‹ Itinéraire de Paris à JérsusalemChapitre 46 sur 71 · TRADUCTION DU CONTRAT PRÉCÉDENT · texte numérisé non relu

TRADUCTION DU CONTRAT PRÉCÉDENT

Par le présent contrat, déclare le Hadgi Policarpe de Lazare caviarzi nolisateur de la polaque nommée Saint-Jean commandée par le capitain Dimitry Sterio de Vallo, avec pavillon ottoman pour porter les pèlerins grecs d'ici à Jaffa, avoir aujourd'hui contracté avec M. de Chateaubriand, de lui céder une petite chambre dans le susdit bâtiment, où il puisse se loger lui, et deux domestiques à son service ; en outre il lui sera donné une place dans la cheminée du capitain pour faire sa cuisine. On lui fournira de l'eau quand il en aura besoin, et l'on faira tout ce qui sera nécessaire pour le contenter pendant son voyage, sans permettre qu'il lui soit occasionné aucune molestie tout le temps de sa demeure à bord. — Pour nolis de son passage, et payement de tout service qui doit lui être rendu se sont convenus la somme de piastres sept cent n° 700 que M. Ghateaubriant a compté audit Policarpe, et lui déclarer de les avoir reçu; moyennant quoi le capitain ne doit et ne pourra rien autre demander de lui, ni ici, ni à leur arrivée à Jaffa, et lorsqu'il devra se débarquer.

C'est pourquoi ils s'engagent, ce nolisateur et ce capitain, d'observer et remplir les susdits conditions dont ils se sont convenus, et ont signé tous les deux le présent contrat, qui doit valoir en tout temps, et lieu.

Coiistantinopoli 6 septembre 1806.

Hadgi Policarpe de Lazare

Noligeateur Capitain Dimitry Acro

Le susdit cape. s'engage avec moi qu'il ne s'arrêtera devant les Dardanelles et Scio qu'un jour.

Hadgi Policarpe de Lazare

NOTE D

Cette citation faisait partie du texte dans les deux premières éditions.

« En arrivant dans l'île, dit le fils d'Ulysse, je sentis un air doux qui rendait les •« corps lâches et paresseux, mais qui inspirait une humeur enjouée et folâtre. Je « remarquai que la campagne, naturellement fertile et agréable, était presque « inculte, tant les habitants étaient ennemis du travail. Je vis de tous côtés des « femmes et des jeunes filles, vainement parées, qui allaient en chantant les « louanges de Vénus se dévouer à son temple. La beauté, les grâces, la joie, les « plaisirs, éclataient également sur leurs visages ; mais les grâces y étaient affec- « tées : on n'y voyait point une noble simplicité et une pudeur aimable, qui fait « le plus grand charme de la beauté. L'air de mollesse, l'art de composer leur « visage, leur parure vaine, leur démarche languissante, leurs regards qui sein-

NOTES

« Ment chercher ceux des hommes, leur jalousie entre elles pour allumer de « grandes passions, en un mot, tout ce que je voyais dans ces femmes me sem- « blait vil et méprisable : à force de vouloir plaire elles me dégoûtaient.

« On me conduisit au temple de la déesse : elle en a plusieurs dans cette île ; « car elle est particulièrement adorée à Cythère, à Idalie et à Paphos. C'est à « Cythère que je fus conduit. Le temple est tout de marbre ; c'est un parfait pé- « ristyle : les colonnes sont d'une grosseur et d'une hauteur qui rendent cet édi- « fice très-majestueux : au-dessus de l'architrave et de la frise sont, à chaque « face, de grands frontons où l'on voit en bas-relief toutes les plus agréables aven- « tures de la déesse. A la porte du temple est sans cesse une foule de peuples qui « viennent faire leurs offrandes.

« On n'égorge jamais, dans l'enceinte du lieu sacré, aucune victime ; on n'y « brûle point, comme ailleurs, la graisse des génisses et des taureaux; on n'y « répand jamais leur sang ; on présente seulement devant l'autel les bètes qu'on « offre, et on n'en peut offrir aucune qui ne soit jeune, blanche, sans défaut et sans « tache : on les couvre de bandelettes de pourpre brodées d'or ; leurs cornes sont « dorées et ornées de bouquets et de fleurs odoriférantes. Après qu'elles ont été « présentées devant l'autel, on les renvoie dans un lieu écarté, où elles sont égor- « géespour les festins des prêtres de la déesse.

