‹ Itinéraire de la Haute-Égypte: comprenant une description des monuments antiques des rives duChapitre 4 sur 25 · SOURCES · texte numérisé non relu

SOURCES

Tous les monuments que nous allons rencontrer appartiennent à la civilisation qui a brillé autrefois sur les bords du Nil et qui, pendaot toute sa durée, a usé des hiéroglyphes comme écriture.

Pour interpréter et comprendre ces monuments , la science puise à trois sources différentes.

Il est évident que la première et la principale source, ce sont les monuments, témoins irrécusables et souvent contemporains des événements qu'ils racontent. Après eux vient Manéthon , prêtre égyptien qui écrivit en grec une histoire d'Egypte. On placera en dernier lieu les écrivains grecs et latins qui ont voyagé en Egypte, ou ont rapporté ce qu'ils en ont entendu dire»

A. Monttmenti. — Les monuments sont aussi nombreux que variés. Il y en A ért Egypte; il y en a dans les Musées. Les monuments qu'on trouve ett Egypte sont des temples et des tombeaux (1). Les monuments qu'on trouve dans les Musées sont de toute nature et de toute provenance. Quelques notes ) rapides feront connaître les principaux d'entre eux.

(1) Noua ne comptons pas les ruines des villes. Les villes proprement dites ont disparu si comçlètemeiit, ^^^ô çJ a^X^ ^eûie I ' ^iielquea tumulua sans forme en warauewt <ik fiV.\k\cTO\^^- ^

i^Les Temples, Ce n*est pas le moment de décriro les temples qu'on rencontre dans un voyage de la Hante- Egypte , la notice des temples ayant sa place marquée dans les pages qui vont suivre. Mais nous pouvons, dès maintenant, mettre entre les mains du lecteur le fîl destiné à le guider dans Tintériour de ces monuments.

Un temple au complet se compose de l'édifice proprement dit et d'une enceinte. Le temple est construit en pierres, l'enceinte est construite en grosses briques crues. Elle est très haute et très épaisse. Quand la porte qui y donne accès est fermée , on ne peut certainement rien voir ni rien entendre de ce qui s'y passe.

On aurait tort de prendre un temple égyptien pour une église ou- môme pour un temple grec. On n'y célèbre aucun culte public; on ne s'y assemble pas pour des prières en commun ; personne même n'y est admis, que les prêtres. Le temple est un proscynème royal , c'est-à-dire un monument de la piété du roi qui l'a fait élever pour mériter la faveur des dieux. C'est une sorte d'oratoire royal et rien de plus.

L'immense décoration dont les murs des temples sont couverts ne s'explique même que si l'on admet ce point de départ. Remarquons bien que le principe de la décoration est le tableau , que plusieurs tableaux sont rangés symétriquement côte à côte et que plusieurs séries de tableaux superposés par étages couvrent les parois des chambres de haut eu bas. Tel est l'inévitable arratigemfctiX.. ^\3l«xv\.«»- 's^'s^^^

des tableaux , il est partout le même. Le roi d'un côté , une ou plusieurs divinités de l'autre , c'est là le seul sujet de la composition. Le roi adresse une offrande (table chargée de victuailles, fleurs, fruits, emblèmes) à la divinité et demande que la divinité lui accorde une faveur; dans sa réponse, la divinité concède le don demandé. Il n'y a donc dans la décoration du temple rien autre chose qu'un acte d'adoration du roi, répété sous toutes les formes. Un temple n'est ainsi que le monument exclusivement personnel du roi qui l'a fondé ou décoré. C'est môme ainsi qu'on explique la présence de ces très précieux tableaux de bataille dont les murs extérieurs de certains temples sont ornés. C'est à lu divinité et à sa protection que le roi fait remonter la première cause de ses victoires. En combattant les ennemis de l'Egypte , en les amenant enchaînés dans les temples , le roi a fait un acte agréable aux dieux , eomme il a fait un acte agréable aux dieux en leur offrant de l'encens , des fleurs et des membres d'animaux sacrifiés. Par là il témoigne de sa piété et n'en mérite que davantage les faveurs que la construction du temple a pour objet de lui faire obtenir.

