‹ Itinéraire de Paris à JérusalemChapitre 47 sur 63 · MATER. B. M. F · texte numérisé non relu

MATER. B. M. F

Lie IN LA

ASELERIO

TENIS.

Que peut-il y avoir de plus vain que tout ceci ? Je lis sur une pierre les regrets qu'un vivant donnait à un mort ; ce vivant est mort à son tour, et , après deux mille ans , je viens, moi , barbare des Gaules , parmi les ruines de R.ome , étudier ces épitaphes dans une retraite abandonnée , moi , indifférent

à celui qui pleura comme à celui qui fut pleuré , moi qui d»main m'éloignerai pour jamais de ces lieux , et qui disparaîtrai bientôt de la terre.

Tous ces poètes de Rome qui passèrent à Tibur se plurent à retracer la rapidité de nos jours : Carpe diem , disait Horace; Te spectem suprema mihi cum venerit hora, disait Tibulle ; Virgile peignait cette dernière heure : Invalidasque tibi tnidena, heu! non tua, palinas. Qui n'a perdu quelque oi)jpt de son affection? Qui n'a vu se lever vers lui des bras défaillants? Un ami mourant a souvent voulu que son ami lui prît la main pour le retenir dans la vie, tandis qu'il se sentait entraîné par la mort. Heuî non tuai Ce vers de Virgile est admirable de tendresse et de douleur. IMalheur à qui n'aime pas les poètes ! je dirais presque d'eux ce que dit Shakspeare des hommes insensibles à l'harmonie.

Je retrouvai en rentrant chez moi la solitude que j'avais laissée au dehors. La petite terrasse de l'auberge conduit au temple de Vesta. Les peintres connaissent cette couleur de siècles que le temps applique aux vieux monuments , et qui varie selon les climats : elle se retrouve au temple de Vesta. On fait le tour du petit édifice entre le péristyle et la cclla en une soixantaine de pas. Le véritable temple de la Sibylle contraste avec celui-ci par la forme carrée et le style sévère de son ordre d'architecture. Lorsque la chute de l'Anio était placée un peu plus à droite, comme on le suppose , le temple devait être immédiatement suspendu sur la cascade : le lieu était propre à l'inspiration de la prêtresse et à l'émotion religieuse de la foule.

J'ai jeté un dernier regard sur les montagnes du nord, que les brouillards du soir couvraient d'un rideau blanc, sur la vallée du midi , sur l'ensemble du paysage ; et je suis retourné à ma chambre solitaire. A une heure du matin , le vent soufflant avec violence , je me suis levé , et j'ai passé le reste de la nuit sur la terrasse. Le ciel était chargé de nuages; la tempête mêlait ses gémissements , dans les colonnes du temple , au bruit de la cascade : on eut cru entendre des voix tristes

sortir des soupiraux de l'antre de la Sibylle. La vapeur de la chute de l'eau remontait vers moi du fond du gouffre comme une ombre blanche : c'était une véritable apparition. Je me croyais transporté au bord des grèves ou dans les bruyères de mon Armorique , au milieu d'une nuit d'automne ; les souvenirs du toit paternel effaçaient pour moi ceux des foyers de César : chaque homme porte en lui un monde composé de tout ce qu'il a vu et aimé , et où il rentre sans cesse , alors même qu'il parcourt et semble habiter un monde étranger. Dans quelques heures je vais aller \isiter la villa Jdriana.

<2 décembre.

La grande entrée de la villa Adriana était à l'Hippodrome, sur l'ancienne voie Tiburtine, à très-peu de distance du tombeau des Plautius. Une reste aucun vestige d'antiquités dans l'Hippodrome, converti en champs de vignes.

En sortant d'un chemin de traverse fort étroit, une allée de cyprès, coupée par la cime, m'a conduit à une méchante ferme, dont l'escalier croulant était rempli de morceaux de porph\Te, de vert antique, de granit, de rosaces de marbre blanc, et de divers ornements d'architecture. Derrière cette ferme se trouve le théâtre romain, assez bien conservé : c'est un demi-cercle composé de trois rangs de sièges. Ce demi-cercle est fermé par un mur en ligne droite qui lui sert comme de diamètre; l'orchestre et le théâtre faisaient face à la loge de l'empereur.

