DENDERAH
coififent de la double couronne. Après quoi Mont de Thèbes et Toum d'Héliopolis prennent le roi par la main et le conduisent en présence de la déesse (1). La salle A n'est ainsi qu'une entrée, un lieu de passage. Le roi s'y prépare aux cérémonies que nous allons lui voir célébrer dans l'intérieur de l'édifice.
2® Le deuxième groupe se compose des chambres B, C, D, E, F, G, H, 1, J, K. Cette fois nous sommes dans le temple proprement dit. Tout y est fermé, tout y est sombre, tout y est silencieux. C'est dans les dix chambres du deuxième groupe que les prêtres s'assemblent et qu'on fait les préparatifs des fêtes. Une sorte de calendrier, gravé sur les murs de la salle B , nous apprend de quelle nature étaient ces fêtes. Elles consistaient surtout en processions qui circulaient dans le temple , montaient sur les terrasses et en redescendaient pour parcourir selon les rites prévus les diverses parties de l'enceinte extérieure. Or, c'est dans la salle B qu'avait lieu le départ de ces processions. Quant aux autres salles , elles servaient à la préparation des offrandes destinées à figurer dans les fêtes, et à la conservation ou au dépôt des emblèmes qu'on portait en cérémonie pendant les processions, ce que nous allons voir. Les salles C et D étaient des annexes de la salle B; on y trouvait des autels devant lesquels on récitait, en passant, certaines
(I) Pour une autre descripUon ^e ce^ V«X\ç^\Sl\«w, nots^-l ^^^'^ haut, page 40.
Ii2() VOYAGE DANS LA H AUTE-ÉGYPTE.
est la réponse que la déesse est censée faire au discours du roi. Dans toutes les chambres qui ne sont pas le sanctuaire, le texte est de part et d'autre assez banal. « Je t'offre la Vérité, dit le « roi , je l'élève vers toi, ô Hathor, dame du ciel, « etc. » La déesse répond : « Que la Vérité soit « avec toi! Que tu vives par elle I Que tu triomphes « par elle de tes ennemis (c'est-à-dire que le men- « songe soit vaincu par la vérité). » Mais, dans le sanctuaire, la banalité des textes disparait, et en entrant dans la chambre le roi s'écrie : « Je t'offre « la Vérité, ô déesse de Dendérah, car la Vérité « est ton œuvre , car tu es la Vérité elle-même. » Le rôle philosophique d'Hathor s'accuse donc ici de plus en plus nettement.
Un troisième attribut d'Hathor, non moins caractéristique que les deux précédents, nous est révélé précisément par le soin que l'on a pris de lui assigner une place spéciale dans le temple ; je veux parler du temple des terrasses. Là Hathor n'est plus l'Hathor de l'étage inférieur; elle se transforme en Isis ; elle devient la déesse qui s'attache à si ris , le suit de chambre en chambre et assiste à la résurrection du dieu. Or, Osiris, selon la tradition conservée par Plutarque, est le principe du bien. « Osiris, dit Plutarque, aime à faire le bien et son « nom, entre plusieurs acceptions, exprime, dii-on, « une qualité active et bienfaisante. » Plus loin, Plutarque nous montre Isia et Osiris , tantôt gouy ornant V empire du bien, tanl6lpT(i?»\âL^xv\.k\Voîu^- Ji^encc, principe de tout bien, u UV?,, ô\\.V\\iVî«^^,
dendërah. 121
« a un amour inné pour le bon principe. » D'ailleurs, sans aller jusque sur les terrasses, l'intérieur du temple ne nous transporte-t-il pas dans le même milieu quand, au nombre des neuf emblèmes du temple, nous voyons apparaître au premier rang le sistre? « Le sistre, dit Plutarque, signifie que les « êtres doivent toujours être en mouvement et « dans l'agitation; qu'il faut les exciter fortement *< et comme les réveiller de l'état de langueur et « d'engourdissement dans lequel ils commencent à « tomber. Ils disent que le son de cet instrument « éloigne et met en fuite Typhon. » La mort vaincue au profit de la vie , le mal supprimé au profit du bien , le mensonge écaçté par la vérité , tel est donc le s^nnbole dont le sistre est le signe véritable, et on voit par là que les mêmes idées d'harmonie générale , c'est-à-dire du Beau et du Vrai, dont nous avons trouvé de si ingénieuses applications dans l'intérieur du temple, sont ici augmentées des idées du Bien.
