‹ Itinéraire de Paris à JérusalemChapitre 60 sur 63 · NOTICE SUR LES FOUILLES DE POMPÉI · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LES FOUILLES DE POMPÉI

Page 357. ( Dans la note. ) « Je donne à la fin de ce volume des notices curieuses surPompéi, et qui compléteront ma courte description. »

On découvrit d'abord les deux théâtres, ensuite le tpmple^'Jsis et celui d'Esculape, la maison de campagne d'Arrius Diomédès, et plusieurs tombeaux. Durant le temps que Napiesfut gouverné par un roi sorti des rangs de l'armée française, les murailles de la ville, la rue des Tombeaux , plusieurs vues de l'intérieur de la ville , la basilique , l'amphithéâtre et le forum, furent découverts. Le roi de Naples a fait continuer les travaux; et, comme les fouilles sont conduites avec beaucoup de régularité, et se font dans le louable dessein de découvrir là ville plutôt que de cherclier des trésors enfouis , chaque jour ajoute

' Cette dernière phrase annonçait mon voyage en Grèce et dans la terre sainte; voyage que j'exécutai en effet l'année suivante 1806. Voyea ^'Itinéraire.

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aux connaissances déjà acquises sur cet objet si intéressant et presque inépuisable.

La ville de Pompéi , située à peu près à quatorze milles au sud est de Naples, était bâtie en partie sur une éminence qui dominait une plaine fertile , et qui s'est considérablement accrue par l'immenso quantité de matières volcaniques dont le Vésuve l'a recouverte. Le? murailles de la ville et les murs de ses édifices ont retenu dans leur enceinte toutes les matières que le volcan y vomissait, et empêché les pluies de les emporter ; de sorte que l'étendue de ces constructions est très-distinctement marquée par le monticule qu'ont formé l'amas des pierres ponces et l'accumulation graduelle de terre végétale qui le couvrent.

L'éminence sur laquelle Pompéi fut bâtie doit avoir été formée à une époque très-reculée : elle est composée de produits volcaniques vomis par le Vésuve.

On a conjecturé que la mer avait autrefois baigné les murs de Pompéi, et qu'elle venait jusqu'à l'endroit où passe aujourd'hui le chemin de Salerne. Strabon dit, en effet, que cette ville servait d'arsenal maritime à plusieurs villes de la Campanie, ajoutant qu'elle est près du Sarno, lleuve sur lequel les marchandises peuvent descendre et remonter.

Plusieurs faits que l'on observe à Pompéi sembleraient incompréhensibles, si l'on ne se rappelait pas que la destruction de cette ville a été l'ouvrage de deux catastrophes distinctes : l'une en l'an 63 de J. C, par un tremblement de terre; l'autre, seize ans plus tard, par une éruption du Vésuve. Ses habitants commençaient à réparer les dommages causés par la première , lorsque les signes précurseurs de la seconde les forcèrent d'abandonner un lieu qui ne tarda pas à être enseveli sous un déluge de cendres el de matières Tolcaniques.

Cependantdes débris d'ouvrages en briques indiquaient sa {>osition. 11 se conserva, sans doute pendant longtemps, un reste de population dans son voisinage, puisque Pompéi est indiqué dans V Itinéraire d'Antonin et sur la carte de Peutinger. Au treizième siècle, les comtes de Sarno firent creuser un canal dérivé du Sarno ; il passait sous Pompéi , mais on ignorait sa position ; enfin , en 1748, un laboureur ayant trouvé une statue en labourant son champ , cette circonstance engagea le gouvernement napolitain à ordonner des fouilles.

A l'époque des premiers travaux , on versait dans la partie que l'on venait de déblayer les décombres que l'on retirait de celle que l'on «'occupait de découvrir; et, après qu'on en avait enlevé les peintures

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h fresque, les mosaïques et autres objets curieux, on comblait de nouveau l'espace débarrassé : aujourd'hui l'on suit un système différent.

Quoique les fouilles n'aient pas offert de grandes difficultés par le peu d'efforts que le terrain exige pour être creusé, il n'y a pourtant qu'une septième partie de la ville de déterrée. Quelques rues sont de ni\eau avec le grand chemin qui passe le long des murs, dont le circuit est d'environ seize cents toises.

