‹ Itinéraire de Paris à Jérusalem (volume 4)Chapitre 66 sur 111 · RAM RAR AR A · texte numérisé non relu

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fortune m’a appris à juger des choses par la raison et nou par

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L’infanterie en élant venue aux mains, les soldats de Scipion enfoncérent facilement la preinière line de l'ennemi, qui n'était composée que de mercenaires. Les Romains et les Carthaginois se trouvèrent alors face à face. Les premiers, pour arriver aux seconds, étant obligés de passer sur des monceaux de cadavres, rompirent leur ligne, et furent au moment de perdre la victoire. Scipion voit le danger, et change son ordre de bataille, I fait passer les princes et les triaires au premier rang, et les place à a droite et à la gauche des piquiers ; il déborde par ce moyen le front de l’armée d’Annibal, qui avait déjà perdu sa cavalerie et la première ligne de ses fantassins. Les vétérans carthaginois soutinrent la gloire qu’ils s'étaient acquise dans tant de batailles, On reconnaissait parmi eux, à leurs couronnes, dè simples soldats qui avaient tué, de leurs propres mains, des généraux et des consuls Mais la cavalerie romaine, reveuant de la poursuite des ennemis, charge par derrière les vieux compagnons d’Annibal. Entourés de toutes parts, ils combattent jusqu’au dernier soupir, et n’abandonnent leurs drapeaux qu'avec la vie Annibal luimême, après avoir fail tout ce qu’on peut attendre d’un grand énéral et d’un soldat intrépide, se sauve avec quelques cavaliers.

Resté maître du champ de bataille, Scipion donna de grands éloges à l'habileté que son rival avait déployée dans les événements du combat. Était-ce générosité ou orgueil ? Peut-être l’une ét l’autre ; car le vainqueur était Scipion, et le vaineu Anmibal,

La bataille de Zama mit fin à la seconde guerre Punique, Car-

thage demanda la paix, et ne la reçut qu'à des conditions qui présageaient sà ruine prochaine. Annibal, n’osant se fier à la foi d'un peuple ingrat, abandonna sa patrie. Il erra dans les cours étrangères, cherchant partout des ennemis, aux Romains, et partout poursuivi par eux; donnant à de faibles rois des conseils qu'ils étaient incapables de suivre, et apprenant par sa propre expérience qu'il ne faut porter chez les hôtes couronnés ni gloire si malheur. On assure qu'il rencontra Scipion à Éphèse, et que, s’entretenantavec son vainqueur, celui-ci lui dit : «A votre avis, Annibal, quelaétéle premier capitaine dumonde?— Alexandre, « répondit le Carthaginois, — Et le second? repartit Scipion. — « Pyrrbus. — Et le troisième? — Moi. — Que sérail-ce done, « s'écria Scipion en riant, si Yous m'aviez vaincu? — Je.me serais placé, répondit Annibal, avant Alexandre, » Mot qui prouvé que l'illustre banni avait appris dans les cours l'art de la flatterié, et qu'il avait à là fois trop de modestie et lrop d’orgueil.

Enfin les Romains ne purent se résoudre à laisser vivre Annibal. Seul, proscrit et malheureux, il leur semblait balancer la fortune du Capitole. Ils étaient humiliés en pensant qu'il y avait

aù monde un homme qui les avait vaincus, et qui n'était point

effrayé de leur grandeur. Ils.envoyèrernt une ambassade jusqu’au

fond del’Asie démander au roi Prusias la mort de son suppliant. Prusias eut la lâcheté d'abandonner Annibal. Alors ce grand homme avala du poison, en disant : « Délivrons les Romains de « la crainte que leur causé un vieillard exilé, désarmé et (rahi »

Scipion éprouva comme Annibal les peines attachées à la gloire. Il finit ses jours à Literne, dans un exil volontaire. On à remarqué qu'Annibal, Philopæmen et Scipion moururent à peu près dans le même temps, tous trois victimes de l'ingratitude de leur pays. L'Africain fit graver sur son lombeau celte inscription si connue :

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