Le fils de la fermière, petit garçon presque tout nu, âgé d'environ douze ans, m'a montré la loge et les chambres des acteurs. Sous les gradins destinés aux spectateurs, dans un endroit où l'on dépose les instruments du labourage, j'ai m le torse d'un Hercule colossal, parmi des socs, des herses et des râteaux : les empùres naissent de la charrue et disparaissent sous la charrue.

L'intérieur du théâtre sert de basse-cour et de jardin à la ferme : il est planté de pruniers et de poiriers. Le puits que Ton a creuséau miheu est accompagné de deux piUers qui portent le5 seaux : un de ces piliers est composé de boue séchée

et de pierres entassées au hasard, l'autre est fait d'un beau tronçon de colonne cannelé ; mais pour dérober la magnificence de ce second pilier, et le rapprocher de la rusticité du premier, la nature a jeté dessus un manteau de lierre. Un troupeau de porcs noirs fouillait et bouleversait le gazon qui recou^Te les gradins du théâtre : pour ébranler les sièges des maîtres de la terre, la Providence n'avait eu besoin que de faire croître quelques racines de fenouil entre les jointures de ces sièges, et de livrer l'ancienne enceinte de l'élégance romaine aux immondes animaux du fidèle Eumée.

Du théâtre, en montant par l'escalier de la ferme, je suis aiTivé à la Falestrine, semée de plusieurs débris. La voûte d'une salle conserve des ornements d'un dessin exquis.

Là commence le vallon appelé par Adrien la vallée de Tempe :

Est nemus ^Emoniae , prœrupta quod undique claudit Sylva.

J'ai "VU à Stowe, en Angleterre, la répétition de cette fantaisie impériale; mais Adrien avait taillé son jardin anglais en homme qui possédait le monde.

Au bout d'un petit bois d'ormes et de chênes-verts, on aperçoit des ruines qui se prolongent le long de la vallée de Tempe, doubles et triples portiques, qui servaient à soutenir les terrasses des fabriques d'Adrien. La vallée continue à s'étendre à perte de vue vers le midi ; le fond en est planté de roseaux, d'oliviers et de cyprès. La colline occidentale du vallon, figurant la chaîne de l'Olympe, est décorée par la masse du Palais, de la Bibliothèque, des Hospices, des temples d'Hercule et de Jupiter, et par les longues arcades festonnées de lierre, qui portaient ces édifices. Une colline parallèle, mais moins haute, borde la vallée à l'orient : derrière cette colline s'élèvent en amphithéâtre les montagnes de Tivoli, qui devaient représenter VOssa.

Dans un champ d'oliviers, un coin de mur de la villa de Brutus fait le pendant des débris de la villa de César La li-

berte dort en paix avec le despotisme : le poignard de Tune et la hache de l'autre ne sont plus que des fers rouilles ensevelis sous les mêmes décombres.

De l'immense bâtiment qui, selon la tradition, était consacré à recevoir les étrangers, on parvient, en traversant des salles ouvertes de toutes parts, à l'emplacement de la Bibliothèque.Là commenceundédalederuines entrecoupées déjeunes taiilis, de bouquets de pins, de champs d'oliviers, de plantations diverses, qui charment les yeux et attristent le cœur.

Un fragment, détaché tout à coup de la voûte de la Bibliothèque, a roulé à mes pieds , comme je passais : un peu de poussière s'est élevé ; quelques plantes ont été déchirées et entraînées dans sa chute. Les plantes renaîtront demain ; le bruit et la poussière se sont dissipés à l'instant : voilà ce nouveau débris couché pour des siècles auprès de ceux qui paraissaient l'attendre. Les empires se plongent de la sorte dans l'éternité, oii ils gisent silencieux. Les hommes ne ressemblent pas mal aussi à ces ruines qui viennent tour à tour joncher la terre : la seule différence qu'il y ait enti'e eux, comme enti-e ces ruines, c'est que les uns se précipitent devant quelques spectateurs, et que les autres tombent sans témoins.

