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« brassa au Saint- Sépulcre la pierre que l'ange avait dérangée lorsqu'il ouvrit le « tombeau, et baisa surtout avec respect l'endroit touché par le corps de Jésus- « Christ. Elle vit sur la montagne de Sion la colonne où le Sauveur avait été atta- « ché et battu de verges : cette colonne soutenait alors le portique d'une église. « Elle se fit conduire au lieu où les disciples étaient rassemblés lorsque le Saint- « Esprit descendit sur eux. Elle se rendit ensuite à Bethléem, et s'arrêta en pas- « sant au sépulcre de Rachel. Elle adora la crèche du Messie, et il lui semblait y « voir encore les mages et les pasteurs. A Bethphagé elle trouva le monument de « Lazare et la maison de Marthe et de Marie. A Sychar elle admira une église « bâtie sur le puits de Jacob, où Jésus-Christ parla à la Samaritaine; enfin elle « trouva à Samarie le tombeau de saint Jean-Baptiste l. »
Cette lettre est de l'an 404; il y a par conséquent 140G ans qu'elle est écrite. On peut lire toutes les relations de la Terre-Sainte depuis le Voyage d'Arculfe jusqu'à mon Itinéraire, et l'on verra que les pèlerins ont constamment retrouvé et décrit les lieux marqués par saint Jérôme. Certes, voilà du moins une belle et imposante antiquité.
Une preuve que les pèlerinages à Jérusalem avaient précédé le temps même de saint Jérôme, comme le dit très-bien le savant docteur, se tire de l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem. Cet Itinéraire, selon les meilleurs critiques, fut composé en 333, pour l'usage des pèlerins des Gaules 2. Mannert 3 pense que c'était un tableau de route pour quelque personne chargée d'une mission du prince . il est bien plus naturel de supposer que cet Itinéraire avait un but général; cela est d'autant plus probable que les lieux saints y sont décrits.
11 est certain que saint Grégoire de Nysse blâme déjà l'abus des pèlerinages à Jérusalem k. Lui-même avait visité les saints lieux en 379; il nomme en particulier le Calvaire, le Saint-Sépulcre, la montagne des Oliviers et Bethléem. Nous avons ce Voyage parmi les œuvres du saint évêque, sous le titre de lier Hierosolymœ. Saint Jérôme cherche aussi à détourner saint Paulin du pèlerinage de Terre- Sainte 8. [De J. C. 379.]
Ce n'étaient pas seulement les prêtres, les solitaires, les évêques, les docteurs, qui se rendaient de toutes parts en Palestine à l'époque dont nous parlons; c'étaient des dames illustres, et jusqu'à des princesses et des impératrices : j'ai déjà nommé sainte Paule et sainte Eustochie; il faut compter encore les deux Mélanie 6. Le monastère de Bethléem se remplit des plus grandes familles de Rome, qui fuyaient devant Alaric. Cinquante ans auparavant, Eutropie, veuve de Maximien Hercule, avait fait le voyage des saints lieux et détruit les restes de l'idolâtrie qui se montraient encore à la foire du Térébinthe, près d'Hébron. [De J. C. 404.]
Le siècle qui suivit celui de saint Jérôme ne nous laisse point perdre de vue le Calvaire : c'était alors que Théodoret écrivait son Histoire ecclésiastique, où nous
1 Episl. ad Eustoch.
2 Voy. Wess., Prœf. in Itin., p. z>, 37, 47; Bergier, Chera. de l'Emp. On trouvera r Itinéraire à la fin de cet ouvrage.
% Geog. i.
4 Epist. ad Ambras.
Epist. ad Paulin.
fi Epist. xxii.
retrouvons souvent la chrétienne Sion. Nous l'apercevons mieux encore dans la Vie des Solitaires, par le même auteur. Saint Pierre, anachorète,, accomplit le voyage sacré l. [De J. C. 430.] Théodoret passa lui-même en Palestine, où il contempla avec étonnement les ruines du temple 2. Les deux pèlerinages de l'impératrice Eudoxie, femme de Théodose le Jeune, sont de ce siècle. Elle fit bâtir des monastères à Jérusalem, et y finit ses jours dans la retraite 3. [De J. C. 450."]