« On offre aussi toutes sortes de liqueurs parfumées et du vin plus doux que « le nectar. Les prêtres sont revêtus de longues robes blanches avec des ceintures « d'or et des franges de même au bas de leurs robes. On brûle, nuit et jour, sur « les autels, les parfums les plus exquis de l'Orient, et ils forment une espèce de « nuage qui monte vers le ciel. Toutes les colonnes du temple sont ornées de « festons pendants ; tous les vases qui servent aux sacrifices sont d'or : un bois « sacré de myrtes environne le bâtiment. 11 n'y a que des jeunes garçons et des « jeunes fdles d'une rare beauté qui puissent présenter les victimes aux prêtres, « et qui osent allumer le feu des autels. Mais l'impudence et la dissolution désho- « norent un temple si magnifique. » (Télémaque.)

NOTE E

Cette citation faisait partie du texte dans les deux premières éditions.

« Toute l'étendue de Jérusalem est environnée de hautes montagnes ; mais c'est « sur celle de Sion que doivent être les sépulcres de la famille de David dont on « ignore le lieu. En effet, il y a quinze ans qu'un des murs du temple, que j'ai dit « être sur la montagne de Sion, croula. Là-dessus, le patriarche donna ordre à un « prêtre de le réparer des pierres qui se trouvaient dans le fondement des muci railles de l'ancienne Sion. Pour cet effet, celui-ci fit marché avec environ vingt « ouvriers, entre lesquels il se trouva deux hommes amis et de bonne intelligence. « L'un d'eux mena un jour l'autre dans sa maison pour lui donner à déjeuner. « Étant revenus après avoir mangé ensemble, l'inspecteur de l'ouvrage leur de- «■ manda la raison pourquoi ils étaient venus" si tard, auquel ils répondirent qu'ils

NOTES

« compenseraient cette heure de travail par une autre. Pendant donc que le reste « des ouvriers furent à dîner, et que ceux-ci faisaient le travail qu'ils avaient « promis, ils levèrent une pierre qui bouchait l'ouverture d'un antre, et se dirent « l'un à l'autre : Voyons s'il n'y a pas là-dessous quelque trésor caché. Après y « être entrés, ils avancèrent jusqu'à un palais soutenu par des colonnes de marbre, « et couvert de feuilles d'or et d'argent. Au-devant il y avait une table avec un « sceptre et une couronne dessus : c'était là le sépulcre de David, roi d'Israël; « celui de Salomon, avec les mêmes ornements, était à la gauche, aussi bien que « plusieurs autres rois de Juda de la famille de David, qui avaient été enterrés en « ce lieu. Il s'y trouva aussi des coffres fermés; mais on ignore encore ce qu'ils « contenaient. Les deux ouvriers ayant voulu pénétrer dans le palais, il s'éleva un « tourbillon de vent qui, entrant par l'ouverture de l'antre, les renversa parterre, « où ils demeurèrent, comme s'ils eussent été morts, jusqu'au soir. Un autre souffle « de vent les réveilla, et ils entendirent une voix semblable à celle d'un homme « qui leur dit : Levez-vous et sortez de ce lieu. La frayeur dont ils étaient saisis « les fit retirer en diligence, et ils rapportèrent tout ce qui leur était arrivé au « patriarche, qui le leur fit répéter en présence d'Abraham de Constantinople, le « Pharisien, et surnommé le Pieux, qui demeurait alors à Jérusalem. Il l'avait « envoyé chercher pour lui demander quel était son sentiment là-dessus ; à quoi il « répondit, que c'était le lieu de la sépulture de la maison de David, destiné pour « les rois de Juda. Le lendemain, on trouva ces deux hommes couchés dans leurs « lits, et fort malades de la peur qu'ils avaient eue. Ils refusèrent de retourner « dans le même lieu, à quel prix que ce fût, assurant qu'il n'était pas permis à « aucun mortel de pénétrer dans un lieu dont Dieu défendait l'entrée ; de sorte « qu'elle a été bouchée par le commandement du patriarche, et la vue en a été « ainsi cachée jusqu'aujourd'hui. »

Cette histoire parait être renouvelée de celle que raconte Josèphe au sujet du même tombeau. Hérode le Grand ayant voulu faire ouvrir le cercueil de David, il en sortit une flamme qui l'empêcha de poursuivre son dessein.

