‹ Itinéraire de Paris à Jérusalem (volume 4)Chapitre 38 sur 111 · SET PR RE 5 TEE TE SR NOERNE · texte numérisé non relu

SET PR RE 5 TEE TE SR NOERNE

me rappelait Ariadne, Thésée, Bacchus, et quelques pages charmantes des Etudes de la Nature. Mais toutes ces îles, St riantes autrefois, où peut-être si embellies par l'imagination des poëles, n'offrent aujourd’hui que des côtes désolées et arides. De tristes villages s'élèvent en pain de sucre sur des rochers; ils sont dominés par des châteaux plus tristes encore, et quelqnelois environnés d’une double ou triple enceinte de murailles : on y. vit dans la frayeur perpétuelle des Turés et des pira!es. Gomme ces villages fortifiés tombent cependant en ruine, ils font naître à la fois, dans l'esprit du voyageur, l’idée de toutes les misères. Rous-

seau dit quelque part qu'il eût voulu être exilé dans une des îles

de l’Archipel. L'éloauent sophiste se fût bientôt repenti de son choix. Séparé de ses admirateurs, relégué au milieu de quelques Grecs grossiers et perfides, il m'aurait trouvé dans des vallons brûlés par le soleil, ni fleurs, ni ruisseaux, ni ombrages; il n’aurait vu autour de lui que des bouquets d’oliviers, des rochers rougedires, tapissés de sauge et de baume sauvages: je doute qu'il eût désiré longléinps continuer ses promenades, au bruit du vent êt de la mer, lelong d’une côte inhabitée. .

… Nous äppareïllämes à midi. Le vent du nord mous porta assez rapidement sur Scio; mais nous fûmes obligés de courir des bordées, entre l’île et la côte d'Asie, pour embouquer le canal. Nous Yoyions des ferres et des iles tout autour de ñous,les unés rondes et élevées comte Samos, les autres longues et basses comme les caps du golfe d'Éphèse : ces terres et ces îles étaient différemment colorées, selon le degré d’éloignement. Notre felonque, trés-légère et très-élégante, portait ur grande et unique voile taillée coinme l'aile d’un oiseau de mer. Ce petit bâtiment était la propriété d’une famille : cette faille était composée du père, de la inère, du frère et de six garçons. Le père était le capitaine ; le frère, lé pilote; et les fils étaient les matelots : la mère préparait le repas. Je n’a vien va de plus gai, de plus propre et de plus leste que cet équipage de frères. La felouqne était lavée, soignée et parée comine une fnaison chérie ; elle avait un grand SE Suf la poupe , avec une itriage de la Panagia surinontée d'une tranche d'olivier, C'est une chose asséz commune dans l'Orient, de Voir une famille mettre ainsi toute sa fortune dans un vaisseau, changer de climats sans quitter ses joyers, et se soustrairé à l'esclavage en menant sur la mer la vie des Seythes. Nous vinmes mouiller pendant la nuit au port de Chio, « forlunée patrie d'Homère, » dit Fénelon dans les Aventures d'Aristonoüs, chet-d'œnvre d'harmonie et dé goût antique. Je m'étais profondément endormi, et Joseph ne me réveilla qu’à sept heures du malin. J'étais couché sur le pont: quand je vins à ouvrir les Jeux, Je me crus transporté dans le pays des fées; je me trouvais au Milieu d'un port plein de vaisseaux, ayant devant moi une ville chaïmante, dominée par des mouts dout les arêtes étaient couvertes d'oliviers, de paltniers, de lentisques et de térébinthes. Une foule de Grecs, de Franes et de Tures étaient répandus sur lesquais, et Pôn entendait le son des cloches (4).

