‹ Itinéraire de Paris à JérsusalemChapitre 48 sur 71 · REPORT · texte numérisé non relu

REPORT

Samura 1,500

Chuzsetham 7,000

Robard-Bar 2,000

Vaanath 4,000

Pays de Molhhaath (deux synagogues).

Charian 25,000

Hhamdan 50,000

Tabarethau 4,000

Asbaham. 15,000

Scaphas 10,000

Ginat 8,000

Samareant. . 50,000

Dans les montagnes de Nisbon, appartenant au roi de Perse, on dit qu'il y a quatre tribus d'Israël, savoir : Dan, Zabulon, Aser et Nephtali.

Cherataan 500

a reporter. 654,405

VILLES. JUIFS

REPORT. ti54,405

Kathiphan 50,000

Pays de Haalam (les Juifs, au nombre de vingt familles).

Ile de Cheneray 23,000

Gingalan 1,000

L'Ynde (une grande quantité de Juifs).

Hhalavan 1,300

Cita 30,000

Misraim 2,000

Gossen 1,000

Al-Bubug 200

Ramira 700

Lamhbala 500

Alexandrie 3,000

Damiète 200

Tunis 40

Messine 20

Palerme 1,500

Total 768,865

Benjamin ne spécifie point le nombre des Juifs d'Allemagne ; mais il cite les villes où se trouvaient les principales synagogues; ces villes sont : Coblentz, Andernach, Caub,Creutznach, Bengen, Germersheim, Munster, Strasbourg, Mantern, Freising, Bamberg, Tsor et Beguespurch. En parlant des Juifs de Paris, il dit :

In qua sapientium discipuli sunt omnium qui hodie in omni regione sunt doc- Hssimi.

NOTE M

Cette citation faisait partie du texte dans les premières éditions. Josèphe parle ainsi du premier Temple.

« La longueur du Temple est de soixante coudées, sa hauteur d'autant, et sa « largeur de vingt. Sur cet édifice on en éleva un autre de même grandeur ; et « ainsi, toute la hauteur du Temple était de six vingts coudées. Il était tourné « vers l'orient, et son portique était de pareille hauteur de six vingts coudées, « de vingt de long et de six de large. Il y avait à l'entour du Temple trente cham- « bres en forme de galeries, et qui servaient au dehors comme d'arcs-boutants a pour le soutenir. On passait des unes dans les autres, et chacune avait vingt « coudées de long, autant de large, et vingt de hauteur. Il y avait au-dessus de « ces chambres deux étages de pareil nombre de chambres toutes semblables. « Ainsi, la hauteur des trois étages ensemble, montant ensemble à soixante cou- « dées, revenait justement à la hauteur du bas édifice du Temple dont nous ve- « nons de parler ; et il n'y avait rien au-dessus. Toutes ces chambres étaient cou-

-NOTES

« vertes de bois de cèdre, et chacune avait sa couverture à part, en forme de « pavillon; mais elles étaient jointes par de longues et grosses poutres, afin de « les rendre plus fermes, et ainsi elles ne faisaient ensemble qu'un seul corps. « Leurs plafonds étaient de bois de cèdre fort poli, et enrichis de feuillages dorés, « taillés dans le bois. Le reste était aussi lambrissé de bois de cèdre, si bien tra- « vaillé et si bien doré, qu'on ne pouvait y entrer sans que leur éclat éblouît les « yeux. Toute la structure de ce superbe édifice était de pierres si polies et telle- « ment jointes, qu'on ne pouvait pas en apercevoir les liaisons ; mais il semblait « que la nature les eût formées de la sorte, d'une seule pièce, sans que l'art ni « les instruments dont les excellents maîtres se servent pour embellir leurs ou- « vrages, y eussent en rien contribué. Salomon fit faire dans l'épaisseur du mur, « du côté de l'orient, où il n'y avait point de grand portail, mais seulement deux « portes, un degré à vis de son invention pour monter jusqu'au haut du Temple. « Il y avait dedans et dehors le Temple des ais de cèdre, attachés ensemble avec « de grandes et fortes chaînes, pour servir encore à le maintenir en état.

