‹ Itinéraire de Paris à Jérusalem (volume 4)Chapitre 71 sur 111 · SE · texte numérisé non relu

SE

(a Regarde en toute intelligence comment les gens et sujets « viventen paix et en droicture dessous toi, par especial ès bonnes « villes et cités, et ailleurs. Maintiens tes franchises et libertés, « esquelles tes anciens les ont maintenues et gardées, et les tiens « en faveur et amour.

€ Garde-toi d'emouvoir guerre contre hommes chresltiens sans « grand conseil, et qu’autrement tu n’y puisses obvier. Si guerre « etdébats y aentretes sujets, apaise-les au plutost que lu pourras.

€ Prends garde souvent à tes baillifs, prevosts et autres officiers, et l'enquiers de leur gouvernement, afin que, si chose y à En eux à reprendre, que tu le fasses.

€ Et te supplie, mon enfant, que, en ma fin, tu ayes de moi souvenance, et de ma pauvre ame ; et me secoures par messes, « oraisons, prieres, aumosnes, et bienfails, par tout ton royaume. « Et m’octroye partage et portion en tous tes bienfaits, que tu « feras.

« Et jete donne toute benediction que jamais pere peut donner € à enfant, priant à toute la Trinité du Paradis, le Père, le Fils

el le Saint-Esprit, qu’ils te gardent et defendent de tous maux ; 1 ce que nous puissions une fois, après cette mortelle vie, estre « devant Dieu ensemble, et luirendre grâces et louange sans fin. »

Tout homme près de mourir, détrompé sur les choses du monde, peut adresser de sages instructions à ses enfants ; mais, quand ces instructions sont appuyées de l'exemple de toute une vie d'innocence; quand elles sortent de la bouche d’un grand prince, d'un guerrier intrépide, et du cœur le plus simple qui fut Jamais; quand elles sont les dernières expressions d’une âme divine qui rentre aux éternelles demeures, alors heureux le peuple

- 40! peut se glorifier en disant : « L'homme qui a écrit ces in-

« Slructions était le roi de mes pères ! »

La maladie faisant des progrès, Louis demanda l’extrêmeonction. Il répondit aux prières des agonisants avec une voix aussi ferme que s’il eût donné des ordres sur un champ de bataille. Il se mit à genoux au pied de son lit pour recevoir le saint vialique, et on fut obligé de soutenir par les bras ce nouveau saint Jérôme, dans cette dernière communion. Depuis ce moment il mit fin aux pensées de la terre, et se crut acquitté envers ses peuples. Eh! quel monarque avait jamais mieux rempli ses devoirs! Sa charité $ étendit alors à tousles hommes :il pria pour les infidèles qui firent à la fois la gloire etle malheur de sa vie; il invoqua les saints patrons de la France, de cette France si chère à son âme royale. Le lundi matin, 25 août, sentant que son heure approchait, il se fit coucher Sur un lit de cendres, où il demeura étendu les bras croisés sur la poitrine, et les yeux levés vers le ciel.

On n’a vu qu'une fois, et l’on ne reverra jamais un pareil Spectacle : la flotte du roi de Sicile se montrait à l'horizon ska “aMpagne et les collines étaient couvertes de l’armée des Maures. tm ba de Carthage le camp des chrétiens offrait enter Fi affreuse douleur : aucun bruit ne s’y faisait M TENES ra als moribonds sortaient des hôpitaux, et se

à lravers les ruines, pour s’approcher de leur roi expirant. Louis é Conslernés, des princesses déiaillantes. Les députés de l’empereur de Constantinople se trouvaient présents à celle scène : ils Purent raconter à la Grèce la merveille d’un trépas que Socrate aurait admiré. Du lit de cendres où saint Louis rendait le dernier Soupir, on découvrait le rivage d’Utique : chacun pouvait faire 4 Comparaison de la mort du philosophe stoïcien et du philosophe chrétien, Plus heureux que Caton, saint Louis ne fut point obligé - ire un {raité de l'immortalité de l'âme pour se convaincre de l'existence d’une vie iuture : il en trouvait la preuve invincible dans sa religion, ses vertus et ses malheurs. Enfin, vers les trois heures del après-midi, le roi, jetant un dernier soupir, prononça distinctement ces paroles : « Seigneur, j'entrerai dans votre mai- « son, et je vous adorerai dans votre saint temple (4); » et son âme s’envola dans le saint temple qu'il était digne d’habiter.

