BOIS-LE-ROI. — FONTAINEBLEAU
seigneuriale du xvne s.), Chartrettes, puis Fontaine-le-Port. Fontaine et Chartrettes sont réunis à la rive g. de la Seine par deux ponts récemment construits. On longe la forêt de Fontainebleau, près de la Table du Roi et de la Mare aux Évées, avant de s'arrêter à la station de Bois-le-Roi.
10e STATION. - BOIS-LE-ROI.
6 kil. de Melun. — 51 kil. de Paris. — 461 kil. de Lyon.
Bois-le-Roi, v. de 950 hab., se trouve situé à la dr. du chemin de fer, sur la lisière E. de la forêt de Fontainebleau. Les hameaux de Sermaise, de Brolle et de la Cave en dépendent. L'église (fragments du xn* s.) est surmontée d'une flèche très-élégante. Depuis quelques années, de nombreuses maisons de campagne, parmi lesquelles on remarque le magnifique château de M. Abel Laurent, agent de change à Paris, ont été construites à Boisle-Roi. La Gave possède sur la Seine un port important pour l'exportation du bois et du grès de la forêt. Sermaise donne son nom à la plaine boisée située à la g. du chemin de fer.
Au delà de Bois-le-Roi, le chemin de fer, trop souvent encaissé entre deux talus qui gênent la vue, décrit deux fortes courbes dans la forêt pour se rapprocher de Fontainebleau. On passe sous la route de Fontainebleau à Valvin avant de s'arrêter dans la gare, à peu de distance de laquelle on aperçoit le viaduc courbe de Changis. Ce remarquable viaduc se compose de 30 arches de 10 mèt. d'ouverture et hautes de 20 mèt.
Il» STATION. - FONTAINEBLEAU ».
8 kil. de Bois-le-Roi. — 59 kil. de Paris. — 453 kil. de Lyon.
Voitures de correspondance pour : — (38 kil.) Beaumont (2fr. 25 c. 1513 hab.; restes du château de Jacques Cœur, argentier du
1. Omnibus, A la station du chemin de fer, on trouve les omnibus des principaux hôtels, qui transportent dans la ville les voyageurs et leurs bagages. Us repartent de Fontainebleau en correspondance avec le passage des trains pour Paris; prix, 30 c. de 6 h. du matin à minuit, 50 c. à domicile, avec 30 kilogr. de bagages. Le service de nuit a été suspendu en 1865. L'administration municipale est en instance auprès de la Compagnie du chemin de fer pour qu'elle contribue, dans une certaine proportion, aux dépenses de ce service.
Hôtels. De Londres, près du château; de la VUle-de-Lyon^ rue Royale, 25; de France, vis-à-vis de la cour du Cheval-Blanc et de la façade du château; de
roi Charles VII),— (19 kil.) Valence-en-Brie (1 fr. 25 c. 692 hab.; château de Montigny) par (5 kil.) Héricy, (10 kil.) Féricy, (12 kil.) Machault, et (17 kil.) Panfou.
De la gare de Fontainebleau, — les trains express ne s'y arrêtent même pas, — on n'aperçoit ni la ville ni le château ; on ne découvre dans diverses directions que la forêt. Au delà et au S. 0. du viaduc de Changis se montrent seulement un petit nombre de maisons à demi cachées dans des nids de verdure : c'est le village d'jitwii, situé à F extrémité orientale du parc, et dont la vieille église rappelle quelques noms célèbres à des titres divers. Une simple pierre tumulaire à l'entrée sur la dr. porte le nom de Monaldeschi. Du même côté, près du maitre-autel, est le tombeau du peintre Ambroise Dubois, mort en 1615. Sous le porche extérieur, on lit les inscriptions tumulaires du naturaliste Daubenton et du mathématicien Bezout.
30 min. suffisent pour aller à pied de la gare à Fontainebleau, par une belle avenue de platanes. C'est une agréable promenade, le long de laquelle s'élèvent, à dr. et à g., d'élégantes habitations. La ville de Fontainebleau se développe et s'étend de ce côté seulement.
Pour bien voir Fontainebleau, c'est-à-dire son château et sa forêt, car la ville en elle-même n'a rien d'intéressant, il faut leur consacrer plusieurs journées. Une description même sommaire de toutes leurs magnificences et de toutes leurs curiosités tiendrait une trop grande place dans ce volume. Nous devons donc nous borner à les signaler ici, en quelques pages illustrées, au voyageur qui passe emporté par la vapeur, avec le désir de venir les admirer un jour, ou avec le regret de ne pas pouvoir aller les revoir en détail.
