‹ Itinéraire de Paris à Jérusalem (volume 4)Chapitre 55 sur 111 · PROH DOLOR! IN MODICO CLAUDITUR HOC TUMULO · texte numérisé non relu

PROH DOLOR! IN MODICO CLAUDITUR HOC TUMULO

« Le mont de Calvaire est la dernière station de l’église du « Saint-Sépulcre; car à vingt pas de là l’on rencontre la pierre « de l’onction, qui est justement à l'entrée de l'église. »

Deshayes ayant ainsi décrit par ordre les stations de tant de lieux vénérables, il ne me reste à présent qu’à montrer l'ensemble de ces lieux aux lecteurs.

On voit d’abord que l’église du Saint-Sépulcre se compose de trois églises : celle du Saint-Sépulcre, celle du Calvaire et celle de l’Invention de la sainte Croix.

L'église proprement dite du Saint-Sépulcre est bâtie dans la vallée du mont Calvaire, et sur le terrain où l'on sait que Jésus- Christ füt enseveli. Cette église forme une croix; la chapelle même du Saint-Sépulcre n’est en effet que la grande nef de l’édifice : elle est circulaire comme le Panthéon à Rome, et ne recoit le jour que par un dôme au-dessous duquel se trouve le Saint Sépulcre. Seize colonnes de marbre ornent le pourtour de cette rotonde ; elles soutiennent, en décrivant dix-sept arcades, une galerie supérieure, également composée de seize colonnes et de dix-sept arcades, plus petites que les colonnes et ies arcades qui les portent. Des niches correspondantes aux arcades s'élèvent audessus de la frise de la dernière galerie, et le dôme prend sa naissance sur l'arc de ces niches. Celles-ci étaient autrefois déco-

(4) Outre ces deux tombeaux on en voit quatre autres à moitié brisés. Sur un de ces tombeaux on lit encore, maisavec beaucoup de peine, une épitaphe rapportée par Cotovie,

s 110 ITINÉRAIRE DE rées de mosaïques représentant les douze apôtres, sainte Hélène, l'empereur Constantin, et trois autres portraits inconnus - :

Le chœur de l’église du Saint-Sépulere est à lorient de la ne du tombeau : il est double comme dans les anciennes basilique*, c’est-à-dire qu’il a d’abord une enceinte avec des stalles pour les prêtres, ensuite un sanctuaire reculé etélevé de deux degrés audessus du premier. Autour de ce double sanctuaire règnent les ailes du chœur; et dans ces ailes sont placées les chapelles décrites par Deshayes.

C’est aussi dans l'aile droite, derrière le chœur, que $ ouvrent les deux escaliers qui conduisent, l'un à Péglise du Calvaire, l’autre à l'église de l'Invention de la sainte Croix : le premier monte à la cime du Calvaire: le second descend sous le Calvaire même ; en effet la croix fut élevée sur le sommet du Golgotha, et retrouyée sous celte montagne. Ainsi, pour nous résumer, l'église du Saint-Sépulere est bâtie au pied du Calvaire : elle touche par sa partie orientale à ee monticule sous lequel et sur lequel on a bâti deux autres églises, qui tiennent par des murailles et des escaliers voûlés au principal monument.

L'architectnre de l’église est évidemment du siècle de Constantin : l'ordre corinthien domine partout. Les piliers sont lourds ou maigres, et leur diamètre est presque toujours sans proportion avec leur hauteur, Quelques colonnes accouplées qui portent la