(1) Psalm,

lait entouré de sa famille en larmes, des princes

On entend alors retentir Ja trompette des croisés de Sicile : leur flotte arrive pleine de joie et chargée d’inutiles secours. On ne ! répond point à leursignal. Charles d'Anjou s'étonne et commence à craindre quelque malheur. Il aborde au rivage, il voit des sen: ! tinelles, la pique renversée , EXprimant encore moins leur douleur par ce deuil militaire que par l’abaltement de leur visage, Il : vole à la lente du roi son frère : il le trouve étendu mort sur la cendre. Il se jette sur les reliques sacrées, les arrose de ses larmes, : baise avec respect les pieds du saint, et donne des marques de tendresse et de regrets qu’on n'aurait point attendues d’une âme si hautaine. Le visage de Louis avait encore toutes les couleurs: de Ja vie, et ses lèvres même élaient vermeilles.

Charles obtint les entrailles de son frère, qu'il fit déposer à» Montréal près de Salerne. Le cœur et les ossements du prince furent destinés à l’abbaye de Saint-Denis, mais les soldats ne voulurent point laisser partir avant eux ces restes chéris, disant que les cendres de leur souverain étaient le salut de l’armée. Il plut à Dieu d’attacher au tombeau du grand homme une vertu qui: se manifesta par des miracles. La France, qui ne pouvait se consoler d’avoir perdu sur la terre un tel monarque, le déclara son protecteur dans le ciel. Louis, placé au rang des saints, devint ainsi pour la patrie une espèce de roi éternel. On s’empressa de lui élever des églises et des chapelles plus magnifiques que les simples palais où il avait passé sa vie. Les vieux chevaliers qui l'accompagnèrent à sa première croisade furent les premiers à reconnaître la nouvelle puissance de leur chef : « Et j’ay fait faire, « dit le sire de Joinville, un autel en l'honneur de Dieu et de. « monseigneur saint Loys. »

La mort de Louis, si touchante, si vertueuse, si tranquille, par où se termine l’histoire de Carthage, semble être un sacrifice de paix offert en expiation des fureurs, des passions et des crimes dont cette ville infortunée fut si longtemps le théâtre, Je n'ai plus rien à dire aux lecteurs ; il est temps qu'ils rentrent avec moi dans notre commune patrie. 14

Je quittai M. Devoise, qui m'avait si noblement donné l'hos-! pitalité. Je m'embarquai sur le schooner américain, où, comme je l'ai dit, M. Lear m'avait fait obtenir un passage. Nous appa-. reillâmes de la Goulette le lundi 9 mars 1807, et nous fimes voile pour l'Espagne. Nous primes les ordres d’une frégate américaine dans la rade d’Alger. Je ne descendis point à terre, Alger est bâti dans une position charmante, sur une côte qui rappelle la belle colline du Pausilippe. Nous reconnûmes l'Espagne le 49 à sept heures du matin, vers le cap de Gatte, à la pointe du royaume de Grenade. Nous suivimes le rivage, et nous passämes devant Malaga. Enfin nous vinmes jeter l’ancre, le vendredi-saint, 27 mars, dans la baie de Gibraltar. |

Je descendis à Algésiras le lundi de Pâques. J'en partis le 4 avril pour Cadix, où j'arrivai deux jours après, et où je fus reçu avec une extrême politesse par le consul et le vice-consul de France, MM. Leroi et Canclaux. De Cadix je me rendis à Cordoue : j’admirai la mosquée, qui fait aujourd’hui la cathédrale de cette ville. Je parcourus l’ancienne Bétique, où les poëtes avaient placé le bonheur. Je remontai jusqu’à Andujar, et je revins sur mes pas pour voir Grenade. L’Alhambra me parut digne

| d’être regardé, même après les temples de la Grèce. La vallée

de Grenade est délicieuse, et ressemble beaucoup à celle de

| Sparte ; on conçoit que les Maures regrettent un pareil pays.

Je partis de Grenade pour Aranjuès ; je traversai la patrie de Pillustre chevalier de la Manche, que je tiens pour le plus noble, le plus brave, le plus aimable et le moins fou des mortels. Je vis le Tage à Aranjuës, et j’arrivai le 24 avril à Madrid.

M. de Beauharnais, ambassadeur de France à la cour d’Espagne, me combla de bontés: il avait connu autrefois mon malheureux frère, mort sur l’échafaud avec son illustre aïeul (4). Je quittai Madrid le 24. Je passai à l'Escurial, bâti par Philippe LÉ sur les montagnes désertes de la Vieille-Castille, La cour vient

(4) M. de Malesherbes,

me

chaque année s'établir dans ce monastère, comme pour donner à des solitaires morts au monde le spectacle de toutes les passions, et recevoir d'eux ces léçons dont les passions ne profitent jamais. C'est là que l’on voit encore laæhapelle funèbre où les rois d'Es-

agne sont ensevelis dans des tombeaux pareils, disposés en échelons; de sorte que toute cette poussière est étiquetée et rangée en ordre comme les curiosités d’un muséum. Il y a des sépulcres vides pour les souverains qui ne sont point encoré descendus dans ces lieux.

