‹ Itinéraire de Paris à Jérusalem (volume 4)Chapitre 65 sur 111 · VOYAGE DE TUNIS, ET RETOUR EN FRANCE · texte numérisé non relu

VOYAGE DE TUNIS, ET RETOUR EN FRANCE

Je trouvai chez M. et madame Devoise l'hospitalité la plus généreuse et la société la plus aimable : ils eurent la bonté de me garder six semaines au sein de leur famille; et je jouis enfin d’un repos dont j'avais un extrême besoin. On approchait du carnaval, et l’on ne songeait qu'à rire, en dépit des Maures. Les cendres de Didon et les ruines de Carthage entendaient le son d'un violon français. On ne s’embarrassait ni de Scipion, ni d'Annibal, ni de Marius, ni de Caton d'Utique, qu’on eût fait boire (car il aimait le vin) s’il se fût avisé de venir gourmander l'assemblée. Saint Louis seul eût été respecté en sa qualité de Français; mais le bon et grand roi n’eûl pas trouvé mauvais que ses sujets s’amusassent dans le même lieu où il avait tant souffert. ;

Le caractère national ne peut s’effacer. Nos marins disent que, dans les colonies nouvelles, les Espagnols commencent par bâtir une église : les Anglais, une taverne : et les Français, un fort : et j'ajoute, une salle de bal, Je me trouvais en Amérique, sur la frontière du pays des Sauvages : j'appris qu’à la première journée je rencontrerais parmi les Indiens un de mes compatriotes. Arrivé chez les Cayougas, tribu qui faisait parlie de la nation des Iroquois, mon guide me conduisit dans une forêt. Au milieu de : celte forêt on voyait une espèce de grange; je trouvai dans celte grange une vingtaine de Sauvages, hommes et femmes, barbouillés comme des sorciers, le corps demi-nu, les oreilles découpées, des plumes de corbeau sur Ja tête, et des anneaux passés dans les narines. Un petit Français, poudré et frisé comme autrefois, habit vert-pomme, veste de droguet, jabot et manchettes de mousseline, raclait un violon de poche, et faisait danser Madelon Friquet à ces Iroquois. M. Violet (c’était son nom) était maitre de danse chez les Sauvages. On lui payait ses leçons en peaux de castors et en jambons d'ours : il avait été marmiton au service du général Rochambeau pendant la guerre d'Amérique, Demeuré à New-York après le départ de notre armée, il résolut d'enseigner les beaux-arts aux Américains. Ses vues s’étant agrandies avec ses succès, le nouvel Orphée porta la civilisation jusque chez les hordes errantes du Nouveau-Monde. En me parlant des Indiens, il me disait toujours : « Ces messieurs Sauvages et ces dames Sauvagesses. » Il se louait beacoup de la légèreté de ses écoliers : en effet, je n’ai jamais vu faire de telles gambades. M. Violet, tenant son pelit violon entre son menton et s4 poitrine, accordait l'instrument fatal ; il criait en iroquois : À vos places! Et toute la troupe sautait comme une bande de démons. Voilà ce que c’est que le génie des peuples. ;

Nous dansâmes donc aussi sur les débris de Carthage, Ayant vécu à Tunis absolument comme en France, je ne suivrai plus les dates de mon journal. Je traiterai les sujets d’une manière gé-

nérale et selon l'ordre dans lequel ils s’offriront à ma mémoire.

es ; ke es ruines, je dois nommer les différentes personnes que J'ai connues en Barbarie. Outre M: le consul de France, je voyais souvent M. Lessing, consul de Hollande : son beau-frère, M, Humberg, oflicier-ingénieur hol«

landais, commandait à la Goulette, C’est avec le dernier que jai visité les ruines de Carthage; j'ai eu infiniment à me louer de sa complaisance et de sa politesse, Je rencontrai aussi M. Lear, consul des États-Unis. J'avais êté antrefois recommandé en Ainérique au général Washington. M. Lear avait occupé une place auprès de ce grand homme : il voulut bien, en mémoire de mon illustre patron, me faire donner passage sur un schooner des États-Unis, Ce schooner me déposaen Espagne, comme jele dirai à la fin de cet Itinéraire. Enfin je vis à Tunis, tant à la légation que dans la ville, plusieurs jeunes Français à qui mon nom n’était pas lout à fait étranger. Je ne dois pointoublier les restes de l’intéressante famille de M. Andanson.

