XLVIII INTRODUCTION
née à Athènes, et elle épousa Théodose le Jeune K [De J. C. 433. Zon. in Th. u.] Pendant que Léonce tenait les rênes de l'empire d'Orient, Genseric se jeta de nouveau sur FAchaïe. Procope ne nous dit point quel fut le sort de Sparte et d'Athènes dans cette nouvelle invasion. [De J. C. 430. Procop. de Bell. Vand. . . cap. 5.]
Le même historien [de J. C. 527. Proc. cap. 18 ] fait ainsi la peinture des ravages des Barbares, dans son Histoire secrète : « Depuis que Justinien gouverne « l'empire, la Thrace, la Chersonèse, la Grèce, et tout le pays qui s'étend entre « Constantinople et le golfe d'Ionie, ont été ravagés chaque année par les Antes, « les Slavons et les Huns. Plus de deux cent mille Romains ont été tués ou faits « prisonniers à chaque invasion des Barbares, et les pays que j'ai nommés sont « devenus semblables aux déserts de la Scythie. »
Justinien fit réparer les murailles d'Athènes et élever des tours sur l'isthme de Corinthe. Dans la liste des villes que ce prince embellit ou fortifia, Procope [Procop. de MdlL lib. 4, cap. 2.] ne cite point Lacédémone. On remarque auprès des empereurs d'Orient une garde laconienne ou tzaconienne, selon la prononciation alors introduite. Cette garde, armée de piques, portait une espèce de cuirasse ornée de figures de lion; le soldat était vêtu d'une casaque de drap, et couvrait sa tête d'un capuchon. Le chef de cette milice s'appelait Stratopedarcha. [Cod. Curop. ap. Byz. script.]
L'empire d'Orient avait été divisé en gouvernements appelés Thémata. Lacédémone devint l'apanage des frères ou des fils aînés de l'empereur. Les princes de Sparte prenaient le titre de Despotes, leurs femmes s'appelaient Despœnes, et le gouvernement Despotat. Le despote résidait à Sparte ou à Corinthe2. [De J. C. 527.]
Ici commence le long silence de l'histoire sur le pays le plus fameux de l'univers. Spon et Chandler perdent Athènes de vue pendant sept cents ans : « Soit, dit « Spon, [Voy. tom. 2.] à cause du défaut de l histoire, qui est courte et obscure « dans ces siècles-là, ou que la fortune lui eût accordé ce long repos. » Cependant on découvre dans le cours de ces siècles quelques traces de Sparte et d'Athènes.
Nous retrouvons d'abord le nom d'Athènes dans Théophylacte Simocate, historien de l'empereur Maurice. Il parle des Muses qui brillent à Athènes dans leurs plus superbes habits, ce qui prouve que vers l'an 590, Athènes était encore le séjour des Muses. [De J. C. 590. Théoph. 1. 8, cap. 12 ap. Byz. Script.]
L'Anonyme de Ravenne, écrivain goth qui vivait vraisemblablement au septième siècle, nomme trois fois Athènes dans sa Géographie; encore n'avons-nous de cette géographie qu'un extrait mal fait par Galatéus. [De J. C. 650. Raven. Anon. lib. 4 et 6.]
1 On n'a pas fait attention à l'ordre chronologique, et l'on place mal à propos le mariage d'Eudoxie avant la prise d'Athènes par Alaric. Zonare dit qu'Eudoxie, chassée par ses frères, Valérius et Genèse, avait été obligée de fuir à Constantinople. Valérius et Genèse vivaient paisiblement dans leur patrie, et Eudoxie les fit élever aux dignités de l'empire. Toute cette histoire du mariage et de la famille d'Eudoxie ne prouverait-elle pas qu'Athènes ne souffrit pas autant du passage d'Alaric que le dit Synésius, et que Zosime pourrait bien avoir raison du moins pour le fait?
2 Ce titre de despote n'était pas cependant particulier à la principauté de Sparte, et l'on trouve des despotes d'Orient, de Thessalie, qui jettent une grande confusion dans l'histoire.