Le nom de Fontainebleau dérive-t-il d'un lévrier favori de saint
Y Aigle-Noir, près du château; du Nord et de la Poste, rue de Ferrare, 8, dans le voisinage du château; du Lion-d'Or, près du château; du Cadran-Bleu, rue de France; de la Chancellerie, rue de la Chancellerie, près du château; de la Sirène, rue de France; de l'Europe, vis-à-vis de la cour du Cheval-Blanc; etc.
Voir pour les autres renseignements et pour la description détaillée de la ville, do château, des jardins et de la forêt, Y Itinéraire de Paris à Fontainebleau, par Adolphe Joanne. t vol. in-18 de 2Q0 pages, illustré de 29 gravures, accompagné de 2 cartes, 2 fr., chez Hachette et C'*, ou les Environs de Paris illustrés, par le même auteur, 7 fr., chez les mêmes éditeurs.
FONTAINEBLEAU
Louis et nommé Bleau, qui aurait découvert une fontaine dans la forêt, d'un seigneur inconnu appelé Blaudus ou Blealdus, ou tout simplement d'une fontaine de belle eau ? On a le choix entre ces trois étymologies. L'origine du château — il précéda la ville, comme cela eut toujours lieu — n'est pas moins incertaine. Ce qui semble positif, c'est que, dès le règne de Louis le Jeune, le château de Fontainebleau existait déjà dans la forêt de Bière. Il avait des tours, des fossés, un donjon. Louis le Jeune y tint sa cour;
Église d'Avon.
il y fit acte.de gouvernement, data de là diverses ordonnances, et y fonda la chapelle de Saint-Saturnin, consacrée par Thomas Becket. La forêt de Bière abondait en gibier. Les anciens rois de France, qui avaient tous la passion de la chasse, vinrent donc souvent à Fontainebleau. A Philippe Auguste y succède saint Louis, qui l'agrandit et le restaure. Toutefois le pavillon appelé aujourd'hui de son nom a été construit presque entièrement par François Ier. Charles V y fonde une bibliothèque. Charles VII y
fait représenter ses victoires sur les murs. Puis ce château est abandonné. Louis XI se renferme àPlessis-les-Tours; Charles VIII préfère Amboise à toutes ses autres résidences; Louis XII se plait surtout au château de Blois.
François 1er fut le véritable créateur du château de Fontainebleau. C'est Pépoque de la Renaissance. Le mur féodal se transforme en palais. Les guerriers bardés de fer du moyen âge cèdent la place aux courtisans vêtus de soie et brodés d'or, aux sculpteurs, aux peintres, aux poètes, aux savants. Les châtelaines quittent leurs vieux donjons et leurs provinces pour cette cour enchantée d'un prince qui avait dit : c Une cour sans femmes est une année sans printemps, un printemps sans roses.» François Ier, doué d'un heureux instinct, s'adressa aux grands maîtres d'Italie; mais Michel-Ange rejeta ses propositions; Léonard de Vinci ne vint en France que pour y mourir ; Raphaël s'éteignit avant de pouvoir mettre la dernière main à son dernier chef-d'œuvre, la Transfiguration, qui était destinée à la France ; Andréa del Sarto, entraîné par sa fatale passion pour une femme infidèle, abusa de la confiance du roi, qui l'avait chargé de lui acheter en Italie des tableaux et des statues. François Ier se vit donc, malgré lui, obligé de se contenter d'artistes du second ordre. Le Primatice, le Rosso, Nicolo dell' Abate, Vignole, Serlio formèrent ce qu'on a appelé l'École de Fontainebleau. Cette école n'eut pas certainement toute l'importance que lui accorda Vasari, mais elle brilla d'un vif éclat. On ne doit pas oublier toutefois qu'elle eut pour contemporaine une école nationale d'une grande valeur, une école toute française, celle de Jean Cousin, de Jean Goujon, de Pierre Lescot, de Germain Pilon. D'ailleurs, on ne sait pas d'une manière positive si les constructions élevées à Fontainebleau sous le règne de François Ier, la cour Ovale, la chapelle Saint- Saturnin, le pavillon de là Porte-Dorée, la salle des Fêtes (terminée par Henri II), la galerie d'Ulysse (détruite sous Louis XV), la cour de la Fontaine, la galerie de François Ier, la cour du Cheval-Blanc, furent l'œuvre d'artistes italiens, ou s'il faut les attribuer à des maîtres français dont les noms sont restés inconnus.