Si la multitude des récits fatigue l'écrivain qui veut parler aujourd'hui de l'Egypte et de la Judée, il éprouve, au sujet des antiquités de l'Afrique, un embarras tout contraire par la disette des documents. Ce n’est pas qu’on manque de Voyages en Barbarie : Je connais une trentaine de Relations des royaumes de Maroc, d'Alger et de Tunis, Toutefois ces relations sont insuffisantes. Parmi les anciens Voyages, il faut distinguer l’Africa illustrata de Grammaye et, le savan‘ ouvrage de Shaw. Les Missions des Pères de la Trinité et des Pères de la Merci renferment des miracles dé charité : mais elles ne parlent point, et ne doivent point parler, des Romains et des Carthaginois. Les Mémoires imprimés à la suite des Voyages de Paul Lucas ne contiennent que le récit d’une guerre civile à Tunis, Shaw aurait pu suppléer à tout, s’il avait élendu ses recherches à l'histoire ; malheureusement il ne Ja considère que sous les rapports géographiques. Il touche à peine, en passant, les antiquités : Carthage, par exemple, n'oceupe pas, dans ses observations, plus de place que Tunis. Parmi les Voyageurs tout à fait modernes, lady Montague, l'abbé Poiret,

M: Deslontaines, disent quelques mots de Carthage, mais sans

s'y arrêter aucunement, On a publié à Milan, en 1806, l’année même de mon voyage, un ouvrage sous ce litre : Ragguaglio di alcuni Monumenti di Antichita ed Arti, raccolti negli ultimi Viaggi d'un dilettante (1).

Je crois qu'il est question de Carthage dans ce livre: j'en ai retrouvé la note trop tard pour le faire venir d'Italie. On peut donc dire que le sujet que je -vais traiter est neuf; j’ouvrirai la route; les habiles viendront après moi.

Avant de parler de Carthage, qui est ici le seul objet intéressant, il faut commencer par nous débarrasser de Tunis. Cette ville conserve à peu près son nom antique. Les Grecs et les Latins l'appelaient Tunes, et Diodore lui donne l'épithète de Zlanche, Aëvwy, parce qu'elle est bâtie sur une colline crayense : elle est à douze milles des ruines de Carthage, et presque au bord d’un lac dont l’eau est salée. Ce lac communique avec la mer, au moyen d’un canal appelé {a Goulette, et ce canal est défendu par un fort. Les vaisseaux marchands mouillent devant ce fort, où ilsse mettent à l'abri derrière la jetée de la Goulette, en payant un droit d'ancrage considérable. |

Le lac de Tunis pouvait servir de port aux flottes des anciens: aujourd’hui une de nos barques a bien de la peine à le traverser sans échouer. Il faut avoir soin de suiyre le principal canal qu'indiquent des pieux plantés dans la vase. Abulfeda marque dans ce lac une île qui sert maintenant de lazavet Les voyageurs ont parlé des flamants ou phénicoptères qui animent celte grande flaque d'eau, d’ailleurs assez triste. Quand ces beaux oiseaux volent à l'encontre du soleil, tendant le cou en avant, et allongeant les pieds en arrière, ils ont l’air de flèches empennées avec des plumes couleur de rose. FR * Dés bords du lac, pour arriver à Tunis, il faut traverser un terrain qui sert de promenade aux Francs. La ville est murée; élle peut avoir une lieue de tour , en y comprenant le faubourg extérieur, Bled-el-Had-rah. Les maisons en sont basses; les rues, étroites ; les boutiques, pauvres : les mosquées, chétives, Le peuple, qui se montre peu au dehors, a quelque chose de hagard et desau-

(1) Voyez la Préface de la troisième édition.

vage. On rencontre sous les portes de la villeceqn'onappelle des Siddiou des Saints :ce sont des négresses et des nêgres tout nus, dévorés par la vermine, vautrés dans leurs ordüres, et mangeant insolemment le pain de la charité. Ces sales créatures sont sous la protection immédiate de Mahomet. Des marchands européens, des Tures enrôlés à Smyrne, des Maures dégénérés, des renégals et des caplifs, composent le reste de la population. À; La campagne aux environs de Tunis est agréable : elle pré= sente de grandes plaines semées dé blé et bordées de collines qu'onibragent des oliviers et des caroubiers. Un aqueduc moderne, d’un bon effet, traverse une vallée derrière la ville. Le bey a sa maison de campagne au fond de cette vallée. De Tunis même on découvre, au midi, les collines dont j'ai parlé. On voit à lorient les montagnes du Mamélife : montagnes singulièrement déchirées, d'une figure bizarre, et au pied desquelles se trouvent les eaux chaudes connues des anciens. A l’ouest et au nord , on

aperçoit la mer, le port de la Goulette, et les ruines de Carthage.

Les Tunisiens sont cependant moins cruels ét plus civilisés que les peuples d'Alger. Ils ont recueilli les Maures d’Andalousie, qui babitent le village de Tub-Urbo , à six lieues de Tunis, sur la Me-Jerdah (1), Le bey actuel est un homme habile: il cherche à se tirer de la dépendance d’Alger, à laquelle Tunis est soumise depuis la conquête qu’en firent les Algériens en 1757. Ce prince

parle italien, cause avec esprit et entend mieux la politique de

l'Europe que la plupart des Urientaux. On sait au reste que Tünis fut attaquée par saint Louis en 1270, et prise par Charles- Quint en 4535. Comme la mort de saint Louis se lie à l'histoire de Carthage, j'en parlerai ailleurs. Quant à Charles-Quint, il dé fit le fameux Barberousse, ét rétablit le roi de Tunis sur son trône, en l'obligeant toutefois à payer un tribut à l'Espagne: on petit consulter à ce sujet l'ouvrage de Robertson (2). Chaïles-Quint garda le fort de la Goulette, maisles Tures le réprirent en 4 574. Je ne dis rien de la Tunis des anciens, parce qu’on va Ja volé figurer à l'instant dans les guerres de Rome et de Carthage, 0 Au reste, on wa fait présent à Tunis d'un manuscrit qui traité de l'état actuel de ce royaume, de son gouvernement, de son commerce, de son revenu, de ses armées, de ses Caravanes, Je n'ai point voulu profiter de ce manuserit; je n’en connais poi

l’auteur; mais, quel qu'il soit, il est juste qu'il recueille l'hons.