J'ai passé de la Bibliothèque au cirque du Lycée : on venait d'y couper des broussailles pour faire du feu. Ce cirque est appuyé contre le temple des Stoïciens. Dans le passage qui mène à ce temple, en jetant les yeux derrière moi, j'ai aperçu les hauts murs lézardés de la BibUothèque, lesquels dominaient les murs moins élevés du cirque. Les premiers, à demi cachés dans des cimes d'oliviers sauvages, étaient eux-mêmes domines d'un énorme pin à parasol, et au-dessus de ce pin s'élevait le dernier pic du mont Calva, coifte d'un nuage. Jamais le ciel et la terre, les ouvrages de la nature et ceux des hommes, ne se sont mieux mariés dans un tableau.

Le temple des Stoïciens est peu éloigné de la Place d'Armes. Par l'ouverture d'un portique, on découNTC, comme dans une optique, au bout d'une avenue d'oliviers et de cyprès, la

montagne de Palomba, couronnée du premier village de la Sabine. A gauche du Pœcile, et sous le Pœcile même, on descend dans les Cenlo-Cellœ. des gardes prétoriennes : ce sont des loges voûtées de huit pieds à peu près en carré, à deux, trois et quatre étages, n'ayant aucune communication entre elles, et recevant le jour par la porte. Un fossé règne le long de ces cellules militaires, où il est probable qu'on entrait au moyen d'un pont mobile. Lorsque les cent ponts étaient abaissés, que les prétoriens passaient et repassaient sur ces ponts, cela devait offrir un spectacle singulier, au milieu des jardins de l'empereur philosophe qui mit un dieu de plus dans l'Olympe. Le laboureur du patrimoine de saint Pierre fait aujourd'hui séclier sa moisson dans la caserne du légionnaire romain. Quand le peuple-roi et ses maîtres élevaient tant de monuments fastueux, ils ne se doutaient guère qu'ils bâtissaient les caves et les greniers d'un chevrier de la Sabine et d'un fermier d'Albano.

Après avoir parcouru une partie des Cento-Cellx, j'ai mis un assez long temps à me rendre dans l'a partie du jardin dépendante des Thermes des femmes : là, j'ai été surpris par la pluie'.

Je me suis souvent fait deux questions au milieu des ruines romaines : les maisons des particuliers étaient composées d'une multitude de portiques, de chambres voûtées, de chapelles, de salles, de galeries souterraines, de passages obscurs et secrets : à quoi pouvait servir tant de logement pour un seul maître .^ Les offices des esclaves, des hôtes, des clients, étaient presque toujours construites à part.

Pour résoudre cette première question, je me figure le citoyen romain dans sa maison comme une espèce de religieux qui s'était bâti des cloîtres. Cette vie intérieure, indiquée par la seule forme des habitations , ne serait-elle point une des causes de ce calme qu'on remarque dans les écrits des anciens.-* Cicéron retrouvait, dans les longues

' Voyez ci-après la lettre sur Rome , à M. de Fontanes,

galeries de ses habitations, dans les temples domestiques qui y étaient cachés, la paL\ qu'il avait perdue au commerce des hommes. Le jour même que Ton recevait dans ces demeures semblait porter à la quiétude. Il descendait presque toujours de la voûte ou des fenêtres , percées très-haut ; cette lumière perpendiculaire, si égale et si tranquille, avec laquelle nous éclairons nos salons de peinture, servait, si j'ose m'exprimer ainsi, servait au Romain à contempler le tableau de sa vie. >'ous, il nous faut des fenêtres sur des rues, sur des marchés et des carrefours. Tout ce qui s'agite et fait du bruit nous plaît; le recueillement, la gra^ité, le silence, nous ennuient.

