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PRÉFACE

Si l'on veut savoir quelles furent les origines familiales (1), les étapes de la carrière mouvementée, les œuvres historiques et archéologiques de Du Buisson-Aubenay, il conviendra toujours de se reporter à la notice si complète que M. Gustave Saige a mise en tête de son édition du Journal des Guerres civiles. Aussi bien est-ce d'après cette étude que nous donnerons une esquisse de la vie de cet infatigable voyageur, de ce fécond polygraphe longtemps oublié, mais qui semble revenir en faveur auprès des érudits et des curieux (2) .

François-Nicolas Baudot, sieur du Buisson et d'Arabenay (3), est né probablement à Ambenay, vers 1590. Son père était Gyprien Baudot, écuyer, conseiller du roi, lieutenant du vicomte de Gonches et Breteuil, et sa mère, Marie Le Forestier, fille d'Etienne Le Forestier, écuyer, sieur de Sap-

(i) Sur la famille Baudot, on peut consulter la Notice historique sur la commune d' Ambenay, par l'abbé Lebeurier, p. 416, 420 et suiv. de l'édition collective publiée àEvreux, en 1900, in-8°; et G. Saige, Journal des Guerres civiles, de Dubuisson-Aubenay, 1648-1652, Paris, 1883, 2 vol. in-8°, Notice sur François-Nicolas Baudot, sieur du Buisson et d' Ambenay, t. I, p. x à xix. — Ambenay, canton de Rugles (Eure).

(2) L'un des premiers après M. Saige, M. A. Join-Lambert, s'est occupé de Du Buisson et lui a consacré une étude intitulée : Du Buisson-Aubenay {1590-1652). Bernay, 1887, in-18. Voir encore: Chanoine Porée, Un Itinéraire de Normandie au XVIIe siècle, discours prononcé à l'Assemblée générale de la Société de l'Histoire de Normandie, à Rouen, le 10 juillet 1902.

(3) Du Buisson adopta constamment la forme Aubenay, au lieu d'Ambenay, qui est le nom de la terre dont il était seigneur. Sur la raison étymologique de ce changement, voir V Itinéraire de Normandie, p. 125.

tel, verdier, châtelain de Breteuil, et de Guillemine Le Bailleur.

On trouve dès le xme siècle un Baudot cité comme usager à la haie de Lyre et a celle d'Ambenay (1). Ce nom était très répandu, à la fin du xvie siècle, à Rugles et dans les paroisses environnantes.

Un certain Pierre Baudot, exilé par Charles le Téméraire, serait venu de Bourgogne en Normandie et aurait fait souche. On peut suivre, dans la notice de l'abbé Lebeurier, et l'étude de M. Saige, cette filiation à laquelle se rattachait notre François- Nicolas. Nous dirons seulement que celui-ci partagea, le 18 septembre 1632, les biens paternels avec son plus jeune frère, Gyprien, et qu'il se réserva pour sa part les terres d'Ambenay et du Buisson-Morel, paroisse de Neaufles; le cadet prit le titre de sieur de Labour.

On ne sait rien des jeunes années de François-Nicolas, et il n'a laissé aucune indication sur les conditions dans lesquelles se lit son éducation, non plus que sur les circonstances qui l'amenèrent à quitter sa patrie.

« Dans tous les cas, dit M. Saige, il fit de fortes études ; la facilité avec laquelle il se sert de la langue latine au point d'écrire ses notes habituellement en latin, dans une langue correcte, la profonde connaissance des auteurs classiques que démontrent ses recherches d'épigraphie, d'archéologie et de géographie de l'antiquité, l'art avec lequel il choisissait et rédigeait les devises et les inscriptions, tout témoigne d'études premières suivies avec soin (2) ».

Du Buisson commença à voyager de très bonne heure. Les lettres de privilège qu'il sollicita en 1650 (3) pour la publica-

(1) Cartulaire de Philippe- Auguste (Àrch. nat., JJ 7-8).

(2) G. Saige, Notice, etc., p. xvi.

