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Itinéraire de Paris à Jérsusalem

Lorsqu'en 1806 j'entrepris le voyage d'outre-mer, Jérusalem était presque oubliée ; un siècle antireligieux avait perdu mémoire du berceau de la religion : comme il n'y avait plus de chevaliers, il semblait qu'il n'y eût plus de Palestine.

Le dernier voyageur dans le Levant, M. le comte deVolney, avait donné au public d'excellents renseignements sur la Syrie, mais il s'était borné à des détails généraux sur le gouvernement delà Judée. De ce concours de circonstances, il résultait que Jérusalem, d'ailleurs si près de nous, paraissait être au bout du monde : l'imagination se plaisait à semer des obstacles et des périls sur les avenues de la Cité sainte. Je tentai l'aventure, et il m'arriva ce qui arrive à quiconque marche sur l'objet de sa frayeur : le fantôme s'évanouit. Je fis le tour de la Méditerranée sans accidents graves, retrouvant Sparte, passant à Athènes, saluant Jésuralem, admirant Alexandrie, signalant Carthage, et me reposant du spectacle de tant de ruines dans les ruines de t'Aihambra.

J'ai donc eu le très-petit mérite d'ouvrir la carrière, et le trèsgrand plaisir devoir qu'elle a été suivie après moi. En effet, mon Itinéraire fut à peine publié qu'il servit de guide à une loule devoyageurs. Rien ne le recommande au public que son exactitude ; c'est le livre de postes des ruines : j'y marque scrupuleusement Itinéraire. a

PRÉFACE

les chemins, les habitacles et les stations de la gloire. Plus de quinze cents Anglais ont visité Athènes dans ces dernières années; etlady Stanhope, en Syrie, a renouvelé l'histoire des princesses d'Antioche et de Tripoli.

Quand je n'aurais eu en allant en Grèce et en Palestine que le bonheur de tracer la route aux talents qui devaient nous faire connaître ces pays des beaux et grands souvenirs, je me féliciterais encore de mon entreprise. On a vu à Paris les Panorama de Jérusalem et d'Athènes ; l'illusion était complète ; je reconnus au premier coup d'oeil les monuments et les lieux que j'avais indiqués. Jamais voyageur ne fut mis à si rude épreuve : je ne pouvais pas m'attendre qu'on transportât Jérusalem et Athènes à Paris, pour me convaincre de mensonge ou de vérité. La confrontation avec les témoins m'a été favorable : mon exactitude s'est trouvée telle, que des fragments de Y Itinéraire ont servi de programme et d'explication populaires aux tableaux des Panorama.

h' 'Itinéraire a pris par les événements du jour un intérêt d'une espèce nouvelle : il est devenu, pour ainsi dire, un ouvrage de circonstance, une carte topographique du théâtre de cette guerre sacrée, sur laquelle tous les peuples ont aujourd'hui les yeux attachés. Il s'agit de savoir si Sparte et Athènes renaîtront, ou si elles resteront à jamais ensevelies dans leur poussière. Malheur au siècle, témoin passif d'une lutte héroïque, qui croirait qu'on peut, sans péril comme sans pénétration de l'avenir, laisser immoler une nation ! Cette faute, ou plutôt ce crime, serait tôt ou tard suivie du plus rude châtiment.

Il n'est pas vrai que le droit politique soit toujours séparé du droit naturel. Il y a des crimes qui, en troublant l'ordre moral, troublent l'ordre social, et motivent l'intervention politique. Quand l'Angleterre prit les armes contre la France, en 1793, quelle raison donna-t-elle de sa détermination? Elle déclara qu'elle ne pouvait plus être en paix avec un pays où la propriété était violée, où les citoyens étaient bannis, où les prêtres étaient proscrits, où toutes les lois qui protègent l'humanité et la justice étaient abolies. Et l'on soutiendrait aujourd'hui qu'il n'y a ni massacre, ni exil, ni expropriation en Grèce ! On prétendrait qu'il est permis d'assister paisiblement à l'égorgement de quelques millions de chrétiens!

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