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un chaume de froment. Un mur moderne nouvellement réparé , et ressemblant à un mur de jardin , renferme la ville. Nous en franchimes la porte etnous pénétrâmes dans de petites rues champêtres , fraiches et assez propres: chaque maison a son jardin planté d’orangers et de figuiers. Le peuple me parut gai et curieux, et n’avait point l'air abattu des Moraïtes. On nous enseigna la maison du consul.
Je ne pouvais être mieux adressé qu’à M. Fauvel pour voir Athènes: on sait qu'il habite la ville de Minerve depuis longues années , ilen connaîtles moindres détails, beaucoup mieux qu’un Parisien ne connaît Paris. On a de lui d'excellents mémoires; on Jui doit les plus intéressantes découvertes sur l’emplacement d’O- Iympie, sur la plaire de Marathon , sur le tombeau de Thémistocle au Pirée, sur le temple de la Vénus aux Jardins, etc, Chargé du consulat d’Athènes , qui n’est pour lui qu’un titre de protection , il a travaillé et travaille encore, comme peintre, au Voyage pittoresque de la Grèce. L'auteur de ce bel ouvrage , M. de Choiseul-Gouffier, avait bien voulu me donner une lettre pour l'homme de talent, et je portais de plus au consul une lettre du ministre (1).
On ne s'attend pas sans doute que je donne ici une description complète d'Athènes; si lon veut connaître l’histoire de cette ville, depuis les Romains jusqu’à nous , on peut recourir à l’Introduction de cet Itinéraire. Si ce sont les monuments d'Athènes ancienne qu’on désire connaitre, la traduction de Pausanias, toute défectueuse qu’elle est, suffit parfaitement à la foule des lecteurs ; et le Voyage du jeune Anacharsis ne laisse presque rien à désirer. Quant aux ruines de cette fameuse cité , les lettres de la collection de Martin Crusius, le père Babin, La Guilletière même, malgré ses mensonges, Pococke, Epon, Wheler, Chandler surtout et M. Fauvel , les font si parfaitement connaître que je ne pourrais que les répéter. Sont-ce les plans, les cartes, les vues d'Athènes et de ses monuments que l’on cherche? on les trouvera partout: il suffit de rappeler les travaux du marquis de Nointel, de Leroi, de Stuart, de Pars ; M. de Choiseul , complétant l'ouvrage que tant de malheurs ont interrompu, achèvera de mettre sous nos yeux Athènes tout entière. La partie des mœurs et du gouvernement des Athéniens modernes est également bien traitée dans les auteurs que je viens de citer ,et comme les usages ne changent pas en Orient ainsi qu’en France, tout ce que Ghandler etGuys (2) ont dit des Grecs modernes est encore aujourd'hui de la plus exacte vérité.
Sans faire de l’érudilion aux dépens de mes prédécesseurs, je rendrai compte de mes courses et de mes sentiments à Athènes, jour par jour et heure par heure, selon le plan que j'ai suivi jusqu'ici. Encore une fois, cet Itinéraire doit être regardé beaucoup moins comme un voyage que comme les mémoires d'une année de ma vie (3).
Je descendis dans la cour de M. Fauvel, que j’eus le bonheur de trouver chez lui: je lui remis aussitôt les lettres de M. de Choiseul. et de M. de Talleyrand. M. Fauvel connaissait mon nom; je ne pouvais pas lui dire: « Son pittor anch'io; » mais au moins j'étais un amateur plein de zèle, sinon de talent; j'avais une si bonne volonté d'étudier l'antique et de bien faire , j'étais venu de si loin crayonner de méchants dessins, que le maître vit en moi un écolier docile.
Ce fut d'abord entre nous un fracas de questions sur Paris et sur Athènes, auxquelles nous nous empressions de répondre ; mais bientôt Paris fut oublié ,et Athènes prit totalement le dessus. M. Fauvel, échauffé dans son amour pour les arts par un disciple, était aussi pressé de me montrer Athènes que j'étais empressé de la voir: il me conseilla cependant de laisser passer Ja grande chaleur du jour.
« Rien ne sentait le consul chez mon hôte ; mais tout y annonçait l'artiste et l’antiquaire, Quel plaisir pour moi d’être logé à Athènes
(1) M. de Talleyrand.
(2) Il faut lire celui-ci avec défiance, et se mettre en garde contre son Système, — (3) Voyez l'Avertissement,
dans une chambre pleine des plâtres moulés du Parthénon! Tout autour des murs étaient suspendus des vues du temple de Thésée, des plans des Propylées, des cartes de l’Atlique et de la plaine de Marathon. Il y avait des marbres sur une table, des médailles sur une autre, avec de petites têtes et des vases en terre cuite, On balaya, à mon grand regret, une vénérable poussière ; on tendit un lit de sangle au milieu de toutes ces merveilles; et, comme un conscerit arrivé à l’armée la veille d'une affaire, je campai sur le champ de bataille. LÉ
La maison de M. Fauvel a , comme la plupart des maisons d’Athènes, une cour sur le devant et un petit jardin sur le derrière. Je courais à toutes les fenêtres pour découvrir au moins quelque chose dans les rues; mais c'était inutilement. On apercevait pourtant, entre les toits des maisons voisines , un petit coin de la citadelle ; je me tenais collé à la fenêtre qui donnait de ce côté, comme un écolier dont heure de récréation n'est pas encore arrivée. Le janissaire de M. Fauvel s'était emparé de mon janissaire et de Joseph , de sorte que je n’avais plus à m'occuper d'eux.