… frise du‘ehœur sont toutefois d’un assez bon style. L'église étant

haute et développée, les corniches se profilent à Pœil avec assez de grandeur; mais comme depuis environ soixante ans on à surbaissé l’arcade qui sépare le chœur de la nef, le rayon horizontal est brisé, et l’on ne jouit plus de l'ensemble de la voûte. … L'église n’a pointde péristyle: on entre par deux porteslatérales ; iln'y en a plusqu’une d'ouverte. Ainsi le monument ne parait pas avoir eu de décorations extérieures. ÎLest masqué d’ailleurs par les masures et par ès couvents grecs qui sont accolés aux murailles. Le petit monument de marbre qui couvre le Saint-Sépulre a la forme d’un catatalque orné d’arceaux demi-gothiques engagés dans les côtés-pleins de ce catafalque : il s'élève élégamment sous le dôme qui l’éclaire ; mais il est gâté par une chapelle massive que les Arméniens ont oblenu la permission de bâtir à l’une de ses extrémités, L'intérieur du catafalque offre un tombeau de marbre blanc fort simple, appuyé d’un côté au mur du monument, et servant d'autel aux religieux catholiques : c'est le tom-

beau de Jésus- Christ.

me de ue du Saint-Sépulere est d'une haute anti- RE eur de Epitome des guerres sacrées (Epitome belload ent Rréleud que; quaranle-six aus après la destrucd'Adrien la $mA P &e Vespasien et Titus, les chrétiens obtinrent sur le D re de bâtir, ou plutôt de rebâtir un temple lesauires US SES Dieu, et d'enfermer dans la nouvelle cité RE eux révérés des chrétiens. [l ajoute que ce temple fut : b el réparé par Hélène, mère de Constantin. Quaresmius sv dE PRIIe “parce que; dit-il, les fidèles, jusqu’au à pareils rt ARTS N-eurenl pas la permission d'élever de eution de Di piés x Le savan! religieux oublie qu'avant la persées n de Dioclétien les chrétiens possédaient de nombreuses églises et célébraient publiquement leurs mystères. Lactance el Eusèbe vantent à celte époque la richesse et Je bonheur des tidèles. D'autres auteurs dignes de foi, Sozomène, dans le second livre de son Histoire; saint Jérôme, dans ses Épitres à Paulin et à Buflin; Séyère. livre 1; Nicéphore, livre xvu; et Eusèbe ; dans la Vie de Constantin, nous apprennent que les païens entou- PP d'un mur les saints lieux ; qu'ils élevèrent sur le tumbeau de Jésus-Christ une statue à Jupiter, et une autre statue à Vénus sur le Calvaire; qu'ils consacrèrent un bois à Adonis sur le berseau du Sauveur, Les témoignages démontrent également l’antiaus du vrai eulteà Jérusalem par la protanation même des lieux sacres, el prouvent que les chrétiens avaient des sancluaires dans ces lieux (4). |

(4) Vos: le denxitms Mi moire de l'introduction,

Mouomaque.

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Quoi qu’il en soit, la fondation de l'église du Saint-Sépnlere remonte au moins au regne de Constantin : il nous reste üne leltre de ce prince, qui ordonne à Macaire, évêque de Jérusalem, d'élever une église sur le lieu où s’accomplit le grand mystèrédu salut. Eusèbe nous a conservé cette lettre. L’évêque de Césarée fait ensuite la descriplon de l'église nouvelle , dont la dédicace dura huit jours. Si le récit d'Eusèbe avait besoin d’être appuyé

par des témoignages étrangers, on aurait ceux de Cyrille, évêque de Jérusalem (Catéch. 4-10-13), de Théodoret, et même de

l'tinéraire de Bordeaux à Jérusalem en 333: Tbidem , jussu Constantini imperatoris, basilica facta est miræ pulchritudinis,

Cette église fut ravagée par Gosroës If, roi de Perse, environ trois siècles après qu’elle eut été bâtie par Constantin. Héraclius reconquit la vraie croix, et Modeste, évêque de Jérusalem, rétaz

