‹ Itinéraire de Paris à Jérusalem (volume 4)Chapitre 10 sur 111 · DE LA TROISIÈME ÉDITION DE LA NOTE · texte numérisé non relu

DE LA TROISIÈME ÉDITION DE LA NOTE

Un rare spectacle a été donné au monde depuis la publication de la dernière édition de celte Note : deux princes ont tour à tour refusé l'empire, et se sont montrés également dignes de la couronne, en renonçant à la porter.

Quoique cette couronne soit enfin restée sur la tête du grand due Nicolas, et que l'avant-propos de la Note parle de Constantin comme empereur, On n'a rien changé au texte de cet avantpropos. Il y à une politique commune à tous les rois : c’est celle qui est fondée sur les principes éternels de la religion et de la justice; bien différente de cette politique qu’il faut accommoder aux temps et aux hommes, de celte politique qui vous oblige de rétracter le lendemain ce que vous &vez écrit la veille, parce qu'un événement es! arrivé, parce qu’un monarque a disparu.

Mais serait-ce le sort de celte Grèce infortunée de voir tourner contre elle jusqu'aux vertus mêmes qui la pourraient secourir ? Le temps tes à une luite où les progrès des idées du siècle

se sont fait remarquer au milieu de la résistance des mœurs na- | tionales et militaires , ce lemps à été perdu pour le salut d'un

peuple dont on presse l'exterminalion : landis que deux frères se renvoyaient généreusement le diadème, les Grecs, héritiers les uns des autres, se léguaïent en mourant la couronne du martyre, et pas un d’eux n'a refusé d'en parer sa tête. Mais ces monarques à la façon de la religion, de la liberté et du malheur, se succèdent rapidement sur leur trône ensanglanté; celle race royale sera bientôt épuisée : on ne saurait trop se hâler, si l’on. en veut sauver le reste. À

On assifre qu'ibrabim, arrivé à Patras, va faire transporter une

| partie de son armée à Missolonghi. Cette place, assiégée depuis

près d'un an, et qui a résisté aux bandes tumultueuses de Reschid-Pacha, pourra-t-elle , avec des remparts à moitié détruits, des inoyens de défense épuisés, une garnison affaiblie, résister aux brigands disciplinés d'Ibrahim? Au moment même où l’on publie la nouvelle édition de cette Note; le voyageur cherche peut-être en vain Missolonghi, comme ce messager de l’ancienne Athènes, qui, en passant, n'avait plus va Olynthe, Nous invitons les monarques de là terre à délivrer des hommes dont le Hoi des rois a peul-être à jamais brisé les chaines. Nous écrivons peultêlre sans le savoir sur le tombeau de la Grèce moderne , comme jadis nous a ons écrit sur le tombeau de la Grèce antique.

Si Ja Grèce avait succombé une seconde fois, ce serait pour notre âge le grand crime de l'Europe chrétienne, œuvre illégitime de ce siècle, qui pourtant a rétabli la légitimité, la faute qui serait punie bien avant que ce siècle se suit écoulé, Toute injustice po= litique à sa conséquence inévitable , et celle consequence est un

châtiment. Dans l’ordre moral et religieux, ce châtiment n’est as moins certain. Le sang des pères massacrés ponr être restés

fidèles à leur religion, la voix des tils tomhés dans l'infidélité, ne mangueraient pas d’altirer sur nous les vengeances et les malédictions du ciel. MC

Et quelle double abominalion! Quoi! ces vaisseaux de chréliens qui ont porté en Europe les hordes mahomnétanes de l'A: frique pour égorger des chrétiens, ont rapporté en Afrique les femmes et les enfants de ces chrétiens pour être vendus et réduits en servilude! Etces auteurs de la traite des blancs oseraient parler de l'abolition de la traite des nègres, oseraient prononcer des paroles d'humanité, oseraient se vanter de la philanthropie de leur politique! |

Non, elles ne seront point admises à dire qu’ellesétaient chrétiennes, ces générations qui auraient vu sans l'arrêter le massacre de tout un peuple chrétien. Vous n'étiez point chrétiens, répondra la Justice divine, vous qui demandiez des lois contre le sacrilége, et qui laissiez changeren mosquées les temples du vrai Dieu ; vous n’étiez point chrétiens, vous qui appeliez la sévérité des tribunaux sur des écrits irréligieux, et qui trouviez bon que le Coran fût enseigné aux enfants chrétiens tombés dans l'esclavage ; vous n’étiez pas chrétiens, vous qui multipliez en France les monastères, el qui laissiez violer en Orient les retraites des servantes du Seigneur; vous n'éliez pas chréliens, vous qui fréquentiez les hôpitaux, qui ne parliez que de charité et d'œuvres de miséricorde, et qui avez abandonné à toutes les douleurs quatre 1nillions de chrétiens dont les plaies accusent votre charité: vous n’étiez point chrétiens, vous qui vous faisiez un triomphe de ramener à l'Église catholique quelques-uns de yosfrères protestants, etqui avez souffert que vos frères du rit grec fussent contraints d’embrasser l'islamisme ; vous n'étiez pas chrétiens vous qui vousunissiez pour approcher ensemble de la sainte table, et.qui, l'hostie sur les 1èvres, condamniez les adorateurs de la victime sans tache aux prostitutions .de l'apostasie] Vous avez dit avec le pharisien : « Je « ne suis point comme Je reste des hommes, qui sont voleurs, « injustes et adullères; je jeûne deux fois la semaine. » Et Dieu vous préférera le publicain, qui, en s’accusant, n'osait même lever les yeux au ciel, Re

Ces remarques seront faites; elles le sont déjà , et elles tourneront contre les choses mêrne que vous prétendez établir. L'incrédulité s’enquerra de ce que votre foi a fait pour la Grèce, comme la révolution demande à votre royalisme quelle chaumière il a rebâtie dans la Vendée, Vos doctrines, par vous-mêmes démenties feront éclater chez les ennemis du trône et de l'autel une grande risée. S

Le passé prédit l'avenir: des événements se préparent. Ce n’est pas sans un secret dessein de la Providence qu'Alexandre a dis-

aru au moment Où les éléments d’un ordre de choses nouveau

fermentent chez tous les peuples, Cette arrière-garde de huit cent mille hommes, qui tenait le monde en respect, ne peut plus agir dans la même politique, dans la même unité. L'Europe continentale sort de tutelle ; la base sur laquelle s’appuyaient toutes les forces militaires de l'Alliance ne tardera pas à s’ébran. Jer ; cette vaste armée disposée en échelons, dont la tête était à Naples et la queue à Moscou, bientôt sera disloquée. Quand les flots de celte mer seront retirés, on verra le fond des choses à découvert. Alors on se repenlira, mais trop tard, d’avoir refusé de faire ce qu’on aurait dû pour n'avoir pas bésoin de ces flots.

On aime encore à espérer que Missolonghi n'aura pas succombé, que ses habitants, par un nouveau prodige de courage , auront donné le temps à la chrétienté enfin éclairée de venir à leur secours. Mais s’il en élait, autrement, chrétiens héroïques ; s'il était vrai que, près d’expirer, vous nous eussiez chargé du soin de votre mémoire; si notre nom avait obtenu l'honneur d'être au nombre des derniers mots que VOUS avez. prononcés, que pourrions-nous faire pour nous montrer digne d'exécuter Je lestament de votre gloire? Que sout à tant de hauts faits, à tant d’adversilés, d'inutiles discours? Une seule épée tirée dans une cause

si sainte aurait mieux valu que toutes les härangues de la terre: il n'y a que la parole divine qui soit un glaive.

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