À deux heures on servit le dîner, qui consistait en des ragoûts de mouton etde poulets, moitié à la française, moitié à la turque. Le vin, rouge et fort comme nos vins du Rhône, était d’une bonne qualité; mais il me parut Si amer qu il me fut impossible de le boire. Dans presque tous les cantons de la Grèce on fait plus ou moins infuser des pommes de pin au fond des cuvées ; cela donne au vin celte saveur amère et aromatique à laquelle on a quelque peine à s’habituer (1). Si cette coutume remonte à l'antiquité, comme je le présume, elle expliquerait pourquoi la pomme de pin était consacrée à Bacchus. On apporta du miel du mont Hymette; je lui trouvai un goût de drogue qui me déplut; le miel de Chamouny me semble de beaucoup préférable. J'ai mangé depuis à Kircagach, près de Pergame, dans l’Anatolie, un miel plus agréable encore ; il est blanc comme le coton sur lequel les abeilles le recueillent,, et il a la fermeté et la consistance de la pâte de guimauve. Mon hôle riait de la grimace que je faisais au vin et au miel de l’Attique; il s'y était attendu. Comme il fallait bien que je fusse dédommagé par quelque chose, il me fit remarquer l'habillement de la femme qui nous servait: c'était absolument la draperie des anciennes Grecques, surtout dans les plis horizontaux et onduleux qui se formaient au-dessus du sein, et venaient se joindre aux plis perpendiculaires qui marquaient le bord de la tunique. Le tissu grossier dont cette femme élait vêtue contribuait encore à la ressemblance ; car, à en juger par la staluaire, les étoffes chez les anciens étaient plus épaisses que les nôtres. Il serait impossible, avec les mousselines et les soies des femmes modernes, de former les mouvements larges des draperies antiques: la gaze de Céos, et les autres voiles que les satiriques appelaient des nuages, n'étaient jamais imités par le ciseau.
Pendant notre diner, nous reçümes les compliments de ce qu’on appelle dans le Levant la nation : celte nation se compose des négociants français ou dépendants de la France qui habitent les différentes échelles. Il n’y a à Athènes qu’une ou deux maisons de cette espèce : elles font le commerce des huiles. M. Roque me fit l'honneur de me rendre visite: il avait une famille , etil m'invita à l’aller voir avec M. Fauvel ; puis il se mit.à parler de Ja société d'Athènes: « Un étranger fixé depuis quelque temps à « Athènes paraissait avoir senli ou inspiré une passion qui fai- « sait parler la ville. ny avait des commérages vers la maison « de Socrate, et l’on tenait des propos du côté des jardins de Pho- « cion…… L’archevêque d'Athènes n'était pas encore revenu de « Constantinople. On ne savait pas SI on obliendrait justice du « pacha de Négrepont, qui menaçait de lever une contribution « à Athènes. Pour se melire à l'abri d’un coup de main, on « avait réparé le mur de clôture; cependant on pouvait tout es- « pérer du chef des eunuques noirs, propriétaire d'Athènes , qui
(1) Les autres voyageurs aftribuent ce goût à la poix qu'onméle dans Je vin: cela peut être vrai en partie; mais on y peut aussi infuser la pomme de pin. 4
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« certainement avait auprès de Sa Hautesse plus de crédit que le | « pacha. » (0 Solon ! 0 Thémistocle ! Le chef des eunuq les NOITS, propriétaire d'Athènes , et toutes les autres villes de la Grece envian! cel insigne bonheur aux Athéniens!) « …..... Au reste, « M. Fauvel ävait bien fait de renvoyer le relizieux italien qui « demeurait dans la lanterne de Déinasthènes (un des plus jolis « monuments d'Athènes), et d'appeler à sa place un capucin « français. Celui-ci avait de bonnes mœurs, élait affable, intel- « ligent, et recevait très-bien les étrangers qui, selon la cou- « tume, allaient descendre au couvent français... » Tels élaient les propos et l’objet des conversations à Athènes: on voit que le monde y allait son train , el qu'un voyageur qui s'est bien monté la tête doit être un peu confondu quand il trouve, en arrivant dans la rue des Trépieds, les tracasseries de son village.
Deux voyageurs anglais venaient de quitter Athènes lorsque j'y arrivai : il y restait encore un peintre russe qui vivait fort S0litaire. Athènes est très-fréquentée des amateurs de l'antiquité, parce qu'elle est sur le chemin de Constantinople, etqu'on yarrive facilement par mer.
