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jour n’était pas encore à sa fin, nous soupâmes sur les terrasses ui forment le toit du couvent. Les monastères de Terre-Sainte ressemblent à des forteresses lourdes et écrasées; et ne rappellent en‘anéunefaçon les monastères de l’Europe. Nous jouissions d'une vue charmante : les maisons de Rama sont des cahutes de plâtre surmonlées d'un petit dôme tel que celui d’une mosquée ou d’un tombeau desanton ; elles semblentplacéesdans an bois d’oliviers, de tiguiers, de grenadiers, et sont entourées de grands nopals qui affectent ‘des formes bizarres, et entassent en désordre les unes sur les aulres leurs: palettes épinenses. Du milieu de ce groupe confus d'arbres et de maisons s’élancent les plus beaux palmiers de l'Idumée. (l y en avait un surtont dans la cour du couvent que jene welas$ais point d'admirer : il montait en colonne à la bauteur de plus de trente pieds, puis épanouissait avec grâce ses rameaux recourbés, au-dessous desquels les dattes à moitié mûres pendaient comme des cristaux de corail. [M Rama est panaannes Arimathie, palrie de cet homme juste qui eut la gloire d’ensevelir le Sauveur. Ce fut à Lod, Lydda ou Diospolis, village à une demi-lieug de Rama à Li U: For opéra le miracle de da guérison du paralylique. Pour ce qui concerne Rama, considérée sous les rapports du commerce, On ut consulter les Mémoires du baron de Fait et le Voyage de M, de Volney. | SPA - Nous sortîmes de R:.ma le 4 octobre à minuit. Le père présidentnous conduisi* par des chemins détournés à l'endroit où nous attendait Abou-Gosh, et retourna ensuite à son couvent. Notre troupe était composé» du chef arabe, du drogman de Jérusalem, de mes deux domestitries, et du Bédoyin de Jaffa, qui conduisait
l'âne chargé du bagase. Nous gardions toujours la robe el Lin À
tenance de pauvres péserins lalins, mais nous étions armés sous nos habits. 10He à
Après avoir chevaurhé une heure sur un terrain inégal , Nous arrivames à quelces masures placées au haut d'une éminence rocailleuse. Nous franchimes un des ressauts de Lo % is
pout d'une autre heure de marche, nous parvinmes à la première
ondulätion des montagnes de Judée, Nous tournâmes par un ra-
vin raboteux autour d'un monticule isolé et aride. Au sommet
de ce tértre on entrevoyait un village en ruines et les pierres éparses d’un cimelière abandonné : ce village porte le nom du Latroun où du Larron : c’est la patrie du criminel qui se repentit-sur la croix, et qui fit faire au Christ son dernier acte de miséricorde. Trois milles plusloïn nous entrâmes dansles montagnes.
Nous suivions le litdesséché d’un torrent: la lune, diminuée d’une.
moitié, éclairaît à peine nos pas dans ces profondeurs ; les sangliers faisaient entendre autour de nous un eri singulièment sauvage. Je compris, à la désolation de ces bords, comment la fille de Jephté voulait pleurer sur la montagne de Judée, et p ourauei les prophètes allaient gémir sur les hauts lieux, Quand le jour fut venu, nous nous lrouvâmes au milieu d’un labyrinthe de montagnes de forme conique, à peu près semblables entre elles et enchaïnées l’uue 1 l'autre par la base. La roche qui formait le fond de ces montagnes perçait la terre. Ses bandes et ses corniches parallèles étaient disposées comme les gradins d’un amphithéâtre romain, ou comme ces murs en échelons avec lesquels
on soutient les vignes dans: vallées de laSavoie (1). A chaque
redan du roche éraissiient es touffes de chênes nains, des buis et des lauriers-1se8. Dans le fond des ravins s’élevaient des oliviers; etquelquefois ces arbres formaient des bois entiers sur le flane des montagnes. Nous entendimes crier diversoiseaux, entre
auires des geais. Parvenus:au plus haut point de cette chaîne;
nous découvrimes derricre tous (au midi et à l'occident)la plaine de Saron jusqu’à Jaffa, et l'horizon de la mer jusqu'à Gaza ; devan! nous (au nord et ai: le: ant) s'ouvrait le vallon de Saint-Jérémie; et, dans la même direction, sur le baut d'un rocher, on apercevait au loin une viçille forteresse appelée le Château des Machabées. On croitque l’auteurdes Lamentations vint au monde
(4) On les souteuait autrefois de là mème manière en Judée.