blit Féglise du Saint-Sépulcre, Quelque temps après, le alle 4

Omärs'empara de Jérusalem ; mais il laissa aux chrétiens le libre: exereice de leur eulte. Vers l'an 1009, Hequem ou Hakem ; qui régnait en Égypte, porta la désolation au lombeau de Jésus Christ. Les uns veulent que la mère dece prince, qui était ehré= tienne, ait fait encore relever les murs de l’église abaitue; les autres disent que le fils du calife d'Egypte; à la sollicitation de l’empereur Argyropile, permit aux fidèles d’enfermer les-saints lieux dans un monument nouveau, Mais comme à l'époque du règne de Hakem les chrétiens de Jérusalem n'étaient ni assez riches, ni assez habiles pour bâtir l'édifice qui couvre aujourd’hui le Calvaire (1); comme, malgré un passage très-suspeet de Guillaume de Tyr, rien n'indique que les croisés aient fait eone struire à Jérusalem une église du Saint-Sépulcre, il est probable que l'église fondée par Constantin a toujours subsisté telle qu'elle est, du moins quant aux murailles du bâtiment. La seule inspecs tion de l'architecture de ce bâtiment suffirait pour démontrer la : yérilé de ce que j'avance. : 4 Les croisés s'étant emparés de Jérusalem, le 45 juillet 4099, arrachèrent le tombeau de Jésus-Christ des mains des infidèles Il demeura quatre-vingt-huit ans sous la puissance des success seurs de Godefroy de Bouillon. Lorsque Jérusalem retomba sous le joug musulman, les Syriens rachelèrent à prix d’or l'église du Saint-Sépulere, et des moines vinrent défendre avec leurs prièrès des lieux inutilement confiés aux artnes des rois ; c’est ainsi qu'à travers mille révolutions la foi des premiers chrétiens non dll conservé un temple qu’il était donné à notre siècle de voir périls

pute jamais avec la vérité; secondement, parce que tout le monde était persuadé que le seul moyen de voir un pays tel qu'il est,

la Biblé et l'Évangile à la main que l'on doit parcourir la Terres Sainte, Si l’on veut y porler un esprit de contention et de: chiane, la Judée nesvaut pas la peine qu'on l’aille chercher si loin, Que dirait-on d’un homme qui, parcourant la Grèce et l'Italie ne s'oceuperait qu'à contredire Homère el Virgile? Voilà pourtant commèe on voyage aujourd'hui: elfet sensible de notreamoute propre qui veut nous faire passer pour babiles en nous rendant dédaigneux. 4 Les lecteurs chrétiens demanderont peut-être à présent quels furent les sentinients que j'éprouvai en entraut dans £e lieu res doutable; je ne puis réellement le dire. Tant de choses se présens aient à la fois à mon esprit, queje ne m’arrêlaisà aucune idée paf

ticulière, Je restai près d’une derni-heure à genoux dans la petite

chambre da Saint-Sépulcre, les regards attachés sur la pierre sans pouvoir les en arracher, L'un des deux religieux qui me conduite saient dermeurait prosterné auprès de moi, le front sur le uwiarbres

l'autre, l'Évangile à la main, me lisait à la lueur des lampes les

(4) On prétend que Marie, femme de Hakem et mère du nouveau calife, en fit Les frais, et qu'elle fut aidée dans eette picuse cutreprise par Constant

Les premiers voyageurs étaient bien heureux; ils n'étaient point obligés d’entrer dans toutes ces criliques: premièrement, + parce qu'ils trouvaient dans leurs lecteurs la religion qui. ne dis

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c’est de le voir avec ses traditions et ses souvenirs, C'est en effet

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RO RE nan ion de iabruSicogsien. 2e ES. ant Bis 2e eo A SE en + RE DE