Le commencement du sixième siècle nous fournit Y Itinéraire d'Antonin de Plaisance; il décrit toutes les stations, comme saint Jérôme. Je remarque dans ce Voyage un cimetière des Pèlerins, à la porte de Jérusalem, ce qui indique assez l'affluence de ces pieux voyageurs. L'auteur trouva la Palestine couverte d'églises et de monastères. Il dit que le Saint-Sépulcre était orné de pierreries, de joyaux, de couronnes d'or, de bracelets et de colliers 4. [De J. C. 500.1
Le premier historien de notre monarchie, Grégoire de Tours, nous parle aussi dans ce siècle des pèlerinages à Jérusalem. Un de ses diacres était allé en Terre- Sainte, et, avec quatre autres voyageurs, ce diacre avait vu une étoile miraculeuse à Bethléem s. Il y avait alors à Jérusalem, selon le même historien, un grand monastère où l'on recevait les voyageurs 6 : c'est sans doute ce même hospice que Brocard retrouva deux cents ans après. [De J. C. 57 3. ]
Ce fut encore dans ce même siècle que Justinien éleva l'évéque de Jérusalem à la dignité patriarcale. [De J. C. 593.] L'empereur renvoya au Saint-Sépulcre les vases sacrés que Titus avait enlevés du temple. Ces vases, tombés en 455 dans les mains de Genseric, furent retrouvés à Carthage par Bélisaire [De J. C. 600-1
Cosroës prit Jérusalem en 613; Héraclius rapporta au tombeau de Jésus-Christ la vraie Croix que le roi des Perses avait enlevée. [De J. C. 615.] Vingt-un ans après, Omar s'empara de la Cité sainte [de J. C. 636], qui demeura sous le joug des Sarrasins jusqu'au temps de Godefroy de Bouillon. On verra dans Y Itinéraire l'histoire de l'église du Saint-Sépulcre pendant ces siècles de calamités. Elle fut sauvée par la constance invincible des fidèles de la Judée : jamais ils ne l'abandonnèrent; et les pèlerins, rivalisant de zèle avec eux, ne cessèrent point d'accourir au saint rivage.
Quelques années après la conquête d'Omar, Arculfe visita la Palestine. Adaman nus, abbé de Jona en Angleterre, écrivit, d'après le récit de l'évéque français, une relation de la Terre-Sainte. Cette relation curieuse nous a été conservée. Séranius la publia à Ingolstadt, en 1619, sous ce titre : De locis Terrœ Sanctœ lib. III. On en trouve un extrait dans les Œuvres du vénérable Bède : De situ Hierusalem et Locorum Sanctorum liber. Mabillon a transporté l'ouvrage d'Adamannus dans sa grande collection, Acta SS. Ordin. S. Benedicti. IL 51 4.
Arculfe décrit les lieux saints tels qu'ils étaient du temps de saint Jérôme, e ttels que nous les voyons aujourd'hui. Il parle de la basilique du Saint-Sépulcre comme
1 Hiat. Relig., cap. vi.
2 Serm. n. De fine et judicio.
3 Evagr.,cap. xx ; Zonar., 2?! Theod.u, sub fin. C'est cette illustre Athénienne dont nous avons parlé dans le premier Mémoire de l'Introduction.
4 Itin.De loc. Terr. Sanr.t. quos peramb. Ant. Pîac. 8 Greg. Tur., De martyr., lib. I, cap. x.
6 Idem, cap. xi.
ï Procop., Bell. Vandal., lib. XI.
INTRODUCTION
d'un monument de l'orme ronde : il trouva des églises et des oratoires à Béthanie, sur la montagne des Oliviers, dans le jardin du même nom, et dans celui de Gethsémani, etc. Il admira la superbe église de Bethléem, etc. C'est exactement tout ce que l'on montre de nos jours; et pourtant ce voyage est à peu près de l'an 690. si l'on fait mourir Adamannus au mois d'octobre de l'année 704 i. Au reste, du temps de saint Arculfe, Jérusalem s'appelait encore JElia.
Nous avons, au huitième siècle, deux relations du voyage à Jérusalem, de saint Guillebaud 2 : toujours description des mêmes lieux, toujours même fidélité de traditions. [De J. C. 700. De J. C. 765.] Ces relations sont courtes, mais les stations essentielles sont marquées. Le savant Guillaume Cave 3 indique un manuscrit du vénérable Bède, in Bibliotheca Gualtari Copi, cod. 169, sous le titre de Libellus de Sanctis Lacis. Bède naquit en 672, et mourut en 732. Quel que soit ce petit livre sur les lieux saints, il faut le rapporter au huitième siècle.
