du côté nord , est un tableau q d'être signalé par la tournure poétique qi une des inscriptions. Le roi frappe de d'armes un groupe de prisonniers ag Ammon-Armachis lui présente la hache bat. Le dieu adresse au roi un discours reproduisons d'après l'excellente traduc vient d'en donner M. Chabas :

a Mon fils^ issu de mes entrailles, toi qi « seigneur des deux mondes, Ramsès II « du glaive sur la terre entière ; les Petti u sont étendus sous tes pieds.

tours qui forment le palais proprement dit est tomi

créneaux, ce qui achève de donner à Tédifice une a]

fortification. La forme des créneaux de Medinet-^

supposer que, originairement, ils ont pu être les boucl

dats qu'on disposait ainsi par rangées pour être vus

ea temps de'paix,pour protéger le combattant.au m

bataille. Nous ne hasarderions v^î^* ceUe coti'^<ie\.ut«

sag-e d'Ézéchiel (xxvn. 11), sur \ea VjowcWet* <\ùo

autour des muriUlles de Ty r, ne \\ù donxnÀx. vxtie c^x

« Je t^amène les .chefs des contrées méridionales « qui t'apportent leurs enfants chargés sur leurs « dos et tous les produits précieux de leurs pays. « Laisse la vie à qui tu voudras parmi eux, tue « ceux que bon te semblera.

« Je tourne ma face vers le nord et je te comble « de merveilles : je t'amène To-tescher (la Terre « rouge) sous tes pieds; brise dans tes doigts les « insensés ; renverse les Herouschaou avec ton glaive « victorieux. Je fais arriver à toi des nations qui « ne connaissaient pas TÉgypte , avec leurs valises <( remplies d'or, d'argent, de lapis vrai et de toutes « sortes de pierreries; le choix de ce que produit « le To-nuter est devant ta belle face.

« Je tourne ma face vers l'orient et je te comble « de merveilles; je les lie tous ensemble dans ta « main; je réunis pour toi tous les produits de « Pount ; tous leurs produits en hami, en assa pré- « cieux, en toute espèce de plantes odoriférantes , « sont en ta présence.

« Je me tourne vers l'occident et je te comble « de merveilles; ravage le pays du Tahennou; « qu'ils viennent à toi courbés en adoration , ou « tombent en courant à tes cris terribles. »

On trouve dans la cour qui suit le premier pylône un remarquable exemple de ce que Sir Gardner Wilkinson a si ingénieusement appelé la symétrophobie égyptienne. La cour est bordée d'un côté par de grosses colonnes à chapiteaux formés de boutons de lotus épanouis*, mais, âie.\!^v^\x^ ^^^J^-» Jes colonnes sont remplacées pax àfe tïv^^^^^'s» ^^^^'

i76 VOYAGE DANS LA HADTE-ÉGYPTE.

carrés , précédés de statues colossales représeï Ramsès III revêtu des attributs d'Osiris.

Quand on entre dans cette seconde cour, devant soi la face antérieure du second pylône.

Le massif méridional est couvert par un g tableau. Ammon et Moût sont d'un côté ; de Vi est Ramsès , amenant aux divinités un grou( prisonniers rangés en trois lignes. Nous non trouvons ici en présence des peuples de TAsie nous connaissons déjà. Le groupe inférieur ri sente les Purosata, introduits dans les liste Ptolémée sous la forme Prosotidœ, A la rangé milieu sont les Taanaouna, autre tribu caucasi qui se fixa en Libye et à laquelle Ptolémée d le nom de Teneia, Taineia, Enfin, dans les grc supérieurs,, il faut voir les Schakarscha, trois tribu caucasienne dont nous croyons que le aurait peut-être pu venir jusqu'à nous dans des Tcherkesch (les Gircassiens modernes). M. Bri fait des Schakarscha les habitants du pays lib où ces montagnards se seraient établis après défaite et que Ptolémée (IV, 5, 4) nomme ZayuXl;,

Le massif septentrional est occupé par la gi inscription à laquelle M. de Rougé a consaci beau mémoire. Les quinze premières lignes ne qu'une fastidieuse énumération des titres du L'intérêt commence à la seizième ligne. Il encore de la grande invasion. Mais cette f< récit est plus particu\\îiTeTtvew\, ç.wvî>^ct^ ^^n sodé de la campagne. Vie* TLV^cl, X^-î» "^a

Karkamascha, les habitants à'Aratou, d'Arwsa, s'étaient réunis aux Purosata, aux Takkari, aux Schakarscha, aux Taanaounay aux Ouaschascha {Ossetes) pour envahir l'Egypte. Une rencontre eut lieu à l'une des embouchures du Nil. C'est au récit de ce combat naval que l'inscription est consacrée.

On passe la porte de granit qui réunit les deux massifs du second pylône et l'on entre dans une vaste cour qu'on peut regarder comme l'ensemble le plus précieux que nous ait légué l'antiquité égyptienne. Des quatre côtés, la cour est bornée par des galeries couvertes de sculptures revêtues de couleurs éclatantes. Les galeries du nord et du sud sont précédées de massives colonnes dont les chapiteaux représentent la fleur de lotus fermée. A l'est et à l'ouest les galeries sont soutenues par des pilastres auxquels des statues du roi étaient adossées. Des fûts de colonnes en grès mal dégrossis jonchent le milieu de la cour, à côté de trois ou quatre autres de ces colonnes encore debout. C'est un souvenir de l'époque où Médinet-Abou était une ville copte, qui avait fait son église de la magnifique cour dans laquelle nous nous trouvons.

