‹ Itinéraire de NormandieChapitre 2 sur 14 · XIIJ · texte numérisé non relu

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Ses manuscrits, malgré des disparitions, remplissent encore aujourd'hui cinquante volumes «m portefeuilles. Us avaient été

légués par ses héritiers au séminaire de Sainl-Sulpice, d'où ils sonl venus à la Bibliothèque Mazarine, à l'époque delà Révolution (1).

« Du Buisson-Aubenay fut un des hommes les plus instruits de son temps et les plus capables d'écrire couramment le latin. Pour se faire une idée de la variété de ses connaissances en politique, en géographie, en histoire et même en mathématiques, il faut parcourir avec M. Saige la liste de ses manuscrits qui nous ont été conservés. Nous avons vu qu'il était en relations avec beaucoup d'érudits. Il devait avoir aussi des correspondants dans diverses provinces, car il recevait d'Arles des copies d'inscriptions antiques et, d'autre part, il semble que certains cahiers joints à Y Itinéraire de Bretagne proviennent de communications amicales. L'amour des documents et l'esprit critique le caractérisent tout spécialement. Coucher par écrit ce qu'il voit et ce qu'il entend sur sa route fut pour lui une sorte de besoin impérieux qui dégénéra même en une véritable manie. Le journal détaillé qu'il tint de sa dernière maladie ne s'explique pas autrement. Si beaucoup de ses manuscrits ont disparu, ce qui nous en reste témoigne d'un goût éclairé pour l'histoire. Méprisant les opinions toutes faites et les traditions douteuses, il ne s'attache qu'aux sources et aux monuments originaux. De là ses recueils de chartes royales, d'extraits de cartulaires ou d'archives, enfin de généalogies; partout se montre sa recherche intelligente de la vérité en histoire comme en archéologie ; ce qui ne l'empêche pas de nous mettre au courant des missions diplomatiques qu'il a remplies, des événements auxquels

(4) M. Saige a donné la liste des mss. de Du Buisson, Notice, etc.. p. un à lvi.

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il a été mêlé. Son goût pour la géographie ne fut pas moins vif. Outre quelques notes générales sur la France, il a eu soin de nous laisser de ses nombreux voyages des Itinéraires dans lesquels la description des fleuves, des montagnes, de l'aspect du pays alterne avec P étude des monuments anciens (1) ».

Les relations de voyages ou Itinéraires tiennent, en effet, une place importante dans l'œuvre de Du Buisson-Aube-

nay(ft)-.

Dans les Voyageurs en France depuis la Renaissance jusqu'à la Révolution, M. Albert Babeau n'avait rien dit de Du Buisson ; mais, en 1886, il publia le Voyage d'un archéologue en Champagne en 1 646 (3) ; c'est, avec une introduction et des notes, l'extrait d'un voyage fait par Du Buisson en Brie, Champagne, Gâtinais, Auxerrois, Hurepoix, Senonais, Beauce, Orléanais, Blaisois, Touraine et Anjou.

La Société des Bibliophiles bretons et de l'Histoire de la Bretagne a donné en 1898 et 1902, de ^Itinéraire de Bretagne en 1636, une luxueuse édition in-4°. La préface, les notes et éclaircissements ajoutés par MM. Léon Maître et

(1) Dubuisson-Aubenay, Itinéraire de Bretagne en 1636, publié par Léon Maître et Paul de Berthou. Nantes, 1898-1902, 2 vol. in-4°. Préface, p . xv .

(2) La Bibliothèque Mazarine renferme entre autres les mss. suivants : 4404, Voyages en France. (Notes sur Paris et le diocèse.) — 4405, Voyages m France (Brie, Champagne, Gâtinais, etc.) — 4,406, Itinéraire de Normandie. — Itinerarium franco-picardo-normannicum. — 4407, Itinerarium Belgicum, 1623, 1626 à 1628. — Itinerarium Batavicum, 1637, 1638. —Itinerarium Zelandicum, 1638. — Itinerarium Anglicum, 1637. — 4408, Itinerarium Germaniae superioris, 1637. — L'Itinéraire de Bretagne est entré depuis peu à la Bibliothèque nationale ou il porte le n° 4375 des Nouvelles acquisitions françaises. Nous ignorons par quelles circonstances il a été séparé de ceux qui ont passé à la Bibliothèque Mazarine.