Le temple de Dendérah présente donc un certahi arrangement de ses parties dont, sans doute, un temple d'origine pharaonique ne laisserait pas voir de traces , et c'est par là que se trahit l'influence du temps où il a été bâti. Évidemment les écoles platoniciennes qui florissaient alors à Alexandrie ont rayonné jusqu'à Dendérah, et toute la décoration du temple est composée pour résumer synthétiquement, sous le voile des divinités locales et de leurs aJLtributs, les trois parties fondaTï\^u\.?iXa^ ^^X?^^^^^'^phie:leBe^u, le Vrai et\eB\en,\.o\x'à\x<^\'b\^^^^»^^^
<22 VOYAGE DANS LA HAUTE-ÉGY PTE.
De Qéneh à Naggadeh 35 kil.
De Naggadeh à Louqsor. ... 25 »
De Qéneh à Louqsor 60 »
De Boulaq à Louqsor 706 »
Thèbes s'étend sur les deux rives du Nil , com Paris et Londres s'étendent sur Jes deux rives d Seine et de la Tamise.
Sur la rive droite ^ont les temples de Kamal de Louqsor, Sur la rive gauche sont , en march du nord au sud, le Temple de Qoumah, le Ten de Deir-el'Bahari , le Ramesséum, les Colosses, Temple de Deir-el-Medineh , le Temple dé Médit Abou. D'autres temples ornaient avec les pré dents la rive gauche de Thèbes ; ils sont démolis quelques-uns d'entre eux ont à peine laissé i trace reconnaissable.
Sur la rive gauche existent aussi les diverses
cropoles de Thèbes. Derrière le temple de Qoun
est celle qu'on nomme Drah'Abou'l-neggah. En av
de Deïr-el-Bahari est une seconde nécropole
s'appelle El-Assassif; enfin sur la pentet des collii
situées derrière le Ramessèxim est une troisiè
nécropole appelée Sc^eikh-Abd-cl-ftoumah. ^\. û<
nat-Mouraî. Nous ne parVerous qyve ^o\a Tcvfei
de la Vallée des Reines et des deux Vallées des Rois {Bab-el'Molouk) situées assez loin dans le désert à l'ouest.
Thinis (Abydos) et Memphis sont les deux plus anciennes capitales de TÉgypte, puisqu'elles sont contemporaines de la fondation du royaume égyptien ; Thèbes n'apparaît dans l'histoire qu'avec les rois de la XI® dynastie. Cette période est une des plus curieuses qu'il soit donné à l'antiquaire d'étudier. Si l'on s'en rapporte au témoignage des monuments, l'Egypte sortait alors soit d'une invasion, soit de longs siècles de troubles intérieurs qui duraient depuis la fin de la VI® dynastie. Tout à coup la chaîne des traditions se renoue , et Thèbes parait. La civilisation que nous montrent les tombes de cette époque reculée est-elle celle que nous pouvons étudier à Saqqarah^ à Meydoum, à Zawyet-el-Maïtin, à Qasr-es-Sayad, sur les derniers monuments de la VI® dynastie ? Aucunement. Le mode d'arrangement des momies , le styïe des hiéroglyphes, les formules employées, tout semble nouveau. Les habitants de Thèbes qu'on enterrait dans la nécropole du temps (qui est Drah-abou'lneggah) sont très souvent des nègres. Les cercueils sont taillés dans un tronc d'arbre évidé qu'on ne trouve plus aujourd'hui qu'au Soudan. Sur tous ces indices on est porté à croire que la résurrection de la société égyptienne et la fondation de Thèbes sont un fait politique qu'on doit aiUvi^M^^ -^^.xixsfc invasion venue du midi.