Je déscenidiS à terre et je m'informai s’il n’y avait point de consul de notre nation dans cette ile. Un m'enseigna un chirurgien qui faisait les aflaires des Français : il demeurait sur le port. J’allai lui rendre visite ; il me réent très poliment. Son fils me servit de cicérone pendant quelques heures, pour voir la ville, qui ressemble beaucoup à une ville véniieune. Baudrand , Ferrari, Tournerurt, Dapper, Chandler, M. de Choïiseul, et mille autres

“gébgraphes el voyageurs ont parlé de l'ile de Uhiv: je renvoie

donc lélecteur à leurs ouvrages. 5 r Je relournai à dix heures à la felouque; je déjeunai, avec la funille : elle dansa et chanta sur le pont autour de moi, en busant du vin de Ghio, qui n'était pas du temps d’Anacréon. Un instfument peu harmonieux animait les pas et la. voix de mes

(A) I n'y a que ls pays us grecs de Pile de Chio qui aient, en Turquie, le privilige dé souner Ls cloches. Ils doivent ce privilège et plusicurs autr.s à li culture de larlire à masties Voyez le Mémoïre de M. Galluid, dans l’ou- Vrage de M. de Choiseul,

hôtes; il n'a retenu de la lyre antique que le nom ; et il est dégés néré comme ses maitres: lady Craveg en a fait la description.

Nous sorlimes du port le 4° septembre à midi: la brise du nord commençait à s'élever, et elle devin! en peu de temps trèss violente, Nous essayâmes d'abord de prendre la passe de l'ouést entre Chio et les îles Spalmodores (1), qui ferment le canal quand on fait voile pour Mételin où pour Sinyrne: Mais nous ne pûmes doubler le cap Delphino: nous portâmes à l’est, et nous allonsgeumnes la bordée jusque dans le port de Tchesmé. De là, reves nant sûr Chio, puis retournant sur le mont Mimas, nous parvinmes enfin à nous élever au cap Cara-Bouroun, à l’entrée du golfe de Smyrie. Il était dix heures du soir: le vent nous mañqua, et nous passâmes la nuit en calme sous la côte d'Asie.

Le 2, à la pointe du jour, noùs nous éloignâmes de terre à là came, afii de proliter de limbat aussitôt qu'il commencerait à souffler : il parut de meilléure heurequée de coutume. Nouseûmes bientôt passé les iles de Dourlach, ét nous vinmes raser le château qui commnde le fond du golfe ou le port de Smyrne. J'aperçus alors la ville dans le lointain , au travers d’une forét de inâts de vaisseaux: elle püraissait sortir de la mer : car elle é8t placée sur une terre basse et unie que dominent au sud-est des montagnes d'un aspect stérile. Joseph ne se possédait pas de joie : Smyrne était pour lui une seconde patrie; fe plusit de ce pauvre garçon m'affligeait presque, en me faisant d'abord penser à mon pays ; en me montrant ensuite que l’axiome, ubi bene, ibé patria, n’est que trop vrai pour la plupart dés hommes. Joseph, debout ätiprès de moi sur le pont, me nommait tout ce que jé voyais, à mesure qne nous avancions. Enfin, nous amétiâmes la voile, ét laissant encore quelque temps filer notre feloaque, nous donnârmes fond par six brasses, eu dehors de la première ligne des vaisseaux. Je cherchai des yeux inon navite de Trieste, et je le reconnus à son pavillon. 1] Gtit mouillé ptès de Péchelle des Francs, où du quai dés Européens Je m’embatquai avec Joseph dans üu caïque qui viat le loig de notre bord, et je me fis porter au bâliment autrichien, Le Cipituine et son se-

cond étaient à terre: les matelots me reconnurent étine recurent |

avec de grandes démonstrations de joie. fs m'apprirent Te. vaisseau était arrivé à Smyrne le 18 août; que le capitaine avait louvoyé deux jouts pour m'attendre entre Zéa et je cap Suniurh, et que le vent l'avait ensuite forcé à continuer sa route, Ils ajou= tèrent que mon domestique, par ordre du consul de Fa m'avait arrèté un logement à l'auberge.

Je vis avec plaisir que mes anciens Compagtions avaient lé aussi heureux que moi dans leur voyage. Ils voulurént me des=

cendre à terre: je passai donc dans la chaloupe qn bâtiment, et.

biettôt sous abordâmes le quai. Une foule de porteurs s’empressèrent de me donner la main pour monter. Smyrne, où je voyais une muttitude de chapeaux (h) , m'offfait l’aspect d’une ville ma ritime d'Halie, dont un quartier serait habité par des Orientaux. Joseph me conduisit chez M. Chauderloz, qui occupait alorsle consulat français de cetle importante échelle. J’aurai souvent à répéter les éloges que j'ai déjà faits de l'hospitalité de nos con-

suls; je prie mes lecteurs de tñe le pardonner : car, si ces redites 4

les faliguent, je ne puis toutefois cesser d’être reconnaissant. M. Chauderloz, frère de M: de La Clos, im'accueillit avec polilesse ; mais il né me loget point chez lui, parce qu'il était malade set que Smyrne offre d'ailleurs les ressources d’une grande