Vers les quatre heures du soir, la grande chaleur étant passée, M. Fauvel fit appeler son janissaire et le mien, et nous sortimes précédés de nos gardes : le cœur me battait de joie, et j'étais honteux de me trouver si jéune. Mon guide me fit remarquer, presque à sa porte, les restes d’un temple antique. De à nous tournâmes à droite , et nous, marchâmes par de petites rues fort peuplées. Nous passämes au bazar, frais et bien approvisionné en viande, en gibier , en herbes et en fruits, Tout le monde saluait M. Fauvel, et chacun voulait savoir qui j'élais ; mais personne ne pouvait prouoncér mon nom. C'était comme dans l'ancienne | Athènes : Athenicnses autem omnes, dit saint Luc, ad néhil aliud vacabant nisi aut audire aliquid novi; quant aux Turcs, ils disaient : Fransouse! Effendi! et ils famaient leurs pipes ; c'était ce qu'ils avaient de mieux à faire. Les Grecs, en nous voyant passer, levaient leurs bras par-dessus leurs têtes, et criaient : Kalôs. ülthete Archondes ! Bata kala èis palæo Athinam ! « Bien venus, « messieurs! Bon voyage aux ruines d'Athènes!» Et ils avaient l'air aussi fiers que s'ils nous avaient dit : Vous allez chez Phi- « dias ou chez Ictinus. » Je n'avais pas assez de mes yeux pour regarder : je croyais voir des antiquités partout, M. Fauvel me faisait remarquer çà et là des morceaux de sculpture qui sérvaient de bornes, de murs ou de pavés : il me disait combien ces fragments avaient de pieds, de pouces et de lignes: à quel genre d édifices ils appartenaient; ce qu'il en fallait présumer d’après Pausanias ; quelles opinions avaient eues à ce sujet l'abbé Barthélemy, Spon, Wheler, Chandler ; en quoi ces opinions lui semblaient (à lui M. Fauvel ) justes ou mal fondées. Nous nous arrélions à chaque pas ; les janissaires et des enfants du peuple, qui marchaient devant nous s'arrétaient partout où ils voyaient une moulure, une corniche, un chapiteau ; ils cherchaient à lire dans les yeux de M. Fauvel si cela était bon ; quand le consul secouait la tête, ils secouaierit la tête et allaient se placer quatre pas plus loin devant un autre débris. Nous fûmes conduits ainsi hors du centre de la villé modertie, ét nous arrivämes à la partie de l'ouest que M. Fauvel voulait d’abord me faire visiter, afin de procéder par ordre dans nos recherches.
Eu sortant au milieu de l’Athèries moderne, et marchant droit au couchant, les maisons commencéut à s'écarter les unes des autres; ensuite viennent de grands espaces vides , les uns com- Pris dans le mur de clôture, les autres en dehors de ce mur : c’est dans ces espaces abandonnés que l’on trouve le temple de Thésée, lex Pny et l'Aréopage. Je ne décrirai point le premier, qui est décrit parlout, et qui ressemble assez au Parihénon : je le comprendrai dans les réllexions générales que je me permeltrai de faire bientôt au sujet de l'architecture des Grecs. Ce temple est au reste le monument le mieux conservé à Athènes : après avoir lnglemps été une église sous linvocation de saint Georges, il sert aujourd'hui de magasin.
L'Aréopage était placé sur une éminence à l'occident de la ci-
tadelle On comprend à peine comment on à pu construire sur le rocher où l’on voit des ruines un monument de quelque étendue. Une petite vallée appelée , dans l'ancienne Athènes, Cœlé (le creux), sépare la colline de P'Aréopage de la colline du Pnyx et de la colline de la citadelle. On montrait dans le Cœlé les tombeaux des deux Cimon , de Thucydide et d’'Hérodote. Le Pnyx, où les Athéniens tenaient d'abord leurs assemblées publiques, est une esplanade pratiquée sur une roche escarpée, au revers du Lycabettus. Un mur composé de pierres énorines soutient celte esplanade du côté du nord; au midi s'élève une tribune creusée dans le roc même, et l’on y monte par quatre degrés évalement taillés dans la pierre. Je remarque ceci, parce que les anciens voyageurs n'ont pas bien connu la forme du Pnyx. Lord Elgin a fait depuis peu d'années désencombrer cette colline, et c’est à lui qu’on doit la découverte des degrés. Comme on n’est pas là tout à fait à la cime du rocher, on n'aperçoit la iner qu’en montant au-dessus de la tribune : on ôtait ainsi au peuple la vue du Pirée, afin que les orateuts factieux ne le jetassent pas dans des entreprises leméraires, à l’aspéct de sa puissance et de ses vaisseaux (1).
Les Athéniens étaient rangés sur l’esplanade entre le mur circulaire que j'ai indiqué au nord, et la tribune au midi.
C'était donc à celte lribune que Périclès, Alcibiade et Démosthènes firent entendre leur voix; que Socrate et Phocion parlèrent au peuple le plus léger et le plus spirituel de la terre ? C'était donc là que se sont commises tant d'injustices ; Que lant de décrets iniques ou cruels ont été prononcés? Ce fut peut-être ce lieu qui vit bannir Aristide, triompher Mélitus, condamner à mort la population entière d’une ville, vouer un peuple entier à l’esclavase! Mais aussi ce fut là que de grands ciloyens firent éclater leurs généreux accents contre les {yrans de leur patrie; que la justice triompha ; que la vérité fut écoulée. «Il y a un peuple, « disaient les députés de Gorinthe aux Spartiates, un peuple qui « ne respire que les nouveautés; prompt à concevoir, prompt à « exécuter, son audace passe sa force. Dans les périls où souvent « il se jette sans réflexion, il ne perd jamais l'espérance ; natu= « rellementinquiet, il cherche à s'agrandir au dehors ; vainqueur,
€ il s’avance et suit sa vicloire ; vaincu, il n'est point découragé.