« Lorsque tout ce grand corps de bâtiment fut achevé, Salomon le fit diviser « en deux parties, dont l'une nommée le Saint des Saints ou Sanctuaire, qui « avait vingt coudées de long, était particulièrement consacrée à Dieu, et il n'était « permis à personne d'y entrer ; l'autre partie, qui avait quarante coudées de « longueur, fut nommée le Saint Temple, et destinée pour les sacrificateurs. Ces « deux parties étaient séparées par de grandes portes de cèdre, parfaitement bien « taillées et fort dorées, sur lesquelles pendaient des voiles de lin, pleins de di- « verses fleurs de couleur de pourpre, d'hyacinthe et d'écarlate...

« Salomon se servit, pour tout ce que je viens de dire, d'un ouvrier admirable, « mais principalement aux ouvrages d'or, d'argent et de cuivre, nommé Chiram, « qu'il avait fait venir de Tyr, dont le père, nommé Ur, quoique habitué à Tyr, « était descendu des Israélites, et sa mère était de la tribu de Nephtali. Ce même « homme lui fit aussi deux colonnes de bronze qui avaient quatre doigts d'épais- « seur, dix-huit coudées de haut, et douze coudées de tour, au-dessus desquelles « étaient des corniches de fonte en forme de lis, de cinq coudées de hauteur. Il « y avait à l'entour de ces colonnes des feuillages d'or qui couvraient ces lis, et on « y voyait pendre en deux rangs deux cents grenades aussi de fonte. Ces co- « lonnes furent placées à l'entrée du porche du Temple ; l'une nommée Jachim, « à la main droite; et l'autre nommée Boz, à la main gauche...

« Salomon fit bâtir hors de cette enceinte une espèce d'autre temple d'une « forme quadrangulaire, environné de grandes galeries ; avec quatre grands por- « tiques qui regardaient le levant, le couchant, le septentrion et le midi, et aux- « quels étaient attachées de grandes portes toutes dorées; mais il n'y avait que « ceux qui étaient purifiés selon la loi, et résolus d'observer les commandements « de Dieu, qui eussent la permission d'y entrer. La construction de cet autre « temple était un ouvrage si digne d'admiration, qu'à peine est-ce une chose « croyable; car, pour le pouvoir bâtir au niveau du haut de la montagne sur lait quelle le Temple était assis, il fallut remplir, jusqu'à la hauteur de quatre cents « coudées, un vallon dont la profondeur était telle qu'on ne pouvait la regarder « sans frayeur. Il fit environner ce temple d'une double galerie soutenue par un « double rang tle colonnes de pierre d'une seule pièce ; et ces galeries, dont ItinérAire 27

NOTES

« toutes les portes étaient d'argent, étaient lambrissées de bois de cèdre 1'. »

Il est clair par cette description que les Hébreux, lorsqu'ils bâtirent le premier Temple, n'avaient aucune connaissance des ordres. Les deux colonnes de bronze suffisent pour le prouver : les chapiteaux et les proportions de ces colonnes n'ont aucun rapport avec le premier dorique, seul ordre qui fût peut-être alors inventé dans la Grèce ; mais ces mêmes colonnes, ornées de feuillages d'or, de fleurs de lis et de grenades, rappellent les décorations capricieuses de la colonne égyptienne. Au reste, les chambres en forme de pavillons, les lambris de cèdre doré, et tous ces détails imperceptibles sur de grandes masses, prouvent la vérité de ce que j'ai dit sur le goût des premiers Hébreux.

NOTE N

Cette citation faisait partie du texte dans les deux premières éditions.