- ville européenne

Nous arrangeämes sur-le-charnp touté la suite de mon voyage: j'avais resolu de me rendre à Constantinople par terre, afin d'y prendre des firinans, et de in'embatquéer ensuite avec les pèlerins grecs pour la Syrie; maisje ne voulais pas suivre.le chemin direct, eLwon desseiti était de visiter la plaine de Troie en traversant le mont [da Le neveu de M. Chauderloz, qui venait de taire

(1) Oiim OEnuscæ. — (2) Le turbau et le dipéi fout la principule distinction des Frances et ds Turcs; ét, daus 10 langage du Levant, ôn cosiple par chapeaux ét par turbans,

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” et ie

RE ile mate PEN HORS Can - "TOR

une course à Ephèse, me dit que les délilés du Gargare étaient infestés de voleurs, et occupés par des agas plus dangereux encore que les brigands. Comme je tenais à mon projet, on envoya chercher un guide qui devait avoir conduit un Anglais aux Dardahelles par {a route que je voulais tenir, Ce guide consentit en

“effet à m'accompagner, et à fournir les chevaux nécessaires , “moyennant une somine assez considérable. M. Chauderloz pro-

fit de me donner un interprète et un jauissaire expérimenté. Je

“vis alors que Je Serais forcé de laisser une partie de mes malles

xu consulat, ét dé me contenter du plus strict nécessaire. Le jour da départ füt fixé au 4 septembre, c’est-à-dire au surlendernain de mon atrivée à Smyrne.

Après avoir promis à M, Chauderloz de revenir diner avec lui, je me rendis à mon auberge, où je trouvai Julien tout établi dans an appartement fort propre et meublé à l'eurépéenne Cette auberge, ténüe par une veuve, jouissait d'üne très-belle vue sur le port: je ne me souviens plus dé son nom, Je n'ai rien à dire de

‘Smyrne après Tournefort, Chandler, Peyssonel, Dallaway et tarit

d'autres; fais je ne puis me refuser aw plaisir de citer uñ inorceau du Voyage de M. de Choiseul :

« Les Grecs, sortis du quartier d'Éphèse nomtiné Smyrnd, n'a2 & Vaieut bâti que des hameaux an fond du golfe, qui deptris à & porté le nom dé leur première patrie; Alexandre voulit les ras: à sembler et leur fit construire une ville près la rivière Mélès & Antigone commença cet ouvrage par ses ordrés, et Lysimaque « le finit. PF . £ « Une situation aussi heureuse que celle de Sim yrrié était digne du fondateur d'Alexandrie, et devait assurer la prospérité de ‘cet établissement. Adimise par les villes d'lonie À partager les avantages de leur confédération , celte ville dévint bientôt le centre du commerce de PAsié Mineure : oh lüxe y altira lous les arts ; elle fut décorée d’édifices süperbés, et remplie d'üne foule d’étraügers qui venaient l'enriéhir des productions de leur pays, admirer ses Merveilles, châñler avec ses poëles et s’instrüire avec ses philosophes, Un dialéècte plus doux prétait un fouveaü charme à cette éloquence qui paraissait un attribut des Grecs. La beauté du climat semblait inflüér sur celle des individus , qui offraient aux artistes des modèles à laide des= quels ils faisaient contiäitre 4ù reste du monde fa natare et & l'art réunis dans leur perfection .

« Elle était une des villes qui Févendiquiæient l'honneur d’avoir |

vu naître Homère : on montrait sur le bord du Mélès le lieu « où Crithéis sä mère lui avait donné le jéur, et li caverne où & il se rétirait pour compôsér ses vérs immortels, Un monument « élevé à sa gloire, et qui portait son noi ; présentait au milieu « de Ja ville de vastes portiques sous lesquels se rassemblaient &« les citoyéns ; enfin, leurs naies porttient son imige, corrine « s'ils eussent reconnu potir Souverain le ER qui les hôriorait.