La seconde question que je me fais est celle-ci : Pourquoi tant de monuments consacrés aux mêmes usages ? on voit incessamment des salles pour des bibliothèques, et il y avait peu de livres chez les anciens . On renconti'e à chaque pas des Thermes : les Thermes deTséron, de Titus, de Caracalla, deDioclétien, etc. Quand Rome eût été trois fois plus peuplée qu'elle ne l'a jamais été, la dixième partie de ces bains aurait suffi aux besoins publics.

Je me réponds qu'il est probable que ces monuments furent, dès l'époque de leur érection , de véritables ruines et des lieux délaissés. Un empereur renversait ou dépouillait les ouvrages de son devancier, afin d'entreprendre lui-même d'autres édifices, que son successeur se hâtait à son tour d'abandonner. Le sang et les sueurs des peuples furent employés aux inutiles travaux de la vanité d'un homme jusqu'au jour où les vengeurs du monde, sortis du fond de leurs forêts, vinrent planter l'humble étendard de la croLx sur ces monuments de l'orgueil.

La pluie passée, j'ai visité le Stade, pris connaissance du temple de Diane, en face duquel s'élevait celui de Vénus, et j'ai pénétré dans les décombres du Palais de l'Empereur. Ce qu'il y a de mieux conservé dans cette destruction informe, est une espèce de souterrain ou de citerne formant un carré, sous la cour même du palais. Les murs de ce souterrain étaient

doubles : chacun des deux murs a deux pieds et demi d'épais* seur, et l'intervalle quiles sépare est de deux pouces.

Sorti du palais, je l'ai laissé sur la gauche derrière moi, en m'avançant à droite vers la campagne romaine. A travers un champ de blé semé sur des caveaux, j'ai abordé les Thermes, connus encore sous le nom de Chambres des philosophes ou de Salles prétoriennes : c'est une des ruines les plus imposantes de toute la villa. La beauté, la hauteur, la hardiesse et la légèreté des voûtes, les divers enlacements des portiques qui se croisent, se coupent ou se suivent parallèlement, le paysage qui joue derrière ce grand morceau d'architecture, produisent un effet surprenant. La villa Adriana a fourni quelques restes précieux de peinture. Le peu d'arabesques que j'y ai vues est d'une grande sagesse de composition, et d'un dessin aussi déhcat que pur.

La INaumachie se trouve derrière les Thermes, bassin creusé de main d'homme, où d'énormes tuyaux, qu'on voit encore, amenaient des fleuves. Ce bassin, maintenant à sec, était rempli d'eau, et Ton y figurait des batailles navales. On sait que, dans ces fêtes, un ou deux milliers d'hommes s'égorgeaient quelquefois, pour divertir la populace romaine.

Autour de la Naumachie s'élevaient des terrasses destinées aux spectateurs : ces terrasses étaient appuyées par des portiques qui servaient de chantiers ou d'abris aux galères.

Un temple imité de celui de Sérapis en Egypte ornait cette scène. La moitié du grand dôme de ce temple est tombée. A la vue de ces piliers sombres, de ces cintres concentriques, de ces espèces d'entonnoirs où mugissait l'oracle, on sent qu'on n'habite plus l'Italie et la Grèce, que le génie d'un autre peuple a présidé à ce monument. Un vieux sanctuaire offre, sur ses murs verdâtres et humides, quelques traces du pinceau. Je ne sais quelle plainte errait dans l'édifice abandonné.

J'ai gagné de là le temple de Pluton et de Proserpine, vulgairement appelé l'Entrée de l'Enfer. Ce temple est mainte-

nant la demeure d'un vigneron ; je n'ai pu y pénétrer ; le maître comme le dieu n'y était pas. Au-dessous de l'Entrée de l'Enfer s'étend un vallon appelé le J'allon du Palais : on pourrait le prendre pour l'Elysée. En avançant vers le midi , et suivant un mur qui soutenait les terrasses attenantes au temple de Pluton, j'ai aperçu les dernières ruines de la villa, situées à plus d'une lieue de distance.