PRE AC Gr po rie passages relatifs au saint tombeau: Entre chaque verset il réci- {ait une prière : Domine J'esu Chrisle, qui in hora dieivespertina fuisti, horaque ultima in hoc sanctissimo, monumento corpus tuum examine contulisti, ele. Tout ce que je puis assurer, c'est u’à la vue de ce sépulcre triomphant je ne sentis que ma faiblesse; et quand mon guide f’écria avec saint Paul: Ubi est, Mors, victoria tua? Ubi est Mors, stimulus tuus ? je prêtai l’oreille, comme si la Mort allait répondre qu’elle était vaincue et enchainée dans ce monument. | Nous parcourûmes les stations jusqu’au sommet du Calvaire. Où trouver dans l'antiquité rien d'aussi louchant, cien d'aussi merveilleux que les dernières scènes de l'Évangile? Ce ne sont joint ici les aventures bizarres d'une divinité étrangère à l'humanité : c’est l’histoire la plus pathétique, histoire qui non-seulement fait couler des larmes par sa beauté, mais dont les conséquences, appliquées à l'univers, ont changé la face de la terre. Je venais de visiter les monumenis de la Grèce, et j'étais encore tout rempli de leur grandeur ; mais qu'ils avaient été loin de m'inspirer ce que j'éprouvais à la vue des lieux saints! à . L'église du Saint-Sépulere, composée de plusieurs églises, bâtie sur un terrain inégal, éclairée par une multitude de lampes, est singulièrement mystérieuse ; il y règne une obscurité favorable à la piété et au reeueillement de l’âme, Les prêtres chrétiens des différentes sectes habitent les diflérentes parties de l'é- TPE er ent | :

© Du haut des arcades, où ils se sont nichés comme des co- Jombes, du fond des chapelles et des souterrains, ils font enfendre leurs cañtiques à toutes les heures du jour et de la nuit ; l'orgue du religieux latin, les eymbales du prêtre ahyssin, la voix du caloyer grec, la prière du soliaire arménien, l'espèce de plainte du moine, cophte, frappent tour à tour ou tout à la fois votre oreille ; vous ne saveg d'où partent ces concerts ; vous respirez l'odeur de l’encens sans apercevoir la main qui le brûle ; seulement vous voyez passer, s'enfoncer derrière des colonnes, se erdre dans l'ombre du temple, le pontife qui va célébrer les plus redoutables mystères aux lieux mêmes où ils se sont accomplis, “je ne sortis point de enceinte sacrée sans m'arrêler aux mo-

numents de l'église, et sont appuyés gontre le mur du chœur. Je saluai les

cendres de ces rois chevaliers qui méritèrent de reposer près du | C riche ; | lcre qu’ils avaient délivré. Ces cendres sont descendres : « lui en donnait , et les chiens venaient lui lécher ses plaies.»

grand sépu françaises, et les seules qui soient ensevelies à l'ombre du tombean de Jésus-Christ Quel titre d'honneur pour ma patrie ! © Je retournai au couvent à onze heures, et j'en sortis de nouveau à midi pour suivre la Voie douloureuse: on appelle ainsi le chemin ue parcourut le Sauveur du monde en se rendant de la maison de Pilate au Calvaire. |

La maison de Pilate (1) est une ruine d’où l’on découvre le vasle emplacement du temple de Salomon et la mosquée bâtie sur cet emplacement. a ; ” Jésus-Christ ayant été battu de verges, couronné d'épines , et Vale : Ecce Homo, S'écria le juge; et l'on voit encore la fenêtre d'où il prononça ces paroles mémorables.

. Selon la tradition latine à Jérusalem, la couronne de Jésus-

fist fut prise sur l’arbre épineux, lycium spinosum. Mais le savant botaniste Hasselquist croit qu'on employa pour cetle couronne le nabka des Arabes. La raison qu'ilen donne mérite d’être rapportée : APE QI ÿ 4 toute apparence, dit l'auteur, que le nabka fournit la « couronné que l'on mit sur la tête de Notre-Séigneur'! il est «commun dans l’Orient. On ne pouvait choisir une plante plus « propre à cet usage, car elle estarméé de piquants : ses branches

AL gouvérpent de Jérusalem demeurail autrefois dans celte maison, ni on n'y loge plus que ses ehievaux périni les débris: Voÿez litrodue- ‘1, Sur la vérité des traditions roligicuses à Jérusalem: -” | F

2er -

de cruce depositus, 1n brachiis dulcissimæ Matris tuæ reclinatus :

Godefroy et de Baudouin: ils font face à la porte de

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revêtu d’une casaque de pourpre, fut présenté aux Juifs par Pi: :

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