« Smyrne conserva les restes précieux de célte rospérité jus= & qu'à l'époqiié où l'empire eut à lutter cotitre les LA ph ellé « fut prise par les Turcs, reprise par les Grecs ; (oujours pillée , & toujours détruite. Au commencement du treizième siècle, il « n'en existait plus que les ruines et la citadelle, qui fut réparée « par l'emperéür Jean Comnène, mort en 1924 : cette forteresse « ne put résistér aux efforts des princes turcs, dont elle fut sou- & vent la résidence , malgré les chevaliers de Rhodes, qui, sai- & Sissant une circonstance favorable, parvinrent à y constrüire un « fort et à s’ÿ maintenir; inais Tamerlan prit en quatorze jours & cette place que Bajazet bloquait depuis sept ans.

« Smyrne ne commença à sortir de ses ruines que lorsque les « Turcs firent entièrement maitres de l'empire : alors st sitiit- € tion lui rendit les avantages que la guerre lui avait fait pérdre ; « elle redevint entrepôt da commerce de ces,contrées. Les hä- & bilants rassurés abandontièrent le sommet de la tnontagrié , et € bâtirent de nouvelles maisons sur le bord de la mer : ces con € Slructions modernes ont été faites avec les marbres de tous les { Monumeuls anciens , dont il reste à peine des fragments; et « l'on ne retrouve plus que la place du stade et du théâtre. On

« chercherait vainement à reconnaître les vestiges des fonda- « tions, ou quelques pans de murailles qui s’aperçoivent entre « Ja forteresse et l'emplacement de la ville actuelle, »

Les tremblements de terre, les incendies et la peste ont maltraitéla Smyrne moderne, comme les Barbares ‘ont détruit la Smyrne antique. Le dernier fléau que j'ai nommé a donné lien à un dévoñement qui mérite d’être remarqué entre les dévouements de tant d’autres missionnaires ; l’histoire n’en sera pas sus-

pecte; c’est un ministre anglican qui la rapporte. Frère Louis de Pavie, de l'ordre des récollets, supérieur et fondateur de l'hôpital Saint-Antoine, à Smyrne, fut attaqué de la peste : il fit vœu, si Dieu lui rendait la vie, de la consacrer au service des pestiférés. Atraché miraculeusement à la mort, frère Louis a rempli les conditions de son vœu. Les pestiférés qu'il a soignés sont sans nombre, et l’on a calculé qu'il a sauvé à peu près les deux tiers (4) des malheureux qu'il a secourus.

Je n’avais donc rien à voir à Smyrne, si ce n’est ce Mélès, que persotine he connaît, et dont trois ou quulre ravines se disputent IA nom (2). Mais ane chose qui me frappa et Qui me surprit, ce füt l'extrême douceur de Pair. Le ciel, moins pur que celui de l'Attique, avait celle teinte que les peintres appellent un ton chaud; c'est-à-dire qu'il était rempli d’une vapeur délice, un peu rougie par la lumière. Quand la brise de ner venait # manquer, je sentais une langueur qui approchait de la défaillance 3 je reconnus la molle lonie, Mon séjour à Smyrne me força äüne nouvelle métamorphose ; je fus obligé de reprendre les airs d&la civilisation, de recevoir et dé réndré des visites. Les négociants qui me firent lhonneur de me venir voir étaient riches ; et quaud j'allai les saluer à mon tour, je troûvai chez eux des femines élégañles qui seiblaient avoir reçu le matin leuts modes de chez Leroi, Placé entre les ruines d'Athènes et les débris de Jérusalem,

cét aulte Paris, où j'élais arrivé Sur un bateau grec, et d'où j'allais sortif ävec tne caravane turque, toupait d'une manière piquante les scèties de mon voyage + é’était une espèce d’oasis civilisée, une Palmyre aa milieu des déserts et de la barbarie. J'avoue néarmoitis que, naturellement un peu sauvage, ce n’était pas ce qu’on äppelle là société que j'étais venu chercher en Orient : il me tardait de voir des chainieaux, et d'entendre le cri du cornac.