« Pour les Athéniens, la vie n’est pas uue propriété qui Jeur ap- « partienne, tant ils la sacrifient aisément à leur pays! Ils croient « qu’on les a privés d’un bien légitinie toutes les fois qu'ils n'ob- « tiennent pas l’objet de leurs désirs. [ls remplacent un dessein « trompé par une nouvelle espérance. Leurs projets à peine « conçus sont déjà exéculés. Sans cesse occupés de l'avenir, le « présent leur échappe : peuple qui ne connait point le repos, «et ne peut le souffrir dans les autres(2). »
Et ce peuple, qu'est-il devenu? Où le trouverai-je? Moi qui traduisais ce passage au milieu des ruines d'Athènes, je voyais les minarets des musulmans, et j'entendais parler des chrétiens. C'est à Jérusalem que j’allais chercher la réponse à cette question, et je connaissais déjà d'avance les paroles de l’oracle : Do= minus mortificat et vivificat ; deducit ad inferos et reducit. .
Le jour n’était pas encore à sa fin : nous passânes du Pnyx à la colline du Musée. On sait que cette colline est couronnée pat le monument de Philopappus, monument d'un mauvais goût; mais c’est le mort et non le lombeau qui mérite ici l'attention du voyageur. Cet obscur Philoppas, dont le sépulcre se voit de si loin, vivait sous Trajan. Pausanias ne daigne pas le nommer, et l'appelle un Syrien. On voit dans l'inscription de sa statue qu'il élait de Bêsa, bourgade de l'Attique. Et bien! ce Philopappus s'appelait Antiochus Philopappus; c'était le légitime héritier de la couronne de Syrie ! Poinpée avait transporté à Athènes les descendants du roi Autiochus, et ils y étaient devenus de simples citoyens. Je ne sais si les Athéniens, comblés des bienfaits d'Antiochus, compatirent aux maux de sa famille détrônée ; inais il
(1) L'histoire varie sur ce fait. D’après une autre version, ee furent les tyraus qui obligérent les orateurs à tourner le dos au Pirée, (2) Taucyy., lib. Le
Lin a RE paraît que ce Philopappus fut au moins consul désigné. La fortune, en le faisant citoyen d Athènes et consul de Rome à une époque où ces deux titres n'étaient plus rien, semblait vouloir se jouer encore de ce monarque déshérité, le consoler d’un songe
r un songe, et montrer sur une seule tête qu’elle se rit également de la majesté des peuples et de celle des rois.
. Le monument de Philopappus nous servit comme d’observatoire pour contempler d’autres vanités. M. Fauvel m’indiqua les divers endroits par où passaient les murs de l’ancienne ville; il me fit voir les ruines du théâtre de Bacchus, au pied de la citadelle; le lit desséché de l'Ilissüs, la mer sans vaisseaux, et les ports déserts de Phalère, de Munychie et du Pirée.
Nous rentrâmes ensuite dans Athènes : il était nuit; le consul envoya prévenir le commandant de la citadelle que nous ÿ monterions le lendemain avant le lever du soleil, Je souhaitai le bonsoir à mon hôte, et je me retirai dans mon appartement, Accablé de fatigue, il y avait déjà quelque temps que je dormais d’un profond sommeil, quand je fus réveillé tout à coup par le tambourin et la musette turque dont les sons discordants partaient des combles des Propylées. En même temps un prêtre ture se mit à chanter en arabe l’heure passée à des chrétiens de Ja ville de Minerve. Je ne saurais peindre ce que j'éprouvai : cet iman n'avait pas besoin de me marquer ainsi la fuite des années; sa voix seule, dans ces lieux, annonçait assez que les siècles s'étaient écoulés.
Cette mobilité des choses humaines ést d’autant plus frappänte qu’elle contraste avec l'immobilité du reste de la nature, Comme pour insulter à l'instabilité des sociétés humaines, les animaux méêmen’éprouvent ni boulever-ements dans leursempites, ni altération dans leurs mœurs. J'avais Vu, lorsque nous élions sur la
-colline du Musée, des cigognes se former en bataillon, et prendre leur vol vers l'Afrique (1). Depuis deux mille ans elles font ainsi le même voyage; elles sont restées libres et heureuses dans la ville de Solon comme dans la ville du chef des eunuques noirs. Du haut de leurs nids, que les révolutions ne peuvent atteindre, elles ont vu au-dessous d'elles changer la race des mortels : tandis que des générations impies se sont élevées sur les tombeaux des générations religieuses, la jeune cigogne a loujours nourri son vieux père (2). Si je m'arrêle à ces réflexions, c'est que la cigogne est aimée des voyageurs ; comme eux « elle connait les saisons
« dans le ciel (3. » Ces oiseaux furent souvent les compagnons
de mes courses dans les solitudes de l'Amérique; je les vis sou-
vent perchés sur les wigwum du Sauvage; en les retrouvant |
dans une autre espèce de désert, sur les ruines du Parthénon, je n'ai pu m'empêcher de parler un peu dé mes anciens amis,
Le lendemain 24, à Quatre heures et demie du matin, nous montâmes à la citadelle ; son sommet est envigonné de müts moilié antiqnes, moitié modernes ; d’autres murs circulaient aütrés fois autour de sa base. Dans l'espace que renferment ces murs se trouvent d'abord les restes des Propylées et les débris du tem lé de la Victoire (4). Derrière les Propylées, à gauche, vers la ville on voit ensuite le Pandroséum et le double temple de Neptune- Érechthée et de Minerve-Polias; enfin, sur le point le plus éminent de l'Acropolis, s'élève le temple de Minerve : le reste de l'espace est obstrüé par les décombres des bâtiments anciens et nouveaux, et par les tentes, les armes et les baraques des Turcs
Le rocher de là citadelle peut avoir à son sommet huit séhés pieds de long sur quatre cents de large; sa forme est à peu rès celle d’un ovale dont l'ellipse irait en se rétrécissant du Méd mont Hymette : on dirait un piédestal taillé tout ter les magnifiques édifices qui le couronnaient.