En arrivant par Herculanum, le premier objet qui frappe l'attention est la maison de campagne d'ArriusDiomédès, située dansle faubourg. Elle est d'une très-jolie construction, et si bien conservée , quoiqu'il y manque un étage, qu'elle peut donner une idée exacte de la manière dont les anciens distribuaient l'intérieur de leurs demeures. 11 suffirait d'y ajouter des portes et des fenêtres pour la rendre habitable; plusieurs chambres sont très-petites : le propriétaire était cependant un homme opulent. Dans d'autres maisons de gens moins riches, les chambres sont encore plus petites. Le plancher delà maison d'Arrius Diomédès est en mosaïque : tous les appartements n'ont pas de fenêtres, plusieurs ne reçoivent du jour que par la porte. On ignore quelle est la destination de beaucoup de petits passages et de recoins. Les amphores qui contenaient le vin sont encore dans la cave, le pied posé dans le sable, et appuyées contre le mur.

La rue des Tombeaux offre, à droite et à gauche, les sépultures des principales familles de la ville; la plupart sont de petite dimension, mais construites avec beaucoup de gcùt.

Les rues de Pompéi ne sont pas larges, u'ayant que quinze pieds d'un côté à l'autre, et les trottoirs les rendant encore plus étroites; elles sont pavées en pierres de lave grise et de formes irrégulières, comme les anciennes voies romaines : on y voit encore distinctement la trace des roues. Il ne reste aux maisons qu'un rez-de-chaussée, mais les débris font voir que quelques-unes avaient plus d'un étage ; presque toutes ont une cour intérieure, au milieu de laquelle est un impluvium ou réservoir pour l'eau de pluie, qui allait ensuite se rendre dans une citerne contiguë. La plupart des maisons étaient ornées dépavés mosaïques, et de parois généralement peintes en rouge, en bleu et en jaune. Sur ce fond , l'on avait peint de jolies arabesques et des tableaux de diverses grandeurs. Les maisons ont généralement une chambre de bains, qui est très-commode; souvent les murs sont doubles, et l'espace intermédiaire est vide : il servait à préserver la chambre de l'humidité.

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Les boutiques des marchands de denrées, liquides et solidc'S , o'i. frent des massifs de pierres souvent revêtus de marbre, et dans lesquels les vaisseaux qui contenaient les denrées étaient maçonnés.

On a pensé que le genre de commerce qui se faisait dans quelques maisons était désigné par des ligures qui sont sculptées sur le nuir extérieur ; mais il paraît que ces emblèmes indiquaient plutôt le génie sous la protection duquel la famille était placée.

Les foudres et les machines à moudre le grain font connaître les bcutiques des boulangers. Ces machines consistent en une pierre à base ronde; son extrémité supérieure est conique, et s'adapte dans le creux d'une aut're pierre qui est, de même, creusée en entonnoir dans sa partie supérieure : on faisait tourner la pierre d'en haut par le moyen de deux anses latérales, qjie traversaient des barres de bois. Le grain, versé dans l'entonnoir supérieur, tombait par un trou entre l'entonnoir renversé et la pierre conique. Le mouvement de rotation le réduisait en farine.

Les édifices publics, tels que les temples et les théâtres, sont en général les mieux conservés , et par conséquent ce qu'il y a jusqu'à prés(!nt de plus intéressant dans Pompéi.

Le petit théâtre, qui, d'après des inscriptions, servait aux représentations comiques, est en bon état; il peut contenir quinze cents spectateurs : il y a, dans le grand, de la place pour plus de six mille personnes.

De tous les amphithéâtres anciens, celui de Pompéi est un des moins dégradés. En enlevant les décombres, on y a trouvé, dans les corridors qui font le tour de l'arène, des peintures qui brillaient des couleurs les plus vives : mais à peine frappées du contact de l'air extérieur, elles se sont altérées. On aperçoit enr.ore des vestiges d'un lion, et un joueur de trompette vêtu d'un costume bizarre. Les inscriptions qui avaient rapport aux différents spectacles sont un monument très curieux.

On peut suivre sur le plan les murailles de la ville; c'est le meilleur moyen de se faire une iflée de sa forme et de son étendue.

« Ces remparts, dit M. Mazois, étaient composés d'un terre-plein terrasse et d'im contre mur; ils avaient quatorze pieds de largeur, et l'on y montait par des escaliers assez spacieux pour laisser passage à deux soldats de front. Ils sont soutenus, du côté de la ville ainsi que du côté de la campagne, par un mur en pierres de taille. Le mur exlérieur devait avoir environ vingt-cinq pieds d'élévation ; celui de l'inteneur surpassait le rempart en hauteur d'environ huit pieds. L'un et

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l'autre sont construits de l'espèce de lave qu'on appelle pijjertwo, à l'exception de quatre ou cinq premières assises du mur extérieur, qui 'sont en pierres de roche ou travestin grossier. Toutes les pierres en sont parfaitement bien jointes : le mortier est en effet peu nécessaire dans les constructions faites avec des matériaux d'un grand échantillon. Ce mur extérieur est partout plus ou moins incliné vers le rempart; les premières assises sont, au contraire, en retraite l'une sur l'autre.

n Quelques unes des pierres , surtout celles de ces premières assisses , sont taillées et encastrées l'une dans l'autre de manièie à se maintenir mutuellement. Comme cette façon de construire remonte à une haute antiquité, et qu'elle semble avoir suivi les constructions pélagiques ou cyclopéennes , dont elle conserve quelques tracer, on peut conjecturer que la partie des murs de Pompéi bâtie ainsi est un ouvrage des Osques, ou du moins des premières colonies grecques qui vinrent s'établir dans la Campanie.