NOTE F

Cette citation faisait partie du texte dans les deux premières éditions.

« A peine, dit Massillon, l'àme sainte du Sauveur a-t-elle ainsi accepté le mia nistère sanglant de notre réconciliation, que la justice de son Père commence a à le regarder comme un homme de péché. Dès lors il ne voit plus en lui son Fils « bien-aimé, en qui il avait mis toute sa complaisance ; il n'y voit plus qu'une « hostie d'expiation et de colère, chargée de toutes les iniquités du monde, et « qu'il ne peut plus se dispenser d'immoler à toute la sévérité de sa vengeance. « Et c'est ici que tout le poids de sa justice commence à tomber sur cette âme « pure et innocente : c'est ici où Jésus-Christ, comme le véritable Jacob, va lutter « toute la nuit contre la colère d'un Dieu même, et où va se consommer par avance « son sacrifice, mais d'une manière d'autant plus douloureuse, que son âme

NOTES

« sainte va expirer, pour ainsi dire, sous les coups de la justice d'un Dieu irrité, « au lieu que sur le Calvaire elle ne sera livrée qu'à la fureur et à la puissance « des hommes

« L'âme sainte du Sauveur, pleine de grâce, de vérité et de lumière ; ah ! elle « voit le péché dans toute son horreur ; elle en voit le désordre, l'injustice, la tache « immortelle ; elle en voit les suites déplorables : la mort, la malédiction, l'igno- « rance, l'orgueil, la corruption, toutes les passions, de cette source fatale nées et « répandues sur la terre. En ce moment douloureux, la durée de tous les siècles « se présente à elle : depuis le sang d'Abel jusqu'à la dernière consommation, elle « voit une tradition non interrompue de crimes sur la terre ; elle parcourt cette « histoire affreuse de l'univers, et rien n'échappe aux secrètes horreurs de sa tris- « tesse;elley voit les plus monstrueuses superstitions établies parmi les hommes : « la connaissance de son Père effacée ; les crimes infâmes érigés en divinités ; les « adultères, les incestes, les abominations avoir leurs temples et leurs autels ; « l'impiété et l'irréligion devenues le parti des plus modérés et des plus sages. Si « elle se tourne vers les siècles des Chrétiens, elle y découvre les maux futurs de « son Église : les schismes, les erreurs, les dissensions qui devaient déchirer le mys- « tère précieux de son unité, les profanations de ses autels, l'indigne usage dessa- « crements, l'extinction presque de sa foi, et les mœurs corrompues du paganisme

« rétablies parmi ses disciples

« Aussi, cette âme sainte, ne pouvant plus porter le poids de ses maux, et re- « tenue d'ailleurs dans son corps parla rigueur de la justice divine, triste jusqu'à « la mort, et ne pouvant mourir, hors d'état et de finir ses peines, et de les sou- « tenir, semble combattre, par les défaillances et les douleurs de son agonie, con- « tre la mort et contre la vie ; et une sueur de sang qu'on voit couler à terre e&t « le triste fruit de ses pénibles efforts : Et factus est sudorejus sicut guttœ san- « guinis decurrentis in terram. Père juste, fallait-il encore du sang à ce sacrifice « intérieur de votre Fils ? N'est-ce pas assez qu'il doive être répandu par ses en- « nemis ? Faut-il que votre justice se hâte, pour ainsi dire, de le voir répandre?»

NOTE G

Cette citation faisait partie du texte dans les deux premières éditions

La destruction de Jérusalem, prédite et pleurée par Jésus-Christ, mérite bien qu'on s'y arrête. Écoutons Josèphe, témoin oculaire de cet événement. La ville étant prise, un soldat met le feu au Temple.