INTRODUCTION
Sous Michel III, les Esclavons se répandirent dans la Grèce. Théoctiste les battit et les poussa jusqu'au fond du Péloponèse. Deux hordes de ces peuples, les Ézerites et les Milinges, se cantonnèrent à l'orient et à l'occident du Taygète, qui se nommait dès lors Pentadactyle. Quoi qu'en dise Constantin Porphyrogénète [DeJ. C. 846. Const. Porph. de Adm. Imp.], ces Esclavons sont les ancêtres des Maïnotes, et ceux-ci ne sont point les descendants des anciens Spartiates, comme on le soutient aujourd'hui, sans savoir que ce n'est qu'une opinion ridicule de Constantin Porphyrogénète Ce sont sans doute ces Esclavons qui changèrent le nom d'Amyclée en celui de Sclabochôrion. [DeJ. C. 846.]
Nous lisons dans Léon le Grammairien, que les habitants de la Grèce ne pouvant plus supporter les injustices de Chasès, fils de Job et préfet d'Achaïe, le lapidèrent dans une église d'Athènes, pendant le règne de Constantin VII. [De J. C. 915. Léo. Vit. Const. cap. 2.]
Sous Alexis Gomnène, quelque temps avant les croisades, nous voyons les Turcs ravager les îles de l'Archipel et toutes les côtes de l'Occident. [De J. C. 1081. Léo. Ann.-Comn. lib. 7.]
Dans un combat entre les Pisans et les Grecs, un comte, natif du Péloponèse, signala son courage vers l'an 1085 : ainsi le Péloponèse ne portait point encore le nom de More'e. [De J. C. 1085. Ann.-Comn. lib. 11, cap. 9.]
Les guerres d'Alexis Comnène, de Robert et de Boëmond eurent pour théâtre l'Épire et la Thessalie, et ne nous apprennent rien de la Grèce proprement dite. [DeJ. C. 1085 et seq. Ann.-Comn. lib. 4-5, etc.; Glycus.] Les premiers croisés passèrent aussi à Constantinople, sans pénétrer dans l'Achaïe. Mais, sous le règne de Manuel Comnène, successeur d'Alexis, les rois de Sicile, les Vénitiens, les Pisans et les autres peuples occidentaux se précipitèrent sur le Péloponèse et sur l'Attique. Roger Ier, roi de Sicile [de J. C. 1130], transporta à Palerme des artisans d'Athènes, habiles dans la culture de la soie. C'est à peu près à cette époque que le Péloponèse changea son nom en celui de Morée ; du moins je trouve ce nom employé par l'historien Nicétas. [Nicet. Hist. Raid, cap.] Il est probable que les vers à soie venant à se multiplier dans l'Orient, on fut obligé de multiplier les mûriers : le Péloponèse prit son nouveau nom de l'arbre qui faisait sa nouvelle richesse.
Roger s'empara de Corfou, de Thèbes et de Corinthe, et eut la hardiesse, dit Nicétas [de J. C. 1 140. Nicet. Man.Comn. lib. 2, cap. 1], d'attaquer les villes les plus avancées dans le pays. Mais, selon les historiens de Venise, les Vénitiens secoururent l'empereur d'Orient, battirent Roger, et l'empêchèrent de prendre Corinthe. [Coron, p. 17.] Ce fut en raison de ce service qu'ils prétendirent, deux siècles après, avoir des droits sur Corinthe et sur le Péloponèse.
Il faut rapporter à l'an 1 170 le voyage de Benjamin de Tudèle en Grèce : il traversa Patras, Corinthe et Thèbes. [De J. C. 1 140. Itiner. Benj. Tudel.] Il trouva dans cette dernière ville deux mille Juifs qui travaillaient aux étoffes de soie, et s'occupaient de la teinture en pourpre. [De J. C. 1170.]
Eustathe était alors évêque de Thessalonique. Les lettres étaient donc encore
1 L'opinion de Paw qui fait descendre les Maïnotes, non des Spartiates, mais des Laconieus affranchis par les Romains, n'est fondée sur aucune vraisemblance historique.
INTRODUCTION
cultivées avec succès dans leur patrie, puisque cet Eustathe est le célèbre commentateur d'Homère.
Les Français, ayant à leur tête Boniface, marquis de Montferrat, et Baudouin, comte de Flandre; les Vénitiens, sous la conduite de Dandolo, chassèrent Alexis de Constantinople, et rétablirent Isaac l'Ange sur le trône. Ils s'emparèrent bientôt de la couronne pour leur propre compte. Baudouin, comte de Flandre, eut l'empire, et le marquis de Montferrat fut déclaré roi de Thessalonique. [DeJ. C. 1204. Nie. in Bald. ; Ville-Hard. chap. 136 et suiv.]