Revenu sur mes pas, j'ai voulu voii' l'Académie, formée d'un jardin, d'un temple d'Apollon, et de divers bâtiments destinés aux philosophes. Un paysan m'a ouvert une porte pour passer dans le champ d'un autre propriétaire, et je me suis trouvé à l'Odéon et au théâtre grec : celui-ci est assez bien conservé quant à la forme. Quelque génie mélodieux était sans doute resté dans ce lieu consacré à l'harmonie, car j'y ai entendu sifûer le merle le 12 décembre : une troupe d'enfants occupée à cueillir les olives faisait retentir de ses chants des échos qui peut-être avaient répété les vers de Sophocle et la musique de Timothée.

Là s'est achevée ma course, beaucoup plus longue qu'on ne la fait ordinairement : je devais cet hommage à un prince voyageur. On trouve plus loin le grand portique, dont il reste peu de chose ; plus loin encore , les débris de quelques bâtiments inconnus; enfin, les Colle di San Slephano , où se termine la villa , portent les ruines du Pr\tané.e.

Depuis l'Hippodrome jusqu'au Prytanée, la rz7/a Jdriana occupait les sites connus à présent sous le nom de Rocca bruna, Palazza, Aqua fera, et les Colle di San Stephano.

Adrien fut un prince remarquable, mais non un des plus grands empereurs romains ; c'est pourtant un de ceux dont on se sonnent le plus aujourd'hui. 11 a laissé partout ses traces : une muraille célèbre dans la Grande-Bretagne, peutêtre l'arène de Mmes et le pont du Gard dans les Gaules, des temples en Ég\-pte, des aqueducs à Troye, une nouvelle ville à Jérusalem et à Athènes, un pont oii l'on passe encore, et une foule d'autres monuments à Rome, attestent le goût, l'activité et la puissance d'Adrien II était lui-même poète,

peintre et architecte. Sou siècle est celui de la restauration des arts.

La destinée du Mole Jdriani est singulière : les ornements de ce sépulcre servirent d'armes contre les Goths. La civilisation jeta des colonnes et des statues à la tête de la barbarie, ce qui nempêcha pas celle-ci d'entrer. Le mausolée est devenu la forteresse des papes; il s'estâussi converti en une prison ; ce n'est pas mentir à sa destination primitive. Ces vastes édifices élevés sur les cendres des hommes n'agrandissent point les proportions du cercueil : les morts sont dans leur loge sépulcrale comme cette statue assise dans un temple trop petit d'Adrien ; s'ils voulaient se lever, ils se casseraient la tête contre la voûte.

Adrien, en arrivant au trône, dit tout haut à l'un de ses ennemis : « Vous voilà sauvé. " Le mot est magnanime. iMais on ne pardonne pas au génie comme on pardonne à la politique. Le jalolix Adrien, en voyant les chefs-d'œuvre d'Apollodore, se dit tout bas : « Le voilà perdu ; » et l'artiste fut tué.

Je n'ai pas quitté la villa Adrlana sans remplir d'abord mes poches de petits fragments de porphyre, d'albâtre, de vert antique, de morceaux de stuc peint et de mosaïque; ensuite j'ai tout jeté.

Elles ne sont déjà plus pour moi, ces ruines, puisqu'il est probable que rien ne m'y ramènera. On meurt à chaque moment pour un temps, une chose, une personne qu'on ne reverra jamais : la vie est une mort successive. Beaucoup de voyageurs, mes devanciers, ont écrit leurs noms sur les marbres de la villa Adriana ; ils ont espéré prolonger leur exi.stence, en attachant à des lieux célèbres un souvenir de leur passage ; ils se sont trompés. Tandis queje m'efforçais de lire un de ces noms nouvellement crayonné, et que je croyais reconnaître, un oiseau s'est envolé d'une touffe de lierre; il a fait tomber quelques gouttes de la pluie passée; le nom a disparu.

A demain la villa d'Est '.

' Voyez ci-aprc3 la Lettre sur Rome.

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