neur de son travail. Je donnerai cet excellent Mémoire à la fin de l’Itinéraire (3). Je passe maintenant à l'histoire et aux ruines de Carthage. # ‘2

L'au 883 avant notre ère, Didon, obligée de fuir sa terre na tale, vint aborder en Afrique. Carthage, fondée par l’épotisé dé Sichée, dut ainsi sa naissance à l'une de ces avenlures tragiques qui marquent le berceau des peuples, et qui sont comme le gerine et le présage des maux, fruits plus où moins lardifs de toute société humainé, On connait l'heureux anachronisme de l'Énéide. Tel est le privilége du génie, que les poétiques malheurs de Didon sont devenus une partie de la gloire de Carthage. A la vue des ruines de cette cité, on cherche les flammes du bûcher funèbre; on eroit entendre les imprécations d une ferme aban= donnée ; on admire ces puissants mensonges qui peuvent ocel* per l'imagination, dans des lieux remplis des plus grands souvenirs de l'histoire. Gerles, lorsqu une reine expirante appelle dans les murs de Carthagé les divinités ennemies de Rome, et les dieux vengeurs de l’hospitalité; lorsque Vénus, sourde aux prières de l'amour, exauce les vœux de la haine, qu’ellé refuse à Didon un descendant d’Énée, et lui accorde Annibal : de telles merveilles, exprimées dans un merveilleux langage, né peuvent plus être passées sous silence. L'histoire prend alors soit rang parmi les Muses, et la fiction devient aussi grave que la vérités

Après la mort de Didon, la nouvelle colonie adopta un gou-

(1) La Bagrada de l'antiquité, au bord de laquelle Régulus tua le fameux

serpent, : ù

(2\ listoire de Charles-Quint, liv. v.

(3) Qu mémoire méritait bien de fixer l'attention des critiques, ct personne ne l’a remarqué,

RE Aer vernement dont Aristote a vanté les lois. Des pouvoirs balancés avec art eutre les deux premiers magistrats, les nobles et le peuple, eurent cela d 2 particulier qu'ils subsisièrent pendant sept siècles sans se détruire: à peine furent-ils ébranlés par des séditions populaires et par quelques conspiralions des grands: Comme les guerres civiles, source des crimes publics, sont ce-

endant mères des vertus particulières, la république gagna plus qu’elle ne perdit à ces orages. Si ses destinées sur la lerre ne furent pas aussi longues que celles de sa rivale, du moins à Carthage la liberté ne,succomba qu'avec la patrie,

Mais, comme les nations les plus libres sont aussi les plus passionnées, nous trouvons, avant la première guerre Punique, les Carthaginois enuagés dans des guerres honteuses, [Is donnèrent des chaines à ces peuples de la Bétique, dont le courage ne sauva pas la vertu; ils s'allièrent avec Xerxès, et perdirent une bataille contre Gélon, le même jour que les Lacédémoniens succombèrent aux Thermopyles. Les hommes, malgré leurs préjugés, font un tel cas des sentiments nobles, que personne ne songe aux quatrevingt mille Carthaginois égorgés dans les champs de la Sicile, andis que le monde entier s’entretient des trois cents Sharliates morts pour obéir aux saintes lois de leur pays. C’est la grandeur de la cause, et non pas celle des moyens, qui conduit à Ja véritable renommée, et l’honneut! a fait dans tous les temps la pars tie la plus solide de la gloire,

Après avoir combattu tourà tour Agathocle en Afrique et Pyrrhus en Sicile, les Carthaginois en vinren aux mains avec la république romaine. La causé de la première guerre Punique fut légère, mais celle guerre äfpenà Régulus aux portes de Carthage.

- Les Romains, ne voulant point interrompre le cours des victoires de ce grand homme, fi envoyer les consuls Fulvius et M. Emilius prendre sa place, lui ordonnèrent de rester en Afrique, en qualité de proconsul. Il sé plaignit de ces honneurs; il écrivit au séuat, etle pria instamment de lui ôter le commandement de l'armée ; une affaire importante aux yeux de Régulus deman-

dait sa présence en lialie. Il avait un champ de sept arpents à

Pupinium : le fermier de ce champ étant mort, le valet: u fermier é ; Régulus représentait aux sénateurs que si sa ferme demeurait en friche, il lui serait impossible de faire vivre sa femme et ses enfants. Le sénat ordonna que le champ de Régulus serait cultivé aux frais de la république; qu'on tirerait du trésor l’argent nécessaire pour racheter les objets volés, et qne les enfants et la femme du proconsul seraient pendant son absence, nourris aux dépens du peuple romain. Dans une juste admiration de cette simplicité, Tite-Live s'écrie: « Oh! combien la vertu est préfé- « rable aux richesses! Celles-ci passent avec ceux qui les pos- « sèdent; la pauvreté de Régulus est encore en vénération! »