« Lorsque le feu dévorait ainsi ce superbe Temple, les soldats, ardents au pil- « lage, tuaient tous ceux qu'ils y rencontraient. Ils ne pardonnaient ni à l'âge ni à « la qualité : les vieillards aussi bien que les enfants, et les prêtres comme les « laïques, passaient par le tranchant de l'épée ; tous se trouvaient enveloppés « dans ce carnage général, et ceux qui avaient recours aux prières n'étaient pas

NOTES

« plus humainement traités que ceux qui avaient le courage de se défendre jus- « qu'à la dernière extrémité. Les gémissements des mourants se mêlaient au « bruit du pétillement du feu, qui gagnait toujours plus avant; et l'embrasement « d'un si grand édifice, joint à la hauteur de son assiette, faisait croire à ceux qui « ne le voyaient que de loin que toute la ville était en feu.

« On ne saurait rien imaginer de plus terrible que le bruit dont l'air retentissait « de toutes parts ; car, quel n'était pas celui que faisaient les légions romaines « dans leur fureur ? Quels cris ne jetaient pas les factieux qui se voyaient envi- « ronnés de tous côtés du fer et du feu ? Quelle plainte ne faisait point ce pauvre « peuple qui, se trouvant alors dans le Temple, était dans une telle frayeur, qu'il « se jetait, en fuyant, au milieu des ennemis ! Et quelles voix confuses ne pous- <' sait point jusqu'au ciel la multitude de ceux qui, de dessus la montagne oppo- « sée au Temple, voyaient un spectacle si affreux ? Ceux même que la faim avait «. réduits à une telle extrémité que la mort était prête à leur fermer pour jamais « les yeux, apercevant cet embrasement du Temple, rassemblaient tout ce qui « leur restait de forces pour déplorer un si étrange malheur ; et les échos des « montagnes d'alentour et du pays qui est au delà du Jourdain redoublaient en- « core cet horrible bruit; mais, quelque épouvantable qu'il fût, les maux qui le « causaient l'étaient encore davantage. Ce feu qui dévorait le Temple était si grand « et si violent, qu'il semblait que la montagne même sur laquelle il était assis « brûlât jusque dans ses fondements. Le sang coulait en telle abondance, qu'il « paraissait disputer avec le feu à qui s'étendrait davantage . Le nombre de ceux « qui étaient tués surpassait celui de ceux qui les sacrifiaient à leur colère et à « leur vengeance : toute la terre était couverte de corps morts ; et les soldats « marchaient dessus pour suivre par un chemin si effroyable ceux qui s'enfuyaient.

« Quatre ans avant le commencement de la guerre , lorsque Jérusalem était « encore dans une profonde paix et dans l'abondance, Jésus, fils d'Ananus, qui « n'était qu'un simple paysan, étant venu à la fête des Tabernacles, qui se célè- « bre tous les ans dans le Temple en l'honneur de Dieu, cria: « Voix du côté de a l'orient ; voix du côté de l'occident; voix du côté des quatre vents ; voix contre « Jérusalem et contre le Temple ; voix contre les nouveaux mariés et les nouvelles o mariées ; voix contre tout le peuple. » Et il ne cessait point, jour et nuit, de « courir par toute la ville en répétant la même chose. Quelques personnes de « qualité, ne pouvant souffrir des paroles d'un si mauvais présage, le firent pren-

« dre et extrêmement fouetter

« Mais à chaque coup qu'on lui donnait, il répétait d'une voix plaintive et la-

« mentable : « Malheur ! malheur sur Jérusalem !»

« Quand Jérusalem fut assiégée, on vit l'effet de ses prédictions. Et faisant « alors le tour des murailles de la ville, il se mit encore à crier : « Malheur ! « malheur sur la ville ! malheur sur le peuple ! malheur sur le Temple. » A « quoi ayant ajouté, « et malheur sur moi ! » une pierre poussée par une ma- « chine le porta par terre, et il rendit l'esprit en proférant ces mêmes mots. »

xNOTES.

NOTE H

« On verra, dit encore Massillon, le Fils de l'homme parcourant des yeux, du « haut des airs, les peuples et les nations confondus et assemblés à ses pieds, re- « lisant dans ce spectacle l'histoire de l'univers, c'est-à dire des passions ou des « vertus des hommes : on le verra rassembler ses élus des quatre vents, les choi- « sir de toute langue, de tout état, de toute nation ; réunir les enfants d'Israël dis- « persésdans l'univers ; exposer l'histoire secrète d'un peuple saint et nouveau ; « produire sur la scène des héros de la foi, jusque-là inconnus au monde ; ne plus « distinguer les siècles parles victoires des conquérants, par l'établissement ou la « décadence des empires, par la politesse ou la barbarie des temps, par les grands « hommes qui ont paru dans chaque âge, mais par les divers triomphes de la « grâce, par les victoires cachées des justes sur leurs passions, par l'établissement « de son règne dans un cœur, par la fermeté héroïque d'un fidèle persécuté. . .