(3) M. Saige a donné le texte de ce curieux privilège, Notice, etc., p. v.

tion d€ MM œuvres, — qui M furent pas imprimées, — disent, « que durant vingt à trente années il É voyagé par les plus belles parties de l'Europe ». Gomme il paraît avoir cessé ces grandi voyages vers 1642, cela en fait remonter le commencement en 161 9 ou 1615. Ses notes, d'ailleurs, semblent indiquer qu'il fit en 1623 un assez long séjour dans les Pays-Bas espagnols; et, chose curieuse, sa méthode pour classer les renseignements est déjà identique à celle que l'on retrouve employée dans les autres Itinéraires. On peut supposer qu'il servait alors de secrétaire à quelque grand seigneur ou diplomate, situation qu'il a, du reste, occupée presque toute sa vie(l).

Un certificat, délivré le 10 décembre 1632 par Jean d'Estampes-Valençay, constate que le « sieur Du Buisson a servi à l'armée de Piémont pour le secours de Casai, au printemps de 1629 (2), et ensuite a été employé au traité de paix et aux négociations relatives aux fortifications de Pignerol (3) ».

Du Buisson demeura longtemps, plus de dix ans, attaché à d'Estampes-Valençay. Il l'accompagne, en i629 et 1630, à la diète de Ratisbonne, qui suivit les négociations de la paix de Mantoue, et par ses notes de Yltinerarium Germaniae superioris, il montre qu'il a parcouru à ce moment la plus grande partie de l'Allemagne ; qu'il visita la Saxe, la Bavière, la Franconie; qu'il se rendit à Presbourg, en Hongrie, à Prague et à Vienne. Ce n'était pas seulement en touriste que le gentilhomme attaché à M. d'Estampes-Valençay parcourait ainsi rAlleruagne ; il se pourrait très bien « qu'il eût été dépêché confidentiellement pour pressentir les dispositions des

(1) G. Saige, Notice, etc., p. xx et xxi.

(2) Pendant cette campagne, Du Buisson servit sous les maréchaux de Schomberg et de Thoiras.

(3) G. Saige, Xotice, etc., p. xxn.

princes allemands convoqués à la diète et les entraîner dans les intérêts français (1) ».

Il était à Rome au mois de juillet 1631, toujours à la suite d'Estampes- Valençay. Il l'accompagne encore aux Etats de Bretagne, à Nantes, en 1636. En 1637, il avait un emploi dans l'armée de la Valteline commandée par le duc de Rohan, dont Jean d'Estampes, en qualité d'ambassadeur près des Grisons et d'intendant d'armée, était chargé par Richelieu de surveiller les opérations. Du Buisson rentra en France à la fin de l'été 1637 (2).

Dans le courant de septembre de la même année, il se remettait en route avec d'Estampes- Valençay, nommé ambassadeur dans les Provinces-Unies. Il revient momentanément à Paris et repart pour la Hollande, le 12 décembre, en compagnie du comte d'Estrades (3).

L'année 1638 semble marquer Tépoque où Du Buisson commence à se séparer de M. d'Estampes-Valençay. Chargé seul, peut-être, de quelque mission, il continue à voyager pendant deux ans dans l'Allemagne du Nord, et probablement en Pologne. Enfin, en 1640, il sert comme volontaire dans la compagnie du marquis de Bournonville et assiste au siège et à la prise d'Arras (4).

Du Buisson avait alors environ cinquante ans. Il renonce à la vie active et aux lointains voyages, vient se fixer à Paris ou voyage dans l'intérieur de la France. Jusque-là il n'avait

(1) G. Saige, Notice, etc., p. xxm.

(2) G. Saige, Notice, etc., p. xxv et xxvi.

(3) G. Saige, Notice, etc., p. xxvn et xxvm. Parti de Paris le 12 décembre, il dut attendre à Rouen près d'un mois le moment de rembarquement. C'est pourquoi nous voyons Du Buisson notant sa présence à Rouen dans les premiers jours de janvier 1638. (Itinéraire de Nor~ mandie, p. 91).