.… Régulus, marchant de victoire en victoire , S'empara bientôt de Tunis ; la prise de cette ville jeta la conslernation parmi les Carthaginois ; ils demandèrent la paix au proconsul, Celaboureur

romain prouya qu’il. est plus facile de conduire la charrue après

avoir remporté des victoirés, que de diriger d’une main ferme une prospérité éclatante : le véritable grand homme est surtout fait pour briller dans le malheur ; il semble égaré dans le succès, et paraît comme étranger à la fortune. Régulus proposa aux ennemis des conditions si dures, qu'ils.se virent forcés de continuer la guerre.

… Pendant ces négociations, la destinée amenait au travers des mers un homme qui devait changer le cours des événements ; un Lacédémonien nommé Xantippe vient retarder la chute de Carthage ; il livre bataille aux Romains sous les murs de Tunis, détruit leur armée, fait Régulus prisonnier, se rembarque, et disparail sans laisser d’autres traces dans l’histoire (1), :

Régulus, conduit à Carthage, éprouva les traitements les plus

(1) Quelques auteurs accusent les Carthäginois de l'avoir fait péri par jaluusie de sa gloire, mais cela n’est pas prouvé. ‘

s'était enfui avec les bœuts et les instruments du labourage. -

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inbumains: on lui fit expier les durs triomphe; de sa patrie, Geux qui trainaient à leurs chars avec lant d'orgueil des rois toinbés du trône, des femmes, des enfants en pleurs, pouvaient-ils espérer qu'on respectât dans les fers un cilayen de Rome ?

La fortune redevint favorable aux Romains. Carthage demanda une seconde fois la paix ; elle envoya des ambassadeurs en [alie ; Régulus les accompagnail. Ses maîtres lui firent donner sà pa role qu'il reviendrait prendre ses chaines si les négociations n'avaient pas une heureuse issue : on espérait qu'il plaiderait fortement en faveur d’une paix qui lui devait rendre sa patrie.

Régulus, arrivé aux portes de Rome, refusa d'entrer dans la ville. [l y avait une ancienne loi, qui défendait à tout étranger d'introduire dans le sénat les ambassadeurs d'un peuple ennemi & Régulus, se regardant comme un envoyé des Carthaginois, fit revivre en cette occasion l'antique usage. Les sénateurs furent donc obligés de s'assembler hors des murs de la cité, Régulus leur déclara qu'il venait, par l’ordre de ses maitres, demander au peuple romain la paix ou échange des prisonniers.

Les ambassadeurs de Carthage, après avoir exposé l'objet de leur mission , se retirèrent : Régulus les voulut suivre ; mais leg sénateurs le prièrent de rester à la délibération,

Pressé de dire son avis, il représenta fortement toutes les raisons que Rome avait de continuer la guerre contre Carthage. Leg sénateurs, admirant sa fermeté, désiraient sauver un tel citoyen : le grand pontife souteuait qu’on pouvait le dégager des serments qu'il avait faits, k | |

« Suivez les conseils que je vous ai donnés, dit l'illustre captif,, « d'une voix qui étonna l’assemblée, et oubliez Régulus : je ne « demeurerai point dans Rome après avoir été l'esclave de Car « thage, Je n’attirerai point sur vous la colère des dieux. J'ai « promis aux ennemis de me remettre entre leurs mains si vous « rejetiez la paix; je tiendrai mon serment. Ou ne trompe point « Jupiter par de vaines expiations; le sang des taureaux et des « brebis ne peut effacer un mensonge, et le sacrilége est puni « tôt ou tard. |

« Je n'ignore point le sort qui m'attend ; m’ais un crime flé, @ trirait mon âme : la douleur ne brisera que mon corps: D'ails « leurs il n’est point de maux pour celui qui sait les souffrir :, « s'ils passent les forces de la nature, la mort nous en délivre, « Pères conscrits, cessez de me plaindre : j'ai disposé de moi, et « rien ne pourra me faire changer de sentiments. Je retourne à « Carthage ; je fais mon devoir, et je laisse faire aux dieux. »:

F Régulus mit le comble à sa maguanimité : afin de diininuer ] intérêt qu on prenait à sa vie, et pour se débarrasser d'une com passion inutile, il dit aux sénateurs que les Carthaginoïs lui avaient fait boire un poison lent avant de sortir de prison & « Ainsis. « ajouta-t-il, vous ne perdrez de moi que quelques inslants qui « ne valent pas la peine d’être achetés par un, parjute. » El se

leva, s’éloigna de Rome sans proférer une parole de plus, tenaut. les yeux atlachés à la terre, et repoussant sa ferme et ses enfants, soit qu’il craignit d’être attendri par leurs adieux; soilque, comme, esclave carthaginois, il se trouvât indigue des embrassements, d'une malrone romaine. Il finit ses jours daus d’affreux supplices,, si toutefois le silence de Polybe et de Diodore ne balance pas le, récit des historiens latins. Régulus fut un.exernple mémorable

de ce que peuvent, sur une âme courageuse, Ja religion du sers, ment et l'amour de la patrie, Que si lorgueil.eut peul-êlre ug

peu de part à la résolulion de ce mâle génie, se punir ainsi d'as

voir été vaincu, c'était être digne de la victoire.