« La disposition de l'univers ainsi ordonnée ; tous les peuples de la terre ainsi « séparés ; chacun immobile à la place qui lui sera tombée en partage ; la surprise, « la terreur, le désespoir, la confusion, peints sur le visage des uns ; sur celui « des autres la joie, la sérénité, la confiance ; les yeux des justes levés en haut « vers le Fils de l'homme d'où ils attendent leur délivrance : ceux des impies fixés « d'une manière affreuse sur la terre, et perçant presque les abîmes de leurs re- « gards, comme pour y marquer déjà la place qui leur est destinée. »

NOTE I

Cette citation faisait partie du texte dans les deux premières éditions.

Bossuet a renfermé toute cette histoire en quelques pages, mais ces pages sont sublimes :

« Cependant la jalousie des pharisiens et des prêtres le mène à un supplice « infâme ; ses disciples l'abandonnent ;un d'eux le trahit; le premier et le plus « zélé de tous le renie trois fois. Accusé devant le conseil, il honore jusqu'à la fin « le ministère des prêtres, et répond en termes précis au pontife qui l'interrogeait o juridiquement ; mais le moment était arrivé où la synagogue devait être réprou- « vée. Le pontife et tout le conseil condamnent Jésus-Christ, parce qu'il se disait « le Christ Fils de Dieu. Il est livré à Ponce-Pilate, président romain : son inno- « cence est reconnue par son juge, que la politique et l'intérêt font agir contre sa « conscience : le Juste est condamné à mort : le plus grand de tous les crimes a donne lieu à la plus parfaite obéissance qui fut jamais : Jésus, maître de sa vie * et de toutes choses, s'abandonne volontairement à la fureur des méchants, et « offre ce sacrifice qui devait être l'expiation du genre humain. A la croix, il re- « garde dans les prophéties ce qui lui restait à faire : il l'achève, et dit enfin : « Tout est consommé. »

« A ce mot, tout change dans le monde : la loi cesse, les figures passent, les

NOTES

« sacrifices sont abolis par une oblation plus parfaite. Cela fait, Jésus-Christ expire « avec un grand cri : toute la nature s'émeut ; le centurion qui le gardait, étonné « d'une telle mort, s'écrie qu'il est vraiment le Fils de Dieu ; et les spectateurs s'en « retournent frappant leur poitrine. Au troisième jour il ressuscite ; il paraît aux « siens qui l'avaient abandonné, et qui s'obstinaient à ne pas croire sa résurrection.

« Ils le voient, ils lui parlent, ils le touchent, ils sont convaincus

« Sur ce fondement, douze pêcheurs entreprennent de convertir le monde en- « tier, qu'ils voient si opposé aux lois qu'ils avaient à lui prescrire et aux vérités « qu'ils avaient à lui annoncer. Ils ont ordre de commencer par Jérusalem, et de « là de se répandre par toute la terre, pour instruire toutes les nations, et les « baptiser au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Jésus-Christ leur promet « d'être avec eux jusqu'à la consommation des siècles, et assure par cette parole « la perpétuelle durée du ministère ecclésiastique. Cela dit, il monte aux cieux « en leur présence. »

NOTE J

Cette citation faisait partie du texte clans les deux premières éditions.