Les tableaux qui couvrent les galeries intérieures sur leurs quatre faces sont si nombreux qu'il faudrait presque renoncer à les décrire. A gauche , en entrant, est un tableau de bataille. Le visiteur doit être maintenant familiarisé avec ces grandes figures du roi galopant sur son chax k ItaN^x'?» $i.^% ^k^nemis qui fuient éperdus. Î^oms u'^ t^n'^wwvs»^^'^

Cette ibis, les ennemis sont des Libou ( fond du tableau, l'artiste les a repré une naïveté qui surprend plus qu'elle se culbutant les uns sur les autres. Sur est un second tableau qui nous montre et les généraux égyptiens amenant des au roi victorieux. Les prisonniers, dit tion, sont au nombre de mille; il y a e morts. A côté est une inscription malhc mal conservée qui se rapporte à cette Dans le troisième tableau, le roi revient Il est précédé de plusieurs groupes de enchaînés. Les troupes Taccompagnen trième tableau nous le montre entrant of&ant ses prisonniers aux dieux de la v:

!l Ces grands tableaux de bataille occup

registre intérieur des côtés est, sud et cour. Mais an registre supérieur sont i des scènes d'un autre caractère qui ] ri; pas moins l'attention. ChampoUion le

avec un soin tel que nous ne pouvons i que de laisser la parole à l'illustre f( l'égyptologie :

(( Ramsès, dit ChampoUion {Lei d* Egypte, p. 344 de la 1" édition), i palais, porté dans un naos, espèce de chement décorée, soutenue par douz< chefs militaires, la tête ornée de pi un che. Le lu-jinarque , décoré de toutes 1< do sa royale puissance , esl acà?Â& %\iv \s ^aat que des images d'or de \a \\i^

THÊBES. 179

vérité couvrent de leurs ailes; le sphinx, emblème de la sagesse unie à la force , et le lion, symbole du courage, sont debout près du trône, qu'ils semblent protéger. Des officiers agitent autour du naos les Ûabellum et les éventails ordinaires ; de jeunes enfants de la caste sacerdotale marchent auprès du roi , portant son sceptre , Tétui de son arc et ses autres insignes.

« Neuf princes de la famille royale, de hauts fonctionnaires de la caste sacerdotale et des chefs militaires suivent le naos à pied , rangés sur deux lignes ; des guerriers portent les socles et les gradins du naos ; la marche est fermée par un peloton de soldats. Des groupes tout aussi variés précèdent le pharaon : un corps de musique, où l'on remarque la tliUe, la trompette, le tambour, et des choristes forment la tête du cortège ; viennent ensuite les parents et les familiers du roi, parmi lesquels on compte plusieurs pontifes; enfin le fils aîné de Ramsès, le chef de Tarmée après lui, brûle Tencens devant la face de son père.

« Le roi arrive au temple d'Horus , s'approche de Tautel, répand des libations et brûle l'encens; vingt-deux prêtres portent sur un riche palanquin la statue du dieu qui s'avance an milieu des flabellum , des éventails et des rameaux de fleurs. Le roi à pied , coiffé d'un simple diadème de la région inférieure, précède le dieu et suit immédiatement le taureau blanc, symbole vivant d'ÀxM?£\ss^-^wxsa. ^^5^

d'Ammon-Ra, le mari de samfexfe.X^xvYc^'^'^'^'^^'^'^^^'^ l'animal sacré; la reine, èpo\ise ^ç^^îixxv^^'^»'^'^^^'^'

i80 VOYAGE DANS LA H AUTE-ÉGYPTE.

tre vers le haut du tableau comme spectatrice de la [)ompe religieuse; et, tandis que l'un des pontifes lit à haute voix l'invocation prescrite lorsque la statue du dieu franchit le seuil de son temple, dix-iic^uf prêtres s'avancent portant les diverses ens(M,îj^nes sacrées, les vases^ les tables de proposition, et tous les ustensiles du culte ; sept autres prêtres ouvrent le cortège religieux, soutenant sur leurs épaules des statuettes; ce sont les images des rois ancêtres et prédécesseurs de Ramsès, assistant an triomphe de leur descendant. »

Puis vient la scène des quatre oiseaux, dont nous abrégeons la description. Les quatre oiseaux sont les génies enfants d'Osiris et protecteurs des quatre [)oints cai'dinaux. Le grand-prôtre leur donne la volée afin qu'ils aillent annoncer au midi, au nord, à roccident et à l'orient que, à l'exemple du dieu Ilorus, llamsès vient de mettre sur sa tête la couronne, emblème de la domination sur les régions supérieures et inférieures. « La dernière partie du bas-relief, dit Champollion, représente le roi, coiffé du psclient, remerciant le dieu dans son temple. Le monarque, précédé de tout le corps sacerdotal et de la musique sacrée, est accompagné par les oflieiers de sa maison. On le voit ensuite couper avec; une faucille d'or une gerbe de blé, et, coiffé de son casque militaire comme à sa sortie du palais, prendre congé, par une libation, du dieu Ammon- Ilorus rnntt'f'i dans son sanctuaire. La reine est encore témoin de ces deux dcrniîiroâ c^Tfetaçi\\\t%\\^ ^vètre Invoque les dieux ; un biérogTamitiaXft \\N. \«i^ Vs^-

gue prière ; auprès du pharaon sont encore le taureau blanc et les images des rois ancêtres dressés sur une môme base. »

Les parties occidentales du temple ont été depuis quelque temps Tobjet de travaux assez considérables et le visiteur se rendra compte de la masse de décombres qui ont été enlevés quand il saura que ce point du temple était celui où se trouvait le plus haut sommet de la butte qu'avait formée la construction du village copte. Malheureusement Topération n'a pas porté les fruits qu'on en attendait, et des colonnes décapitées, des chambres vides, des inscriptions religieuses n'ayant partout que l'intérêt banal qui s'attache aux légendes de ce genre , ont été tout ce qu'a produit le déblaiement de la partie postérieure du temple (1).