Le plus ancien auteur qui ait décrit la mosquée de la Roche, est Guillaume de Tyr : il la devait bien connaître, puisqu'elle sortait à peine des mains des chrétiens à l'époque où le sage archevêque écrivait son histoire. Voici comment il en parle :

« Nous avons dit, au commencement de ce livre, qu'Omar, fils de Calab, avait

« fait bâtir ce Temple

« . . et c'est ce que prouvent évidemment les inscriptions an-

« tiennes gravées au dedans et au dehors de cet édifice. ...»

L'historien passe à la description du parvis, et il ajoute :

« Dans les angles de ce parvis il y avait des tours extrêmement élevées, du « haut desquelles, à certaines heures, les prêtres des Sarrasins avaient coutume « d'inviter le peuple à la prière. Quelques-unes de ces tours sont demeurées de- « bout jusqu'à présent; mais les autres ont été ruinées par différents accidents. « On ne pouvait entrer ni rester dans le parvis sans avoir les pieds nus et lavés.

« Le temple est bâti au milieu du parvis supérieur; il est octogone et décoré, « en dedans et en dehors, de carreaux de marbre et d'ouvrages de mosaïque. Les « deux parvis, tant le supérieur que l'inférieur, sont pavés de dalles blanches « pour recevoir pendant l'hiver les eaux de la pluie qui descendent en grande « abondance des bâtiments du Temple, et tombent très-limpides et sans limon « dans les citernes au-dessous. Au milieu du Temple, entre le rang intérieur des « colonnes, on trouve une roche un peu élevée ; et sous cette roche il y a une « grotte pratiquée dans la même pierre. Ce fut sur cette pierre que s'assit l'ange « qui, en punition du dénombrement du peuple fait inconsidérément par David, « frappa ce peuple jusqu'à ce que Dieu lui ordonnât de remettre son épée»dans le « fourreau. Cette roche, avant l'arrivée de nos armées, était exposée nue et dé-

1 Histoire des Juifs, trad. d'Arnaud d'Audilly.

NOTES

« couverte ; et elle demeura encore en cet état pendant quinze années; mais ceux « qui dans la suite furent commis à la garde de ce lieu, la recouvrirent, et « construisirent dessus un chœur et un autel, pour y célébrer l'office divin.

Ces détails sont curieux, parce qu'il y a huit cents ans qu'ils sont écrits ; mais ils nous apprennent peu de chose sur l'intérieur de la mosquée. Les plus anciens voyageurs, Arculfe dans Adamannus, Willibaldus, Bernard le Moine , Ludolphe, Breydenbach, Sanut, etc., n'en parlent que par ouï-dire, et ils ne paraissent pas toujours bien instruits. Le fanatisme des musulmans était beaucoup plus grand dans ces temps reculés qu'il ne l'est aujourd'hui, et jamais ils n'auraient voulu révéler à un chrétien les mystères de leurs temples. Il faut donc passer aux voyageurs modernes, et nous arrêter encore à Deshayes.

Cet ambassadeur de Louis XU1 aux lieux saints refusa, comme je l'ai dit, d'entrer dans la mosquée de la Roche ; mais les Turcs lui en firent la description.

« 11 y a, dit-il, un grand dôme qui est porté au dedans par deux rangs de co- « lonnes de marbre, au milieu duquel est une grosse pierre, sur laquelle les Turcs « croient que Mahomet monta quand il alla au^eiel. Pour cette cause, ils y ont « une grande dévotion; et ceux qui ont quelque moyen fondent de quoi entretenir « quelqu'un, après leur mort, qui lise l'Alcoran, à l'entour de cette pierre, à leur ,« intention.

« Le dedans de cette mosquée est tout blanchi, hormis en quelques endroits, où « le nom de Dieu est écrit en grands caractères arabiques. »

Ceci ne diffère pas beaucoup de la relation de Guillaume de Tyr. Le père Roger nous instruira mieux; car il paraît avoir trouvé le moyen d'entrer dans la mosquée. Du moins voici comment il s'en explique :

« Si un chrétien y entrait (dans le parvis du Temple), quelques prières qu'il « fit en ce lieu, disent les Turcs, Dieu ne manquerait pas de l'exaucer, quand « même ce serait de mettre Jérusalem entre les mains des chrétiens. C'est pour- « quoi, outre la défense qui est faite aux chrétiens, non-seulement d'entrer dans « le Temple, mais même dans le parvis, sous peine d'être brûlés vifs ou de se « faire Turcs, ils y font une soigneuse garde, laquelle fut gagnée de mon temps « par un stratagème qu'il ne m'est pas permis de dire, pour les accidents qui en « pourraient arriver, me contentant de dire toutes les particularités qui s'y re- « marquent. »

Du parvis il vient à la description du Temple.