Les temples égyptiens sont toujours dédiés à

trois dieux. C'est ce que ChampoUion a appelé la

triade. Le premier est le principe mâle , le second

le principe femelle, le troisième le produit dos deux

autres. Mais ces trois dieux s'amalgament de ma-

/j/àre à n'en former qu'un. Le dieu ^fete ?»'^Yv%eivdi'e

Jui-rnômc dans le sein de la mfere e\. ÔL^Nv^tA. ^\\\^\

à la fois son propre père et son propre fils. Par là s'expriment la non-création et l'éternité de l'Être , qui n'a pas eu de commencement et qui n'aura pas de fin.

Quant au culte, il consiste en prières récitées dans l'intérieur du temple au nom du roi , et surtout en processions. Dans les processions, que le roi est censé conduire, on porte les enseignes des dieux, on porte les coffres dans lesquels sont enfermées leurs statues, on porte les barques sacrées. CeUes-ci sont ordinairement déposées dans le temple. Les jours de fêtes, on les y vient chercher. Au milieu s'élève , caché sous une voile, le coffre dans lequel est déposé l'emblème que personne ne doit voir. Les processions circulent habituellement dans le temple, le plus souvent elles montent sur les terrasses, quelquefois elles s'étendent dans l'enceinte à l'abri du regard des profanes, comme nous l'ayons dit. En de rares circonstances, on voit les processions quitter la ville et se diriger, soit par le Nil, soit par un canal qu'on appelle le canal sacré, vers une autre ville plus ou moins éloignée. A côté de tous les temples est un lac. Il est très vraisemblable que le lac devait jouer un rôle dans les processions et que les barques sacrées y étaient déposées , au moins pendant la durée des fêtes.

2^ Les Tombeaux. Les tombeaux sont situés dans le désert ou dans le flanc d'uuô T[iCk\i\.^^\\!& ^\^s» ^^^^ moins éloignée du fleuve. Ainsi ^^ ci;.^\\q^^ \^ ^wvservaUon relative des tombeaux, ^ràv^ ^wn^\^ Q^

les maisons des villes et que les temples, ils ont été moins exposés qu'eux aux dévastations.

Quand il est complet, un tombeau se compose de trois parties (1). Il s'annonce de loin par un édicule qui s*élève dans la nécropole; c'est la première partie. Un puits rectangulaire et vertical s'ouvre en quelque coin de Tédicule et conduit au caveau; c'est la seconde. La troisième partie est le caveau souterrain où les momies reposent.

L'édicule extérieur n'est pas toujours massif. On y trouve quelquefois une ou plusieurs chambres; ces chambres sont ouvertes en tout temps et à tout le monde; les parents du défunt s'y assemblent et y apportent les offrandes. On y trouve aussi le serdab, c'est-à-dire une sorte de corridor étroit ménagé dans l'épaisseur de la maçonnerie et muré après qu'on y a déposé des statues représentant le défunt. Il est bien entendu que cet endroit mystérieux et inaccessible est toujours fermé (2).

Le puits ne se recommande à l'attention par aucune circonstance particulière. Sj^on les localités , sa profondeur varie ainsi que 1^ dimensions. Le plus souvent, quand la momie est en place, il est bouché soit par une pierte qui* en cache l'orifice, soit par des matériaux de toule sorte qu'on

(1) Nous ne comprenons pas dans cette description les tombeaux des rois, à Bab-el-Molouk, qui sont conçus sur un autre plan.