On peut suivre facilemenl V\ï^?>\.oyc^ ^^ 'W^î^^'^
12i VOYAGE DANS LA H A U T E-ÉG Yl'TE.
par les monuments, temples et tombeaux, qui couvrent encore aujourd'hui remplacement de cette ville célèbre. On ne rencontre à Thèbes rien de [)lus ancien que les chambres taillées dans le roc et les puits funéraires qui ont servi à Fensevelissenicnt des momies de la XI« dynastie , et nous savons déjà que ce quartier de la nécropole est celui que les voyageurs connaissent sous le nom de Drah-abou'1-neggah. Le même- quartier de la nécropole représente la XII*^ dynastie, dont on trouve des souvenirs monumentaux plus importants à Karnak. Jusqu'à l'invasion des Pasteurs (XV® dynastie), Thèbes se maintient encore ; mais, à ce moment, un vide se fait, et on s'aperçoit que, si les sauvages envahisseurs de l'Egypte septentrionale ne sont pas venus à Thèbes, plusieurs siècles s'écoulent pendant lesquels la vie nationale est éteinte et où les rois légitimes , réfugiés probablement plus loin encore que Thèbes et n'y exerçant plus qu'une autorité éphémère, ont autre chose à fah'e qu'à élever des temples ou à construire des palais. La XVIII° dynastie est, après la XI", une seconde renaissance de la civilisation égyptienne. Alors apparaissent les Aménophis et les Thoutmès. Jusqu'alors lien ne prouve que Thèbes se soit étendue au-delà du sanctuaire de Karnak, et les tombes de la XP dynastie ne nous donnent l'idée ni d'une grande ville, ni d'une grande civilisation. Mais avec la "jrV7IP dynastie se montre subitement la cité qui Hem bientôt sans ma\e viu'Éâ^^Xfô. kwvvsûûpJiis pr construit à Karnak uv\e ^^xVa^ à.w Xam^'^
THÈBES. \2o
qui est maintenant détruite, mais dont l'importance est attestée par la statue colossale de ce roi qui orne la face sud-ouest du troisième pylône du sud (pylône Vlll). Thoutmès I" commence, en avant du sanctuaire de Karnak , la série vraiment monumentale de salles, de pylônes et d'obélisques qui donnent un si grand aspect à ce côté de l'édifice. Sous la régence de la sœur des Thoutmès, le troisième pylône du sud et les chambres latérales du sanctuaire de Karnak sont mis en œuvre. L'édifice si curieux de Deir-el-Bahari est fondé en souvenir d'une heureuse expédition faite dans le Pays de Poun (le pays des Sômalis). Mais c'est principalement sous Thoutmès III et Aménophis HT que Thèbes voit sa prospérité s'accroître. Thoutmès III agrandit Karnak dont il détermine le plan général. Il construit sur la rive gauche un temple aujourd'hui détruit. Il jette les fondements du petit temple de Medinet-Abou. Deux ou trois autres petits temples couvrent par son ordre l'aire sacrée à laquelle le village moderne de Karnak donne son nom. Aménophis m ne resta pas au-dessous de son glorieux ancêtre : c'est par ce prince que fut bâtie toute la partie méridionale du temple de Louqsor; c'est à lui qu'on doit le temple de Moût, le temple d'Ammon du nord, l'allée de sphinx qui précède le temple de Khons, à Karnak. Le colossal édifice qui s'élevait derrière les deux célèbres colosses de la rive gauche est aussi d' Aménophis III. Rien ne -dit o^e le schisme d'AménopTiis W ^\V \^\"yb^ ^ 'Ws.^^îs^'t. d'autre trace que rinsigmî\aTv\. m^'î\.^^?>^ ^^
poursuivi partout le nom d'Ammon. Mais sous Horus, qui rétablit l'antique religion dans ses droits, la fastueuse capitale reçoit de nouveaux embellissements. A Karnak, les deux pylônes du sud , l'allée de sphinx qui relie le premier pylône au temple de Moût, sont construits. La colonnade de Louqsor est achevée. L*essor ne s'arrête pas sous la XIX<^ dynastie. Ramsès P' inaugure la série des tombes royales dans la vallée principale de Bab-el-Molouk.vll élève à Karnak le pylône qui précède la salle hypostyle, et c'est à lui vraisemblablement qu'est due la conception du plan vraiment gigantesque de cette salle. Sous Séti I", l'art des graveurs et