Après vingt-quatre années de combats, un lraité de paix mit fin à la première guerre Punique, Mais les Romains n'étaient déjà plus ce peuple de laboureurs conduit par un sénat de rois, éles vant des autels à la Modération et à la Petite-Fortuie : olélaient des hommes qui se sentaient faits pour commander, et que +: 04 bition poussait incessamment à l'injustice, Sous un prétexte frivole, ils ete la Sardaigne, et s’applaudirent ‘il'as voir fait, en p nine paix, une conquête sur les Carthaginoïs.-11é ue savaient pas que le vengeur de la foi violée était déjà aux

portes de Sagonte, et que bientôt il paraîtrait sur les collines de Rome : ici commence la seconde guerre Panique.

Annibal me paraît avoir été le plus grand capitaine de l'antiquilé : si ce a’est pas celui que l’on aime le mieux, c’est celui qui étonne davantage, Il n’eut ni l’héroïsme d'Alexandre, ni les talents universels de César; mais il les surpassa l’un et l'autre comme homme de guerre. Ordinairement l'amour de la patrie Où de la gloire conduit les héros aux prodiges : Annibal seul est guidé par la haine, Livré à ce génie d’une nouvelle espèce, il part des extrémités de l'Espagne avec une armée composée de Vingt peuples divers. Il franchit les Pyrénées et les Gaules, dompte les nations ennemies sur son passage, traverse les fleuves, arrive au pied des Alpes. Ces montagnes sans chemins, défendues par des Barbares, opposent en vain leur barrière à Annibal. Il tombe de leurs sommets glacés sur l'Italie, écrase la première armée consulaire sur les bords du Tésin, frappe un second coup à la Trébia, un troisième à Trasiméne, et du quatrième coup de son épée il semble immôler Rome dans la plaine de Can- UE nes. Pendant seize AA 5 MON années, il fait la Il guerre sans secours au sein de Vale ; pendant seize années il ne lui échappe qu'une de ces fautes qui décident du sort des empires, et qui paraissent si étrangères à la nature d’un grand homme, qu'on peut les attribuer raisonnablement à un dessein de la Providence,

Infatigable dans les périls, inépui- :

sable dans les ressources, fin, ingénieux, éloquent, savant même, et :

auteur de plu-:

sieurs Ouvrages, :: ‘!. , : s Annibal eut toutes les distinctions qui appartiennent à la supériorité de l'esprit et à la force du caractère ; mais il manqua des hautes qualités du cœur : froid, cruel, sans entrailles, né pour renverser et non pour fonder des empires, il fut en magnanimité fort inférieur à son rival. | 7

Le nom de Scipion l’Africain est un des beaux noms del Fe toire. L’ami des dieux ; le généreux protecteur de linfortune e de la beauté, Scipion à quelques traits de ressemblance avec nos anciens chevaliers, En lui commence cette urbanité romaine , 9rnement du génie de Cicéron, de P ompée, de César, et he ré Plaça chezcescitoyens illustres la rusticité de Caton et de Fa MCE

Annibal et Scipion se rencontrèrent aux champs de Zama l’un célèbre par ses victoires, l’autre fameux par ses vertus : dignes tous les deux de représenter leurs grandes patries, et de se disputer l'empire du monde. ie d

Au départ de la flotte de Scipion pour l'Afrique, le rivage . la Sicile était bordé d’an peuple immense et d’une foule de soldats, Quatre cents vaisseaux de charge et cinquante trirèmes couvraient la rade de Lilybée, On distinguait à ses trois fanaux la

Le boucher arabe à Jérusalem.

D galère de Lélins, amiral de la flotte. Les autres vaisseaux, selon leur grandeur, portaient une on deux lumières. Les yeux du monde étaient attachés sur cette expédition qui devait arracher Annibal de l'Italie, et décider enfin du sort de Rome et de Car- # thage. La cinquième et la sixième légion , qui s’étaient trouvées à la bataille de Cannes, brûlaient du désir de ravager les foyers du vainqueur. Le général surtout attirait les regards : sa piété c ak envers les dieux, ses exploits en Espagne, où il avait vengé la

- mort de son oncle et de son père, le projet de rejeter la guerre en

Afrique, projet que lui seul avait concu contre l'opinion du grand: Fabius; enfin, cette faveur que les hommes accordent aux entreprises hardies, à la gloire, à la beauté, à Ja jeunesse, faisaient de Scipion l'objet de tous les vœux comme de toutes les espérancesss Le jour du départ ne tarda pas d'arriver. Au lever de l’aus rore, Scipion parut sur la poupe de la galère de Lélius, à la vue de la flotte et de la multitude qui couvrait les hauteurs du rivages Un héraut leva son | ni A AN NUE M il | le | |

sceptre, et fit faire jy 3 1 | W )

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«ses de la terre, «s’écria Scipion ; «et vous divinités «de la mer, ac- « cordez une heu- «reuse issue à ” «mon entreprise!