Le 5 au matin, tous les arrangements étant faits, le guide partit avec les chevaux : il alla im’altendre à Ménémen-Eskélessi, petit port de FAñalolie: Ma dérnière visite à Smyrne fut pour Joseph : Quantum mutatus ab illo! Était-ce bien là mon illustre + drogman? Je le trouvai dans une chétive boutique, planant ét battant sa vaisselle d'étaini: É avait celle même veste de velours bleu qu’il portait sur les ruines de Spärle et d'Athènes. Mais que li servaient ces marques de sa gloire? que lui servait d'avoir vu les villes et les hommes, mores hominum et urbes? Il n’était pas même propriétaire de son échoppel J'aperçus dans un voit | tit naître à tire refrogfiée, Qui parlait rudement à mon ancien compagtion: C'était pour cela que Joseph se réjouissait tant d’aréiter! Jé fai regretlé que deux choses dans mon voyage ; c'est de favoir pas êté assez riche pour établir Joseph à Smyene, et pour racheter un captif à Tunis. Je fis mes derniers adieux à mon pauvre camarade : il pleurait, et je n’élais guère moi s altendri: Je lui écrivis mon nom sur un petit morceau de papier , dans lequel j'enveloppai des marques sincères de ma reconnaissanee ; de sorte que le maitre de la boutique ne vit rien de ce qui se passait

entire nous.

(1) Voyéz Dassaway. Le grand moÿen employé par le frère Louis était d’envelopper le malade dans une chemise trempée d'huile, |

(2) Chaudler en fait pourtant une description assez poétique, quoiqu'il se moque des poctesset des peintres.qui Se sont avisés de donner des éaux à l'itissus. 1 fait couter le Mélès derrière le chäteat. La carte de Sryrne dé M. de Choiseul marque aussi le cours du fleuve, père d’'Homére: Comet se fait-il qu'avec toute l'imagitration qu’on me suppose, je n’aie pu voir et Grèce ce que tant d’iluslres et graves voyageurs ÿ ont vu? J'ai ui ifaudit amour de la vérité et une crainte de dire ce qui n’est pas, qui l’emporteut em moi sur toute autre considération,

| oir remercié M. le consul de toutes ses civi-

dans un bateau avec Julien, le drogman, M. Chauderloz, qui voulut bien

: È u de m'accompagner jusqu'à l'échelle. Nou Me nés jeune hôte temps. Le guide était sur le rivage : eu “en en met quiretournait à Smyrne, nous montànes à )

EH était minuit quand nous arrivâmes au kan de Ménémen: J'aperçus de loin une multitude de lumières éparses :

C'était le repos d’une caravane. En approchant, je distinguai les chameaux, les uns couchés, les autres debout, ceux - ci chargés de leurs fardeaux, ceux là débarrassés de

Le soir, après avol lités, je m'embarquat } les janissaires et le neveu de

leurs bagages. Des chevaux et. des ânes débridés mangeaient l'orge dans des seaux de cuir ; quelques cavaliers se tenaient encore à cheval, et les femmes voilées n’étaient point descendues de leurs dromadaires. Assis les jambes croisées sur des tapis, des marchands turcs étaient groupés autour des feux qui servaient aux esclaves à préparer le pilau; d’autresvoyageurs fumaient leurs pipes à la porte du kan, mâchaient de lopium , écoutaient des histoires. On brûlait le café dans les poëlons; des vivandières allaient de feux en feux, proposant des gâteaux de blé grué, des * fruits et de la volaille; des chanteurs amusaient la foule; des imans faisaient des ablutions, se prosternatent, se relevaient, invoquaient le prophète: des chameliers dormaient étendus sur la terre. Le sol était jonché de ballots, de sacs de coton, de coufles de riz, Tous ces objets, tantôt distincts et vivement éclairés, tantôt confus et plongés dans une demi-ombre, selon la couleur et le mouvement des feux, offraient une véritable scène des Mille et une Nuits, 1 n'y manquait que ie calife Aroun al Raschild , le visir Giaffar, et Mesrour, chef des eunuques,

Je me souvins alors, pour la première fois , que je fouiais les

Navigation à travers les îles de l'Archipel.

plaines de l'Asie, partie du monde qui n'avait point encore vu la (race de mes pas, hélas ! ni ces chagrins que je partage avec tous les hommes, Je me sentis pénétré de respect pour cette vieille terre où le genre humain prit naissance: où les patriarches vécurent, où Tyr et Babylone s’élevèrent , où l'Éternel appela Cyrus et Alexandre, où Jésus-Christ accomplit le mystère de notre salut. z Un monde étranger s'ouvrait devant moi : j'allais rencontrer des nations qui m’étaient inconnues , des mœurs diverses, des usages diffé-

plantes, un ciel nouveau, une näture nouvelle. Je passerais bientôt l'Hermus etleGranique ; Sardes n'était pas loin; je m'avançais vers Pergame et vers Troie : l’histoireme déroulait une autre page des révolutions de l’espèce humaine.

mon grand regret de la caravane.