« Voyant le roi, qui avait la maladie de l'ost et la menaison comme les autres, « que nous laissions; se fustbien garanti s'il eust voulu ès grands gallées ; mais il « disoit qu'il aimoit mieux mourir que laisser son peuple : il nous commença à « hucher et à crier, que demourassions, et nous tiroit de bons garrots pour nous « faire demeurer, jusqu'à ce qu'il nous donnât congé de nager. Or je vous lerray « ici, et vous dirai la façon et manière comme fut prin le roi, ainsi que lui-même « me conta. Je lui oui dire, qu'il avoit laissé ses gens d'armes et sa bataille, et « s'étoit mis lui et messire Geoffroy de Sergine en la bataille de messire Gaultier « de Châtillon, qui fesoit l'arrière-garde. Et étoit le roi monté sur un petit cour- « sier, une housse de soie vêtue ; et ne lui demeura, ainsi que lui ni depuis oy « dire, de tous ses gens d'armes, que le bon chevalier messire Geoffroy de Ser- « gine, lequel le rendit jusques à une petite ville nommée Casel, là où le roi fut « prin. Mais avant que les Turcs le pussent voir, lui oy conter que messire Geof- « froy de Sergine le deffendoit en la façon que le bon serviteur deffend le ganap h de son seigneur, de peur des mouches. Car toutes les fois que les Sarrasins « l'approchoient, messire Geoffroy le deffendoit à grands coups d'épée et de pointe, « et ressembloit sa force lui être doublée d'outre moitié, et son preux et hardi « courage. Et à tous les coups les chassoit de dessus le roi. Et ainsi l'emmena « jusqu'au lieu de Casel, et là fut descendu au giron d'une bourgeoisie qui étoit « de Paris. Et là le cuidèrent voir passer le pas de mort, et n'espéroient point % que jamais il pût passer celui jour sans mourir *. »

C'était déjà un coup assez surprenant de la fortune, que d'avoir livré un des

» Sire de Joinville.

NOTES

plus grands rois que la France ait eus, aux mains d'un jeune Soudan d'Egypte, dernier héritier du grand Saladin. Mais cette fortune, qui dispose des empires, voulant, pour ainsi dire, montrer en un jour l'excès de sa puissance et de ses caprices, fit égorger le roi vainqueur sous les yeux du roi vaincu.

« Et ce voyant, le Soudan qui étoit encore jeune, et la malice qui avoit été « conspirée contre sa personne, il s'enfuit en sa haute tour, qu'il avoit près de sa « chambre, dont j'ai devant parlé. Car ses gens même de la Haulequa lui avoient « jà abattu tous ses pavillons, et environnoient cette tour, où il s'en étoit fui. Et « dedans la tour il y avoit trois de ses évêques, qui avoient mangé avec lui, qui lui « écrivirent qu'il descendit. Et il leur dit que volontiers il descendroit, mais qu'ils « l'assurassent. Ils lui répondirent que bien le feroient descendre par force, et « malgré lui; et qu'il n'étoit mye encore à Damiète. Et tantôt ils vont jeter le « feu grégeois dedans cette tour, qui étoit seulement de perches de sapin, et de « toile, comme j'ai devant dit. Et incontinent fut embrasée la tour. Et vous pro- « mets que jamais ne vis plus beau feu, ne plus soudain. Quand le sultan vit que « le feu le pressoit, il descendit par la voie du Prael, dont j'ai devant parlé, et « s'enfuit vers le fleuve ; et en s'enfuyant, l'un des chevaliers de la Haulequa le « férit d'un grand glaive parmi les côtes, et il se jette à tout le glaive dedans le « fleuve. Et après lui descendirent environ de neuf chevaliers, qui le tuèrent là « dans le fleuve, assez près de notre gallée. Et quand le Soudan fut mort, l'un « desdits chevaliers, qui avoit nom Faracataie, le fendit, et lui tira le cœur du « ventre. Et lors il s'en vint au roi, sa main toute ensanglantée, et lui demanda : « Que me donneras-tu, dont j'ai occis ton ennemi qui t'eût fait mourir s'il eût « vécu ?» Et à cette demande ne lui répondit oncques un seul mot le bon roi « saint Louis. »

NOTE K

Cette citation faisoit partie du texte dans les deux premières éditions.

Le tableau du royaume de Jérusalem, tracé par l'abbé Guénée, mérite d'être rapporté. Il y aurait de la témérité à vouloir refaire un ouvrage qui ne pèche que par des omissions volontaires. Sans doute Fauteur, ne pouvant pas tout dire, s'est contenté des principaux traits.

« Ce royaume s'étendait, dit-il, du couchant au levant, depuis la mer Méditer- « ranée jusqu'au désert de l'Arabie, et du midi au nord, depuis le fort de Darum « au delà du torrent d'Egypte jusqu'à la rivière qui coule entre Bérith et Biblos. « Ainsi, il comprenait d'abord les trois Palestines, qui avaient pour capitales : la « première, Jérusalem; la deuxième, Césarée maritime; et la troisième, Bethsan, « puis Nazareth : il comprenait en outre tout le pays des Philistins, toute la Phé- « nicie, avec la deuxième et la troisième Arabie, et quelques parties de la première.