Sous le règne de Charlemagne, au commencement du neuvième siècle, le calife Haroun-al-Raschid céda à l'empereur français la propriété du Saint-Sépulcre. [De J. C. 800.] Charles envoyait des aumônes en Palestine, puisqu'un de ses Capitulâmes reste avec cet énoncé : De eleemosyna mittenda ad Jérusalem. Le patriarche de Jérusalem avait réclamé la protection du monarque d'Occident. Éginhard ajoute que Charlemagne protégeait les chrétiens d'outre-mer A cette époque les pèlerins latins possédaient un hospice au nord du Temple de Salomon, près du couvent de Sainte-Marie, et Charlemagne avait fait don à cet hospice d'une bibliothèque. Nous apprenons ces particularités de Bernard le moine, qui se trouvait en Palestine vers Tan 870. Sa relation, fort détaillée, donne toutes les positions des lieux saints 5. [De J. C. 8T0.]
Élie, troisième du nom, patriarche de Jérusalem, écrivit à Charles le Gros au commencement du dixième siècle. |De J. C. 900.] Il lui demandait des secours poulie rétablissement des églises de Judée : « Nous n'entrerons point, dit-il, dans le « récit de nos maux ; ils vous sont assez connus par les pèlerins qui viennent tous « les jours visiter les saints lieux, et qui retournent dans leur patrie 6. » [De J. C. 905.]
Le onzième siècle, qui finit par les Croisades, nous donne plusieurs voyageurs en Terre-Sainte. Oldéric, évêque d'Orléans, fut témoin de la cérémonie du feu sacré au Saint-Sépulcre 7 . 11 est vrai que la Chronique de Glaber doit être lue avec précaution; mais ici il s'agit d'un fait et non d'un point de critique. Allatius, in Symmictis sive Opuscufis, etc., nous a conservé Y Itinéraire de Jérusalem du Grec Eugisippe. La plupart des lieux saints y sont décrits, et ce récit est conforme à tout ce que nous connaissons. Guillaume le Conquérant envoya dans le cours de ce siècle des aumônes considérables en Palestine. Enfin, le
1 Guill. Cav., Script. Eccles. Hist. litter., p. 32$.
2 Canisii T/tesaur. Monument. Eccles. et Hist. seu Lect. Antiq.; A. S. Barn., t. II, p. 1 ; Mabill. II, 372.
3 Guill. Cav., Script. Eccl. Hist. litter., p. 336. * In Vit. Car. Mag.
S Mabill., Act. SS. Ord. S.Ben., secf. m, part. 2.
r» Acheri Spicileg., t. II. edit. àBarr.
7 Giab. Chron., lib. IV. Dans Ducli., Hist. Franc.
INTRODUCTION
voyage de Pierre l'Ermite [de J. C. !099|, qui eut un si grand résultat, et les Croisades elles-mêmes prouvent à quel point le monde était occupé de cette région lointaine où s'opéra le mystère du salut
Jérusalem demeura entre les mains des princes français l'espace de quatre-vingthuit ans [de J. C. 1 100] ; et durant cette période les historiens de la collection Gesta Dei per Francos ne nous laissent rien ignorer de la Terre-Sainte. Benjamin de Tudèle passa en Judée vers l'an 1173.
Lorsque Saladin eut repris Jérusalem [de J. C. 1 187] sur les Croisés, les Syriens rachetèrent par une somme considérable l'église du Saint- Sépulcre 1 ; et, malgré les dangers de l'entreprise, les pèlerins continuèrent à visiter la Palestine.
Phocas, en 1208 2, Willebrand dOldenbourg, en 12 1 J , Jacob Zaco ou de Zetri en 1231 3, Brocard, religieux dominicain, en 1283 4, reconnurent et consignèrent dans leurs voyages tout ce qu'on avait dit avant eux sur les lieux saints.
Pour le quatorzième siècle, nous avons Ludolphe 8, Maudeville 6 et Sanuto 7.
Pour le quinzième, Breidenbach 8, Tuchor 9, Langi 10.
Pour le seizième, Heyter 11 , Salignac 12, Pascha 13, etc.
Pour le dix-septième, Cotovic,Nau, et cent autres.
Pour le dix-huitième, Maundrell, Pococke, Shaw et Hasselquist n.
Ces voyages, qui se multiplient à l'infini, se répètent tous les uns les autres, et confirment les traditions de Jérusalem de la manière la plus invariable et la plus frappante.