Dans ce temps-là, un petit tyran de la Morée, appelé Sgure, et natif de Napoli de Bomanie, vint mettre le siège devant Athènes : il en fut repoussé par l'archevêque Michel Acominat Choniat, frère de l'historien Nicétas. Cet archevêque avait composé un poëme dans lequel il comparait l'Athènes de Périclès à l'Athènes du douzième siècle. 11 reste, encore quelques vers de ce poëme manuscrit, in-i°, n« 9G3, page 116, à la Bibliothèque royale. [Nie. in Bald. cap. 3.]
Quelque temps après, Athènes ouvrit ses portes au marquis de Montferrat ; Boniface donna l'investiture de la seigneurie de Thèbes et d'Athènes à Othon de la Boche ; les successeurs d'Othon prirent le titre de Ducs d'Athènes et de grands Sires de Thèbes. Au rapport de Nicétas, le marquis de Montferrat porta ses armes jusqu'au fond de la Morée; il se saisit d'Argos et de Corinthe, mais il ne put s'emparer du château de cette dernière ville, où Léon Sgure se renferma. [Nie. in Bald. cap. 4.]
Tandis que Boniface poursuivait ses succès, un coup de vent amenait d'autres Français à Modon. Geoffroi de Ville-Hardouin [Ville-Hard. chap. 173 et seq. ; Ducang. Hist. Const. lib. 1], qui les commandait, et qui revenait de la Terre- Sainte, se rendit auprès du marquis de Montferrat, alors occupé au siège de Napoli. Geoffroi, bien reçu de Boniface, entreprit avec Guillaume de Champlite la conquête de la Morée. Le succès répondit aux espérances; toutes les villes se rendirent aux deux chevaliers, à l'exception de Lacédémone où régnait un tyran nommé Léon Chamarète. [De J. C. 1204. Nie. in Bald. cap. 9.] Peu de temps après, la Morée fut remise aux Vénitiens; elle leur appartenait, d'après le traité général conclu à Constantinople entre les Croisés. Le corsaire génois, Léon Scutrano, se rendit maître un moment de Coron et de Modon; mais il en fut bientôt chassé par les Vénitiens. [Coronel; Giac. Died. Stor. del. rep. Ven.]
Guillaume de Champlite prit le titre de prince d'Achaïe. A la mort de Guilaume, Geoffroi de Ville-Hardouin hérita des biens de son ami, et devint prince d'Achaïe et de Morée. [De J. C. 1210. Ducange. Hist. Const. lib. 2].
La naissance de l'empire ottoman se rapporte à peu près au temps dont nous parlons. Soliman Shah sortit des solitudes des Tartares Oguziens, vers l'an 1214, et s'avança vers l'Asie Mineure. Démétrius Cantemir, qui nous a donné l'histoire des Turcs d'après les auteurs originaux, mérite plus de confiance que Paul Jcve et les auteurs grecs, qui confondent souvent les Sarrasins avec les Turcs. [De J. C. 1214. Cantem. Hist. del'emp. ott. liv. 1].
Le marquis de Montferrat ayant été tué, sa veuve fut déclarée régente du royaume de Thessalonique. Athènes, lasse apparemment d'obéir à Othon de la Roche ou à ses descendants, voulut se donner aux Vénitiens ; mais elle fut traversée dans ce dessein par Magaduce, tyran de Morée ; ainsi la Morée avait vraisem-
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blablement secoué le joug de Ville-Hardouin ou des Vénitiens. Ce nouveau tyran, Magaduce /avait sous lui d'autres tyrans; car, outre Léon Sgure, déjà nommé, on trouve un Etienne, pêcheur, Signore di molti stati nella Morea, dit Giacomo Diedo. [Died. Stor. del. Rep. lib. 5.]
Théodore Làscaris reconquit sur les Francs une partie de la Morée. La lutte entre les empereurs latins d'Orient et les empereurs grecs retirés en Asie dura cinquante-sept années. Guillaume de Ville-Hardouin, successeur de Geofîroi, était devenu prince d'Achaie ; il tomba entre les mains de ce Michel Paléologue, empereur grec, qui rentra dans Constantinople au mois d'août de l'année 1261. Pour obtenir sa liberté, Guillaume céda à Michel les places qu'il possédait en Morée ; il les avait conquises sur les Vénitiens et sur les petits princes qui s'élevaient et disparaissaient tour à tour : ces places étaient Monembasie, Maïna, Hiérace et Misitra. C'est la première fois qu'on lit ce nom de Misitra : Pachymère l'écrit sans réflexion, sans étonnement, et presque sans y penser : comme si cette Misitra, petite seigneurie d'un gentilhomme français, n'était pas l'héritière de Lacédémone. [De J. C. 1259. Pachym. 1. 1, 3 et 5 ; Ducang. Hist. Const. lib. 5.]