«que mes des- «Seins {ournent à “ma gloire et à « celle du peuplé « romain ! ue, Cpleins de joies CNouSretcurnions «Un jourdans noS (loyers, chargés « des dépouillesde” « Pennemi ;etque «Carthage éprou- «ve les malheurs «dont elle avait (Mmenacé ma pas QCtrie ! »

Cela dit, on égorge une victi= me; Scipion en jette les entrailles fumantes dans là | mér : les voiles se déploient au son Se la te ; Les favorable emporte la

1è Ï riva ° 4 ts ester ANR EDR on découvrit la terre d'Afrique et le ne promontoire de Mercure : la nuit survint, et la flotte fut obligée de jeter l'ancre. Au retour du soleil , Scipion apercevant Ja côtes demanda le nom du promontoire le plus voisin des Mn « C’est le cap Beau, » répondit le pilote. À ce nom d HEUTESSS augure, le général, saluant la fortune de Rome, ae de tous ner la proue de sa galère vers 1 endroit désigné par les jeux. -

Le débarquement s’accomplit sans obstacles ; la Met se répandit dans les villes et dans les campagnes ; les c ee étaient couverts d'hommes, de femmes et d'enfants qui SRE avec leurs troupeaux : on eût cru voir une de ces So pe a grations des peuples, quand des nations entières, par la co ère Ë par la volonté du ciel, abandonnent les tombeaux de se LE L’épouvante saisit Carthage : on crie aux armes, on! bp Fa portes; on place es EL . murs, comme si les omai tai éjà prêts à donner l'assaut. l El Scipion avait envoyé sa flotte vers Utique:; il mar=

silence :

« Dieux et dées- | | il 1 do

> AACR CA

chait lui-même par terre à celte ville dans le dessein de l’assiéer : Masinissa vint le rejoindre avec deux mille chevaux.

Ce roi numide, d’abord allié des Carthaginois, avait fait la guerre aux Romains en Espagne; par une suite d'aventures extraordinaires, ayant perdu et recouvré plusieurs fois son royaume, il se trouvait fugitif quand Scipion débarqua en Afrique. Syphax,

rince desGétules, qui avait épousé Sophonisbe , fille

et Syphax, dont le cheval fut tué d’un coup de pique, tomba vivant entre les mains de Masinissa.

C'était un grand sujet de joie pour ce dernier prince de tenir prisonnier celui qui lui avait ravi la couronne : quelque temps après, le sort des armes mit aussi au pouvoir de Masinissa Sopho- ? nisbe, femme de Syphax. Elle se jette aux pieds du vainqueur. «Je suis ta pri- « sonnière : ainsi «le veulent les « dieux, ton cou-

d’Asdrubal, venait

« rage et la fortu-

de s'emparer des

«ne; mais par

États de Masinissa.

«tes genoux que

Celui-ci se jeta

« j'embrasse, par

dans les bras de

« celtemaintriom-

Scipion, et les Ro-

«phante que tu

mains lui durent

«me permets de

en partie le succès

«toucher, je Len

de leurs armes.

«supplie, ô Masi-

Après quelques combats heureux, Scipion mit le siége devant Utique. Les Carthaginois, commandés par Asdrubalet par Sy-

hax, formèrent | deux camps sépa- M Vu

«nissa , garde- « moi pour ton es- «clave,sauve-moi « de l'horreur de « devenir la proie «d'un Barbare.

« Hélas! il n'y a «qu'un moment

« que j'élais, ainsi

| TN rés à la vue du PNR D camp romain. Sci- Ain | pion parvintà mettre le feu à ces deux camps dont les tentes étaient faites de naltes et de roseaux, à la manière des Numides. Quarante mille hommes périrent ainsi dans une seule nuit. Le vainqueur , qui prit dans cette circonstance une quantité prodigieuse d'armes, les fit brûleren l’honneur de Vulcain.

Les Carthaginois ne se découragèrent point : ils ordonnèrent de grandeslevées. Syphax, touché des larmes de Sophonisbe, demeura fidèle aux vaincus, ets’exposade nouveau pour la patrie d'une femme | qu'il aimait avec passion. Toujours favorisé du ciel, Scipion battit les armées ennemies, prit les villes de leur dépendance, Sempara de Tunis, et menaça Carthage d'une entière destruction. Entraîné par son fatal amour, Syphax osa reparaître devant les vainqueurs, avec un courage digne d’un meilleur sort. Abandonné des siens sur le champ de bataille, il se précipite seul dans les escadrons romains : il espérait que ses soldats, honteux d'abandonner leur roi, tourneraient la tête et viendraient mourir avec lui: mais ces lâches continuèrent à fuir ;

ve

L'are de {riomphe de l'Ecce Homo à Jérusalein,

«que toi-même, « environnée de Ja « majesté des rois!