Je n’entrerai point dans la description particulière de chaque monuinent : je renvoie le lecteur aux ouvrages que j'ai si souveut ties; el, sans répéter ici ce que chacun peut trouver ailleurs je me contenterai de quelques réflexions générales.
exprès pour por-
(1) Voyez, pour la description d'Athènes en géné Û ) U général, presque tout le xve livre des Martyrs, et les notes, — (2) C'est Solin qui le de — (à) JEREMIE, (4) Le temple de la Victoire formait l'aile droite des Propylces.
La première chose qui vous frappe dans les monuments d'Athènes, c’est la belle couleur de ces monuments. Dans nos climats, sous une atmosphère chargée de fumée et de pluie, la pierre du blanc le plus pur devient bientôt noire ou verdâtre. Le ciel clair et le soleil brillant de la Grèce répandent seulementsur le marbre de Paros et du Pentélique une teinte dorée semblable à celle des épis mûrs, ou des feuilles en automne.
La justesse, l'harmonie et la simplicité des proportions attirent ensuite votre admiration. On ne voit point ordre sur ordre, colonne sur colonne, dôme sur dôme, Le temple de Minerve, par exemple, est, où plutôt était un simple parallélogramme allongé, orné d’un péristyle, d'un pronaosou portique, el élevé sur trois marches ou degrés qui régnaient tout autour. Ce pronaos occupait à peu près le tiers de la longueur totale de l’édifice; l’intérieur du temple se divisait en deux nefs séparées par un mur, et qui ne recevaient le jour que par la porte : dans l’une on voyait la statue de Minerve, ouvrage de Phidias ; dans l’autre, on gardait le trésor des Athéniens. Les colonnes du péristyle et du portique reposaient immédiatement sur les degrés du temple; elles étaient sans bases, cannelées et d'ordre dorique; elles avaient quarantedeux pieds de hauteur et dix-sept et demi de tour près du sol; l’entre-colonnement était de sept pieds quatre pouces; etle monument avait deux cent dix-huit pieds de long, et quatre-vingt-dixbuit et demi de large.
Les triglyphes de l’ordre dorique marquaient la frise du péristyle : des métopes ou petits tableaux de marbre à coulisse séparaient entre eux les triglyphes. Phidias ou ses élèves avaient sculpté sur ces métopes le combat des Centaures et des Lapithes. Le haut du plein mur du temple, ou la frise de la cella, était décorée d’un autre bas-relief représentant peut-être la fête des Panathénées. Des morceaux de sculpture excellents, mais du siècle d’Adrien, époque du renouvellement de l’art, occupaient les deux frontons du temple (1). Les offrandes votives, ainsi que les boucliers enlevés à l'ennemi dans le cours de la guerre Médique, étaient suspendus en dehors de l'édifice : on voit encore la marque circulaire que les derniers ont imprimée sur l’architrave du fronton qui regarde le mont Hymette. C’est ce qui fait supposer à M. Fauvel que l'entrée du temple pouvait bien être tournée de ce côté, contre l'opinion générale qui place cette entrée à l'extrémité opposée (2). Entre ces boucliers on avait mis des inscriplions : elles étaient vraisemblablement écrites en lettres de bronze, à en juger par les marques des clous qui attachaient ces lettres. M. Fauvel pensait que ces clous avaient servi peutêtre à retenir des guirlandes; mais je l'ai ramené à mon sentiment en lui faisant remarquer la disposition régulière des trous. De pareilles marques ont suffi pour rétablir et lire linscription de la Maison-Carrée à Nimes. Je suis convaincu que, si les Turcs le permettaient, on pourrait aussi parvenir à déchiffrer les inseriptions du Parthénon.