des sculpteurs se maintient sur les murailles des édifices de Thèbes à la hauteur à laquelle nous l'avons vu atteindre à .Abydos. Séti P' commence à Karnak la construction de la salle hypostyle et met debout soixante-dix-huit des cent trente-quatre colonnes qui font de ce merveilleux ensemble le chef-d'œuvre de l'architecture égyptienne. Il élève à son père Ramsès I«' le temple de Qournah. A Bab-el-Molouk , il fait creuser dans le flanc de la montagne cette tombe célèbre , qui est tout à la fois la joie de Tégyptologue pour la richesse des textes qu'elle contient et son désespoir pour les mutilations que lui inflige chaque jour la main des voyageurs. Ramsès II fut trop occupé dans les provinces de l'Egypte, où presque h chaque pas on rencontre son nom, pour laisser à Thèbes une trace digne de \a xeuoTMxvée de celui qui fut le Sésostris des Grecs. W ac\xes^ ^wwXasXV
salle hypostyle de Karnak. Il entoura ce temple de son .mur d'enceinte. 11 construisit une moitié de Louqsor. Si grande qu'elle soit comme plan, sa tombe est mesquine et mal ornée ; mais le Ramesséum établit une compensation à l'avantage du glorieux fils de Séti P'. Les rois successeurs de Ramsès II n'ajoutèrent à Thèbes aucun monument nouveau de quelque importance, jusqu'au jour où parut Ramsès 111. Alors le temple de Khons et le temple de la cour principale de Karnak sont fondés. MédineUAbou s'élève. On creuse à Bab-el-Molouk la tombe dite de Bruce ou des Harpistes. Ainsi se termine la période qui fut celle de la plus grande magnificence de Thèbes. Sous la XXII® dynastie , les Bubastites feront bien construire la grande cour qui précède le temple de Karnak. Tahraka gravera ses cartouches sur les murailles du même temple et sur celles de Médinet-Abou. Les Saïtes de la XXVI® dynastie élèveront çà et là quelques sanctuaires aujourd'hui presque en ruines. Les Ptolcmées, enfin, laisseront comme trace de leur passage le temple de Deir-el-Médineh et les deux portes monumentales qui annoncent si pompeusement Karnak. Mais les grands jours de Thèbes sont à jamais passés. A la mort d'Assarhaddon , Sardanapale s'empare de la ville qu'il saccage, que Tahraka restaure, et où le conquérant ninivite pénètre une seconde fois en vainqueur. On n'a aucune preuve directe des dévastations qu'une tradition peut-être exagérée atoiW^ ^ ^^\s^^^^\ "^ est possible cependant qxie Cift 0,^^050^^^^^^ "^^
violé quelques-unes des tombes dç Bab-el-Molouk et que la nécropole thébaine ait eu particulièrement à soulfrir de ses fureurs. Nous citerons enfin, comme dernière et suprême violence exercée sur la ville des Thoutmès et des Aménophis, le siège et le sac de Ptolémée Lathyre. A partir de ce moment, l'histoire de Thèbes est finie. La décadence a commencé avec les grands-pré très de la XXP dynastie ; elle est complète vers le temps de Jésus-Christ, alors que Strabon ne voit déjà plus dans Thèbes que la réunion de plusieurs villages disséminés sur ses ruines. Considérée comme ville sacerdotale , Thèbes se
nomme en égyptien 1 Pir-Amen (la de-
meure d'Ammon), ^ 1 No-Amen (la ville
d'Ammon), Ai(5awoXiç; considérée comme cheflieu d'une province administrative, elle s'appelle
^ ^ mot qui se transcrit Tarn selon M. Birch,
Vas selon M. Brugsch, Ohé selon M. Chabas. Un de ses quartiers^ celui qui s'étend sur la rive droite du lleuve, reçoit plus particulièrement le nom de Apet'U , si connu par les légendes qui couvrent les monuments de Thèbes,
La Bible donne à Thèbes le nom de No- Amen, ou simplement de No, Nous n'avons pas besoin de dire à' où vient le premier de ces noms. Quant au se-
ro/jf/, il a pour origine \e notn \io^w\^vc^ îîo^
THÈBES. i29
c'est-à-dire la ville par excellence, que nous trouvons employé par les hiéroglyphes pour désigner Thèbes, principalement à Tépoque contemporaine des écrivains sacrés qui se servent de ce nom.