De l'Escurial je pris ma route pour Ségovie; l’aqueduc de cette ville est un des plus grands ouvrages des Romains ; mais il faut laisser M. de Laborde nous décrire ces monuments dans son beau Voyage. À Burgos, une superbe cathédrale gothique m'annonca l'approche de mon pays. Je n’oubliai point les cendres

du Cid :

Don Rodrigue surtout n’a trait à son visage

Qui d’un homme de cœur ne soit la haute image, Et sort d’une maison si féconde en guerriers, Qu'ils y prennent naissance au milieu des lauriers. Il adorait Chimène.

VINS TS, ve) 07" ST er ve

A Miranda, je saluai l'Ébre qui vit le premier pas de cet An-

nibal dont j'avais si longtemps suivi les traces. Je traversai Vittoria et les charmantes montagnes de la Bis-

caye. Le 3 de mai je mis le pied sur les terres de France : j’ar-

rivai le 5 à Bayonne, après avoir fait le tour entier de la Médi-

terranée, visité Sparte, Athènes, Smyrne, Constantinople , Rhodes, Jérusalem , Alexandrie, le Caire, Carthage, Cordoue, Grenade et Madrid.

Quand les anciens pèlerins avaient accompli le voyage de la Terre-Sainte, ils déposaient leur bourdon à Jérusalem, et prele retour un bâton de palmier : je n’ai point rapporté dans mon pays un pareil symbole de gloire, et je n’ai point attaché à mes derniers travaux une importance qu'ils ne méritent pas. Il y a vingt ans que je me consacre à l'étude au milieu de tous les hasards et de tous les chagrins, diversa exilia et desertas quærere terras : Un grand nombre de feuilles de mes livres ont été tracées sous la tente, dans les déserts, au milieu des flots ; j'ai souvent tenu la plume sans savoir comment je prolongerais de quelques instants mon existence : ce sont là des droits à l’indulgence, et non des titres à la gloire. J'ai fait mes adieux aux Muses dans les Martyrs; et je les renouvelle dans ces Mémoires, qui ne sont que Ja suite ou le commentaire de l’autre ouvrage. Si le ciel m'accorde un repos que je n’ai jamais goûté, je tâcherai d'élever en silence un monument à ma patrie; si la Providence me refuse ce repos , je ne dois songer qu'à mettre mes derniers jours à l'abri des soucis qui ont empoisonne les premiers. Je ne suis plus jeune; je n'ai plus l'amour du bruit; je sais que les lettres, dont le commerce est si doux quand il est secret, ne nous attirent au dehors que des orages : dans tous les cas, j'ai assez écrit, si mon nom doit vivre; beaucoup trop; s’il doit mourir.

naient pour

FIN DE L'ITINÉRAIREe

NOTE @; page 70. — Voici la description que le père Babin fait du temple de Minerve : "

« Ce temple, qui paraît dé fort loin, et qui est l'édifice d'Athènes lé plus élevé au milieu de la citadelle, est un chef-d'œuvre dés plus excellents architectes de l’ântiquité: 1 est long d'environ cent vingt pieds, et large de Cinquante, On y-voit trois rangs de voûtes soutenues de fort hautes colonnes

leurs ce soit un miracle du monde. Mais j'ai pris £arde que sés murailles par dedans sont seulemetit éncroûtées et couvertes de grandes pièces de marbre qui sont tombées en quélqués endroits dés galeries d’en haut, où Fon voit des briques et des pierres qui étaient couvertes de marbre.

«€ Mais quoique ee temple d'Athènes soit si magnifique pour sa malière, il estencore plus admirable pour sa façon et pour l’artifice qu’on y remarque : Materiam superabat opus. Entre toutes les voûtes, qui $ont de marbre, il y en a une qui est la plus remarquable , à cause qu’elle est € tout ornée d’autant de belles figures gravées sur le marbre qu’elle en peut « contenir.

« Le vestibule est long de la largeur du temple, et large d’environ qualorze pieds, au-dessous duquel il y a une longue voûte plate qui semble être un riche plancher où un magnifique lambris, car on y voit de longues pièces de marbre, qui semblent de longues et grosses poutres , qui soutiennent d’autres grandes pièces de même matière, ornées de diverses fi gures et de personnages avec un artifice merveilleux.

