EE MS DE MR AR EEE 2. = RER
chaï dessus et jem’endormis. En me réveillant, quelques heures après, je vis les étoiles briller au-dessus de ma tête, et j'entendis le cri du chamelier qui conduisait une caravane éloignée. Le 5 nous mmontâmes à cheval avant le jour. Nous cheminâmes par une plaine cultivée : nons {raversèmes le Caïcus à une lieue de Pergame. et à neuf heures du matin nous entrâmes dans la ville. Elle est bâtie au pied d'une montagne. Tandis que le guide conduisait les chevaux au kan, j’alai voir les ruines de la citadelle. Je trouvai les débris de trois enceintes de murailles, les restes d'un théâtre et d’un temple (peut-être celui de Minerve Porte- Vicloire). Je remarquai quelques fragments agréables de sculpture, entre autres, une frise ornée de guirlandes que soutiennent
es lêtes de bœnfs et des aigles Pergame était au-dessous de moi
ans la direction du midi : elle ressemble à un camp de baraques rouges. Au couchant se déroule une grande plaine terminée par la mer; au levant s'étend une autre plaine bordée au loin par des montagnes ; au midi, et au pied de la ville. je voyais d’abord des cimelières plantés de eyprès; puis une bande de terre culti-
vée en orge et en colon, ensuite deux grands tumulus : après:
cela venait une lisière plantée d'arbres; et enfin une longue et haute colline qui arrêtait l'œil. Je découvrais aussi au nord-est quelques-uns des replis du Sélinus et du Cétius, et à l’est, l’amphilhéâtre dans le creux d’un vallon. La ville, quand je descendis de la citadelle, m’offrit les restes d’un aqueduc et les débris du Lycée, Les savants du pays prétendent que la fameuse bibliothèque était renfermée dans ce dernier monument.
. Mais si jamais descriplion fut superflue, c’est celle que je viens
de faire. Il n'y à guère plus de cinq à six mois que M. de Chaïi-
seul a publié la suite de son Voyage. Ce second volume, où l'on reconnait les progrès d’un talent que le travail, le temps et le malheur ont perfectionné, donne les détails les plus exacls etes plus curieux sur les monuments de Pergame et sur l’histoire de ses princes. Je ne me permetttrai donc qu’une réflexion. Ge nom des Altale, cher aux arts et aux lettres, semble avoir été fatal aux rois : Altale, troisième du nom, mourut presque fou, ct légua ses meubles aux Romains , Populus romanus, bonorum meorum
hœres esto. Et ces républicains, qui regardaient apparemment
les peuples comme des meubles, s’emparèrent du royaume d'At-
tale, On trouve un autre Allale, jouet d'Alaric, et dont le nom est devenu proyerbial pour exprimer un fantôme de roi. Quand
on ne sait pas porter la pourpre, il ne faut pas l’accepter : mieux !
vaut alors le sayon de poil de chèvre.
aus sorlimes de Pergame le soir à sept heures; et, faisant rou è au nord, nous nous arrêtèmes à onze heures du soir pour susaer au milieu d'une plaine, Le 6, à quatre heures du ma- Un, OUS reprimes notre chemin, et nous continuâmes de marcher
dans la plaine, qui, aux arhres près, ressemble à la Lombardie.
Je fus saisi d’un accès de sommeil si violent, qu'il me fut im=. ancre, el je tombai par-dessus la tête de mon
possible de le cheval, J'aurais dû me légère contusion. Vers un so] inégal, formé par des monticules. Nous descendimes ensuile dans un bassin charmant planté de müriers, d’oliviers, de peupliers, et de piss en parasol (pinus pinea). En général, toute celle terre de l’Asie me parut fort supérieure à la terre de la Grèce. Nous isrrivämes d’assez bonne henre à la Somma, méchante ville turque où nous passâmes la journée.