Quel étonnant corps de preuves en effet ! Les apôtres ont vu Jésus- Christ : ils connaissent les lieux honorés parles pas du Fils de l'homme; ils transmettent la tradition à la première église chrétienne de Judée ; la succession des évêques s'établit, et garde soigneusement cette tradition sacrée. Eusèbe paraît, et l'histoire des saints lieux commence ; Socrate, Sozomène, Théodoret, Évagre, saint Jérôme, la continuent. Les pèlerins accourent de toutes parts. Depuis ce moment jusqu'à nos jours une suite de voyages non interrompue nous donne, pendant quatorze siècles, et les mêmes faits et les mêmes descriptions. Quelle tradition fut
1 San., le Secret. Fid. Cime. sup. Terr. Sancl. n.
2 Itin. Hieros. ap. Allât. Symmict.
3 Lib.De Terr.Sanct.
4 Descript. urb. Jerus.et Loc. Terr. Sanct. exact.
5 De Terr. Sanct. et Ttiner. Hierosol.
[ 6 Descript. Jérusalem Loc . Sacr.
7 Lib. Secret., etc. Vid suprà.
8 Opus transrnar. Peregrinat. ad Sepulch. Dom. in Hierus.
9 Reise-Beschr . zum Heil. Grab.
10 Hierosolym. Urb. Templique.
H Lib. Hist. partium Orient., etc.
12 Itiner. Jerosol. et Terr. Sanct., etc.
13 Peregrinatio cum exact. Descript. Jerus., etc.
11 Je ne cite plus, et j'ai peut-être déjà trop cité ; on verra dans ['Itinéraire une foule d'autres voyageurs que j'omets ici.
INTRODUCTION
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jamais appuyée d'un aussi grand nombre de témoignages? Si l'on doute ici, il faut renoncer à croire quelque chose : encore ai-je négligé tout ce que j'aurais pu tirer des Croisades. J'ajouterai à tant de preuves historiques quelques considérations sur la nature des traditions religieuses, et sur le local de Jérusalem.
Il est certain que les souvenirs religieux ne se perdent pas aussi facilement que les souvenirs purement historiques : ceux-ci ne sont confiés en général qua la mémoire d'un petit nombre d'hommes instruits qui ' peuvent oublier la vérité ou'la déguiser selon leurs passions ; ceux-là sont livrés à tout un peuple qui les transmet machinalement à ses fils. Si le principe de la religion est sévère, comme dans le christianisme ; si la moindre déviation d'un fait ou d'une idée devient une hérésie, il est probable que tout ce qui touche cette religion se conservera d'âge en âge avec une rigoureuse exactitude.
Je sais qu'à la longue une piété exagérée, un zèle mal entendu, une ignorance attachée aux temps et aux classes inférieures de la société, peuvent surcharger un culte de traditions qui ne tiennent pas contre la critique; mais le fond des choses reste toujours. Dix-huit siècles, qui tous indiquent aux mêmes lieux les mêmes faits et les mêmes monuments, ne peuvent tromper. Si quelques objets de dévotion se sont trop multipliés à Jérusalem, ce n'est pas une raison de rejeter le tout comme une imposture. N'oublions pas d'ailleurs que le christianisme fut persécuté dans son berceau, et qu'il a presque toujours continué de souffrir à Jérusalem : or, l'on sait quelle fidélité règne parmi des hommes qui gémissent ensemble : tout devient sacré alors, et la dépouille d'un martyr est conservée avec plus de respect que la couronne d'un monarque. L'enfant qui peut à peine parler connaît déjà cette dépouille ; porté la nuit, dans les bras de sa mère, à de périlleux autels, il entend des chants, il voit des pleurs qui gravent à jamais dans sa tendre mémoire des objets qu'il n'oubliera plus ; et, quand il ne devrait encore montrer que la joie, l'ouverture de cœur et la légèreté de son âge, il apprend à devenir grave, discret et prudent : le malheur est une vieillesse prématurée.
Je trouve dans Eusèbe une preuve remarquable de cette vénération pour une relique sainte. Il rapporte que, de son temps, les chrétiens de la Judée conservaient encore la chaise de saint Jacques, frère du Sauveur, et premier évêque de Jérusalem. Gibbon lui-même n'a pu s'empêcher de reconnaître l'authenticité des traditions religieuses en Palestine: « They fixed(Christians), dit-il, by unguestionable tradition, the scène « of each mémorable event- » — «Ils fixèrent (les chrétiens), par une tradition non douteuse, la scène de chaque événement mémorable1. »
1 Gibb., t. IV, p. 101.
INTRODUCTION
Aveu d'un poids considérable dans la bouche d'un écrivain aussi instruit que l'historien anglais, et d'un homme en môme temps si peu favorable à la religion.