La question de savoir à quel prototype égyptien remonte le nonj de ©iqCyj, e^€at^ si connu par les Grecs , est plus complexe. C'est par Homère évidemment que ce nom est entré dans le courant du monde hellénique, et qu'il s*y est fixé. Mais à quelle source Homère Ta-t-il emprunté? M. Chabas le tire de VObé que nous connaissons déjà et qu'il fait précéder de l'article féminin T. Mais ce nom de province a-t-il pu être appliqué à un nom de ville? A l'époque de Tahraka, Thèbes s'appelait de son nom populaire No; antérieurement et à partir d'Aménophis III, les monuments la nomment
Tema, autre manière de dire la ville m I
par excellence. Est-ce dans Tema qu'Homère a trouvé le nom qui a sonné à son oreille grecque à peu près comme la e^€ai de Béotie , déjà connue de son temps? On serait tenté fde le croire. La permutation de l'M et du B est, en effet, un fait philologique des plus constants. Les Septante n'appellcnt-ils pas N6€p({)5' le personnage que le texte hébreu de la Bible nomme Nemrnd? N'avonsnous pas x^^^^^' 6t yiyoxiinq ? Le nom indigène de Méroé n'est-il pas Bérua? On pourrait multiplier les exemples. L'égyptien Tema serait ainsi dcvcnu Te6a, et Homère , pe\il-feVt^ ^^xv% ^ ^^ ^'^xjN-^^ ^ aurait donne à la capitale de VY.^^^^^ ^^ ^^^
qui signifie la ville (ce nom correspond exacteoMBi à celui de Medyneh que les Arabes de noè jov» donnent au Caire).
La place que prend la divinité principale de Thèbes dans le panthéisme égyptien est bien définie. Ammon est la forme visible et. en quelque sorte tangible de la force créatrice de la nature. 11 symbolise ce ressort caché qui pousse toates choses à la lumière et à la vie. Le soleil devient ainsi sa parfaite image. Gomme dieu étemel, on lui associe Moût et Khous. Moût est la mère ; elle est le récipient universel dans lequel t'accomplit le mystère de la création. Khons csf. Ammon lui-même comme produit des deux autres personnages divins. Étant à la fois son propre père et son propre fils, le dieu de Thèbes n'a pas de commencement et il n'aura pas de fm , c'cstrà-dirc qu'il est inèréé et étemel.
Quand on arrive à Thèbes, on visite successivement la rive droite et la rive gauche du fleuve , çt Louqsor, situé à l'endroit môme où les bateaux abordent, est naturellement le temple vers lequel le voyageur porte ses premiers pas.
Louqsor. — La matinée du premier jour de station à Thèbes est consacrée à la visite de Louqsor. Submergé sous les maisons modernes qui l'ont envahi comme une marée montante , le temple de Louqsor n'offre au visiteur qu'un intérêt médiocre. Son plan est très irrégulier, ce qui est dû , ditron, à cette circonstance que, originairement, le temple élai'l bâti sur le bord du fleuve el ^ \)\c %\iî mw ^ai ^ontij suivait les détours.
THÈSES. i31
*Lè. temple de Lo'uqsor a eu pour fondateur AménofMs ni qui en construisit toute la partie méridionale, jusques et y compris la grosse colonnade qui donne sur le fleuve. A Ram ses II appartient le reste, c*estrà-dire les deux obélisques, le pylône, les colonnes «t la grande cour que cache si malheureusement la mosquée qui recouvre les parties principales. On trouve, à la vérité, les cartouehes d'Alexandre tt sur les murailles du sanctuaire , et en. d'autres parties de l'édifice les cartouches d'Amentouankh , d'Hqjrys son frère , de l'Éthiopien Sabacon et de Psanimétichus P' (grosses colonnes donnant sur le fleuve). Mais ces rois n'ont rien construit à Louqsor;ils ont utilisé des pans de mur laissés libres par leurs prédécesseurs pour y faire graver leurs noih^, ou ils ont restauré quelques parties du temple'^qui tombaient en ruines.