Nous avons vu un peu plus haut Lacédémone paraître sous son ancien nom, lorsqu'elle était gouvernée par Léon Chamarète : Misitra fut donc, pendant quelque temps, contemporaine de Lacédémone. [De J. C. 1259.]
Guillaume céda encore à l'empereur Michel, Anaplion et Argos ; la contrée de Ciusterne demeura en contestation. Guillaume est ce même prince de Morée dont parle le sire de Joinville. [Joinv. Hist. de saint Louis. Ducange. Annot.]
Lors vint
Avec mainte armeure dorée.
Celui qui prince est de la Morée.
Diedo le nomme Guillaume Ville, en retranchant ainsi la moitié du nom. [Died. Stor. délia Rep. de Ven. lib. G. Pachym. lib. 2.]
Pachymère nomme, vers ce temps-là, un certain Théodose, moine de Morée, qui, dit l'historien, était issu de la race des princes de ce pays : nous voyons aussi l'une des sœurs de Jean, héritier du trône de Constantinople, épouser Mathieu de Valincourt, François venu de Morée.
Michel fit équiper une flotte, et reprit les îles de Nax.os, de Paros, de Céos, de Caryste et d'Orée [de J. C. 1263. Pachym. lib. 3] ; il s'empara en même temps de Lacédémone, différente ainsi de Misitra, cédée à l'empereur pour la rançon du prince d'Achaie : on voit des Lacédémoniens servir sur la flotte de Michel ; ils avaient, disent les historiens, été transférés de leur pays à Constantinople, en considération de leur valeur [Pachym. lib. 3.]
L'empereur fit ensuite la guerre à Jean Ducas Sebastocrator, qui s'était soulevé contre l'empire [de J. C. 12G9. Pachym. lib. 4]j ce Jean Ducas était fds naturel de Michel, despote d'Occident. Michel l'assiégea dans la ville de Duras. Jean trouva le moyen de s'enfuir à Thèbes, où régnait un prince, sire Jean, que Pachymère appelle grand-seigneur de Thèbes, et qui était peut-être un descendant d'Otbon de la Roche. Ce sire Jean fit épouser à son frère Guillaume la fille de Jean, bâtard du despote d'Occident.
Six. ans après, un prince issu de l'illustre famille des princes de Morée, disputa
LU
à Veccus le patriarcat de Constantinople. [De J. C. 1275. Pachym. lib. 5.] Jean, prince de Thèbes, mourut; son frère Guillaume fut son héritier. [Guillaume devint aussi, par sa femme, petite-fille du despote d'Occident, prince d'une partie de la Morée; car le despote d'Occident, en dépit des Vénitiens et du prince d'Achaïe, s'était emparé de cette belle province.
Andronic, après la mort de Michel, son père, monta sur le trône d'Orient. [De J. C. 1293. Pachym. 1. 9.] Nicéphore, despote d'Occident, et fils de ce Michel, des pote, qui avait conquis la Morée, suivit Michel empereur dans la tombe ; il laissa pour héritier un fils nommé Thomas, et une fille appelée Itamar. Celle-ci épousa Philippe, petit-fils de Charles, roi de Naples : elle lui apporta en mariage plusieurs villes, et une grande étendue de pays. Il est donc probable que les Siciliens eurent alors quelques possessions en Morée.
Vers ce temps-là, je trouve une princesse d'Achaïe, veuve et fort avancée en âge, qu'Andronic voulait marier à son fils Jean, despote : cette princesse était peut-être la fille ou même la femme de Guillaume, prince d'Achaïe, que nous avons vu faire la guerre à Michel, père cl' Andronic. [De J. C. 1300. Pachym, 1. 11.]
Quelques années après, un tremblement de terre ébranla Modon et plusieurs autres villes de la Morée. [De J. C. 1305. Pachym. 1. U.]