Enfin les traditions de lieux: ne s'altèrent pas comme celles des faits, parce que la face de la terre ne change pas aussi facilement que celle de la société. C'est ce que remarque très-bien d'Anville, dans son excellente Dissertation sur l'ancienne Jérusalem : « Les circonstances locales, « dit-il, et dont la nature même décide, ne prennent aucune part aux « changements que le temps et la fureur des hommes ont pu apporter « à la ville de Jérusalem l. » Aussi d'Anville retrou ve-t-il avec une sagacité merveilleuse tout le plan de l'ancienne Jérusalem dans la nouvelle.
Le théâtre de la Passion, à l'étendre depuis la montagne des Oliviers jusqu'au Calvaire, n'occupe pas plus d'une lieue de terrain ; et voyez combien de choses faciles à signaler dans ce petit espace ! C'est d'abord une montagne appelée la montagne des Oliviers, qui domine la ville et le Temple à l'orient; cette montagne est là, et n'a pas changé : c'est un torrent de Cédron ; et ce torrent est encore le seul qui passe à Jérusalem : c'est un lieu élevé à la porte de l'ancienne cité, où l'on mettait à mort les criminels; or, ce lieu élevé est aisé à retrouver entre le mont Sion et la porte Judicielle, dont il existe encore quelques vestiges. On ne peut méconnaître Sion, puisqu'elle était encore la plus haute colline de la ville. « Nous sommes, dit notre grand géographe, assurés des limites « de cette ville dans la partie que Sion occupait. C'est le côté qui s'a- « vance le plus vers le midi ; et non-seulement on est fixé de manière à « ne pouvoir s'étendre plus loin de ce coté- là, mais encore l'espace de « l'emplacement que Jérusalem peut y prendre en largeur se trouve « déterminé, d'une part par la pente ou l'escarpement de Sion qui re- « garde le couchant, et de l'autre par son extrémité opposée vers Cé- « dron 2. »
Tout ce raisonnement est excellent, et on dirait que d'Anville l'a fait d'après l'inspection des lieux.
Le Golgotha était donc une petite croupe de la montagne de Sion, à l'orient de cette montagne et à l'occident de la porte de la ville : cette éminence, qui porte maintenant l'église de la Résurrection, se distingue parfaitement encore. On sait que Jésus-Christ fut enseveli dans un jardin au bas du Calvaire:, or, ce jardin et la maison qui en dépendait ne pouvaient disparaître au pied du Golgotha, monticule dont la base n'est pas assez large pour qu'on y perde un monument.
1 D'Ahv., Dissert, sur Fane. Jérus., p. 4. On peut voir cette dissertation à la fin de cet Itinéraire.
2 Idem, ibid., p. 4.
La montagne des Oliviers et le torrent de Cédron donnent ensuite la vallée de Josaphat : celle-ci détermine la position du Temple sur le mont Moria. Le Temple fournit la porte Triomphale et la maison d'Hérode, que Joseph e place à l'orient, au bas de la ville et près du Temple. Le Prétoire dePilate touchait presque à la tour Antonia, et on connaît les fondements de cette tour. Ainsi le tribunal de Pilate et le Calvaire étant trouvés, on place aisément la dernière scène de la Passion sur le chemin qui conduit de l'un à l'autre ; surtout ayant encore pour témoin un fragment de la porte Judicielle. Ce chemin est cette Via Dolorosa si célèbre dans toutes les relations des pèlerins,
Les actions de Jésus-Christ hors de la Cité sainte ne sont pas indiquées par les lieux avec moins de certitude. Le jardin des Oliviers, de l'autre côté de la vallée de Josaphat et du torrent de Cédron, est visiblement aujourd'hui dans la position que lui donne l'Évangile.
Je pourrais ajouter beaucoup de faits, de conjectures et de réflexions à tout ce que je viens de dire; mais il est temps de mettre un terme à cette Introduction, déjà trop longue. Quiconque examinera avec candeur les raisons déduites dans ce Mémoire conviendra que. s'il y a quelque chose de prouvé sur la terre, c'est l'authenticité des traditions chrétiennes à Jérusalem.