« Pour entrer dans le Temple, il y a quatre portes situées à l'orient, occident, « septentrion et midi ; chacune ayant son portail bien élabouré de moulures, et « six colonnes avec leurs pieds-d'estail et chapiteaux, le tout de marbre et de « porphyre. Le dedans est tout de marbre blanc : le pavé même est de grandes « tables de marbre de diverses couleurs, dont la plus grande partie, tant des co- « lonnes que du marbre, et le plomb, ont été pris par les Turcs, tant en l'église « de Bethléem qu'en celle du Saint-Sépulcre, et autres qu'ils ont démolies.

« Dans le Temple il y a trente-deux colonnes de marbre gris en deux rangs, « dont seize grandes soutiennent la première voûte, et les autres le dôme, eha- « cune étant posée sur son pied-d'estail et leurs chapiteaux. Tout autour des co- « lonnes il y a £e très-beaux, ouvrages de fer doré et de cuivre, fait en forme de « chandeliers, sur lesquels il y a sept mille lampes posées, lesquelles brûlent de-

NOTES

« puis le jeudi au soleil couché jusqu'au vendredi matin ; et tous les ans un mois « durant, à savoir, au temps de leur ramadan, qui est leur carême.

« Dans le milieu du Temple, il y a une petite tour de marbre, où l'on monte « en dehors par dix-huit degrés. C'est où se met le cadi tous les vendredis, depuis « midi jusqu'à dsu.x heures, que durent leurs cérémonies, tant la prière que les « expositions qu'il fait sur les principaux points de l'Alcoran.

« Outre les trente-deux colonnes qui soutiennent la voûte et le dôme, il y en a « deux autres moindres, assez proches de la porte, de l'occident, que l'on montre « aux pèlerins étrangers, auxquels ils font accroire que lorsqu'ils passent libre- « ment entre ces colonnes, ils sont prédestinés pour le paradis de Mahomet, et di- « sent que si un chrétien passait entre ces colonnes, elles se serreraient et l'écra- « seraient. J'en sais bien pourtant à qui cet accident n'est pas arrivé, quoiqu'ils « fussent bons chrétiens.

« A trois pas de ces deux colonnes il y a une pierre dans le pavé, qui semble de marbre noir, de deux pieds et demi en carré, élevée un peu plus que le pavé. En cette pierre il y a vingt-trois trous où il semble qu'autrefois il y ait eu des clous, comme de fait il en reste encore deux. Savoir à quoi ils servaient, je ne le sais pas : même les mahométans l'ignorent, quoiqu'ils croient que c'était sur cette pierre que les prophètes mettaient les pieds lorsqu'ils descendaient de cheval pour entrer au Temple, et que ce fut sur cette pierre que descendit Mahomet lorsqu'il arriva de l'Arabie Heureuse, quand il fit le voyage du Paradis, pour traiter d'affaires avec Dieu. »

NOTE 0

Cette note faisait partie du texte dans les deux premières éditions. '