(3) Troyes, 1886, in-8°.

Paul de Berthou, archivistes, en rehaussent singulièrement la valeur.

M. Roger Kodière a extrait de Vltinerarium francopicardo-nomnannicum le Voyage de Du Buisson à Abbeville en 1647 (1).

Nous donnons à notre tour l'Itinéraire de Normandie (2), qui se rapporte principalement aux diocèses de Rouen et d'Evreux. Ce n'est pas, comme ^Itinéraire de Bretagne, le récit d'un voyage méthodiquement poursuivi, mais bien un ensemble de notes recueillies à différentes époques, au cours de voyages successifs (3), et auxquelles s'ajoutent des documents adressés à Du Buisson par d'obligeants correspondants, au nombre desquels il faut surtout citer D. Libert, procureur des religieuses de Fontaine-Guerard, qui lui a fourni les renseignements les plus curieux sur les sépultures des abbesses de ce monastère .

Du Buisson se montre, du reste, particulièrement documenté sur Fontaine-Guerard. Durant les séjours qu'il faisait chez son ami le président Maignart de Bernières, à Maisons près de Pont-Saint-Pierre, il avait toute facilité pour consulter à loisir le chartrier des religieuses et analyser les chartes, dont un bon nombre sont aujourd'hui aux Archives de l'Eure.

(1) Abbeville, 1909, in-8".

(2) Dans son Itinerarium franco -picar do, etc., p. 224, Du Buisson l'appelle aussi Itinéraire normanique.

(3) La date la plus ancienne que nous rencontrons dans Yltinéraire de Normandie est le mois de janvier 1638 ; Du Buisson est à Rouen le l«r janvier, et il assiste à la messe dans la chapelle des Jésuites ; le 2 janvier, il examine le pont de bateaux et voit la Seine prise par la gelée (p. 95). Différentes notes portent la date de 1640 (p. 61, 111 (note 2),

158, 162, 168, 183). Le 6 octobre 1642, il était chez le président de Maignart, à Maisons-lès-Pont-Saint-Pierre, et le 13 ensuivant, chez M. Happedé, procureur au Parlement de Rouen. Comme on le voit, la plus grande partie de ses notes est sans dates.

Notre voyageur décrit avec soin, en reproduisant les inscriptions, les monuments funéraires ou les pierres tombales des églises de Pontoise (1), des abbayes de Maubuisson (2), d'Eu (3), de Jumièges (4), du Valasse (5), de Saint-Georgesde-Boscherville. Dans cette dernière église, il remarque une statue de la Vierge « dont la robe est faite d'une casaque d'armes d'un seigneur de Tancarville et qui est de velours rouge, portant sur le milieu ou derrière un escusson d'argent à Porte ou plutost bordure de sextes feuilles ou estoilles à 6 rais d'or qui sont semées sur tout le reste de la casaque, aussy bien par devant que par derrière » (6).

Au Bec-Hellouin, il prend la description des statues funéraires et des pierres tombales qui se trouvaient dans le chapitre et dans l'église (7) .

A Saint- Wandrille, il ne manque pas de remarquer les tombeaux d'abbés en carreaux de terre vernissée (8). Un correspondant inconnu lui envoie une intéressante description des sépultures du prieuré de Notre-Dame de Beaulieulès-Préaux(9).

Les églises de Rouen lui fournissent, cela va sans dire, ample matière à observation ; la cathédrale et ses tombeaux (10); Saint-Ouen et son palais abbatial (11); les

(1) Itinéraire de Normandie, p. 24, 77.

(2) ld.} p. 28 à 31.

(3) Id., p. 10.

(4) Id., p. 131.

(5) Id., p. 156.

(6) kl, p. 164.

(7) Id., p. 141.

(8) ld., p. 152.

(9) Id., p. 134.

(11) Id., p. 98.

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Carmes, avec les Palinodfl qui y tenaient leurs séances (1); Sain t-Am and ; l'église des Jésuites, dont le portail n'était pas encore achevé* le 1er janvier 1638 (2). Le pont de bateaux lui semble si prodigieux qu'il le décrit longuement (3).