Athènes vit alors arriver de l'Occident de nouveaux maîtres. [De J . C. 1312. Pach. 1. il.| Des Catalans, cherchant aventure sous la conduite de Ximenès, de Roger et de Bérenger, vinrent offrir leurs services à l'empereur d'Orient. Mécontents d' Andronic, ils tournèrent leurs armes contre l'empire. Ils ravagèrent l'Achaïe, et mirent Athènes au nombre de leurs conquêtes. C'est alors et non pas plus tôt qu'on y voit régner Delves, prince de la maison d'Aragon. L'histoire ne dit point s'il trouva les héritiers d'Othon de la Roche en possession de l'Attique et de la Béutie. [Pac. notiz. del duc. d'Ath. ; Farnel. Aten. Attic. ; Spon. t. l. Chandl. t. 2,] L'invasion de la Morée par Amurat, fils d'Orcan, doit être placée sous la même date : on ignore quel en fut le succès. [Cant. Hist. de l'emp. ott. 1. 2] 1.
Les empereurs Jean Paléologue et Jean Cantacuzène voulurent porter la guerre dansl'Achaïe.Ils y étaient invités parl'évêque de Coronéeetpar Jean Sidère, gouverneur de plusieurs villes. [De J. C. 1336. Cantac. lib. 3, cap. 11.] Le grand-duc Apocauque, qui s'était révolté contre l'empereur, pilla la Morée, et y mit tout à feu et à sang. [De J. C. 1342. Cantac. lib. 3, cap. 71. |
Reinier Acciajuoli, Florentin, chassa les Catalans d'Athènes. Il gouverna cette ville pendant quelque temps ; et, n'ayant point d'héritiers légitimes, il la laissa par testament à la république de Venise ; mais Antoine, son fils naturel, qu'il avait établi à Thèbes, enleva Athènes aux Vénitiens. [De J. C. 1370. Pac. Notiz. del duc. d'At. Fanell. Ath. Attic. Mart. Crus. lib. 2, etc.]
Antoine, prince de l'Attique et de la Béotie, eut pour successeur un de ses parents nommé Nerius. Celui-ci fut chassé de ses États par son frère Antoine II, et il ne rentra dans sa principauté qu'après la mort de l'usurpateur. [De J. C. 1390 jusqu'à 1400. Auct.supr. cit.]
Bajazet faisait alors trembler l'Europe et l'Asie ; il menaçait de se jeter sur la Grèce. Mais je ne vois nulle part qu'il se soit emparé d'Athènes, comme le disent .
1 On voit quelques traces de cette invasion dans Cantacuzène,!. 1, c. 39.
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Spon et Chandler, qui ont d'ailleurs confondu l'ordre des temps en faisant arriver les Catalans dans l'Attique après le prétendu passage de Bajazet.
Quoi qu'il en soit, la frayeur que ce prince répandit en Europe produisit un des événements les plus singuliers de l'histoire. Théodore Porphyrogène, despote de Sparte, était frère d'Andronic et d'Emmanuel, tour à tour empereurs de Constantinople. [De J. C. 1400. Hist. des Ch. de Malte. LaGuillett. Lacéd. anc. et mod.] Bajazet menaçait la Morée d'une invasion : Théodore, ne croyant pas pouvoir défendre sa principauté, voulut la vendre aux chevaliers de Bhodes. Philibert de Naillac, prieur d'Aquitaine et grand-maitre de Bhodes, acheta, au nom de son Ordre, le despotat de Sparte. Il y envoya deux chevaliers français, Baymond de Leytoure, prieur de Toulouse, et Élie du Fossé, commandeur de Sainte-Maixance, prendre possession de la patrie de Lycurgue. Le traité fut rompu, parce que Bajazet, obligé de repasser en Asie, tomba entre les mains de Tamerlan. Les deux chevaliers, qui s'étaient déjà établis à Corinthe, rendirent cette ville, et Théodore remit de son côté l'argent qu'il avait reçu pour le prix de Lacédémone.
Le successeur de Théodore fut un autre Théodore, neveu du premier, et fils de l'empereur Emmanuel. Théodore II épousa une Italienne de la maison de Malatesta. Les chefs de cette illustre maison prirent dans la suite, à cause de cette alliance, le titre de ducs de Sparte. [De J. C. 3410. M art. Crus. Turco-Grœc. lib. 2; Cuill. Lacéd. anc. et mod.]
Théodore laissa à son frère Constantin, surnommé Dragazès, la principauté de la Laconie. Ce Constantin, qui monta sur le trône de Constantinople, fut le dernier empereur d'Orient.