« Cependant la barque s'approcha, et Septimius se leva le premier en pieds qui salua Pompeius, en langage romain, du nom (ïlmperator, qui est à dire, souverain capitaine, et Achillas le salua aussi en langage grec, et luy dit qu'il passast en sa barque, pource que le long du rivage il y avoit force vase et des bans de sable, tellement qu'il n'y avoit pas assez eau pour sa galère ; mais en mesme temps on voyoit de loing plusieurs galères de celles du roy, qu'on armoit en diligence, et toute la coste couverte de gens de guerre, tellement que quand Pompeius et ceulx de sa compagnie eussent voulu changer d'advis, ils n'eussent plus sceu se sauver, et s'il y avoit d'avantage qu'en monstrant de se deffier, ils donnoient au meurtrier quelque couleur d'exécuter sa meschanceté. Parquoy prenant congé de sa femme Cornelia, laquelle desjà avant le coup faisoit les lamentations de sa fin, il commanda à deux centeniers qu'ilz entrassent en la barque de l Égyptien devant luy, et à un de ses serfs affranchiz qui sappeloit Philippus, avec un autre esclave qui se nommoit Scynes. Et comme ja Achillas luy tendoit la main de dedans sa barque, il se retourna devers sa femme et son filz, et leur dit ces vers de Sophocle :

NOTES

Qui en maison de prince entre, devient Serf, quoy qu'il soit libre quand il y vient.

Ce furent les dernières paroles qu'il dit aux siens, quand il passa de sa galère en la barque : et pource qu'il y avoit loing de la galère jusqu'à la terre ferme, voyant que par le chemin personne ne lui entamoit propos d'amiable entretien, il regarda Septimius au visage, et luy dit : « Il me semble que je te recognois, compagnon, pour avoir autrefois esté à la guerre avec moy. » L'autre lui feit signe de la teste seulement qu'il étoit vray, sans luy faire autre réponse ne caresse quelconque : parquoy n'y ayant plus personne qui dist mot, il prist en sa main un petit livret, dedans lequel il avoit escript une harengue en langage grec, qu'il vouloit faire à Ptolemaeus, et se meit à la lire. Quand ilz vindrent à approcher de la terre, Cornelia, avec ses domestiques et familiers amis, se leva sur ses pieds, regardant en grande détresse quelle seroit l'issue. Si luy sembla qu'elle devoit bien espérer, quand elle aperceut plusieurs des gens du roy, qui se présentèrent à la descente comme pour le recueillir et l'honorer : mais sur ce poinct ainsi comme il prenoit la main de son afTranchy Philippus pour se lever plus à son aise, Septimius vint le premier par derrière qui lui passa son espée à travers le corps, après lequel Salvius et Achillas dégainnèrent aussi leurs espées, et adonc Pompeius tira sa robe à deux mains au-devant de sa face, sans dire ny faire aucune chose indigne de luy, et endura vertueusement les coups qu'ilz luy donnèrent, en souspirantun peu seulement; estant aagé de cinquante-neuf ans, et ayant achevé sa vie le jour ensuivant celuy de sa nativité. Ceulx quiestoient dedans les vaisseaux à la rade, quand ilz aperceurent ce meurtre jettèrent une si grande clameur, que l'on l'entendoit jusques à la coste,et levant en diligence lesanchres se mirent à la voile pour s'enfouir, à quoi leur servit le vent qui se leva incontinent frais aussi tost qu'ilz eurent gaigné la haute mer, de manière que les Égyptiens qui s'appareilloient pour voguer après eulx, quand ils veirent cela, s'en déportèrent, et ayant coupé la teste en jettèrent le tronc du corps hors de la barque, exposé, à qui eut envie de veoir un si misérable spectacle. « Philippus son affranchydemoura toujours auprès, jusques à ce que les Égyptiens furent assouvis de le regarder, et puis l'ayant lavé de l'eau de la mer, et enveloppé d'une siene pauvre chemise, pource qu'il n'avoit autre chose, il chercha au long de la grève, où il trouva quelque demourant d'un vieil bateau de pescheur, dont les pièces estoient bien vieilles, mais suffisantes pour brusler un pauvre corps nud, et encore non tout entier. Ainsi comme il les amassoit et assembloit, il survint un Romain homme d'aage, qui en ses jeunes ans avoit esté à la guerre sous Pompeius : si luy demanda, « Qui es tu, mon amy, qui fais cet apprest pour les funérailles du grand Pompeius? » Philippus luy respondit qu'il estoit un sien affranchy. « Ha, dit le Romain, tu n'auras pas tout seul cest honneur, et te prie, veuille-moy recevoir pour compagnon en une si saincte et si dévote rencontre, afin que je n'aie point occasion de me p'aindre en tout et partout de m'estre habitué eu pays estranger, ayant, en recompense de plusieurs maulx que j'y ay endurez, rencontré au moins ceste bonne adventure de pou voir toucher avec mes mains, et aider à ensepvelir le plus grand capitaine des Romains. «'Voilà comment Pompeius fut ensepulturé. Le lendemain Lucius