A plusieurs reprises il parle de Pontoise (4), de Dieppe (5), d'Ecouis (6), de leurs églises, de leurs chapelles et de leurs nombreux monuments funéraires, disparus pour la plupart. Grâce à Du Buisson, nous connaissons le curieux manoir de HalTetot avec ses vitres toutes constellées de blasons (7).

Il s'intéresse aussi parfois a des particularités quelque peu bizarres, comme cette statue de saint Lézin qu'il voit dans l'église de Saint-Julien de Quevilly, « qui a des cheveux de soye jaune » (8) ; la curieuse statue de sainte Wilgeforte de l'église de Doudeville (9) ; les crucifix à quatre clous qui sont assez nombreux dans les églises de Rouen (10).

Du Buisson note avec force détails ses observations sur les rivières du pays de Gaux, et celles de Risle, d'Eure et d'Iton. Il discute remplacement d'Yggade qu'il est le premier peutêtre à placer à Elbeuf, et non à Pont-de-1'Arche (H); il réunit toute une compilation d'anciens textes latins relatifs au Pagus Madriacensis (12).

(1) Itinéraire de Normandie, p. 83.

(2) Id., p. 91.

(3) Id., p. 94.

(4) Id., p. 4, 20, 77.

(5) Id.y p. 17. Il y revient dans Y Itinéraire franco-picardo-normanicum, p. 208 et 221.

(6) Id., p. 35 et 39.

(7) Itinerarium franco-picardo-normannicum, p. 218.

(8) Itinéraire de Normandie, p. 97.

(9) Itinerarium franco, etc., p. 214.

(10) Itinéraire de Normandie, p. 97.

(H) Id., p. 47 et 109.

(12) Id., p. 70 et suiv.

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C'est avec amour, on peut le dire, qu'il parle de son pays d'Ambenay,dela Risle(l), des villes et villages qu'elle arrose, de la grande abbaye de Lyre qu'il visita souvent (2) .

S'il ne dit rien de la cathédrale d'Evreux, ce qui peut surprendre, il s'étend longuement sur l'église Saint-Louis des Jacobins, aujourd'hui détruite, et fait rénumération des tombeaux et des vitraux armoriés qu'elle renferme (3) .

A rappeler encore ses réflexions sur le flottage du bois sur la rivière d'Andelle, la culture du tabac à Léry (4).

Vltinéraire de Normandie se termine par un questionnaire sur les voies antiques, les monuments de l'époque romaine et du moyen âge d'une partie de la Basse-Normandie, c'est-àdire de Gaen à Lisieux, que Du Buisson ne paraît pas avoir visitée (5). Ce questionnaire était adressé à Jacques LePaulmier, sieur de Grentemesnil, un fervent de la géographie, qui contribua à l'organisation de l'Académie de Caen fondée par son ami Moisant de Brieux.

Nous avons cru devoir emprunter à V Itinerarium francopic ardo-normannicum ce qui se rapporte à Eu, Dieppe, Neufchâtel, Grournay, Gisors, Chars et Marines, c'est-à-dire le dernier tiers du manuscrit, Du Buisson accompagnait la Cour dans le voyage qu'elle fit, en 1647, dans une partie de la Picardie et de la Haute-Normandie ; nous avons pu ainsi combler une lacune de l'Itinéraire normand.

(i) Dans son Itinéraire de Bretagne, Du Buisson parle de la rivière de Seiche, « à divers bras reprenant soudain à un seul, large comme Rille au grand pont de Rugles. » I, 8. Il fait d'autres fois encore allusion à la Risle, II, 162, 174, 175 et 194.

(2) Itinéraire de Normandie, p. 88, 127 et 129.

(3) Id., p. 116.

(4) Id., p. 54 et 100.

(5) DansV Itinéraire dr Bretagne, Du Buisson consacre quelques pages au Mont-Saint-Michel (I, 31), à Alencon et à Séez (II, 196-201), qu'il visita, soit à l'aller, soit au retour de son voyage de Nantes.

V Itinéraire de Normandie forme la majeure partie du manuscrit U06 (ancien 2094 b) de la Bibliothèque Mazarinc. C'esl un petit in-4°, relié en parchemin, portant au dos sur une pièce rapportée :

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