Tandis qu'il n'était encore que prince de Lacédémone, Amurat II envahit la Morée, et se rendit maître d'Athènes. Mais cette ville retourna promptement sous la domination de la famille de Beinier Acciajuoli. [De J. C. 1 420. Cantem. Hist. ott. lib. 2.|
L'empire d'Orient n'existait plus, et les derniers restes de la grandeur romaine venaient de s'évanouir; Mahomet II était entré à Constantinople. [De J. C. 1444. Cantem. Hist. ott.; Mart. Crus. Turco-Grœc. lib. 1.] Toutefois la Grèce, menacée d'un prochain esclavage, ne portait point encore les chaînes qu'elle se hâta de de mander aux musulmans. Francus, fils du second Antoine, appela Mahomet II à Athènes, pour dépouiller la veuve de Nérius 1 [Fanel. Athen. Att. ; Pacific. Not. del duc. d'At. ; Spon. ; Chandl.] Le sultan, qui faisait servir ces querelles intestines à l'accroissement de sa puissance, favorisa le parti de Francus, et relégua la veuve de Nérius à Mégare. Francus la fit empoisonner. Cette malheureuse princesse avait un jeune fils, qui porta à son tour ses plaintes à Mahomet. Celui-ci, vengeur intéressé du crime, ôta l'Attique à Francus, et ne lui laissa que la Béotie. Ce fut en 1455 qu'Athènes passa sous le joug des Barbares. [De J. C. 1455.] On dit que Mahomet parut enchanté de la Ville, qu'il ne la ravagea point, et qu'il visita avec soin la citadelle. Il exempta de toute imposition le couvent de Cyriani, situé sur le mont Hymette, parce que les clefs d'Athènes lui furent présentées parfabbé de ce couvent, Francus Acciajuoli fut mis à mort quelque temps après, pour avoir conspiré contre le sultan. [De J. C. 1458.]
Il ne nous reste plus à connaître que le sort de Sparte ou plutôt de Misitra. J'ai
1 On ignore le temps de la mort de Nérius.
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dit qu'elle était gouvernée parTonstantin, surnommé Drayazès. [De J. C. 1460. Chalcond. Hist. Turc. lib. 10.] Ce prince, étant allé prendre à Constantinople la couronne qu'il perdit avec la vie, partagea la Morée entre ses deux frères, Démétrius et Thomas. Démétrius s'établit à Misitra, et Thomas à Corinthe. Les deux frères se firent la guerre, et eurent recours à Mahomet, meurtrier de leur famille et destructeur de leur empire. Les Turcs chassèrent d'abord Thomas de Corinthe. Il s'enfuit à Rome, en emportant le chef de saint André, qu'il enleva à la ville de Patras. Mahomet vint alors à Misitra; il engagea le gouverneur à lui remettre la citadelle. Ce malheureux se laissa séduire; il se livra aux mains du sultan, qui le fit scier par le milieu du corps. Démétrius fut exilé à Andrinople, et sa fille devint la femme de Mahomet. Ce conquérant estima et craignit assez cette jeune princesse pour ne pas l'admettre à sa couche. [De J. C. 1460. Ducas. Hist. cap. 45. Sansow. Ann. Turc.; Mart. Crus. Turco-Grœc. lib. 1.]
Trois ans après cet événement, Sigismond Malatesta, prince de Rimini, vint mettre le siège devant Misitra ; il emporta la ville, mais il ne put prendre le château, et il se retira en Italie. [De J. C. 1463. Guill. Lacéd. anc. etmod.]
Les Vénitiens descendirent au Pirée en 1464, surprirent Athènes, la pillèrent, et se réfugièrent en Eubée avec leur butin. [De J. C. 1464. Chandl. Trav.]
Sous le règne de Soliman 1er, ils ravagèrent la Morée et s'emparèrent de Coron ; ils en furent peu après chassés par les Turcs. [De J. C. 1555. Cantem. Hist. ott. 1.3; Coron. Desc. de la M.]
Ils conquirent de nouveau Athènes et toute la Morée, en 1688. [De J. C. 1688. Auct. supr. cit.] ; ils reperdirent la première presque aussitôt, mais ils gardèrent la seconde jusqu'à l'an 17 15, qu'elle retourna au pouvoir des musulmans. Catherine II, en soulevant le Péloponèse, fit faire à ce malheureux pays un dernier et inutile effort en faveur de la liberté. [De J. C. 1770. Choiseul. Voy. de la Gr.]