NOTES

* Lentulus ne sachant rien de ce qui estoit passé, ains venant de Cypre, alloit « cinglant au long du rivage, et aperceut un feu de funérailles, et Philippus au- « près, lequel il ne recongneut pas du premier coup : si luy demanda, « Qui est « celuy qui, ayant ici achevé le cours de sa destinée, repose en ce lieu ? » Mais « soudain, jettant un grand soupir, il ajouta: « Hélas! à l'adventure est-ce toi, « grand Pompeius ? » Puis descendit en terre, là où tantost après il fut pris et tué. « Telle fut la fin du grand Pompeius.

« Il ne passa guère de temps après que Csesar n'arrivast en Egypte ainsi troublée « et étonnée, là où lui fut la teste de Pompeius présentée; mais il tourna la face « arrière pour ne la point veoir, et ayant en horreur celui qui la lui présentait « comme un meurtrier excommunié, se prit à plorer : bien prit-il l'aneau du- « quel il cachettoit ses lettres, qui lui fut aussi présenté, et où il y avoitengravé « en la pierre un lion tenant une espée ; mais il feit mourir Achillas et Pothinus : « et. leur roy mesme Ptolomœus ayant esté défait dans une bataille au long de la « rivière du Nil, disparut, de manière qu'on ne sceut onquespuis qu'il étoit devenu. « Quant au rhétoricien Théodotus, il échappa la punition de Csesar : car il s'en « fouit de bonne-heure, et s'en alla errant çà et là par le pays d'Egypte, estant mi- « sérable et haï de tout le monde. Mais depuis, Marcus Brutus, après avoir occis « Cœsar, se trouvant le plus fort en Asie, le rencontra par cas d'adventure, et « après lui avoir fait endurer tous les tourments dont il se peut adviser, le feit fi- « nalement mourir. Les cendres du corps de Pompeius furent depuis rapportées « à sa femme Cornelia, laquelle les posa en une siene terre qu'il avoit près la ville h de Alba. »

NOTE P

Fragment d'une Lettre de J. B. G. d'Ânsse de Villoison, membre de l'Institut de France, au professeur Millin, sur l'inscription grecque de la prétendue colonne de Pompée.

Le professeur Jaubert vient de rapporter d'Alexandrie une copie de l'inscription fruste qui porte faussement le nom de Pompée. Cette copie est parfaitement conforme à une autre que j'avais déjà reçue. La voici avec mes notes et avec ma traduction :

1 TO... QTATONAYTOKPATOPA

2 TONIlAlOYXOWAAEZANAPEIAC

3 AIOK.H.IANONTON...TON

4 no...ERAPxoCAirrnroY

Ligne première,™. Il est évident que c'est l'article rdv.

Ibidem, ligne première,... QTATONAYTOKPATOPA. 11 est également clair que c'est une épithète donnée à l'empereur Dioctétien ; mais, pour la trouver, il faut chercher un superlatif qui se termine en wtoctcv par un oméga (et non par un omicron, ce qui serait plus facile et plus commun), et ensuite qui convienne par-