On sait, du reste, que Louqsor est le centre d'un commerce plus ou moins licite d'antiquités. Les fouilles étant absolument défendues en Egypte et les fouilles seules pouvant alimenter ce commerce , il s'ensuit que Louqsor possède en même temps quelques fabriques où les statuettes, les stèles, les scarabées sont imités avec une adresse qui trompe souvent l'antiquaire le plus exercé.
Karnak. — Dans l'après-midi, on se rend à Karnak»
Karnak est le plus merveilleux amas de ruines que l'on puisse voir. C'est même à ce point de vue principalement que l'on doit visitex ¥waxw^. ^^^^cber à démêler dans Karnak, coxevKve, xvov^'^ \ ^jn^;^^^ fait pour Dendérah, un plan , mxv e-x^-à^vc^^^ ^ ^"^"^
132 VOYAGE DANS i>A HAUTE-É6TPTE.
destination, est, en effet, impossible. L*unit6, si elle a jamais existé , y est aujourd'hui absolument rompue, non-seulement par les dévastations que le temple a subies, mais encore par les époques qui, au temps de son intégrité , s'y sont superposées. Les antiquaires de profession trouvooiîl. dope seuls danrs Kamak quelques épis à l^è&^^^lé ^mple voyager doit voir ce temple C()jptta4 l^jBbmunent qui étonne l'imagination par isL. pSt(»àÈat, phT sa ^ masse, et par l'incroyable entassemaol ruines qu'on y remarque. Sous ce rapport- on n'a jamais assez vu Kamak, et plus on y vient, plus l'idée qu'on s'en est fait s'agrandit.
On ne peut cependant quitter un édifice de cette importance sans s'y être arrêté à qi^lques détails. J'indiquerai donc sommairement au voyageur qui part de Louqsor pour visiter Kamak la roufte qu'il doit suivre et les points principaux sur lesquels, chemin faisant, son attention doit principalement se porter.
Le meilleur itinéraire à suivre est celui qui fait
longer au voyageur la route de Louqsor au village
moderne de Kamak (voy. le plan général des
ruines de Karnak), lui fait suivre l'avenue des sphinx
crioccphales (avenue n® 3) appartenant au règne
d'Aménophis III, et lui donne comme première
station le pied de la porte monumentale (XI) qui
termine cette allée et précède le temple de Khons (T).
Après la visite à ce temple, le voyageur se dirigera
rcrs le nord, côtoiera les luaswTes "KVû^ç,^^^%\ito^-&
sur Jcs ruines de ranciennc \V\\e, e\. \vtxvtV\^Y^ ^as&
gressive j temple , *
Kj'f VOYAGE DANS LA H AUTE-ÉGYPTE.
nos , la décoration n'oifre qu'un médiocre intérêt : Hamsès III , Ramsôs IV, Kamsès XIII, y sont représentés en adoration devant la .divinité locale. Mais l'étude de la salle aux huit colonnes laisse soupçonner que nous arrivons là àuiine série de faits jusqu'alors sans précédents dfeis l'histoire égyptienne. Pour la première fois, en effet, un grandprôtre, Her-Hor, se montre sur les murailles d*un temple à la place invariablement réservée au souverain. Dans la salle aux huit colonnes , ce grandprôtre ne se pare encore d'aucun des titres royaux et c'est à la fois en son nom et au nom du roi régnant qu'il adresse la parole au dieu. Mais dans la première salle, celle qui suit immédiatement les pylônes, l'usurpation est flagrante. Là les voiles sont déchirés , et Her-Hor apparaît l'urœus au front et son nom entouré des doubles cartouches. Le fj^rand-prôtre Pinét'em , bientôt roi , se montre enfin sur le pylône.