Tel était ce temple qui a passé à juste titre pour le chef-d'œuvre de l’archilecluré chez les anciens ét chez les modernes : l'harmonie et la force de toutes ses parties se font encore remarquer dans ses ruines; car on en aurait une très-fausse idée si l’on se représentait seulement un édifice agréable, mais pelit, el chargé de ciselures et de festons à notre manière. Il ya toujours quelque chose de grêle dans notre architecture, quand nous visons à l'élégance; ou de pesant, quand nous prétendons à la majesté. Voyez
uader que Phidias ait laissé complétement nus lés deux
1) Je ne puis me pers (1) dis qu'il avait orné avec tant de soin les deux frises.
frontons du temple, tan
“Si r'empereur Adrien et sa femme Sabine se trouvaient représentés dans l’un
de frontons, ils peuvent y avoir été introduits à la place de deux autres figures, ou peut-être, ce qui arrivait souvent, n avait-on fait que changer les têtes des personnages. Au reste, ceci n’était point . + indigne flatterie de la part des Athéniens « Adrien méritait cet honneur cv.nme bienfaiteur d'Athènes et restaurateur des arts.
(2) L'idée est ingénieuse, mais la preuve n’est pas bien soiide : outre mille raisons qui pouvaient avoir déterminé les Athéniens à suspendre les boucliers du côté d'Hymette, on n'avait peut -être pas voulu gâter l’admirable fxçade du templé, en la chargeaut d’oruemeuts étrangers.
Le
Jes,'et qui découvrit, éommie j'étais à Athènes, des antiques que je n'ai point vues (f). Mais lord Elgin a perdu le mérite de ses
jouables entreprises, én ravageant le Parthénon: Il a voulu faire enlever lésbas-reliefs de la frise : pour y parvenir, des ouvriers tUrs ontd’abordbrisél'architrave, etjetéen bas des chapiteaux ; ensulle ;
-au lieu de faire sortir les métopes par leurs coulisses, les Barbares | -ont trouvé plus court de rompre la corniche. Au temple d'Érech-
‘thée, on à pris la colonne augulaire ; de sorte qu'il faut soutenir
âujourd'hui ‘avec une pile de pierres l'entablement entier, qui
:meriace ruine: Le Les Anglais qui ont visité Athènes depais le passage de lot
-Elgin ont eux-mêmes déploré ces funestés effets d’un amour des
saïts: peu réfléchi: On prétend que lord Elgin a dit pour exctse, :qW'il n'avait fait que nous imiter. Ilest vrai que les Frañçais ont enlevé à Flialie ses statues et ses tableaux : Mie ils wott point mutilé les temples pour en arracher les bas-reliefs ; ils ont seulewent suivil'exemple des Romains, qui dépouillèrertt la Grèce des -chefs-d’œuvre dé la peinture et de la statuaire, Les monuments d'Athènes, arrachés aux lieux pour lesquels ils étaient faits, per- ‘dront non-seuleiñent une partie de leur beauté relative, mais ils ‘diminueront matériellement de beauté. Ce n’est que la lumière -qui fait ressortir la délicatesse de certaines ligiies et de certaines ‘couleurs + or, éette lumière venant à manquer sous le ciel de l'An- -gleterre, ces ligties et ces couleurs disparaitront ou resteront ca- -chées. Au reste; j’avouerai que l'intérêt de la France, la gloire de notre patrie,;et mille autres raisons pouvaient demander la trans- ‘plantation des monuments conquis par nos armes , mais les beanxarts eux-mêmes, comme étant du parti des vaincus et au sombre dés captis. ont peut-être le droit de s’en affliger:
Nous employäres la matinée entière à visiter la citadelle, Les
Turcs avaient antrefois accolé le minaret d’une mosquée au por: tique du Pacthénon. Nous montâmes par l'escalier à moitié détruit de ce minarét; nous nous assimes sur une partie brisée de la frise du temple, et nous promenâmes nos regards autour de nous. Nous avions le mont Hymetteà l’est; le Pentélique att nord, le Parnès au nord-ouest; les monts Icafe; Cordyalus ou OEgalée
à l'ouest, et par-dessus le premier on apercevait la cine du Ci
théron ; au sud-ouest. et au midi, on voyait la mer; le Pirée, les côtes de Salamine, d'Égine, d'Épidaure, et la citadelle dë Corinthe:
| Au-dessous de nous, dans lé bassin dont je viens de décrire la circonférence, on distinguait les collines et la plupañt dès monuments d'Athènes : au sud-ouest, la colline du Musée avec le lombeau de Philopappus ; à l'ouest, les rochers de l'Aféopage, dit Pnyx et du Lycabettus; au nord, le petit mont Anchesime, et à l'est les hauteurs qui dominent le Siadé. Au pied mêiné de la cis tadelle, on voyait les débris dut théâtre de Bacchiüs et d'Hérode- Atticus. À la gauche de ces débris venaient les grandés colonnes isolées du temple de Jupitér-Olÿmpien ; plus loin encore, en tirant vers le nord-est, on apercévait l’enceinte du Lycée, le cours de l’Ilissus, le Stade, et un temple dé Diarie où de Gérés, Dans la partie de l'ouestet du nord-ouest, vers le grañd bois d’oliviers, M. Fauvel me montrait la place du Céramique extérieur, de l'Académie et de son chemin bordé de tombeaux. Enfin, dans la vallée forméé par l’Anchesme et la citadelle, on découvrait la ville moderne:
faut maintenant se figurer tout cet espace tantôt nu et couvert d’une bruyère jaune, tantôt coupé par des bouquets d'oli- Yiers, par des earrés d'orge, par des sillons de vignes; il faut se représenter des füts de colonnes et des bouts de ruines antiennes et modérnes, Soitant du milieu de ces cultures ; des murs blan-
… (4) Elles furent découvertes dis un sépulcre : je crois que cé sépulere était
.… Celui d’un enfant. Entré autres choses curieuses, on y trouvä üh ‘eu inconnu,
dont Ja principale pièce couêistait, autant qu'il m'en souvient, das unk houle ou un globe d’acier poli. Je ne sais s’il n’est point question de ce jeu dans Athénée. La guerre existant entre [a France etl'Augleterre empêcha M. Fauvel de s'adresser pour moi à l'agent de lord Elgin ; de sorte que je ne vis point ces antiques fouèts qui consolaient un Enfant athémien das son tombeau.