« Le frontispice du temple, qui est fort élevé au-dessus de ce vestibule, est Lel que j'ai peine à croire qu'il y en ait un si magnifique et si bien travaillé dans toute la France. Les figures et statues du château de Richelicu, qui est le chef-d'œuvre des ouvriers de ce temps, n’ont rien qui approche de ces belles et grandes figures d'hommes, de femmes et de che- YaUX, qui paraissent environ au nombre de trente à ce frontispice, et autant

& à l’autre côté du temple, derrière Je lieu où était le grand autel du temps des chrétiens.

« Le long du temple, il passe entre les murailles colonnes cannelé

y à une allée ou galerie de chaque côté, où l’on du temple, et dix-sept fort hautes et fort grosses es qui ne sont pas d’une seule pièce, mais de diverses grosses pièces de beau marbre blanc, mises les unes sur les autres, Entre « ces beaux biliers, il y a le long de cette galerie une petite muraille qui laisse.entre chaque colonne un lieu qui serait assez long et assez large pour CY faire un autel et une chapelle, comme on en voit aux côtés et proche «des murailles des grandes églises.

« Ces colonnes servent à soutenir en haut, avec des ares-boutants, les mu- « railles du templé, ét empèchent par dehors qu’elles ne se démantellent par la pesanteur des voûtes. Les murailles de ce temple sont embellies en

baut, par dehors, d’une belle ceinture de pierres de marbre, travaillées en perfection, sur lesquelles sont représentés quantité de triomphes ; de sorte qu’on y voit en demi-relief une infinité d'hommes, de femmes, d’enfants, de chevaux et de chariots, représentés sur ces pierres, qui sont si « élevées, que les yeux ont peine à en découvrir toutes les beautés, et à re-

Marquer toute l’industrie des architectes et des sculpteurs qui les ont faites.

ne de ces grandes pierres a été portée dans la mosquée, derrière la Porte, où l’on voit avec admiration quantité de personnages qui y sont re- Présentés avec un artifice non pareil.

Toutes les beautés de ce temple, que je viens de décrire, sont des ou- ( Vrages des anciens Grecs paiens. Les Athéniens, ayant embrassé le chris- « lianisme, Changèrent ce temple de Minerve en une église du vrai Dieu, et € Y ajoutèrent un trône épiscopal et une chaire de prédicateur, qui y restent encore, des autels qui ont été renversés par les Turcs, qui n’offrent point « de sacrifices dans leurs mosquées. L'endroit du grand autel est encore € plus blanc que le reste de la muraille : les degrés pour y monter sont « entiers et magnifiques. »

Cette description naïve du Parthénon, à peu près tel qu’il était du temps de Périclès, ne vant-elle pas bien les deserif.ions plus savantes que l’on à faites des ruines de ce beau temple?

Cette citation était insérée dans Ja note des deux premières éditions.

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CR

de marbre, savoir, Ja nef et les deux ailes : en quoi il surpasse Sainte- | Sophie, bâtie à Constantinople par l’empereur Justinien, quoique d’ail- :

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mières éditions.

Note b, page 84. — Cette citation faisait Partie du texte des deux pre

mis une grosse puissance ensemble, l'atténdoient au passagé de là rivière de Granique. Si estoit nécessaire de combattre là comme à la barrière de l'Asie, pour en gaigner l'entrée; mais là plupart des capitaines dé $on conseil craignoient la profondeut de teste riviere; t la hauteur de l'autre rive qui estoit roide et droite, et si ne Ja Pouvoit-ôn.gaigner ny y monter sans combattre : et y en avoit qui disoient qu’il falloit prendre garde à l’observance ancienne des mois, pour ce que les rois de Macedoine n° éoustumé de mettre leur armée aux châthps le mois Alexandre leur respondit qu'il y remedieroit bien, commandant que l'on

l'appellast le second mai. Davantage Parmenion estoit d'avis que pour le

premier jour il ne falloit rien hasarder, à cause qu'il estoit desjà tard ; à

quoy il luy respondit que « l'Hellespont rouBiroit de hohte & luÿ éraignoit

de passer une riviere, veu qu’il venoit de passer un bras de mer; » ctendisant cela, il entra luy mesme dedans la riviere avec treize compagnies