(4) G. Saige, Notice, etc., p. xxx.

pas de résidence à lui appartenante ; ses amis le recevaient et l'hébergeaient au retour de ses voyages. Le plus ancien de ceux qui furent ainsi ses hôtes, Jacques Le Breton, était un bourgeois de Paris, demeurant rue Saint-Jacques, au coin de la rue Froid-Mantel. Dès avant 1637, Du Buisson avait chez lui le plus important dépôt de ses manuscrits, de ses médailles et des collections de toute sorte quMl recueillait (1). En 1637, Du Buisson habitait rue des Rosiers, chez M. d'Estampes- Valençay. En 1641, il avait quitté la rue des Rosiers, et logeait rue des Poulies, à la Fleur de lys rouge (2). A partir de 1642, on le voit installé à l'hôtel qu'occupait M. du Plessis-Guénégaud avec sa mère, rue des Francs-Bourgeois; c'était le nouveau patron auquel il s'était attaché.

Depuis cette époque, Du Buisson, dont la santé commence à fléchir, s'occupe à mettre en ordre et à rédiger les nombreuses notes qu'il avait recueillies au cours de ses voyages. Il était depuis longtemps en relation avec les savants qui fréquentaient la maison de Guénégaud, notamment avec Henri de Valois, les Godefroy, Ménage, du Bouchet (3), du Puy, Perrot d'Ablancourt et autres (4).

Dès 1645 il obtient l'office de gentilhomme ordinaire de la chambre, et, en 1646, celui d'historiographe du roi. L'année suivante, il accompagne la reine régente, le roi et Mazarin

(t) G. Saige, Notice, etc., p. xxvi. Jacques Le Breton fut l'ami le plus dévoué de Du Buisson; pendant de longues années il s'occupa de ses affaires; aussi Du Buisson le fit-il son exécuteur testamentaire, en léguant toutes ses notes et tous ses papiers à son second fils Jacques Le Breton. (Jd., p. xxvn et l.)

(2) G. Saige, Notice, etc., p. xxx. Voir aussi Itinéraire de Normandie, p. 115.

(3) Du Bouchet écrivit à Du Buisson au sujet du Pagus Madriacensis. Voir cette lettre dans Monuments historiques. Normandie, — Bibl. Maz., ms. 4375, fol. 10.

(4) G. Saige, Notice, etc., p. xxxi.

dans leur voyage en Picardie et en Haute-Normandie. Il ne manque pas de noter ses observations dans son ltinerarium franco-picardo-normannicum dont nous publions la partie normande. Enfin, en 1649, il est nommé maître d'hôtel ordinaire du roi, et en 1650, intendant des devises, emblèmes et inscriptions pour les jardins, galeries et bâtiments royaux de France (1).

Il se mit alors à écrire son important Journal des Guerres civiles qu'il conduisit du 1er janvier 1648 au 28 septembre 1632. M. Saige a fait ressortir la valeur historique de ces mémoires et la sûreté des sources où Du Buisson puisait ses informations (2).

Le 10 avril 1652, Du Buisson avait quitté l'hôtel de Guénégaud de la rue des Francs-Bourgeois pour venir s'installer dans l'appartement que Du Plessis lui avait réservé à l'hôtel de Nevers, acquis en 1648 de la succession des Gonzague (3). Du Buisson-Aubenay, dont l'état de santé s'était aggravé depuis plusieurs mois, toujours plongé dans ses notes et ses écritures, mourut le 1er octobre 1652, après avoir reçu les sacrements par le ministère du curé de Saint-André-des- Arcs (4).

Du Buisson fut un inlassable travailleur ; toute sa vie il recueillit des notes sur les matières les plus diverses : chronologie, géographie, mathématiques, fortifications, paléographie, épigraphie antique et moderne, négociations diplomatiques, etc.

(1) G. Saige, Notice, etc., p. xxxv et xxxvi.

(2) G. Saige, Notice, etc., p. xxxvn et suiv.

(3) G. Saige. Notice, etc., p. xli. Une lettre de D. Claude Chantelou, datée de Saint-Germain-des-Près, le 12 février 1652, porte la suscription suivante : « Monsieur Du Buisson, demeurant en la maison de Monsr de Guynegaud, secrétaire d'Estat, en la rué des francs bourgeois, à Pari> ». (Monuments historiques, Normandie. Bibl. Ma/., 4375, p. 86 4°).

(4) G. Saige, Notice, etc., p. xlv.

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