NOTES. 423

ticulièrement à ce prince. Je crois que c'est éotcoTavov, très-saint : qu'on ne soit pas surpris de cette épithète ; je la vois donnée à Dioclétien sur une inscription grecque découverte dans la vallée de Thymbra (aujourd'hui Thimbrek-Déré) , près la plaine de Bounar-Bachi, et rapportée par Lechevalier, n° 1, page 256 de son Voyage dans la Troade, seconde édition, Paris, an VII, in-8°. On y lit : TON OCIfi- TATON HMfîN ATTOKPATOPDN A10KAHTIANOY K.A.I MAHIMIANOY ; c'est-àdire de nos très-saints empereurs Dioclétien et Maximien. Sur une autre inscription d'une colonne voisine, ils partagent avec Constance-Chlore ce même titre, oCTuorarct, très-saints, dont les empereurs grecs chrétiens du Bas-Empire ont hérité, comme je l'ai observé ibidem, page 249.

Ligne 2. TON nOAIOTXON AAEEANAPEIAC. C'est proprement le protecteur, le génie tutélaire a' Alexandrie. Les Athéniens donnaient le nom de 7roXtcù-/c; à Minerve, qui présidait à leur ville et la couvrait de son égide. Voyez ce que dit Spanheim sur le 53e vers de l'hymne de Callimaque, sur les bains de Pal las, pages 668 et suiv., tome II, édition d'Ernesti.

Ligne 3. AIOK.H.IANON. Le A et le T sont détruits ; mais on reconnaît tout de suite le nom de Dioclétien, A10KAHT1ANON.

Ibid., ligne 3. TON. ..TON. Je crois qu'il faut suppléer CEBACTON, c'est-à-dire Auguste, tôv CTîëacro'v, Tout le monde sait que Dioclétien prend les deux titres d'eùtfsêv); et de (nëaaroç, pius Augustus , sur plusieurs médailles, et celui de osêaG-rd;, Auguste, sur presque toutes, notamment sur celles d'Alexandrie, et le place immédiatement après son nom. Voyez M. Zoëga, pages 335 et suiv. de ses Nummi JEgyptii imperatorii, Bomae, 1787, inA°.

Quatrième et dernière ligne, no. C'est l'abréviation si connue de ricgXto^ Publius. Voyez Corsini, pag. 55, col. \.De notis Grœcorum, Florent iœ, 1749, in-folio, Gennaro Sisti, page 51 de son Indirizzo per la lettura greca dalle sue oscurità rischiarata, in Napoli, 1758, m-8°, etc. Les Bomains rendaient le même nom de Publius, par ces deux lettres PV. Voyez page 328 d'un ouvrage fort utile, et totalement inconnu en France, intitulé : Notœ et siglœ quœ in nummis et lapidibus apud Romanos obtinebant, explicatœ, par mon savant et vertueux ami feu M. Jean-Dominique Coletti, ex-jésuite vénitien, dont je regretterai sans cesse la perte. Ses estimables frères, les doctes MM. Coletti, les Aides de nos jours, ont donné cet ouvrage classique à Venise, 1785, in-4°.

Peut-être la lettre initiale du nom suivant, entièrement effacé, de ce préfet d'Egypte, était-elle un M, qu'on aura pu joindre mal à propos dans cette occasion aux lettres précédentes no. Alors on aura pu croire que nOM était une abréviation de nOMIlHIOC, Pompée, dont le nom est quelquefois indiqué par ces trois lettres, comme dans une inscription de Sparte, rapportée n° 248, pag. xxxvm des Inscriptiones et Epigrammata grœca et latina, reperta a Cyriaco Anconitano, recueil publié à Borne, in- fol., en 1654, par Charles Moroni, bibliothécaire du cardinal Albani. Voyez aussi Maffei, pag. 66 de ses Siglœ Grœcorum lapidariœ, Veronœ, l74G,m-8°, Gennaro Sisti, 1. c, pag. 51, etc. Cette erreur en aurait engendré une autre, et aurait donné lieu à la dénomination vulgaire et fausse de colonne de Pompée. Les seules lettres HO suffisaient pour accréditer cette opinion dans des siècles* d'ignorance.

Quoi qu'il en soit de cette conjecture, les historiens qui ont parlé du règne de

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