/^ Quand Je tombeau est creusé dans la montagne, comme à -Déni-Hassaa^ il a toujours ses trois parUes. La première cham- /ji-e où J'on entre, tient lieu d'édicule cxtèT\c\it. l.a v^w^ «^^ c^aifs un coin de cette chambre.

y entasse. Pour y descendre, il faut dos cordos.

Le caveau est creusé dans le roc et disposé do telle façon que le sarcophage est placé dans la verticale 4e la chambre principale de Tédicule, celle où s'assemblent les survivants.

Le visiteur qui va voir les tombeaux de Saqqarah, de Béni-Hassan, de Qoumah, d'El-Kab, est donc averti. La chambre dans laquelle il entrera , qu'elle soit bâtie ou creusée dans le roc, est la chambre accessible réservée aux parents.' Le caveau et les momies sont sous terre. On y arrive par un étroit conduit que nous appelons un puits.

Quant à la décoration des tombeaux, elle obéit à des lois qui varient selon les époques et selon la partie du tombeau qu'il faut décorer. Le puits , le caveau, le sei^dab sont sans inscriptions. Les sarcophages de pierre, les cercueils de momies sont souvent ornés d'une quantité considérable de textes entremêlés de tableaux. Tout le luxe de la décoration est réservé pour les chambres de l'édicule extérieur.

Quand il s'agiFros tombeaux de TAncien-Empire, le sens de cette décoration n'est pas facile à préciser. Le défunt est évidemment chez lui. Il pêche, il chasse , ses Serviteurs lui apportent le produit de ses terres , on danse devant lui , ses femmes , ses enfants sont à ses côtés , etc. Mais a-t-on voulu représenter le mort encore sur cette terre, et les représentations gravées sur les mwïs àfc ^otvVâro^^^^ ont-elles pour objet de conseiNôY \^ «iWSN^^sàx ^^ ^^ qa'nfut de son vivant? Ou Vien ^çX-\iô.^^'^N^^^^

monde et, selon les promesses assez naïves faites aux Égyptiens, va-t-il continuer dans cet autre monde la vie qu'il a menée dans celui-ci? Ce n'est pas le moment de discuter cette question. Tout ce qu'on peut dire , c'est que les promesses dont nous venons de parler sont réelles. Le défunt revivra dans la plénitude de tous ses organes. Il aura les mômes besoins. Il se livrera aux mêmes travaux. Sa famille , ses serviteurs seront de nouveau à ses côtés. Seulement il ne connaîtra pas la douleur, et il n'aura plus l'appréhension de la mort. Telle serait l'idée fondamentale qui a présidé à la décoration des tombeaux sous l'Ancien-Empire.

Plus tard la décoration change de caractère. Cette immortalité qui lui est promise, le défunt doit prouver qu'il l'a gagnée, qu'il l'a méritée. Le voyage de l'âme dans les régions souterraines, les épreuves auxquelles elle est soumise, son jugement, sont les sujets qui ornent les parois des chambres de l'édicule extérieur. Là plus de scènes variées de chasse et de pêche , plus de travaux des champs. Le sombre cortège des divinités infernales paraît.

On trouve à Saqqarah et à Béni-Hassan des modèles parfaits des chambres où le défunt est représenté menant dans l'autre monde cette vie de famille et cette vie des champs que les Égyptiens regardaient comme le terme de la suprême félicité. C'est à Bal}-el-Molouk et dans le tombeau de Séti V^ qu'est /e tjpe des tombeaux, de la deuxième espèce (1).

{'V I^our pluB de détails sur ces quesl\otL%, ou eo\i«v3\v««^

PRÉPARATION AU VOYAGE. Il

3® La Pierre de Rosette, La Pierre de RosoUo ouvre la série des monuments conservés dans les Musées dont il nous parait indispensable qu un visiteur des antiquités de la Haute-Egypte ait une connaissance préalable.