La masse vraiment énorme de matériaux historiques en présence de laquelle nous venons de nous trouver semblerait faire croire aue les or donnateurs du tenaple aient épuisé leur effort dans l'intérieur et que, autre part, Médinet-Abou n'ait plus grand' chose à nous apprendre. Il n'en est pourtant rien. Nous passons sous silence le mur extérieur sud, où est gravée la liste des fêtes à célébrer dans l'édifice sacré et qui n'offre que peu d'intérêt aux

(1) C'est dans la chambre de Tangle nord-ouest qu'en soulevant le dallage, nous avons trouvé près de mille statuettes de bronze, toutes représentant Osiris, et toutes plus ou moins mutilées à partir des jambes. Il ne faut voir dans ce déçôt qu'une autre preuve de l'usage où Von ëXa\\,^axi^ ow ç.«j>\cv\sx's^çait la construction d'un temple, d'en aancWt^ex \ «Ivc^^ e.wVi ^^^semant d'images divines enfouies daaaie ao\.

personnes dont le désir n*est pas d'appro sajet. Mab le mar extériear nord, si e qa'il soit, est pour nous une véritable g musée, où dix tableaux rangés symétriqaen font connaître les incidents do la guerre en Tan 9 de son règne par Ramsès III c Libyens et les Takkari :

!«' tableau. Départ du roi et de Tarmée.

dats sont en marche. On étudiera sur le l'armement des troupes, etc...

2« tableau. Grande bataille et grande Les ennemis sont les Libyens de la race des ' Comme les héros d'Homère , le roi comb personne. Le carnage est indescriptible.

3*^ tableau. On a tué douze mille cinq ce cinq ennemis. Les généraux amènent les pi au roi vainqueur.

4® tableau. Harangue du roi aux gén l'armée. Les troupes sont sous les arm< à marcher de nouveau à Pennemi. Détail à étudier.

5« tableau. Nouveau départ. Les troupes Ici , comme ailleurs , les textes ne sont qi étalage de louanges tidressées au roi et < cléments adressés aux dieux.

6^ tableau. Nouvelle \iala\\\e e\. xvçiUNOkN Les ennemis sont les Taltkari, Ve W\\fes

surprend leur camp. Des femmes et des enfants s'enfuient montés sur des chariots traînés par des bœufs.

7« tableau. Nouvelle marche. L'armée traverse un pays infesté de lions , probablement un des contreforts du Liban. Le roi en tue un et en blesse un autre. C'est peutrêtre dans ces parages qu'Aménophis ni mit à mort les cent dix lions que , sur un scarabée du Musée de Boulaq, il se vante d'avoir immolés de sa main dans les dix premières années de son règne.

8® tableau. Ici se place la seule représentation que nous ayons en Egypte d'un combat naval. La scène se passe soit très près de la côte, soit à l'embouchure d'un fleuve. La flotte des Takkari, renforcée par celle des Scharianay attaque la flotte égyptienne. Dans la mêlée un peu confuse on aperçoit un navire ennemi qui a coulé et qui flotte la quille en l'air. Ramsès est sur le rivage et ses archers aident à la victoire de la flotte égyptienne en criblant l'ennemi de leurs traits.

9® tableau. On se met en marche vers l'Egypte. L'armée s'arrête à une place forte nommée MigdoU en-Rameses-haq-on, On compte les morts par les mains coupées sur le champ de bataille. Les prisonniers défilent devant le roi. Le roi harangue ses fils et ses généraux.

J0« tableau. Retour à Thèbes. 1»^ ^cÀ. t«vA ^'^.^^'^ aux dieux. Discours des dieux, âAscoAvt?» ÔL\i.x«v^ ^^'^'

i84 VOYAGE DANS LA HAUTE-ÉGYPTE.

cours des prisonniers eux-mêmes qui demandent au roi de les laisser vivre pour qu'ils célèbrent encore lon^emps son courage et sa vaillance.

On voit par cette description , cependant très abrégée , de MédinetrAbou , l'importance de Tadmirable monument dont nous venons d'étndier les parties principales. Si maintenant nous cherchons à pénétrer dans Tintention du roi qui en a ordonné la construction , on ne peut résoudre le problème que comme il a été résolu déjà pour le Ramesséum. Ce n'est pas en vain que l'emplacement choisi est la lisière du désert et la nécropole. 11 y a là corame un souci de la postérité et une sorte de fondation à perpétuité en faveur d'un mort illustre. C'est le souvenir, c'est la mémoire de Ramsès III, c'est Ramsès III lui-même, et, pour ainsi dire, sa personne , qui est vivant à Médinet-Abou.

Nous en avons assez dit sur l'ensemble considérable et important auquel nous venons de consacrer une description peut-être trop longue. Si les visiteurs qui ont bien voulu nous suivre ont pris de Médinct-Abou une idée assez grande pour lenr faire regarder ce monument comme ce que nous possédons de plus précieux parmi les débris de l'antique civilisation des pharaons, notre but sera atteint.