chis et des clôtures de jardins traversant les: champs : il faut rés pandre dans la campagne des Albanaises qui tirent de l’eau on qui lavent à des puits les robes des Turcs ; des paysans qui vont et viennent, conduisant des ânes, ou portant sur leur dos des provisions à la ville. : il faut supposer toutes ces montagnes dont les noms sont si beaux, toutes ces ruines si célèbres, soutes ces îles, toutés ces mers non moins fameuses,-éclairées d’une lumière éclaz tante. J'ai vu, du haut de l'Acropolis, le soleil se lever entre les deux cimes du mont Hymette : les corneilles qui nichent autour de la citadelle, mais qui ne franchissent jamais son sommet, planaienl au-dessous dé nous; leurs ailes noires et'lustrées étaient glacées de rose par les premiers reflets du jour; des colonnes de fumée bleue et légère montaient dans l'ombre le long des flancs de l'Hymette, el annonçaient les pares ou les châlets des abeilles; Athènes, l'Acropolis et les débris du Parthénon se coloraient de la plus belle teinte de la fleur du pêcher ; les sculptures de Phi dias, frappées horizontalement d'un rayon d’or, s'animaient et semblaient se mouvoir sur le marbre par la mobilité des ombres du relief; au loïfi, la mer et le Pirée étaient tout blancs de lumière ; et la citadelle de Corinthe, renvoyant l'éclat du jour nou: veau, brillait sur l'horizon du coüchant, comme un rocher de pourpre et de feu. + Ur val:
Da lieu où nous étions placés, nôtis aurions pu voir, dans les beaux jours d'Athènes, les flots soflir du Pirée pour combattre l'ennemi ou pour se rendre aux fêles de Délos; nous aurions pit entendre éclater au théâtre de Bacékius les douleurs d'OEdipe, dé Philoctète et d'Hécube; notis aurions pu ouïr les applaudissements des ciloyens aux discours de Détosthènes. Mais, hélas! aucun son ne frappait notre oreille. À peine quelques cris échap> pés à une populace esclave sortaient par intervalles de ces murs qi retentirent si longtemps dé là voix d'un çeuple libre, Je mé
. disais, pour me consoler, ce qu'il faut se dire.sans cesse : Tout
passe , tout finit dans ce monde. Où sont allés les génies divins qui élevèrent le temple sur les débris duquel j'étais assis? Ce s02 leil, qui peut-être éclairait les derniers soupirs de la pauvre fillé de Mégaré ; ävait vu mourir la brillante Aspasie. Ce tableau dé l'Attique, 6e spectacle que je conletnplais, avait été contemplé par des ÿeux fermés depuis deux mille ans. Je passerai à mon tour : d’autres hommeës aussi fugilifs que moi viendront faire les mêmes réflexions sur les mêmes ruines: Notre vie et notre cœur sont entre les mains de Dieü : faissons-le done disposer de Puné comme de Pautre: ER ARS - 5
Je pris en descendant de la citadelle un morceau de arbre du Parthénon: j'avais aussi recueilli un fragment de la pierre du totlieau d’Agamemnon; et depuis j'ai tou Jours dérobé quels que chose aux inonuments sur lesquels j'ai passé, Ce ne sont pas d'aussi beaux souvenirs de mes voyages que ceux qu'ont ema poriés M; dé Choiseul et lord Elgin; mais ils me suffisent. Je conservé aussi soigneusement de petites marques d'amitié. que j'ai recuës de mes hôtes, entre autres un élui d'os que me donna le père Münoz à Jaffa, Quand je revois ces bagalelles, je:me res lrace sür-le-champ mes courses et mes aventures: Je me dis : « J'étais là, telle chose m'advinf.» Ulysse retourna chez lui avec de grands coffres pleins des riches dons que lui avaient faits les Phéaciens ; je suis rentré dans mes foyers avec une douzaine de pierres de Sparte, d'Athènes, d'Argos, de Corinthe, trois ot quatre petites têtes en terre cuite que je tiens de M. Fauvel, des chapelets, une bouteille d'eau du Jourdain, une autre de lamet Morte, quelques roseaux du Nil, un marbre de Carthage et um plâtre moulé de FAlhambra. d’ai dépensé cinquante mille francs sur ma roule, et laissé en présent mon linge et mes armes, Pour peu que mon voyage se fût prolongé, je serais revenu à pied, avec un bâton blanc, Malheureusement, je n'aurais pas trouvé en arrivant un bon frère qui m'eût dit comme le vieillard des
. Mille et une Nuits : &« Mon frère, voilà mille sequins, achetez
« des chameaux et ne voyagez plus: »
Nous allâmes diner en sortant de la citadelle, et le soir du même jour nous nous transporiämes an Stade, de l’autre’ côté de
Mes nir OS OS PATES SOS INSEE MES CR PRO CRT