« Songe que tu ne « peux renier {on «sang; que tu « partagesavecSy- « phax le nom de « Numide. Mon « époux sortit de «ce palais par la « colèredesdieux :

« puisses-{u y être «entré sous de «plus heureux «auspices ! Ci- « loyenne de Car- « thage, fille d’As- « drübal , juge de « ce que je dois at- «tendre d’un Ro- « main. Si je ne « puis rester dans «les fers d'un « prince né sur le «sol de ma parie, , «si la mort peut « seule me sous.

«traire au joug «de l'étranger, « donne-moi cette « mort : je la compterai au nombre de tes bienfaits, » Masinissa fut touché des pleurs et du sort de Sophonisbe : elle élait dans tout l'éclat de la jeunesse et d'une incomparable beauté.

Ses supplications, dit Tite-Live, étaient moins des prières que

des caresses. Masinissa vaincu lui promit tout, et non moins passionné que Syphax, il fit son épouse de sa prisonnière. | Syphax chargé de fers fut présenté à Scipion. Ce grand homme

qui naguère avait vu sur un trône celui qu’il contemplait à ses pieds, se senlit touché de compassion, Syphax avait été autrefois”

TR ET ER TE SES « fps al ac l’allié,des Romains ; il rejeta la faute de sa défection sur Sophonisbe. « Les flambeaux de mon fatal hyménée, dit-il, ont réduit €-mOn palais en cendres ; mais une chose me console : la furie «qui à détruit ma maison est passée dans la couche de mon en- «-nemi: elle réserve à Masinissa un sort pareil au mien. » Syphax cachait ainsi, sous l'apparence de la haine, la jalousie

qui aul arrachait ces paroles, car ce prince aimait encore Sophonisbe, Scipion n’était pas sans inquiétude ; il craignait que la fille d'Asdrubal ne prit sur Masinissa l'empire qu’elle avait eu sur

Syphax, La passion de Masinissa paraissait déjà d’une violence extrênis : il s'était hâté de célébrer ses noces avant d’avoir quitté les armes ; impatient de s’unir à Sophonisbe, il avait allumé les torches nuptiales devant les dieux domestiques de Syphax, devant ces dieux accoutumés à exaucer les vœux formés contre les Romains. Masinissa était revenu auprès de Scipion : celui-ci, en donnant des louanges au foi des Numides, lui fit quelques légers reproches de sa cotidüité envers Sophonisbe. Alors Masinissa rentra en lui-même, et, craignant de s’attirer la disgrâce des Romains, sacrifia son amour à son ambition. On l’entendit gémir au fond de sa tente, et se débattre contre ces sentiments généreux que l’homme n'arrache point de son cœursans violence, I fit appeler l'officier chargé de garder le poison du roi : ce pois son servait aux princes africains à se délivrer de la vie quand ils étaient tombés dans un tnalheur sans remède : ainsi, la couronne, qui n était point chez eux à l'abri dés révolutions de la fortune, était du moins à l'abri du méptis, Masinissa méla le poison dans une coupe pour l'envoyer à Sophonisbe. Puis, s’adressant à l’officier chargé du triste message : « Dis à la reine « que si j'avais été le maître, jamais Masinissa n’eût été séparé de « Sophonisbe. Les dieux des Romains en ordonnent autrement, & Je lui tiens du moins une dé mes promesses; elle ne tombera & point vivante entre les mains de ses ennemis si elle se soumet à «sa fortune en citoyenne de Carthage, en fille d'Asdrubal et en « femme de Syphax et de Masinissa. »

-L'oflicier entra chez Sophonisbe, et lui transit l'ordre du roi. « Je reçois ce don nuplial avec joie, répondit-elle, puisqu'il est «vrai qu'un mari n'a pu faire à sa femine d'autre présent, Dis « à ton maitre qu'en perdant la vie, j'aurais du moins conservé « l’honneur, si je n’eusse point épousé Musinissa la veille de « ma imort : » Elle avala le poison.

. Ce fut dans ces conjectures que les Carthaginois rappelèrent Annibal de l'Italie : il versa des larmes de rage, ilacutsà ses concitoyens, il s’en prit aux dieux, il <é reprocha de n'avoir pas marché à Rome après la bataille de Cannes. Jamais homme en quiltant son pays pour aller en exil n’éprouva plus de douleur qu'Annibal en s’arrachant d’une terre étrangère pouf rentrer dans sa patrie.