Nkgropole. Pour visiter la nécropole, on suit, an départ de Louqsor, le même chemin que pour visiter les temples.

On se dirige d'abord vers le temple de Qoumah. Les grandes cours carrées , \ieTcfees wm VcçJy^ ^\A.« do portes symétriquemenl a\\gtvfee% çvi'çivv v^t^>^

en passant, sont des tombes communes que rien ne désigne à l'attention.

Quand on quitte le temple de Qournah et qu'on suit la lisière des terres cultivées , on voit à droite des collines étagées en avant desquelles est un terrain bouleversé par des fouilles nombreuses. C'est la nécropole appelée Drah'Abou'l-Neggah. Drah- Abou'l-Neggah est certainement la plus ancienne nécropole de Thèbes. On y rencontre surtout des lombes de la XI® dynastie , de la XVII® dynastie et du commencement de la XVIII®. Les rois Entef (XI® dynastie) , dont les cercueils sont à Paris et à Londres , y ont été trouvés. Le cercueil de la reine Aah-Hotep et sa fameuse collection de bijoux (Musée de Boulaq) en provient également. Malheureusement il n'y a pas même une tombe à Drah-Abou'l- Neggah qui vaille la peine d'être vue. Le luxe de répoque se portait sur les momies , et les chapelles extérieures, d'ailleurs infiniment rares, ne comportaient aucun ornement.

En continuant de marchejr vers le sud , on arrive à une autre partie de la nécropole qui n'offre plus aux yeux le même aspect que Drah-Abou'1-Neggah. C'est VAssassif. A Drab-Abou'1-Neggah , le terrain remué par les fouilles est jaune, avec mélange de mauvaises briques cassées, et c'est à peine si un éclat de calcaire s'y fait remarquer. Ici le terrain n'est plus, pour ainsi dire, que du calcaire écrasé. Cette différence tient d'abord à la nature du rocher dans lequel les tombes sont crevisfefts>,eX. cçaS.,^"^ K^'î.^'bsif, est un magnifique calcaire \AaTvc,. ^W^ W^wV^'^'^'^^

i80 VOYAGE DANS LA H AUTE-ÉGYPTE.

aux liabitades de Tépoque. On trouve à TAssassif des tombes de la XIX'^ dynastie, de la XXII* et sortout de la XXVI*. A ce moment un luxe pins grand a été déployé dans l'ornementation des chapelles extérieures. En diverses parties on a bâti quelques édicules, malheureusement démolis. Des murs épais, aussi en calcaire, qui ont servi sans doute à limiter des parties réservées de la nécropole, se rencontrent en outre assez fréquemment. Tout cet ensemble a donné à TAssassif un aspect sut generis, que n*a point Drah-Abou*l-Neggah. Nous ajouterons que, quant aux momies , on les trouve , non au fond de puits profonds comme à Saqqarah, mais soit dans la terre nue, soit dans des caveaux construits à i ou 2 mètres de profondeur. Les tombes encore visibles de TAssassif sont d'ailleurs peu nombreuses et peu intéressantes. Il serait impossible d'en indiquer remplacement sans le secours d'un plan. Le mieux est de se fier aux guides , qui ont l'habitude d'y conduire les voyageurs.

C'est au-delà du cirque dont l'Assassif occupe le ^ centre que sont les deux parties de la nécropole nommées Scheihh-abd-el-Qournah et Qoumat'Movrai, Là les tombes sont creusées dans le flanc des collines. De grandes portes carrées regardant Ja plaine s'ouvrent çà et là, et quelques-unes d'entre elles sont rangées avec une symétrie qui, de loin, les fait ressembler aux batteries d'une forteresse. Les tom- }ws ont, d'ailleurs, un intérêt qu'elles n'ont point // /'A.ssassif et à Drali-XbouV^fcç^^îiîïi. \a ^xSsNiÛ!^ d'ainénagemeni est le mfetïie <\yift t^Wv ^^%» VttaJûM»

de Saqqarah et de Béni-Hassan : une chambre taillée dans le roc tient lieu de chapelle extérieure où les survivants se réunissent pour les honneurs à rendre au défunt; un puits qui donne accès au caveau mortuaire scellé à tout jamais s*ouvre dans Tune de ces chambres. Quant à la décoration, elle a dans quelques cas un intérêt très grand, surtout quand on a pris pour sujet des épisodes de la vie du défunt. G*est ainsi que, dans la tombe d'un nommé Houî, fonctionnaire de la XVIII^ dynastie, sont peints des tableaux qui disparaissent malheureusement tous les jours , et qui n*en méritent que davantage d'être étudiés. Houî, avec le titre de prince de Kousch, avait été gouverneur général du Soudan, et un tableau nous le montre arrivant pour prendre possession de son gouvernement. Des peuples de toute couleur et de toute race se présentent devant lui. Les uns sont des nègres aux traits franchement accusés; les antres, avec le type nègre, sont de couleur brune; quelques-uns, également de couleur brune , ont les traits septentrionaux ; il y a aussi des hommes de couleur rouge, comme les Égyptiens, mêlés à des femmes blanches. Des girafes, des bœufs aux longues cornes terminées en forme de mains humaines, sont amenées devant Houî. On lui apporte des anneaux d'or, des lingots de cuivre , des peaux de bêtes sauvages , des éventails à long manche, des plumes d'autruche. Un autre tableau nous montre Houî revenant d'une mission dans le pays des Rotennou V^ç^^ ks.v5^\ss«^ et présentant au roi assis sur \iuVvCiw^\^^ ^vc^^"