Après deux heures de marche nous arrivâmes au bord

nous traversàmes dans un bac, C'est toujours le turbidus Hermus : je ne Sais il roule encore de l'or, Je le regardai avec plaisir, car c’était le premier fleuve, proprement dit, que je rencontrais depuis que j'avais quitté l'Italie.

Nous entràmes, à la pointe du jour, dans une plaine bordée de monta- “gnes peu élevées.

Le pays offrait un aspect tout différent de celui de la Grèce : les coton= niers verts, le chaume jaunissant des blés, l'écorce variée des pastèques, diapraient agréablement la campagne ; des chameaux paissaient çà et là avec les bufiles. Nous laissions derrière nous Magnésie et le mont Sipylus : ainsi nous n’étions pas éloignés des champs de bataille où Agésilas humilia la puissance du grand roi, el où Scipion remporta sur Antiochus cette victoire qui ouvrit aux Romains le chemin de l'Asie.

Nous aperçümes au loin sur notre gauche les ruines de Cyme; et nous avions Néon-Tichos à notre droite : j'étais tenté de des=

rents, d’autres ani- maux, d'autres

Je m'éloignai à

de l’Hermus, que.

Éd h sos 2h

LrE

«domine l’un et

. Cavec Juice qu’il

St en nt een ti ve

cendre de cheval et de marcher à pied, par respect pour Homère, qui avait passé dans ces mêmes lieux.

« Quelque temps après; lé mauvais élat de ses affaires le dis- « posa à aller à Gyme. S’élant mis en route, il traversa la plaine «de l'Hermus et arriva à Néon-Tichos , colonie de Cyme : elle « fut fondée huit ans après Gyme, On prétend qu'étant en cette « ville chez un ar- « murier, il y ré= «cita ces vers, les « premiers qu’ilait

« par un peuplier qui avait commencé à croître dansle temps de « son arrivée (1). » ; js Puisque Homère avait eu pour hôte un armurier à Néon-Tichos,

je ne rougissais plus’ d’avoir eu pour intérprète un marchand d'étain à Smyrne. Plût au ciel que la ressemblance füt en tout aussi complète, dussé-je acheter le génie d'Homère par tous les malheurs dont ce

poëte fut accablé!

Après quelques heures de marche

« faits : &« O vous, « citoyens de l’ai-

nous franchimes une descroupes du

«mable fille de :

mont Sardène, et

« Cyme, qui ha-

nous arrivâmes au

« bitez au pied du

bord du Pythicus.

«mont Sardène, «dont le sommet «est ombragé de

Nous fimes halte

pour laisser une caravane qui tra-

« bois qui répan- «dent la frai- «cheur, et qui « vous abreuvez de «leau du divin « Hermus, qu'en- «fanta Jupiter, « respeclez la mi- «sère d’un étran- «ger qui n’a pas «une maison où il « puisse trouver un «asile. »

« L’Hermus cou- « le près de Néon- « Tichos, et le «mont Sardène

« l'autre. L’armu- «rier s'appelait «@Tychius : ces «vers lui firent.

«tant de plaisir, « qu’il se détermi- «na à le recevoir «chez lui. Plein «de commiséra- «tion pour un «aveugle réduit à «demander son € pain, il lui pro- «mit de partager

«avait. Mélésigè- «ne étant entré « dans son atelier, «prit un siége , et «en présence de «quelques citoyens «de Néon-Tichos, Qil leur montra un échantillon de ses poésies : c'était l'expédition d'Amphiaà HA contre Thèbes, et des hymnes en l'honneur des dieux. à ne en dit son sentiment, et Mélésigène ayant porté là- . "US Son Jugement, ses auditeurs en furent dans l'admi- Cration, F:

ë vs ses gel fut à Néon-Tichos, ses poésies lui fournirent les ë ME GA subsister : on ÿ montrait encore de mon temps le Ur l'avait coutume de s’asséoir quand il récitait ses vers. "eu, qui était encore en grande vénération, était ombragé

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