La Pierre de Rosette est un fragment de stèle ( 1 ) découvert, il y a bientôt quatre-vingts ans , par M. Boussard, officier de l'armée française d'occupation , en creusant des retrancbements autour de la ville de ce nom. On y lit la copie d'un drcrot rendu par les prêtres de l'Egypte, réunis à Memphis, en l'honneur de Ptolémée Épiphane. Le décret est gravé sur la pierre en trois langues, ou plutôt en trois écritures. La première est l'écriture hiéroglyphique qui est la grande écriture des monuments. La seconde est l'écriture démotique, à l'usage du peuple. La troisième est l'écriture grec-

ÏAvant-propos placé en tête de la Notice sommaire des Monuments exposés dans les galeries du Musée de Boulaq. Aux tonibeaox de rAncien-Empire et à Tidée générale qui a présidé à leur décoration, nous avons consacré un article spécial dans la Jievue archéologique des mois de janvier et février 1869 (Paris, librairie Didier, quai des Augustins).

(1) Ce mot est un des plus fréquemment employés dans Tarchéologie égyptienne, parce qu'il désigne des monuments qu'on rencontre par milliers. La stèle est une dalle rectangulaire, le plus souvent arrondie par en haut. Les Égyptiens Tout mise en usage pour y graver des inscriptions de tout genre. Les stèles ne sont le plus souvent que des épitaphes; on les employait cependant pour transcrire deà textes qu'on voulait conserver ou montrer au public , et en ce cas la stèle joue le rôle d'une sorte d'afliche monumentale. Avec la Pierre de RQ%«i^^.^^^x appartient au Musée Britannique, oii c\\a, ^«ctm\\e.% ^nj^^^ ^**^" lèhres, la Pierre de San, la Pierre de C\iëo^tiA«^«'^J^^^'*''^'^'^^"> mèa m, la stèle d'Alexandre 11 , \ea cm<\^a\.^\e^ ^^ ^'^'^'^'^^ la Pierre d'Ouna, qui appartiennent. \o\ae^ a\s.^vsA^^ ^«^^"^

\'l AVANT-PROPOS.

que. Mais le texte en écriture grecque est la traduction des deux premières. Jusqu'alors les hiéroglyphes étaient restés pour la science un mystère impénétrable. Un coin du voile allait donc pouvoir Atre levé. En procédant du connu à Tinconnu, on allait donc saisir tout au moins le sens de cette mystérieuse écriture qui a si longtemps défié les efforts de la science. Bien des érudits s'y essayeront. Young approcha du but, mais sans y atteindre. Champollion enfin souleva le voile tout entier (1). Toile est la Pierre de Rosette, Elle a été l'instrument de l'une des plus grandes découvertes dont s'honore notre xix° siècle.

4° Le Rituel, Le Rituel est un livre sacré dont on déposait des exemplaires plus ou moins complets à c(Hé des momies. On y trouve une série de chapitros relatifs au voyage de l'âmo dans le monde souterrain et à son entrée dans la pure région des esprits. C'est le Rituel surtout qu'il faut consulter pour avoir une idée des croyances égyptiennes sur los destinées de l'homme après sa mort. Le Rituel a été l'objet de nombreux travaux partiels dans les diverses revues scientifiques. M. S. Birch en a publié une traduction complète dans le cinquième volume do l'ouvrage de M. Bunsen (2). Tous les Musées en possèdent plusieurs copies écrites sur papyrus.

(1) Nous avons résumé aussi brièvement que possible le procétfé suivi par ChampoUion , dans la dernière partie de notre Aj?firçu de l'histoire d'Egypte.

(2) A^ffypi's place in univerêal hiitory» \xtAxSX àô\«J\«vû»siô. par M. CottreL I^ndres, 1867.