. Il débarqua sur la côte d'Afrique avec les vieux soldats qui avaient traversé, comme lui, les Espagnes, les Gaules, l'Italie; qui moutraient plus de faisceaux ravis à des préteurs, à des généraux, à des consuls, que tous les magisirals de RKoine n’en faisaient porter devant eux. Annibal avait été trente-six ans absent de sà palrie . il en était sorti enfant; il y revenait dans un âge avauce, alusi qu'il le dit lui-même à Scipion. Quelles durent être lés pensées de ce grand homme quand il revit Carthage, dont les murs et les habitants lui étaient presque étrangers ! Deux de ses

frères étaient morts; les compagnons de son enfance avaient dis- :

paru; les générations s'élaient succédé : les temples chargés de là dépouille de$ Romains furent sans doute les seuls lieux qu’Annibal put rétonnaitre dans cette Carthage nouvelle. Si ses conciloyens h'ävaient pas été aveuglés par l’en vie, avec qu’elle admiration ils auraient contemplé ce héros qui, depuis trente ans, VerSail Son sang pour éux dans une région lointaine, et les cotvrait d'une gloire ineffaçable! Mais, quand les services sont si éminents qu'ils exéèdént les bornes de la reconnaissance , ils ne soul payés que par lingratitidé, Annibal éut le malheur d’être plus grand que le peuple chez lequel ilétait né; et son destin fut dé vivre et de mourir eh terre étrangère.

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Il conduisit son armée à Zama, Scipion rapprocha son camp de celui d'Annibal. Le “énéral carthaginois eut un pressentiment. de: l'infidélité dela fortune ; car il demanda une entrevue au gé= néral romain , afin de lui proposer la paix. On fixa le lieu du rendez-vous. Quand les deux capitaines furent en présence, ils. demeurèrent muets et saisis d'admiration l’un pour l'autre. Annibal prit enfin la parole : | er

« Scipion, les dieux ont voulu que votre père ait été le pre « mier des généraux ennemis à qui je me sois montré en l'alie,

. « les armes à la main; ces mêmes dieux m’ordonnént de venit

« aujourd’hui, désarmé, demander la paix à son. fils. Vous avé « vu les Carthaginois campés aux portes de Rome : le bruit d'un, « camp romain se fait entendre à présent jusque dans les murs. de Carthage. Sorti enfant de ma patrie, j'y reutre nlein de jours; une longue expérience de Ja bonne et de la mauvaisé.

l'événement, Votre jeunesse, et le bonheur qui ne vous a point encore abandonné, vous rendront peut-être ennemi du repos dans la prospérité on ne songe point aux revers. Vous avez l’âge que j'avais à Cannes et à Trasimène. Voyez ce que j'ai été, et connaissez, par mon exemple, l’inconslance du sort, Celui qui vous parle en suppliant est ce même Annibal qui, campé entre le Tibre et le Téveron, prêt à donner l'assaut à Rome, délibérait sur ce qu'il ferait de votre’patrie, J'ai porté l’épouvante dans les champs de vos pères, el je suis réduit à vous prier d'épargner de tels malheurs à mon pays. Rien n'est plus incertain que le succès des armes : un moment peut vous rayir votre gloire et vos espérances. Consentir à la paix, c'est rester vous-même l'arbitre de vos destinées ; combattre, c'est « remettre votre sort entre les mains ( es dieux, » L

À ce discours étudié, Scipion répondit avec plus de franchi mais moins d'éloquence : il rejela comme insuffisantes les 0 positions de paix que lui faisait Annibal, et l'on ne Songea plus qu'à combattre. Il est probable que l'intérêt de la patrie ne fut pas le seul molif qui porta le général romain à rompre avec 1e général carthaginois, et que Scipion ne put se défendre du désir de se mesurer avec Annibal. ;

Le lendemain de cette entrevue, deux armées, composées de vétérans, conduites par les deux plus grands capitaines des deux plus grands peuples de la terre, s avancérent pour se disputer, non les murs de Rome et de Carthage, mais l'empire du monde, prix de ce dernier combat. 2 hi Ps

Scipion plaça les piquiers.au premier rang, les princes au se+ cond, et les triaires au troisième. Îl rompit ces lignes par des intervalles égaux, afin d'ouvrir un passage aux éléphants des Carz thaginois. Des vélites répandus dans ces intérvalles devaient, selon l'occasion, se replier derrière les soldats pesamment armés, ou lancer sur les éléphants une grêle de flèches él de javelots. Lélius couvrait l'aile gauche de l'armée avec la cavalerie latine, et Musinissa commandait à l’ailé droite les chevaux numides, pie Annibal rangea quatre-vingts éléphants sur le front de son armée, dont la première ligne était composée de Ligurieus, de Gaulois, de Baléares el de Maures ; les Carthaginois venaient at second rang; des Brultiens formaient derrière eux une espèce de réserve, sur laquelle le général complait peu. Annibal opposa sa cavalerie à la cavalerie des Romains, les Carthaginoïis à Lélius, et les Numides à Masinissa.

Les Romains sonnent les premiers la charge, Ils poussent en même temps de si grands cris, qu'une partie des éléphants effrayés se replie sur l'aile gauche de | armée d’Annibal et jette la cotifusion parmi les cavaliers nuimides. Masinissa aperçoit leur désordre, fond sur eux, et achève de les métife en fuite. L'autre partie des éléphatits qui s'étaient précipités sur les Romains est re= poussée par les vélites et cause, à l'aile droite des Cathaginois, le méme accident qu'à l'aile gauche. Ansi, dès le premier choc, Annibal demneura sans cavalerie el découvert sur ses deux flancs : des raisons puissantes, que l’histoire n’a pas connues, l’eripèchèrenht sans doute de petiser à la retraites

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