Je ne comprenais plus rien à notre marche. Je n'étais plus sur les {races des voyageurs qui tous, allant à Burse ou revenant de celte ville, passent beaucoup plus à l'est, par le chemin de Constantinople, Dun autre côté, pour attaquer le revers du mont Ida, il me semblait que nous eussions dû nous rendre de Pergame à Adramylli, d’où, longeant Ja côte, où franchissant le Gargare, nous fussions descendus dans la plaine de Troie, Au lieu
rompre le cou; j'en fus quitte pour une
de suivre cette roule, uous avions marché sur une ligne qui pas-:
Sail précisément entre le chemin des Dardanelles et celui de Constantinople. Je commençai à soupgonner quelque superchérie de la part du guide, d'autant plus que je l'avais vu souvent
les sept heures, nous nous trouvâmes sur
oo
causer avec le janissaire. J'envoyai Julien chercher le drogmans je demandai à celui-ci par quel hasard nous nous trouvions à la Sormma. Le drogman me parut embarrassé ; il me répondil que nous allions à Kircagach ; qu'il était impossible de traverser la montagnes que nous y serions infailliblement égorgés; que notre troupe n'était pas assez nombreuse pour hasarder pn pareil voyages, et qu’il était bien plus expédient d’aller rejoindre, le chemin de Constantinople. Re Cette réponse me mit en colère; je vis clairement que le drogs man etle janissaire, soit par peur, soit par d'autres motifs. élaient entrés dans un complot pour me détourner de mon chemin. Je fis appeler le guide, et je lui reprochai son infidélité. Je sui dis que, puisqu'il trouvait la route de Troie impralicable . il aurait dû le déclarer à Smyrne; qu'il était yn poltrou, tout Turg qu'il était, que je n’abandonnerais pas ainsi mes projels selon sa peur ou ses caprices ; que mon marchéétait fait pour être conduit aux Dardanelles, et que j'irais aux Dardanelles. ANS A ces paroles, que le drogman traduisit très-fidèlement, le guide entra en fureur; il s'écria : Alahl allah! sccoua sa barbs de rage, déclara que j'avais beau dire et beau faire, qu'il me mêz nerait à Kircagach; et que nous verrions qui; d'un chrélientou d'un Turc, aurait raison auprès de l'aga, Sans Julien, je eroisque j'aurais assommé cet homme. | COTE Kircagach étant une riche el grande ville, à trois lieues dela Somma , j'espérais y trouver on agent ffançais qui ferait mellré ce Turc à la raison. Le 7, à quatre heures du matin, toute noire troupe était à cheval, selon l'ordre que j'en avais donné. Nous apritâmes à Kircagach ep moins leurs nous nimes pied à terre à la porte d'un très-beau an : Le drogman s'informa à l'heure même s'il n'y avait point un gonsul français dans la ville. On lui indiqua la demeure d'un éhirurgien italien : je me
“fis conduire chez le prélendu vice-cansul, et je lui expliquai mon ‘affaire, Il alla sur-le-champ en rend € compte au commandant &
celui-ci m’ordonna de comparaître devant lui avec le guide. Je
me rendis au tribunal de Son Excellence ; j'étais précédé
drogman et du janissaire. L'aga était à demi conché dans l'angle d’un sopba, au fond d'une grande salle assez belle, dont le plans cher était couvert de tapis. était AL homme d’une fanille de visirs. 11 avait des armes suspendües qu-dessus de sa tête ; un de ses officiers était assis auprès de lai : il fumait d'un air dés daigeux une grande pipà pété: LRU de temps en temps des éclats de rire immodérés en nous regardant, Celle réception me déplut. Le guide, le janissaire et le drogman ôtèrent leurs sandales à la porte, selon la coutume : ils allèrent baiser le bas : de la robe de l’aga et revinrent ensuite s'asseoir à la porte.
La chose ne se passa pas si tranquillement à mon égard : j'é=, tais complétement armé, botté, éperonné; j'ayais un fouet à Ja main. Les esclaves voulurent m'obliger à quitter mes bottes, mon fouet et mes armes. Je leur fis dire par le drogman qu'an Franz
çais suivait partout les usages de son pays. Je m'ayançai brusques ment dans la chambre, Un spahi me saisit par le bras gauche, et
me tira de force en arrière. Je lui sanglai à lravers le visage un conp de fouet qui l’obligea de lâcher prise. Il mit la main sur les pistolets qu’il portait à la ceinture : sans prendre garde à sa mes « nace, j’allui m’asseoir à côlé de l'aga, dont l'étannemnent était ris sible. Je lui parlai français; je me plaignis de l’insolence de ses gens; je lui dis que ce n’était que par respect poyr lui que je n'a vais pas tué son janissaire; qu'il devait savoir gue les Français élaient les premiers et les plus filèles alliés du Grand Seigneurs que la gloire de leurs armes élail assez répandue dans l'Orient; pour qu'on apprilà respecter leurs chapeaux, de même qu’ils hoz noraient les turbans sans les craindre ; que j'avais bu le café des pachas qui m'ayaient traité comme Jeur fils; que je n'étais pas venu à Kircagach poür qu’un esclave m'apprit à vivre, et ft assez téméraire pour toucher la basque de mon habit. 4
L’aga ébabi m'écoutait comme s’il m’eùt enteudu : le drogmat lui lraduisit mon discours. Il répondit qu'il n'avait jamais vu dg Français ; qu'il m’avait pris pour un Franc , ét que tres-cerläis
pe D DEN EN
tainement il allait me rendre justice : il me fit apporter le café. | Kelembé. C'est vraisémblablement ce même lieu que Spon:
Rien n’était curieux à observer comme l'air stupéfait et la figüve allongée des esclaves qui me voyaient assis avec mes bottes poudreuses sur le divan, auprès de leur maître La tranquillité étant rétablie, on expliqua mon affaire. Après avoir éntendu les deux partis, l'aga rendit unarrêt auquel je ne m'attendais point du tout : il condamoa le guide à me rendre une partie de monargent; mais il déclara que, les cheraux étant fatigués, cinq hommes seuls ne PRIME hasarder dans le passage des montagnes ; qu’en conséquence je devais, selon lui, prendre tranquillement la route de Constantinople. + -
Il y avait la dedans un certain bon sens ture assez remarquable, : 1€ ? " 4 M è è surlout lorsqu'on considérait la jeunesse et 1e peu d’expérience
du juge. Je lis diré à Son Excellence que son arrêt, d’ailleurs très-jusle, péchait par deux raisons : premièrement, parce que cinq hommes bien armés passaient partout ; secondement, parce que le guide ajirait dà faire ses réflexions à Smyrne, et ne pas prendre un engagement qu'il n'avait pas le courage de remplir. L'aga convint qué ma deruière remarque était raisonnable, mais que, les chevaux étant fatigués et incapables de faire une aussi longue roule, la fatalité m'obligeait de prendre un autre chemin.