par deux colonnes de marbre,
ri ee PS aps de l’Hlissus. Ce Stade conserve parfaitement sa forme : on n'y voit plus les gradins de marbre dont l’avait décoré Hérode-At-
ticus. Quant à l’Ilissus, il est sans eau. Chandler sort à cette occa- ‘
sion de sa modération naturelle, et se récrie contre les poètes qui donnent à V'Ilissus une onde limpide, et bordent son cours de saules touflus. A travers son humeur, on voit qu’il a envie d'attaquer un dessin de Leroi, dessin qui représente un point de vue sur lIlissus. Je suis comme le docteur Chandler : je déteste les descriplions qui manquent de vérité, et quand un ruisseau est sans eau, je veux qu'on me le dise, On verra que je n'ai point embelli les rives du Jourdain, ni transformé cette rivière en un grand fleuve. J'étais là cependant bien à mon aise pour mentir. Tous les voyageurs, et l’Écrilure même, auraient justifié les descriptions les plus ponpeuses, Mais Chandler a poussé lhumeur trop loin. Voici un fait curieux que je tiens de M. Fauvel : pour peu que l’on creuse dans le lit de l’Ilissus, on trouve l'eau à une très-petite profundeur : cela est si bien connu des paysannes albanaises, qu’elles font un trou dans la grève du ravin quand elles
Y a e veulent-laver du linge, et sur-le-champ elles ont de l’eau. Il est.
donc très-probable que le lit de l’Hissus s’est peu à peu encombré des pierres etdes graviers descendus des montagnes voisines, et que l’eau coule à présent entre deux sables. En voilà bien assez pour justifier ces pauvres poëtes qui ont le sdrt de Cassandre : en vain ils chantent la vérité, personne ne les croit; s’il se contentaient de la dire, ils seraient peut-être plus heureux. Ils sont d’ailleurs appuyés ici par le lémiage de l'histoire, qui met de l’eau dans l'Ilissus; el pourquoi cet Ilissus aurait-il un pont, s'il n'avait jamais d’eau, même en hiver? L'Amérique ina un peu gâté sur le compte des fleuves; mais je ne pouvais m'empêcher de venger l'honneur de cet Ilissus qui a donné un surnom aux Muses (1), et au bord duquel Borée enleva Orithye. e.
En revenant de l’Ilissus, M. Fauvel me fit passer sur des terrains vagues, où l'on doit chercher l'emplacement du Lycée. Nous vinmes ensuite aux grandes colonnes isolées, placées dans le quartier de la ville.qu’on appelait la Nouvelle Athènes, ou l'Athènes de l'empereur: Adrien. Spon veut que ces colonnes soient les restes du portique des Cent-Vingt-Colonnes; et Chandler présume qu’elles apparlenaient au temple de Jupiter-Olympien. M. Lechevalier et les autres voyageurs en ont parlé. Elles sont
bien représentées dans les différentes vues d'Athènes, et surtout
dans l'ouvrage de Stuart, qui à rélabli l'édifice entier d'après les ruines. Sur une portion d’architrave qui unitencore deux de ses colonnes , on rematque une masure, jadis la deineure d’un ertite.
Il est impossible de comprendre comment cette masure a pu être bâtie sur le chapiteau de ces prodigieuses colonnes , dont la hauteur esl peut-être de plus de soixante pieds. Ainsi ce vaste temple, auquel les Athéniens travaillèrent pendant sept siècles que tous les rois de l'Asie voulurent achever, qu'Adrien HET Le du monde, eut la gloire de finir, ce lemple a succombé Qué l'effort du temps, el la cellule d’un solitaire est derveurée debout sur ses débris! Une misérable loge de plâlre est portée dans les airs Comme si la fortune avait voulu ex-
À 4 Lo ge poser à tous les yeux, sur ce Mmagnilique piédestal, un monument de ses triomphes et de ses caprices.
Ces colonnes, quoique beaucoup plus hautes thénon, sont bien loin d’en avoir la beauté : Part $’ÿ fait sentir; mais, Comme elles sont i sur un (errain nu, elles font un effet surpre rète à leur pied pour entendre le vent siffle elles ressemblent à ces paliniérs solit parmi les ruines d'Alexandrie.
que celle du Parla dégénération de solées et dispérsées nant. Je me suis ar-
aires que l’on voit cà et là | Lorsque les Turcs sont ménacés de quelques calamités, ils amènent un agneau dans ce lieu, et le Conlraignent à bêler, en lui dressant la fête vers le ciel : ne Pouvant trouver la voix de l'innocence parini les hoinmes ils ont FECOUrS au nouveau-tié de la brebis pour fléchir la colère céleste.
1 Uissiadés : elles avaiett du autel au bord de l'flissus,
autour de leur tête :
Nous rentrimes dans Athènes par le portique où se lit l'iascription si conte :