dans le village qui a retenu son nom au milieu de ces montagnes (1) : il est certain que la tristesse de ces lieux semblerespirer dans les cantiques du prophète des douleurs. ss Cependanten approchant deSaint-Jérémie, je fas un pen consolé par un spectacle inattendu. Des troupeaux de chèvres à oreilles tombantes, des moutons à large queue, des ânes qui rappelaient par leur beauté l'onagre des Écritures sortaient du vil-
lage au lever de l'aurore. Des femmes arabes faisaient sécher des
raisins dans les vignes; quelques-unes avaientle visage couvert
d’un voile, et portaient sur leur tête un vase plein d’eau, commé les filles de Madian. La fumée du hameau montait en vapeur blanche aux premiers rayons du jour; on entendait des voix con2 fuses, des chants, des cris de joie : cette scène formait un contraste:
agréable avec la désolation du lieu et les souvenirs de la nüit,
Notre chef arabe avait reçu d’avance le droit que la tribu exige
des voyageurs, el nous passâmes sans obstaclé. Tout à coup je fus frappé de ces mots prononcés distinclement en français : «En q avant : Marche!» Je tournai la tête, et j'aperçüs une troupe de
etits Arabes tout nus qui faisaient l'exercice avec des bâtons de
almier. Je ne sais quel vieux souvenir de ma prémière vie me. tourmente ; etquand on me parle d'un soldat français, le cœur me
bat : mais voir de petits Bédouins dansles montagnes de la Judée
imiter nos exercices militaires el garder le souvenir de notre va-
leur; les entendre prononcer ces mots qui sont, pour ainsi dire, les mots d'ordre de nos armées, et les seuls que-sachent nos gre2
nadiers, ilyaurait eu dequoitoucher un hommeïnoins amoureux que moi de la gloire de sa patrie. Je ne fus pas si effrayé que”
Robinson quand il entendit parler son perroquet, mais je ne fus pas moins charmé que ce fameux voyageur. Je-donnai quelques médins au petit bataillon, en Jui disant: « En avant : Marclie ! »
Et afin de ne rien oublier, je lui eriai : « Dieurle veut! Dieu le” « veut! » comme les campagnons de Godefroy et de saint Louis. ! De la vallée de Jérémie nous descendimes dans celle de Térébinthe. Elle est plus profonde et plus étroite qué la première. On: yoit des vignes, et quelques roseaux de doura: Nous arrivâmes
âu torrent où David enfant prit les cinq pierres dont il frappa le géant Goliath. Nous passâmes ce torrent sur un pont de pierre,
le seul qu’on rengontre dans ces lieux déserts : le"torrent conser£
vait encore un peu d'eau slagnante, Tout près de là, à main gauche, sous un village appelé Æaloni, je remarquai parmi des ruines plus modernes les débris d’une fabrique antique. L'abbé
Marili attribue ce monument à je ne sais quels moines. Pour un
voyageur italien, l'erreur es grossière. Si l'architecture de ce
monumentn'estpas hébraïque, elleest certainement romaine : l’a plomb, la tuille et le volume des pierres ne laissent aucun doute
à ce sujel.
Après avoir passé le torrent, on découvre le village de Keriet-
Lefa au bord d'un autre torrent desséché qui ressemble à un
graud chemin poudreux. El-Biré se montre au loin au sommet
d’une haute môntagne, sur la route de Nablous, Näbolos, ou Nabolosa, la Sichem du royaume d'Israël, et la Neapolis des Hé:
rodes.