de gens de cheval, et marcha la teste baissée à l'encontre d’une infinité de

traicts que les ennemis lui tirerent, montant contre-mont d’antre estoit couppée et droite, et, qui pis est, Loute couverte d’arm vaux et d’ennemis qui l’attendoient en bataille rangée à travers le fil de l’eau, qui restoit profonde, ; les emmenoit presque aval, tellement que l’on estimoit qu’il y eust plus de ù fureur en sa conduite que de bon sens ny de conseil. Ce nonobstant il s'ob-

avoient jamais ac-

€ Cependant les capitaines et lieutenants du roy de Perse Darius, ayant de juing, à quoy \

rive, qui es, de chenoce, poulsant les siens et qui couroit si roide, qu’elle

stina à vouloir passer à toute force, et feit tant qu'à la fin il rive à grande peine et grande difficulté : mesmeme y glissoit à cause de la fange qu’il y avoit, Passé qu'il fust, il fallut aussi tost combattre pesle mesle d'homme à homme, pour ce que les ennemis chargèrent incontinent les premiers passez, avant qu'ils eussent loisir de se ranger en bataille, et leur coururent sus avec grands cris, tenant leurs chevaux bien joints et serrez l’un contre l'autre, et combattirent à coups de javelines premierement, et puis à coups d’espée, après que les javelines furent brisées. Si se ruerent plusieurs ensemble tout à coup sur luy, pour ce qu’il estoit facile à remarquer et cognoistre entre tous les autres à son | eseu, et à la queue qui pendait de son armet, à l’entour de laquelle il y avoit

de costé et d’autre un pennache grand et blanc à merveille. Si fut atteinet d’un coup de javelot au default de la Cuirasse, mais le coup ne percea | point ; et comme Roesaces et Spithridates, deux des principaux capitaines persans , s’adressassent ensemble à luy, il se destourna de l’un, et picquant droit à Roesaces, qui estoit bien armé d’une bonne cuirasse , Jluy donna un si grand coup de javeline, qu’elle se rompit en sa main, et meit

aussi tost la main à l’espée; mais ainsi comme ils estoient accouplez en= semble, Spithridates s’approchant de lui en flanc, se souleva sur son che-

val, et luy ramena de toute sa puissance un si grand coup de hache barbaresque, qu’il couppa la creste de l’armet, avec un des costez du pennache,

et y feit une telle faulsée, que le tranchant de la hache penetra jusque£

aux cheveux : et ainsi comme il en vouloit encore donner un autre, le g

Clitus le prevint, qui lui passa une parthisane de part en part à travers le corps, et à l'instant mesme tomba aussi Roesaces, mort en terre d’un coup d’espée que lui donna Alexandre. Or, pendant que la gendarmerie combattoit en tel effort, le bataillon des gens de pied macedoniens passa fa ri-

viere, et commencerent les deux batailles à marcher l’une contre l’autre :

mais celle des Perses ne sousteint point courageusement ny longuement,

ains sé tourna incontinent en fuite, exceptez les Grecs qui estoyent à la soude du roy de Perses, lesquelz se retirerent ensemble dessus une motte,

et demanderent qu’on les prist à mercy ! Mais Alexandre donnant le pre=

mier dedans, plus par cholere que de sain jugement, y perdit son cheval

qui luy fut tué sous luy d’un coup d’espée à travers Jes flancs. Ce n’estoit

pas Bucéphal, ains un autre, mais tous ceulx qui furent en celle journée

tuez ou blecez des siens le furent en cest endroit-là, pource qu'il s’opinias-

tra à combattre obstineement contre homme aggueriz et desesperez. L'on

dit qu’en ceste premiere bataille il mourut du costé des Barbares vingt

mille hommes de pied, et deux mille cinq cents de cheval : du costé d’Alexandre, Aristobolus escrit qu’il y en eut de morts trente et quatre en

Saigna l’autre .

nt pour ce que la terre

NOTES 167

ES “à tout, dont douze estoyent gens de pied, à tous lesquelz Alexandre voulut,

« pour honorcér leur memoire, que l'on dréssast des images de bronze

< frites de 1 main de Lysyppus : et voulant faire part de ceste victoire aux « Greës, il énvoya aux Atheniens particulierement trois cents boucliers de « ceulx qui furent gaignez en la bataille, et generalement sur toutes les « autres déSpouilles ; et Sur tout le butin feit mettre ceste très-honorable « inseription £ Alexandre, fils de Philippus, ct les Grécs, éxceptez les Lacedemoniens, ont éônQuis ce butin sur les Barbares habitants en Asie. »

Noïe c, page 86, — CONTRAT PASSÉ ENTRE LE CAPITAINE DIMITRI ET M. DE . CHATEAUBRIAND (1).

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