de ces peuples. La grande robe de couleni

plusieurs fois enroulée autour du corps h

vêtement. Leurs esclaves , nus jusqu'à h

sont de couleur rouge et blanche. Tous oi

en pointe. Quant aux dons qu'ils apport<

ils consistent en chevaux, en lions, en

métaux précieux , en vases d'or et d'arge

sèment façonnés. On voit par ce seul exe

térôt des tombes de Scheikh-abd-el-Qonr

QoumatrMoural. Nous répéterons d'aiiiei

propos, ce que nous avons dit tout à ï

tombes de TAssassif. Des guides choisis p

verneur de Qéneh accompagnent et cond

voyageurs. En l'absence d'un plan qui seu

renseigner sur les tombes principales à i

fera mieux de se confier aux guides, l

pas de dire que les tombes de Scheikh-ab<

nah et de Qoumat-Mouraï sont, presque

ception, des monuments de la XVIII* d}

de la XIX«.

Quand la visite aux tombes des collin est terminée , on revient sur ses pas et, un peu à gauche , on se dirige vers Deir-t

Chemin faisant, on coupe transversalen trémité ouest de l'Assassif. L'immense toi les guides montrent la porte au fond d' de ravin, est celle de Pétaménophis ; on seillera l'entrée qu'à ceux d'entre les visi J 'odeur de chauve-souris répandue dans c rain n'incommode pas. \jïv i^^m \)\w"8» VcJvcv, do grande porte en briqvicft w\xe?> v^>v^

tion par la disposition extraordinaire des briques de la voûte qui surmonte l'entrée. Il est très difficile de se rendre compte de la partie de la nécropole à laquelle cette porte appartient, parce que, exploitée tour à tour par les marchands d'antiquités et les propriétaires de fours à chaux , elle a plus souffert pendant la première moitié de ce siècle que pendant les deux ou trois mille ans de sa durée totale. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'à l'extrémité ouest de l'Assassif, les plus anciennes tombes pourraient être de la XXVI* dynastie, et que les plus jeunes peuvent avoir quelque raison d'être attribuées aux successeurs immédiats d'Alexandre.

Le temple de Deir-el-Bahari occupe le fond du cirque dont l'Assassif est le centre. Il est adossé à une montagne à pic, dont le versant opposé aboutit à la vallée que nous connaîtrons bientôt sous le nom de Bab-el-Molouk,

L'origine du temple n'est pas douteuse. Deir-el- Bahari est élevé à la gloire de la reine» Hatasou , comme Médinet-Abou est élevé à la gloire de Ramsès III. Le lieu choisi pour l'érection de ces temples commémoratifs tient à des motifs religieux propres à rÉgypte , sur lesquels nous ne revenons pas.

Les murs de Deir-el-Bahàri sont couverts de cartouches divers qui, à première vue, établissent une certaine confusion dans l'esprit du visiteur. C'est que, en effet, Hatasou a successivement pris ijlusieurs noms selon qu'elle îmV as>%^è\fe^ ^à»^\x^^N& ^^^ vivant de ses deux frères TVxowUtvfe^W ^X.Tft-^^^^'^^'^'^

hf

IdO VOYAGE DANS LA HAUTE-ÉG

selon qu*elle fut régente au nom du < eux ou qu'elle régna en son propre n n'a pas, nous le pensons, encore d mot sur ces différents noms, et peu tion du problème se trouve-t-elle dai tîons nouvellement déblayées et encoi dn temple de Deir-el-Bahari.

Deir-el-Bahari a été construit sur u qui ne rappelle, même de loin, auc temples de l'Egypte. Une longue ail détruite de fond en comble , deux ol les bases seules sont encore visibles, '.

A partir de là, le temple montait pai sivement étagées vers la montagn< d'une cour à l'autre se faisant au mo; inclinées.

Le temple de Deir-el-Bahari est bâ caire blanc et l'on s'étonnerait qu'u mur en soit encore debout, si l'on i que l'Assassif , par l'abondance des r offre et sa proximité de la plaine , * [ exploiteurs des facilités que leur rc

!!;. Bahari.

Du reste , il est vraisemblable que est un temple qui a été assez tôt al la XXIP dynastie on a commencé, t servir comme d'une nécropole , et d chambres (celle où est figurée la scè Hatbor allaitant Hatasou^ on a troi presque jusqu'au ^\aîotvâL, Ôlç^* tïv< grecque gisant sur dea eo\xc!ti^?» «

THÊBES. 19i

dont les plus anciennes pouvaient remonter jusqu'à la XXVI« dynastie.

L'histoire n'est pas plus oubliée à Deir-ei-Bahari qu'au Ramesséum et à Médinet-Abou. Mais il est difficile de dire si les tableaux qu'on rencontre par fragments çà et là dispersés se rapportent à un même ensemble. En arrivant au temple par l'est, c'est-à-dire presque au bas de l'édifice , est un premier sujet. Des troupes sont en marche. Des trompettes , des officiers les précèdent. Les soldats portent toutes leurs armes. Quelques-uns ont en main des branches de feuillage. On remarquera aussi les étendards surmontés à la hampe des cartouches d'Hatasou. Évidemment, nous avons là sous les yeux l'entrée triomphale des troupes revenant d'une campagne. Plus loin, presque au fond du temple, à quelques pas seulement de la porte de granit qu'on aperçoit de toutes les parties de la plaine environnante, est un autre tableau, cette fois plus clair. Nous n'en avons plus que la fin. Hatasou avait envoyé ses troupes faire une expédition dans le pays de Poun (le pays des Somalis , au sud du golfe d'Aden). Ce pays était célèbre par ses parfums, par les arbres à essences odoriférantes qui y croissaient, par l'or, l'ébène, les produits ouvrés de toute sorte qu'on y trouvait. L'expédition devait faire provision de toutes les richesses qu'elle pourrait amasser et les amener à Thèbes pour être déposées dans le temple d'Ammon. Aucun obstacle, semblerait-LU ne s'opposa à la marche de\ape\ÀX.ft\.ta\xv^ ^\i^«^^^ dans ce but sur les côtes de \a wvviT^^ow^fe.'^^ ^'^