Je n'ai point voulu mêler aux dates historiques les dates des voyages en Grèce. Je n'ai cité que celui de Benjamin de Tudèle : il remonte à une si haute antiquité, et il nous apprend si peu de chose, qu'il pouvait être compris sans inconvénient dans la suite des faits et annales. Nous venons donc maintenant à la chronologie des voyages et des ouvrages géographiques.
Aussitôt qu'Athènes, esclave des musulmans, disparaît dans l'histoire moderne, nous voyons commencer pour cette ville un autre ordre d illustration plus digne de son ancienne renommée : en cessant d'être le patrimoine de quelques princes obscurs, elle reprit, pour ainsi dire, son antique empire, et appela tous les arts à ses vénérables ruines. Dès l'an 1465, Francesco Gumbetti dessina quelques monuments d'Athènes. Le manuscrit de cet architecte était en vélin, et se voyait à la bibliothèque Batberini, à Rome. Il contenait, entre autres choses curieuses, le dessin de la tour des Vents, à Athènes, et celui des masures de Lacédémone, à quatre ou cinq milles de Misitra : Spon observe à ce sujet que Misitra n'est point sur l'emplacement de Sparte, comme l'avait avancé Guillet d'après Sophianus, Niger et Ortelius. Spon ajoute : « J'estime le manuscrit de Giambetti d'autant plus cu- « rieux, que les dessins en ont été tirés avant que les Turcs se fussent rendus « maîtres de la Grèce, et eussent ruiné plusieurs beaux monuments qui étaient « alors en leur entier. » L'observation est juste quant aux monuments, mais elle est fausse quant aux dates : les Turcs étaient maîtres delà Grèce en 1465. [De J. C. 14C5. Francesco Giambetti.]
Nicolas Gerbel publia à Baie, en 1550, son ouvrage intitulé: Pro declaratione picturœ, sive descriptionis Grœciœ Sophiani libri septem. Cette description, excellente pour le temps, est claire, est courte, et pourtant substantielle. Gerbel ne parle guère que de l'ancienne Grèce ; quant à Athènes moderne, il dit : JEneas' Silvius Athenas hodie parvi oppiduli speciem gerere dicit, cujus munitissimam adhuc arcem Florentinus quidam Mahomet i tradiderit , ut nimis vere Ovidîus dixerit :
Quid Pandionœ restant, nisi nomen, Athenœ?
0 rerum humanarum miserabiles vices! 0 tragicam humanœ potentiœ permutationem ! Civitas olim mûris, navalibus, œdificiis, armis, opibus, viris,prudentia atque omni sapientia florentissima, in oppidulum, seu potius vicum, redacta est. Olim libéra, et suis legibus vivens; mine immanissimis belluis, servitutis jugo obstricta. Proficiscere Athenas, et pro magnificentissimis operibus videto rudera, et lamentabiles ruinas. Noli, noli nimiùm fidere viribus tuis ; sed in eum confidito qui dicit : Ego Bominus Deus vester.
Cette apostrophe d'un vieux et respectable savant, aux ruines d'Atbènes, est très-touchante : nous ne saurions avoir trop de reconnaissance pour les hommes qui nous ont ouvert les routes de la belle antiquité. [De J. C. 1550.]
Dupinet soutenait qu'Athènes n'était plus qu'une petite bourgade, exposée aux ravages des renards et des loups. [DeJ.C. 1554.]
Laurenberg, dans sa Description d'Athènes, s'écrie : Fuit quondam Grœcia, fuerunt AtJienœ : nunc neque in Grœcia Athenœ, neque in ipsa Grœcia Grœcia est. [De 3. C. 1557.]
Ortelius, surnommé le Ptolémée de son temps, donna quelques nouveaux renseignements sur la Grèce dans son Theatrum orbis terrarum, et dans sa Synonyma Geographia, réimprimée sous le titre de Thésaurus Geographicus ; mais il confond mal à propos Sparte et Misitra : il croyait aussi qu'il n'y avait plus à Athènes qu'un chcàteau et quelques chaumières : Nunc casulœ tantùm supersunt quœdam. [DeJ. C. 1578.]
