BAIES
9 janvier.
Vue du haut de Monte-îsuovo : culture au fond de l'entonnoir; myrtes et élégantes bruvcres.
Lac Averne : il est de forme circulaire , et enfoncé dans un bassin de montagnes; ses bords sont parés de vignes à haute tige. L'antre de la Sibylle est placé vers le midi , dans le flanc des falaises , auprès d'un bois. J'ai entendu chanter les oiseaux , et je les ai ^•us voler autour de l'antre, malgré les vers de Virgile :
Quam super haiid ullfe poterant impune volantes Tendere iter pennis
Quant au rameau cCor , toutes les colombes du monde me l'auraient montré, que je n'aurais su le cueillir.
Le lac Averne communiquait au lac Lucrin : restes de ce dernier lac dans la mer; restes du pont Julia.
On s'embarque , et l'on suit la digue jusqu'aux Bains de îséron. J'ai fait cuire des œufs dans le Phlégéton. Rembarqué en sortant des Bains de >'éron; tourné le promontoire : sur une côte abandonnée gisent, battues par les flots, les ruines d'une multitude de bains et de villa romaines. Temples de Vénus, de Mercure, de Diane; tombeaux d'Agrippine, etc. Baies fut l'Elysée de Vu-gile et de l'Enfer de Tacite.
HERCULAiNUM, PORTICI, POMPEL\.
W janner.
La lave a rempli Herculanum , comme le plomb fondu remplit les concavités d'un moule.
Portici est un magasin d'antiques.
Il y a quatre parties découvertes à Pompéia : 1° le temple , le quartier des soldats , les théâtres ; 2° une maison nouvellement déblayée par les Français; 3° un quartier de la ville ; 4^" la maison hors de la ville.
Le tour de Pompéia est d'environ quatre milles. Quartier des soldats, espèce de cloître autour duquel régnaient quarante-deux chambres ; quelques mots latins estropiés et mal orthographiés barbouillés sur les murs. Près de là étaient des
squelettes enchaînés : « Ceux qui étaient autrefois enchaînés « ensemble, dit Job, ne souffrent plus, et ils n'entendent « plus la voix de Texacteur. »
Un petit théâtre : vingt et un gradins en demi-cercle, les corridors derrière. TJn grand théâtre : trois portes pour sortir de la scène dans le fond, et communiquant aux chambres des acteurs. Trois rangs marqués pour les gradins ; celui du bas plus large, et en marbre. Les corridors derrière, larges et voûtés.
On entrait par le corridor au haut du théâtre , et l'on descendait dans la salle parles vomitoires. Six portes s'ouvraient dans ce corridor. Viennent , non loin de là , un portique carré de soixante colonnes , et d'autres colonnes en hgne droite , allant du midi au nord; dispositions que je n'ai pas bien comprises.
On trouve deux temples : l'un de ces temples offre trois autels et un sanctuaire élevé.
La maison découverte par les Français est curieuse : les chambres à coucher, extrêmement exiguës, sont peintes en bleu ou en jaune , et décorées de petits tableaux à fresque. On voit dans ces tableaux un personnage romain , un Apollon jouant de la lyre, des paysages, des perspectives de jardins et de villes. Dans la plus grande chambre de cette maison, une peinture représente Ulysse fuyant les Sirènes : le fils de Laërte , attaché au mât de son vaisseau , écoute trois Sirènes placées sur les rochers ; la première touche la lyre , la seconde sonne une espèce de trompette, la troisième chante.
On entre dans la partie la plus anciennement découverte de Pompéia par une rue d'environ quinze pieds de large ; des deux côtés sont des trottoirs; le pavé garde la trace des roues en divers endroits. La rue est bordée de boutiques et de maisons dont le premier étage est tombé. Dans deux de ces maisons se voient les choses suivantes :
Une chambre de chirurgien, et une chambre de toilette , avec des peintures analogues.
On m'a fait remarquer un moulin à blé, et les marques d'un
instrument tranchant sur la pierre de la boutique d'un charcutier ou dun boulanger, je ne sais plus lequel.
La rue conduit à une porte de la cité, ou l'on a mis à nu une portion des murs denceinte. A cette porte commençait la file des sépulcres qui bordaient le chemin public.
Après avoir passé la porte , on rencontre la maison de campagne si connue. Le portique qui entoure le jardin de cette maison est composé de piliers carrés , groupés trois par trois. Sous ce premier portique , il en existe un second : c'est là que fut étouffée la jeune femme dont le sein s'est imprimé dans le morceau de terre que j'ai vu à Portici : la mort , comme un statuaire, a moulé sa victime.
Pour passer d'une partie découverte de la cité à une autre partie découverte , on traverse un riche sol cultivé ou planté de vignes. La chaleur était considérable ; la terre , riante de verdure et émaillée de fleurs ' .
En parcourant cette cité des morts , une idée me poursuivait. A mesure que Ton déchausse quelque édifice à Pompéia, on enlève ce que donne la fouille , ustensiles de ménage , instruments de divers métiers, meubles, statues, manuscrits, etc., et Ton entasse le tout au Musée Portici. Il y aurait, selon moi , quelque chose de mieux à faire : ce serait de laisser les choses dans l'endroit oij on les trouve et comme on les trouve , de remettre des toits , des plafonds , des planchers et des fenêtres , pour empêcher la dégi'adation des peintures et des murs; de relever l'ancienne enceinte de la ville, d'enclore les portes ; enfin d'y établir une garde de soldats , avec quelques savants verses dans les arts. 'Se serait-ce pas là le plus merveilleux musée de la terre? Une ville romaine conservée tout entière , comme si ses habitants venaient d'en sortir un qu:irt d'heure auparavant !
On apprendrait mieux l'histoire domestique du peuple romain , l'état de la civilisation romaine , dans quelques prome-
' Je donne à la fin de ce voyage des notices carieuses sur Pompéia , et qui complètent ma courte description.
nades à Pompeii restaurée, que par la lecture de tous les ou\Tages de l'antiquité. L'Europe entière accourrait : les frais qu'exigerait la mise en œu\Te de ce plan seraient amplement compensés par l'affluence des étrangers à Naples. D'ailleurs rien n'obligerait d'exécuter ce travail à la fois ; on continuerait lentement, mais régulièrement, les fouilles; il ne faudrait qu'un peu de brique, d'ardoise, de plâtre, de pierre, de bois de charpente et de menuiserie , pour les employer en proportion du déblai. Un arcliitecte habile suivrait, quant aux restaurations, le style local, dont il trouverait des modèles dans les paysages peints sur les murs mêmes des maisons de Pompéia.
Ce que l'on fait aujourd'hui me semble funeste : ravies à leurs places naturelles , les curiosités les plus rares s'ensevelissent dans des cabinets oij elles ne sont plus en rapport avec les objets environnants. D'une autre part, les édifices découverts à Pompéia tomberont bientôt : les cendres qui les engloutirent les ont conservés ; ils périront à l'air, si on ne les entretient ou on ne les répare.
En tout pays les monuments publics , élevés à grands frais avec des quartiers de granit et de marbre, ont seuls résisté à l'action du temps; mais les habitations domestiques, les villes proprement dites , se sont écroulées , parce que la fortune des simples particuliers ne leur permet pas de bâtir pour les siècles.
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