i92 VOYAGE DANS LA H AUTE-ÉGTPTE.

OU de force , les principaux habitants du pays s'embarquèrent même sur la flotte égyptienne pour venir déposer aux pieds de la fastueuse régente les preuves matérielles de leur soumission. Ce sont les épisodes principaux de cette campagne que nous représentent les bas-reliefs de Deir-el-Bahari. Nous sommes au bord de la mer dont la transparence laisse naïvement apercevoir les poissons. Quelques soldats égyptiens sont rangés sur le rivage. Les habitants du pays de Poun quittent leurs maisons ù coupole blanche et apportent les produits de leur sol et de leur industrie. Les uns amoncellent la /JTomme en tas énormes; les autres apportent des arbres entiers dont les racines sont emprisonnées dans des couffes. La couleur de la peau , les armes, les vêtements de ces personnages méritent d'être étudiés. La flotte égyptienne est échouée près de là. On procède au chargement des navires. Les ballots, les Jarres, les animaux vivants, les arbres, tout se range à sa place. Les navires marchent à la fois à la rame et à la voile. On arrive à Thèbes. Les produits sont comptés. On voit défller les singes cynocéphales, les panthères , les girafes, les bœufs aux courtes cornes. On classe les cofliers, les chaînettes, les bracelets, les poignards, les haches. Ammon est pn'^scnt à la scène , et adresse à la régente des félicitations. Un troisième sujet orne la chambre à côté , vers le sud. Cette fois, nous ne sommes plus sur la mer Rouge aux flots verts , mais sur le Nil aux eaux bleues. Des barcçae?» rvcXifexsvfetil ornées sillonnent le fleuve, ko. bas dvi VaXÀ^^ja ^^ xi^vï:^^^

THÈIJES. 493

troupes sont en marche. Mais, tout intéressants qu'ils sont, on ne peut dire si ces nouveaux épisodes se rattachent à l'expédition dont la grande scène de la chambre principale nous a gardé le souvenir.

C'est près de là qu'une belle porte précédée de décombres amoncelés donne accès dans une chambre dont les couleurs ont gardé tout leur éclat. On admirera surtout, de chaque côté du couloir du fond , le personnage royal (Hatasou) s'abreuvant de lait divin aux mameUes d'Hathor sous la forme de Tune des plus belles vaches que les bas-reliefs égyptiens puissent nous montrer.

Bab-el-Molouk. — Bab-el-Molouk est le Saint-» Denis des rois de la XIX" et de la XX** d3mastie. Une bifurcation de la route mène à une autre vallée située un peu plus loin dans l'ouest où les derniers rois de la XVIU® dynastie sont enterrés.

La seule vallée que l'on visite habituellement est la première, celle des rois de la XIX® et de la XX® dynastie.

Le chemin qui y conduit est le véritable chemin de la mort. Pas un brin d'herbe n'y égayé la vue. Tout y est triste , morne, et comme brûlé par quelque feu intérieur qui a fendu et noirci les rochers. A partir du Nil , il a environ 6 kilomètres de longueur.

Toutes les tombes de Bab-el-Molouk sont creusées dans le roc. Elles se composent de couloirs inclinés qui s'enfoncent plus ou moins profond4\!s\5i.\*^ dans le sein de la montagne. \iTkfe l^Y^^^^n^'^^ssv^ royale à sa place, la porte fetaW. TaxTc^e^ ,^\.\fc\si^-

rain environnant nivelé de telle sorte qu'aucune marque extérieure ne révélât la place de la tombe. On voit par là que Tesprit dans lequel ces monuments funéraires ont été érigés est bien loin de l'esprit qui a présidé à la construction de toutes les autres tombes que nous avons étudiées jusqu'à présent. La chambre extérieure , celle où les survivants se réunissaient pour honorer la mémoire da mort (1), devait être, pour les rois de Bab-el-Molook, 1ns grands édifices coramémoratifs bâtis à l'entrée de la nécropole. Les principaux et les pins solidement construits seraient seuls venus jusqu'à nous.

Le nombre des tombes ouvertes dans la vallée principale était de vingt et un en i835; depuis nos fouilles, il est de vingt-cinq. Mais ces vingt-cinq tombes ne sont pas toutes royales. Des princes et même des fonctionnaires de haut rang ont été admis à l'honneur de voir leurs tombeaux creusés à côté de ceux des souverains de leur pays.