« Cet état, disent les Assises de Jérusalem, avait deux chefs seigneurs, l'un « spirituel et l'autre temporel : le patriarche était le seigneur spirituel, et le roi « le seigneur temporel.

« Le patriarche étendait sa juridiction sur les quatre archevêchés de Tyr, de

NOTES

« Césarée, de Nazareth et de Krak ; il avait pour suffragants les évêques de Beth- « léem, de Lyde et d'Hébron ; de lui dépendaient encore les six abbés de Mont-Sion, « de la Latine, du Temple, du Mont-Olivet, de Josaphat et de Saint-Samuel; le « prieur du Saint-Sépulcre, et les trois abbesses de Notre-Dame-la-Grande, de « Sainte-Anne et de Saint-Ladre.

« Les archevêques avaient pour suffragants : celui de Tyr, les évêques de Bé- « rith, de Sidon, de Panéas et de Ptolémaïs; celui de Césarée, l'évêque de Sébaste ; a de Nazareth, l'évêque de Tibériade et le prieur du Mont-Tabor ; celui de Krak, « l'évêque du Mont-Sinaï.

« Les évêques de Saint-George, de Lyde et d'Acre, avaient sous leur juridiction : a le premier, les deux abbés de Saint-Joseph-d'Arimathie et de Saint-Habacuc, les « deux prieurs de Saint-Jean-l'Évangéliste et de Sainte-Catherine du Mont-Gisart, « avecl'abbesse des Trois-Ombres ; le deuxième, la Trinité et les Repenties.

« Tous ces évêchés, abbayes, chapitres, couvents d'hommes et de femmes, paa missent avoir eu d'assez grands biens, à en juger par les troupes qu'ils étaient a obligés de fournir à l'État. Trois ordres surtout, religieux et militaires tout à la « fois, se distinguaient par leur opulence ; ils avaient dans le pays des terres cona sidérables, des châteaux et des villes.

« Outre les domaines que le roi possédait en propre, comme Jérusalem, Naplouse, « Acre, Tyr et leur dépendance, on comptait dans le royaume quatre grandes ba- « ronnies; elles comprenaient, la première, les comtés de Jafa et d'Ascalon, avec « les seigneuries de Rama, de Mirabel et d'Ybelin ; la deuxième, la principauté de a Galilée ; la troisième, les seigneuries de Sidon, de Césarée et de Bethsan ; la « quatrième, les seigneuries de Krak, de Montréal et d'Hébron. Le comté de Tripoli « formait une principauté à part, dépendante mais distinguée du royaume de « Jérusalem.

« Un des premiers soins des rois avait été de donner un Code à leur peupie. « De sages hommes furent chargés de recueillir les principales lois des différents « pays d'où étaient venus les Croisés, et d'en former un corps de législation, d'après « lequel les affaires civiles et criminelles seraient jugées. On établit deux cours de « justice : la haute pour les nobles, l'autre pour la bourgeoisie et toute la roture. « Les Syriens obtinrent d'être jugés suivant leurs propres lois.

« Les différents seigneurs, tels que les comtes de Jafa, les seigneurs d'Ybelin, de a Césarée, de Caïfas, de Krak, l'archevêque de Nazareth, etc., eurent leurs cours « et justices; et les principales villes, Jérusalem, Naplouse, Acre, Jafa, Césarée, « Bethsan, Hébron, Gades, Lyde, Assur, Panéas, Tibériade, Nazareth, etc.,, leurs « cours et justices bourgeoises : les justices seigneuriales et bourgeoises, au nombre a d'abord de vingt à trente de chaque espèce, augmentèrent à proportion que l'État « s'agrandissait.

« Les baronnies et leurs dépendances étaient chargées de fournir deux mille « cavaliers ; les villes de Jérusalem, d'Acre et de Naplouse en devaient six cent « soixante-six, et cent treize sergents; les cités de Tyr, de Césarée, d'Ascalon, de « Tibériade, mille sergents.