MartinCrusius ouKraus professeur de grec et de latin à l'université de Tubingue vers la fin du seizième siècle, s'informa diligemment du sort du Péloponèse et de l'Attique. [De J. C. 1584. | Ses huit livres, intitulés Turco-Grœcia, rendent compte de l'état de la Grèce depuis l'année 1444 jusqu'au temps où Crusius écrivait. Le premier livre contient l'histoire politique, et le second l'histoire ecclésiastique de cet intéressant pays : les six autres livres sont composés de lettres adressées à différentes personnes par des Grecs modernes. Deux de ces lettres contiennent quelques détails sur Athènes, qui méritent d'être connus.
Tfit mmi KAI kVUTQt, xtX.
Au docte Martin Crusius, professeur des lettres grecques et latines à l'université de Tubinge, et très-cher en J.C.
« Moi, qui suis né à Nauplia, ville du Péloponèse peu éloignée d'Athènes, j'ai « souvent vu cette dernière ville. J'ai recherché avec soin les choses qu'elle ren-
INTRODUCTION
« ferme, l'Aréopage, l'antique Académie, le Lycée d'Aristote, enfin le Panthéon. « Cet édifice est le plus élevé, et surpasse tous les autres en beauté. On y voit « en dehors, sculptée tout autour, l'histoire des Grecs et des dieux. On remar- « que surtout, au-dessus de la porte principale, des chevaux qui paraissent vi- « vants et qu'on croirait entendre hennir l. On dit qu'ils sont l'ouvrage dePraxi- « tèle : l'âme et le génie de l'homme ont passé dans la pierre. Il y a dans ce lieu « plusieurs autres choses dignes d'être vues. Je ne parle point de la colline oppo- « sée, sur laquelle fleurissent des simples de toute espèce, utiles à la médecine 2, « colline que j'appelle le jardin d'Adonis. Je ne parle pas non plus de la douceur « de l'air, de la bonté des eaux et des autres agréments d'Athènes : d'où il arrive « que ses habitants, tombés maintenant dans la barbarie, conservent toutefois « quelques souvenirs de ce qu'ils ont été . On les reconnaît à la pureté de leur « langage : comme des sirènes, ils charment ceux qui les écoutent par la variété « de leurs accents... Mais pourquoi parlerais-je davantage d'Athènes? la peau de « l'animal reste ; l'animal lui-même a péri.
« Constantinople, 157b.
« A jamais votre ami,
« Théodore Zygomalas, « Protonotaire de la grande église de Constantinople. »
Cette lettre fourmille d'erreurs ; mais elle est précieuse à cause de l'ancienneté de sa date. Zygomalas fit connaître l'existence du temple de Minerve que l'on croyait détruit, et qu'il appelle mal à propos le Panthéon.
La seconde lettre, écrite à Crusius par un certain Cabasilas de la ville d'Acarnanie, ajoute quelque chose aux renseignements du protonotaire:
« Athènes était composée autrefois de trois parties également peuplées. Au- « jourd'hui la première partie, située dans un lieu élevé, comprend la citadelle « et un temple dédié au Dieu inconnu : cette première partie est habitée par les « Turcs. Entre celle-ci et la troisième se trouve la seconde partie où sont réunis
1 Opuaao-oasvGUÇ àv^poii.eav càpxa : jen'entends'pas cela. La version latine donne : Tanquam frementes in carnem humanam. Spon, qui traduit une partie de ce passage, s'en est tenu à la version latine, tout aussi obscure pour moi que l'original. Spon dit : Qui semblent vouloir se repaître de chair humaine. Je n'ai osé admettre ce sens, qui me parait bizarre, à moins qu'on ne dise que Zygomalas fait ici allusion aux juments de Diomède.
Telle était cette note dans la première édition. Je m'empresse d'y ajouter l'observation que je dois aux recherches de M. Boissonade :
« Les mots de cppuacrcrouivou; àv^popiav aâpxa cités dans la note, sont pris de l'é pigramme 18e d'Apollonidas » (Anal., t. II, p. 136:)
Hsïvov oTCVivt/.a ôaûp.a xaTSi&cfxsv Agi; a-rmca,
©pr.uaY); cpà-vviç ttoXXoç >.o-yoç tiç eaov ojma HX'jÔe' ^Çr^at oVjteogv HpoaXsa.
« Une peut plus y avoir de doute sur l'intention de Zygomalas, et il a évidemment fait allusion aux chevaux de Diomède. »
2 Apparemment le mont Hymette.
INTRODUCTION
« les chrétiens. Après cette seconde partie vient la troisième, sur la porte de la- « quelle on lit cette inscription :