S® Le Papyrus royal de Turin, Si le Papyrus royal de Tuiin n*était pas dans le plus pitoyable état de conservation, nous ne serions pas à tâtonner pour asseoir la première moitié de Thistoire d'Egypte sur sa base définitive , et Manéthon lui-môme serait dépassé. Le Papyrus royal de Turin est, en effet, une liste complète des rois qui ont successivement régné sur TÉgypte depuis le fondateur de la monarchie jusqu^à une époque inconnue , mais qui ne dépasse pas le commencement de la XVIIP dynastie; comme dans les listes de Manétbon, le règne des dieux précède- le règne des rois. Sans entrer dans plus de détails, on voit l'immense intérêt qui s'attache à ce document. Il a malheureusement subi des mutilations telles que, à part quatre ou cinq fragments (il y en a cent soixante^uatre) , on ne sait comment rajuster ce qui nous en reste. Le Papyrus royal de Turin a ainsi perdu la plus grande part de son autorité, et c'est tout au plus s*il compte atljourd^hui parmi les textes sur lesquels une criti»- (Jue tant soit peu sévère peut s'appuyer*

6® IM Salle des Ancêtres. Là Salle des Ancêtres est une petite chambre dti temple de tCarnak construite et décorée par thoutmès III; elle est maintenant à la Bibliothèque nationale de Paris. Sur les parois dé cette chambre Thoutmès est représenté adressant ses hommages à soixante rois y^xs.^^"^ devant lui. Le nombre des prfedfeç.^?>^«vrc^ ^^^'XV^nïî^- Biès étant beaucoup plus coïYS,idfei^>ù\^> <iWNO>^ «5^ la liste de Karnak n'est qu'uii e^U^V^ ^^^^^^ "^^

14 AVANT-PHOl'OS.

fait d'après des motifs que nous ne connaissons pas parmi les souverains qui ont occupé le trône avant ïhoutmès. Si encore ces souverains se présentaient sur les parois de la chambre dans leur ordre chronologique, la science retirerait quelque profit du monument où ils sont figurés. Mais, si le côté droit de la chambre offre quelque apparence d'ordre, il n'en est pas de môme du côté gauche où les rois do la XVII® dynastie, par exemple, sont rangés pAle-môle avec les rois de la XIP. Nous avons donc dans la Salle des Ancêtres de Kamak un monument dont, en apparence, le crédit est très grand, mais qui, en réalité, a jusqu'ici très peu aidé aux progrès sérieux de la science.

70 La TabUWAhydos, On en connaît deux exemplaires. Le premier, assez mutilé, est au Musée Britannique ; il appartient au règne de Ramsès II (rt [)rovient du petit temple d'Abydos. Le second est dans un parfait état de conservation; il est du règne do Séti, le père de Ramsès; c'est dans le grand temple (où il est encore) que nous l'avons découvert. Sur les deux exemplaires les listes sont identiques.

La Table d'Abydos est, comme la Salle des Ancêtres, un tableau d'adoration; les personnages auxquels l'adoration est faite sont de srois. ils sont ici au nombre de soixante-seize. L'extrait est, pai* conséquent, plus considérable qu'à Kamak.

Mah ce qui donne à laTab\c d'A\)yàLO%\iti*vcv\.iit^\. cxcoptionncl ^ c'ei^i que les rois y souV. tviu^fe^ ^^w'ï»

PRÉPARATION AU VOYAGE. lo

leur ordre chronologique. Notre premier et notre principal guide dans le travail patient de la reconstruction de rhistoire d'Egypte est encore jusqu'à présent Manéthon. Mais quelle conflance mérite Manéthon? Dans les rares points de contact que ses listes ont avec les listes, à la vérité très imparfaites, d'Hérodote et de Diodore , Manéthon est en désaccord avec les deux historiens que nous venons de nommer ; de quel côté est l'erreur ? Faut-il ne pas compter sur Manéthon, ou faut-il compter sur lui? Les monuments , juges suprêmes dont nous devons toujours respecter la décteion, se prononcent-ils pour ou contre Manéthon? Les rois de la Table d'Abydos , par exemple , sont-ils au môme rang chronologique que les mêmes rois dans Manéthon ? On voit l'intérêt de la liste découverte à Abydos. Moins étendue que les listes du prêtre égyptien, elle les consohde pourtant en nous montrant que les deux listes marchent sur deux lignes parallèles. Manéthon sort donc vainqueur de cette épreuve et son crédit s'en accroît.