Il eût été inutile de résister à la fatalité : tout était secrètement contre moi, le juge, le drogman et mon janissäire. Le guide voulut faire des difficultés pour l'argent; mais on lui déclara que cent coups de bâton l’attendaient à la porte, s'il ne restituait pas une partie de la somme qu'il avait reçue. Il la tira aveé une grande douleur du fond d’un petit sac de cuir, ets’approcha pour me la remettre : je la pris et la lui rendis en, lui reprochant son manque de bonne foi et.de loyaulé. L'intérêt est le grand vice des musulmans, et la Jibéralité est la vertu qu'ils estiment davantage, Mon action leur parut sublime: on n’entendait qu’Allah Allah ! Je fus reconduit par lous les esclayes, et même par le spahi que j'avais frappé ; ils s'attendaient à ce qu'ils appellent le régal. Je donnai deux pièces d'or au musulman battu ; je crois qu'à ce prix il n'aurait pas fait les difficultés que Sancho faisait pour délivrer madame Dilcinée. Quant au reste de la troupe, on lui déclara de ma part qu’un Français ne faisait ui ne recevait de présents.
Voilà les soins que me coûtaient [lion et la gloire d'Homère. Je me dis, pour me consoler, que je passerais nécessairement devant Troie en faisant voile avec les pèlerins, et que je pourrais engager le capilaine à me mettre àlerre. Je nesongeai done plus qu'à poursuivre promplement ma route.
J'allai rendre visite au chirurgien ; il n’arait point reparu dans toute cetle affaire du guide, soit qu'il n'eût aucun titre pour n'appuyer , soit qu'il craiznit le commandant, Nous nous pro-
” menâmes ensernble dans la ville, qui est assez grande et bien
peuplée, Je vis ce que je n’avais paint encore rencontré ailleurs, des jeunes Grecques sans voiles, vives, jolies, accortes, et en apparence, filles d'Lonie. [l'est singulier que Kircagach, si connue dans tout le Levant pour la supériorité de son coton. ne se trouve dans aucun voyageur (1), et n’existe sur aucune carte. C'est une de.ces villes que les Tures appellent sacrées : elle est attachée à la grande mosquée de Conslantinople; les pachas ne peuvent y entrer, J'ai, parlé de la bonté et de la singularité dé son miel à propos de celui du mout Hymette.
Nous quitiämes Kircagach à {rois heures de l'après-midi, et nous primes la roule de Constantinople. Nous nous dirigions au nord, à-travers un pays planté de colonniers, Nous gravimes une
petilé montagne; nous descendimes dans une autre plaine, et
nous vinmes, à cinq heures et demie du soir, coucher au kan de
(1) M. de Choiseul est le seul qui la nomme, Tournéfort parle d’une montagne appelée ircagan. Paul Lucas, Pococke, Chandler, Spon, Smith, Dallaway, ne disent rien d: Kiréagach D'Auvillé la passe sous siténice. Les Mémoires de Peyssonél n'en parl:ut pas. Sielle se trouve dans quelques-uns des innombrables voyages en Orient, c'est d’une manière trés-obscure, et qui écl ‘he entierement à ma mémoire. (Note dés deux premières éditions.)
Bircagach se trouve, dit-ou, sur une carte d'Arrowsmith. PIS ER
nomme Basculembéi; Tournefort, Baskelambai; et Thévenot, Dgelembé. Cette véographie turque est fort obscure dans les voya
geurs. Chacun ayant suivi Porthographe que lui dictait son’ oreille, on a encore une peine infinie à faire la concordance des
noms anciens et des noms modernes dans l'Anatolie. D'Anville n’est pas complet à cet égard; et malheureusement la carte de
la Propontide, levée par ordre de M. de Choiseul, ne dessine que
les côtes de la mer de Marmara.