On lit dans Strabon : « Au-dessus du Memnonitm « sont des tombes de rois taillées dans le roc, en u forme de grottes, au nombre d'environ quarante, « admirablement travaillées et dignes d'ôtre vues. » Se fondant sur ce passage, on a dit que des fouilles bien dirigées dans Bab-el-Molouk amèneraient la découverte des quinze tombes qui manquent. Mais, en supposant que Strabon n'ait pas compris dans les tombes royales dont il parle les tombes de la valJée des Reines, il est juste de remarquer que,

(Jj Sur lûB chambres extémutem, vo>|*x^V»V%»x^.%,

]es premiers rois de la XYIII^^ dynastie n'étant pas à Bab-el-Molouk, la série commence à Aménophis IH et que, de ce prince au dernier roi de la XX^ dynastie, on ne peut pas dire qu'un seul roi un peu connu nous manque, à l'exception d'Horus. Or, Horus est un roi dont le rang chronologique est assez incertain, et, en tout cas, comme il est le dernier souverain de la XYIIl® dynastie , on a plus de chance de trouver son tombeau dans la vallée de Touest, à côté des rois ses contemporains qui y sont enterrés. Il y a donc tout lieu de croire que les fouilles de Bab-el-Molouk , quelque pei*st>vérantes qu'elles soient, ne donneraient pas des résultats en rapport avec les difficultés que font naître Téloignement de la localité et l'embarras de pourvoir d'eau les hommes réunis sur ce point. Seule la vallée de l'ouest mériterait d'être sérieusement explorée la pioche en main, car c'est là que les rois de la XVIII® dynastie, dont nous ne connaissons pas les tombeaux, pourraient être retrouvés.

Pour les voyageurs qui ne 'font pas profession d'archéologie, la visite à trois ou quatre des tombes de Bab-el-Molouk est suffisante. Nous indiquerons celles-ci :

!• Tombe de Séti !«', dite de Belzoni, C'est la plus magnifique des tombes de Bab-el-Molouk, celle qui, par sa grandeur, par la profusion des sc\il^Uv:^% dont eUe e.st ornée, efface 1outw\e% axvXxç^^.''^^'^ été découverte i] y a cinquante atia par ^«3Vxq>'k^> ^^^^

196 VOYAGE DANS LA HAUTE-é(

Ta trouvée déjà violée. A ce momen relief ne manquait à ses parob, et étaient aussi fraîches qu'au premic l'heure, en sortant de la tomhe, le vu de quelles mutilations elle a été lors. Une sorte de légende attribue véritable vandalisme à certains ei rÉgypte qui sont d'autant plus à 1' çons que, en définitive, ils ont rendu de grands services. Il est plus juste d violences faites à l'un des monument pectables de l'Egypte sont dues ai d'antiquités et aux touristes eux-m£ dans leur inditférence , achètent, en de l'or des débris qui, toute réflexion pas autre chose que les produits d'i tort fait à la science.

Dès les premiers pas que le visite

tombeau , il se sent littéralement da

nouveau. Les tableaux presque joyev

de Saqqarah et de Béni-Hassan ne so

ses yeux. Le défunt n'est plus dans s

toaré des siens. On ne façonne plus le

ne met plus les barques sur le chanti*

aux nombreuses cours ne nous mon

bestiaux, bœufs, antilopes, bouquet

nards, demoiselles de Numidie, dé

sence des intendants. Tout devient,

ainsi parler^ fantastique et chimériq

X ont des formes èltan^fts.\i^\«^

glissent ç& et là au bas de% àiatcâu

sent contre les portes. Il y a des condamnés qu'on décapite, d'autres qu'on précipite dans les flammes. A vrai dire , une sorte d'épouvante saisirait le visiteur qui pénétrerait seul dans ce souterrain, s'il ne savait que, après tout, le fond de ces bizarres représentations est le dogme le plus consolant, celui qui , après les épreuves de la vie , assure à Tâme le bonheur éternel.

Tel est, en effet, le sens des tableaux dont les parois de la tombe sont décorées. On a dit qu'avant de leur donner la sépulture, les Égyptiens jugeaient leurs rois. C'est dans le sens allégorique qu'il faut comprendre cette légende. Le jugement de l'âme après sa séparation du corps, les épreuves qu'à l'aide des seules vertus dont elle a fait preuve sur la terre, elle doit surmonter, voilà le sujet des représentations presque sans fin qui couvrent la tombe , de la porte d'entrée au fond de la dernière chambre. Les serpents qui se dressent à chaque porte , en lançant leur venin , sont les gardiens de l'une des stations du ciel : l'âme ne passera pas si .elle ne justifie de sa piété et de sa bienfaisance. Ces longs textes qui, autre part, s'étalent sur les murs, sont des hymnes magnifiques que l'âme entonne en l'honneur de la divinité et où elle célèbre sa grandeur. Le mort une fois jugé digne de la vie éternelle , les épreuves sont accomplies ; il devient dieu lui-même; désormais pur esprit, il circule dans le monde infini des astres. Lsu \.W!Cv\s<i ^îi^i.'^ ainsi que le voyage figuré de Ytoi^\\s&^^^'^^^^^^ éternel. Elle la prend k sa soxlVe ^xi ç.ot^è'^ •» "^^^-^ ^"^

iOH VOYAGE DANS LA HAUTE-ÉG YPTK.

cliHinhrc eu chambre, elle nous fait assister à t coiiiparulion devant les dieux, à son épuration gn duée; flnalement, dans la grande salle du fond elle nous montre sa défînitive admission dans 1 vie u qu'une seconde mort n'atteindra pas ».

Quand Belzoni découvrit la tombe, un beau sai cophage d'albâtre gisait dans la cbambre dn fon< Il a été pris et porté en Angleterre. Il fait aujom d'hui partie de la collection privée de M. Sloane.