« Les églises, évêques, abbés, chapitres, etc., devaient en donner environ sept < mille ; savoir : le patriarche, l'église du Saint-Sépulcre, l'évêque de Tibériade, et i l'abbé du Mont-Tabor, chacun six cents ; l'archevêque de Tyr et l'évêque de

NOTES

« Tibériade, chacun cinq cent cinquante ; les évèques de Lyde et de Bethléem, « chacun deux cents ; et les autres à proportion de leurs domaines.

« Les troupes de l'État réunies rirent d'abord une année de dix à douze mille « hommes : on les porta ensuite à quinze ; et quand Lusignan fut défait par Sala- « din, son armée montait à près de vingt-deux mille hommes, toutes troupes du « royaume.

« Malgré les dépenses et les pertes qu'entraînaient des guerres presque contio nuelles, les impôts étaient modérés, l'abondance régnait dans le pays, le peuple « se multipliait, les seigneurs trouvaient dans leurs fiefs de quoi se dédommager « de ce qu'ils avaient quitté en Europe ; et Baudouin du Bourg lui-même ne regretta « pas longtemps son riche et beau comté d'Édesse. »

NOTE L

Cette citation faisait partie du texte dans les deux premières éditions.

Je ne puis cependant m'empécher de donner ici un calcul qui faisait partie de mon travail : il est tiré de Y Itinéraire de Benjamin de Tudèle. Ce juif espagnol avait parcouru la terre au treizième siècle pour déterminer l'état du peuple hébreu dans le monde connu l. J'ai relevé, la plume à la main, les nombres donnés par le voyageur, et j'ai trouvé sept cent soixante-huit mille huit cent soixante-cinq Juifs dans l'Afrique, l'Asie et l'Europe. Il est vrai que Benjamin parle des Juifs dAllemagne sans en citer le nombre, et qu'il se tait sur les Juifs de Londres et de Paris. Portons la somme totale à un million d'hommes ; ajoutons à ce million d'hommes un million de femmes et deux millions d'enfants, nous aurons quatre millions d'individus pour la population juive au treizième siècle. Selon la supputation la plus probable, la Judée proprement dite, la Galilée, la Palestine ou l'Idumée, comptaient, du temps de Vespasien, environ six ou sept millions d'habitants ; quelques auteurs portent ce nombre beaucoup plus haut : au seul siège de Jérusalem par Titus il périt onze cent mille Juifs. La population juive aurait donc été, au treizième siècle, le sixième de ce qu'elle était avant sa dispersion. Voici le tableau tel que je l'ai composé d'après l'Itinéraire de Benjamin. Il est curieux d'ailleurs pour la géographie du moyen âge; mais les noms des lieux y sont souvent estropiés par le voyageur : l'original hébreu a dû se refuser à leur véritable orthographe dans certaines lettres ; Arias Montanus a porté de nouveUes altérations dans la version latine, et la traduction française achève de défigurer ces noms :

i II n'est pourtant pas bien clair que Benjamin ait parcouru tous les lieux qu'il a nommés. Il est même évident, par des passages du texte hébreu, que le voyageur juif n'a souvent écrit aue sur des Mémoires.

NOTES

VILLES. JUIFS

Barcelone (chefs). 4

Nar bonne 300

Bidrasch (chefs). 3

Montpellier (chefs). 6

Lunel 300

Beaucaire 40

Saint-Gilles 100

Arles 200

Marseille 300

Gênes 20

Lucques . 40

Borne 200

Capoue 300

Naples 500

Salerne 600

Malfi 20

Bénévent 200

3Ialchi 200

Ascoli 40

Trani 200

Tarente 300

- Bardenis 10

Otrante 500

Corfou 1

Leptan 100

Achilon 10

Fatras 50

Lépante 100

Crissa 200

Corinthe 300

Thèbes 2,000

Egrifou 100

Jabustérisa 100

Sinon-Potamon 40

Gardegin (quelques Juifs).

Armilon 500

Bissine 100

Séleucie 500

Mitricin 20

Darman 140

Canisthol 20

Constantinople 1,000

Doroston 100

Galipoline , 200

Galas 50

Mitylen (une université).

Giham 500

Ismos 300

Rhodes 500

Dophros (assemblée de Juifs).

Laodicée 200

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