8® La Table de Saqqarah. Autre liste de rois, au nombre de cinquante-huit. Cette fois ce n'est pas un roi qui fait une offrande devant ses prédécesseurs ; l'adoration est faite par le fonctionnaii'e dans le tombeau duquel la table a été trouvée. Dans les croyances égyptiennes , quand le mort réçiit<i \viîà\Sï. jouira de la vie éternelle , il setat ïi^mv?» ^ ^.wsvonr. récompense, dans la société des to\s>. ^Çi^\.\^^^ point de départ du tableau qui oc^AX^Ci Xe. ^^^'

ment connu sous le nom de Table de Saqqarah. Le mort a subi la dernière épreuve ; certains rois choisis parmi ceux qui ont régné successivement sur l'Egypte l'accueillent au milieu d'eux.

La Table de Saqqarah joint son autorité à celle de la Table d'Abydos pour augmenter notre confiance en Manéthon. Les rois que les deux listes nomment sont ceux que Manéthon nomme également. Les dynasties qui sont omises dans Manéthon comme moins illustres sont celles que les deux listes passent sous silence.

Il nous faudrait énuiflérer bien d'autres monu« ments si nous voulions faire connaître tous ceux qui ont leur utilité dans le travail de reconstruction tenté en ce moment par les égyptologues. Mais il suffit au but que nous voulons atteindre d*avoir appelé l'attention sur les principaux, ou du moins sur ceux dont il est le plus souvent question. D'ailleurs, au point où les études égyptiennes sont arrivées , il n*est plus un monument qui n'ait son importance. Quand on essaie de réédifier avec ses propres matériaux un édifice tombé, le moindre fragment retrouvé et. remis en place aide à la solidité de l'ensemble.

£. Manéthon. — Manéthon est un prêtre égyptien

qui vivait sous Ptolémée Philadelphe (I) et qui avait

écrit en grec une histoire d'Egypte , dans laquelle

il avait intercalé une liste de tous les rois qui ont

/V Vers l'an 263 avant J.-C.

régné sur les bords du Nil, depuis les temps les plus reculés jusqu'à la conquête d'Alexandre. Cette histoire est perdue. Mais les listes sont conservées dans l'ouvrage de George le Syncelle, historien byzantin du viii*» siècle , qui les avait empruntées à la Chronique d'Eusèbe et à la Chronographie de l'Africain.

Après ce que nous avons dit , nous avons à peine besoin de revenir sur les listes de Manéthon , pour montrer de quelle importance elles sont pour nous. A la rigueur, nous pouvons ne pas accorder une confiance trop absolue aux chiffres qui expriment la durée des règnes et la durée des dynasties, chiffres remaniés par les auteurs chrétiens qui les ont copiés dans l'ouvrage original; à la rigueur encore, on peut supposer que les noms de quelques rois sont altérés ou intervertis. Mais supposons les listes de Manéthon perdues. Cette précieuse division en dynasties, par qui la connaîtrions-nous, et comment même pourrions-nous savoir qu'elle a existé? Les noms royaux révélés par les inscriptions hiéroglyphiques deviennent tous les jours de plus en plus nombreux ; comment saurions-nous les classer d'une manière à peu près satisfaisante sans les listes de Manéthon? Les listes de Manéthon n'ont-elles pas cet avantage, qu'on n'apprécie jamais assez, de nous montrer tout au moins une direction à suivre ?

Parmi les sources de l'histoire d'Egypte, le Papyrus royal de Turin, s'il était complet, pourrait seul le disputer à Manéthon en im!^oi:l^xv!(L^.

Page 1