Au milieu de cette même chaml^re du fond , o remarque un couloir qui s'enfonce encore assf loin dans le sol et que nous avons récemment fa déblayer jusqu'au fond. La tombe devait se cont inuiv dans cette direction. Mais, soit que Séti moon avant l'acbévi^ment de ce couloir, soit (ce qui e: plus probable) qu'on ait rencontré au fond une coi che formée de marne argileuse dont le percemei o lirait de vrais inconvénients , on a abandonné i (U)uloir, et revenant à la chambre on a masqo rentrée de ce couloir par un dallage sur lequel I sarcophage a été déflnitivement posé.

2<^ Tombe de Ramsés III, dite de Bruce ou des Hm pistes. Autant la tombe de Séti se fait remarque par la perfection de ses sculptures, autant elle offi à l'artiste de précieux modèles à étudier, autant 1 tombe de Hamsès 111 est médiocre et peu digne d héros de Médinet-Abou.

Vers le milieu de la tombe , de chaque côté d<

deux premiers couloirs , sont des chambres qui m*

ri tant i 'attention. On y TemaLCi\>\^ \w» %^V;<ci<^% W^U

variées f des bateaux, des nv«vjXA^*> ^^^ >MXfc\«^

des cottes d'armes, des arcs, des flèches, des piques. Une de ces peintures, traitée avec une largeur de style qu'on ne remarque pas dans les autres parties du tombeau, nous montre les fameux harpistes déjà popularisés par tes nombreuses copies qui en ont été faites.

Le nom de Jombeau de Bmce a été donné au tombeau de Ramsès III en souvenir du voyageur de ce nom qui, le premier, le visita et le fit connaître.

Quand on entre dans la tombe, on ne tarde pas à s'apercevoir que le plan primitivement conçu est altéré et que le couloir d'entrée , au lieu de suivre sa première direction, s'infléchit subitement à droite. Cette circonstance est due au sans-façon avec lequel les Égyptiens creusaient leurs tombes. L'architecte chargé du percement de la tombe de Ramsès a , en effet, si mal pris ses mesures, qu'à quelques mètres de l'entrée, il est tombé sur une tombe voisine qu'il a dû respecter en modifiant son tracé primitif.

Un sarcophage de granit rose , taillé en forme de cartouche royal , décorait la chambre principale du tombeau. Il a été enlevé par M. Sait. La cuve est au Louvre, le couvercle dans la collection « Fitz William Muséum » à Cambridge.

On trouve dans la tombe de Ramsès III des graffiti grecs. Ce fait n'est pas propre à l'hypogée dont nous nous occupons. Bien d'autres en sont couverts, et en beaucoup plus grand nombre. On voit par là. que, dès Je temps des Plo\feti\fe^%,\w3> \««^^'^ ^^ Bab-el-Molouk étaient comiûe «a\ox«^Vxïv ^ivi^^^^

par les étrangers. Lès tombes ainsi on^ pouvaient être que celles dont les momii avaient été violées et dispersées par Gan qui , pour les Égyptiens , ôtait tout caract à ces monuments.

3^ Tombe de 8éti IL Elle est située dan:

de la vallée à Touest. Rien ne la reconr l'attention que les tableaux sculptés en re qu'on voit à droite et à gauche en entri habitué aux finesses de la tombe de Séti V à se faire aux rondeurs de cette sculptu duisante qu'elle paraisse au premier abord

4<> Tombe de Ramsés IV. Elle diffère d par sa largeur, la hauteur 'de son plafond d'inclinaison qu'on lui a donné; on la visi cilement à cheval. Au fond glt le sarcophs en granit et de proportions colossales, tombe de Belzoni, on ne voit plus qu'ave tion ces peintures molles, cette gravure que rendent encore plus incertaines les n graffiti grecs dont la tombe est couverte.

Nous ne poursuivrons pas plus loin ces in Aux voyageurs que la visite des quatre b< bes qui précèdent n'auraient point encore nous indiquerons la tombe de Ramsés VI; « gnage des graffiti qu'on trouve dans l'inl résulte que les anciens, pour des^ raisons ii ]a désignaient sous le nom de Tombe de elle est remarquable par les représentati< iwmiqaes de ses pMonda.^ovjAv^v^vQ^^t' /a /omde de Rangés IX ; ee. cvw^ \^% ^^>s

TUÈBES. 201

de la décoration des mars ont dû y dépenser de temps effraye Timagination ; dans les peintures étranges où le principe de la génération joue un si grand rôle , il ne faut rien voir autre chose qu'une application très énergique des idées de résurrection après la mort, d'immortalité promise au défunt, qui prévalent dans le tombeau. Là tombe de Ramsès VI est le n'* 9 de Wilkinson ; la tombe do Ramsès IX est le n<* 6. C'est sous ces numéros que les guides les connaissent, et habituellement les indiquent aux visiteurs.

Le retour de Bab-el-Molouk au Nil s'effectue par trois chemins au choix. Les plus pressés preilnent par la route du matin ; c'est la plus directe. S'il reste du temps à dépenser, on peut s'engager dans le sentier qui monte au flanc de la montagne , et une fois au sommet, soit redescendre en se dirigeant vers l'est, soit redescendre en se dirigeant vers le sud. Ces deux descentes sont un peu raides et se font à pied. La première fait arriver à Deirel-Bahari et à l'Assassif; la seconde, après des détours assez longs, mène derrière Médinet-Al)OU, et procure ainsi au visiteur l'occasion de revoir en passant ce temple , le Ramesséum et le temple de Qournah.

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