II. Le grand temple (f). — Dans son entier développement et en y comprenant les dépendances de Test et de l'ouest, le temple de Kamak ne mesure pas dans son axe principal moins de 808 mètres de longueur. Il mesure 366 mètres sur 106 dans la partie qui enferme l'enceinte de pierres, ce qui constitue les vraies dimensions de l'édifice.
On pénètre dans le grand temple par la porte de l'ouest, que nous savons déjà ^ètre le pylône
(i) On lira toute cette deactiçWoti ws^e \« \\kû. ^^ Qtv&i^ Tfiinple 80U8 lea yeux.
TIIÈUES. i35
principal (pylône I) ; les ruiiAs du temple se développent alors sous les pas du visiteur dans l'ordre Iqae nous allons essayer d'indiquer, en prenant pour point de départ le plan ci-joint.
Le pylône et la grande cour. — Ils sont marqués I et B sur notre plan. Jusqu'à la XXII® dynastie , le grand temple de Karnak n'a pas eu d'autre façade qjie le pylône II dont on aperçoit les restes au fond de la cour et qui remonte à Ramsès P'. En avant existaient, jetés un peu comme au hasard et sans liaison avec l'édifice principal , le temple L qu'on trouve à gauche en entrant dans la cour et qui appartient au règne de Séti II (XIX" dyn.), et le temple M qu'on trouve à droite et qui eut Ramsès III (XX® dyn.) pour fondateur. C'est aux Bubastites (XXn® dyn.) que revient l'honneur d'avoir construit les deux beaux murs d'enceinte du nord et du sud. Tahraka fit élever la colonnade située au milieu de la cour (G). Ce sont les Ptolémées qui ont commencé la construction de l'immense pylône de l'ouest (I), lequel est resté inachevé.
j La salle hypostyle (D). — La salle hypostyle est * la plus grande salle que les Égyptiens aient con- 1 stmite. Elle a 1 02 mètres sur 51 . Les cartouches les 1 plus anciens qu'elle porte sont ceux de Séti I®' ; (XK® dyn.). Certains indices feraient croire que ; Séti n'est que le constructeur de la salle et qu'à g Ramsès I«' appartient la gloire d'en avoir .conçu le ^kn. Originairement la salle était couverte tout iDtîère et le jour n'y entrait qjOLfe ^^ \fc% teNèi^^'^ gflMagées dont on voit encoTe âi^?» ^^^'CAft.'s» ^\x^^^^
i3(i VOYAGE DANS LA H A UTE-ÉG Y PTE.
sur l'un des côtés d^lft nef centrale. Un demi-jour, un peu plus vif qu'à Dendérah, devait donc seul pénétrer dans la salle et favoriser Taspect général en adoucissant la crudité, des peintures dont les colonnes et les plafonds sont ornés.
Deux larges portes s'ouvrent sur le milieu des côtés sud et nord de la salle hypostjle. Le visiteur en profitera pour aller étudier successivement les bas-reliefs du mur extérieur sud de la salle , et les bas-reliefs du mur extérieur nord.
Les bas-reliefs du mur extérieur sud de la salle hypostyle. — I^ visiteur qui se transportera au côté ouest de ce mur {j du plan) trouvera , près de la porte qui donne entrée dans la grande cour, on tableau digne de son attention. Ce tableau a été sculpté en souvenir d'une campagne victorieuse faite par le premier roi de la XXII* dynastie (celui que la Bible appelle Sésac) contre la Palestine. A droite, Sésac lui-même est représenté levant le bras et frappant un groupe de prisonniers agenouillés à ses pieds. A gauche Ammon de Thèbes et la Thébaide personnifiée par une femme tenant en main le carquois, l'arc et la masse d'armes, se présentent devant lui. Près de cent cinquante personnages dont les têtes seules sont apparentes et dont les corps sont cachés derrière une sorte d'ellipse crénelée qui figure le plan d'une forteresse ou d'une ville, suivent ces deux divinités. Les inscriptions expliquent )e sens de la représentation. Ce sont les (Jjeux eai-mèmes qui amènenl k Sfe^t. \^ xVAm f/u 'il a prises dans sa campagne. KuVjmA ôa tAi\niL«