'<■ Les deux murs étaient crénelés de manière que , vus du côté de la campagne, ils présentaient l'apparence d'une double enceinte de remparts.

« Ces murailles sont dans un grand désordre, que l'on ne peut pas attribuer uniquement aux tremblements de terre qui précédèrent l'éruption de 79. Je pense , ajoute M. Mazois, que Pompéi a dû être démantelé plusieurs fois, comme le prouvent les brèches et les réparations qu'on y remarque. Il paraît même que ces fortifications n'étaient plus regardées depuis longtemps comme nécessaires , puisque, du côté où était le port, les habitations sont bâtie.i sur les murs, que l'on a en plusieurs endroits abattus à cet effet.

« Ces murs sont surmontés de tours qui ne paraissent pas d'une si haute antiquité; leur construction indique qu'elles sont du même temps que les réparations faites aux murailles; elles sont de forme quadrangulaire , servent en même temps de poterne, et sont placées à des distances inégales les unes des autres.

«. Il paraît que la ville n'avait pas de fossés, au moins du côté où Ton a fouillé; car les murs, en cet endroit, étaient assis sur un terrain escarpé. »

On voit que, par leur genre de construction, les remparts sont les monuments qui résisteront le mieux à l'action du temps. Malgré 1 ittention extrême avec laquelle on a cherché à conserver ceux qui ont été découverts , l'exposition à Tair, dont ils étaient préservés depuis si longtemps, les a endommagés. Les pluies d'hiver, extrême-

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ment abondantes dans l'Europe méridionale, font pénétrer graduellement l'humidité entre les briques et leur revêtement. Il y croît des mousses, puis des plantes, qui déjoignent les briques. Pour éviter la dégradation, on a couvert les murs avec des tuiles, et placé des toits au-dessus des édifices.

Le plan indique cinq portes, désignées chacune par un nom qui n'a été donné que depuis la découverte de la ville, et qui n'est fondé sur aucun monument. La porte de Nola, la plus petite de toutes , est la seule dont l'arcade soit conservée. La porte la plus proche du forum , ou quartier des soldats , est celle par laquelle on entre : elle a été construite d'après l'antique.

Quelques personnes avaient pensé qu'au lien d'enlever de Pompéi les divers objets que l'on y a trouvés , et d'en former un muséum à Portici , l'on aurait mieux fait de les laisser à leur place, ce qui aurait représenté une ville ancienne avec tout ce qu'elle contenait. Cette idée est spécieuse, et ceux qui la proposaient n'ont pas réfléchi que beaucoup de choses se seraient gâtées par le contact de l'air, et qu'indépendamment de cet inconvénient, on aurait couru le risque de voir plusieurs objets dérobés par des voyageurs peu délicats : c'est ce qui n'arrive que trop souvent. Il faudrait, pour songer même à meubler quelques maisons, que l'enceinte de la ville fût entièrement déblayée, de manière à être bien isolée , et à ne pas offrir la facilité d'y descendre de dessus les terrains environnants; alors on fermerait les portes, et Pompéi ne serait plus exposé à être pillé par des pirates terrestres.

L'on n'a eu dessein dans cette Notice que de donner une idée succincte de l'état des fouilles de Pompéi en 1817. Pour bien connaître ce lieu remarquable, il faut consulter le bel ouvrage de M. Mazois'. L'on trouve aussi des renseignements précieux dans un livre que M . le comte de Clarac , conservateur des antiques , publia étant à Naplps. Ce livre, intitulé Pompéi, n'a été tiré qu'à un petit nombre d'exemplaires , et n'a pas été mis en vente. M. de Clarac y rend un compte très-instructif de plusieurs fouilles qu'il a dirigées.

Il est d'autant plus nécessaire de ne consulter sur cet objet intéressant que des ouvrages faits avec soin , que trop souvent des voyageurs, ou même des écrivains qui n'ont jamais vu Pompéi , répètent avec confiance les contes absurdes débites par les ciceroni. Quelques journaux quotidiens de Paris ont dernièrement transcrit un article

' Ruines de Pompéi, in-fol.

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