En 1536, Jacques V, roi d'Écosse, vint voir à Fontainebleau Madame Magdeleine, fille de François I", qu'il épousa l'année
suivante, et qui mourut d'ennui en Écosse six mois* après son mariage. Si Ton peut s'en rapporter au Journal amoureux et indiscret de Mme de Villedieu, il se cacha dans une niche que François Ier avait fait réserver au fond d'une grotte du jardin des Pins, et, à l'aide d'un miroir, il put y voir sa fiancée se baignant avec d'autres dames.
En 1539, Charles-Quint demanda à François Ier la permission de traverser la France pour aller apaiser une sédition à Gand. Le P. Daniel raconte qu'il fut reçu hors de la forêt, à Fontainebleau, par une troupe de seigneurs et de dames « déguisés en forme de dieux et de déesses bocagères, qui, au son des hautbois, composèrent une danse rustique, puis se perdirent dans les ombres des bois. » Charles-Quint fut logé au pavillon des Poètes, et, « pendant plusieurs jours qu'il resta à Fontainebleau, le roy, dit Martin du Bellay, le festoya et lui donna tous les plaisirs qui se peuvent inventer, comme des chasses royales, tournois, escarmouches, combats à pied et à cheval, et sommairement toutes sortes d'esbattements. » Les dispositions de cette fête furent dues au Rosso. Cependant l'empereur quitta Fontainebleau dès que cela lui fut possible; il s'y sentait peu en sûreté, malgré l'appui qu'il avait rencontré chez Mme d'Étampes, que sa généreuse galanterie lui avait gagnée. .
Les récits des fêtes somptueuses données à l'occasion du baptême de François II, et, deux ans après, en 1545, pour le mariage d'Élisabeth, fille d'Henri II, avec Philippe II d'Espagne, sont parvenus jusqu'à nous. Parmi les magnificences qui furent déployées à ce mariage, il faut rappeler celle d'un buffet à neuf étages, en forme de pyramide, dressé dans la cour du donjon (cour Ovale) où François Ier avait exposé toute la vaisselle en or massif, tous les vases et objets d'art entassés depuis des siècles dans les demeures royales, et parmi lesquels il y en avait qui remontaient jusqu'à Charlemagne, assemblage inappréciable d'objets rares et précieux, aujourd'hui perdus et détruits en majeure partie, qui doivent exciter les regrets des antiquaires. Des officiers placés près de la splendide étagère expliquaient ces curiosités aux étrangers.
François Ier meurt en 1547. Henri JI lui succède. Diane de Poi-
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tiers monte sur le trône avec lui ; son influence remplace celle de la duchesse d'Étampes et écarte pour plusieurs années celle de l'épouse d'Henri II, Catherine de Médicis, dont le goût florentin devait avoir en France une action si marquée sur les arts, comme son génie devait s'y exercer si violemment dans la politique. Diane de Poitiers vit avec joie s'éloigner la maîtresse du feu roi, qui avait été nommée la plus belle des savantes et la plus savante des belles. Elle comprit qu'elle devait la remplacer dans la direction des fêtes et des embellissements, et s'appliqua à protéger les artistes et les poètes. Elle devient la divinité du lieu. Diane, c'était là un heureux nom pour une époque d'engouement mythologique. Aussi l'art multiplie-t-il l'image de la déesse chasseresse et ses emblèmes. Toutefois une critique plus attentive reconnaît aujourd'hui que les chiffres (deux D adossés dans un H) et les croissants mêmes que, par une équivoque facile, on attribuait à la« maltresse de Henri II, appartiennent à la femme légitime, à Catherine de Médicis.
Henri II continue les travaux commencés par François Ier. Il fait décorer, par Nicolo delP Abate, sur les dessins du Primatice, la salle des Fêtes, la merveille du château de Fontainebleau, et qui porte son nom.
Mais les grâces folâtres, les jeux et les fêtes vont s'enfuir et céder la place aux intrigues politiques. Henri II meurt en 1559 ; et, sous le règne de ses successeurs, la France est en proie aux
Porte dans la cour Ovale.
guerres civiles et religieuses. Sous François II, en 1560, il se* tint à Fontainebleau une assemblée des notables, provoquée par la reine mère dans le but apparent de calmer les haines qu'avaient soulevées les dissensions religieuses, mais en réalité pour ranimer les calvinistes et s'en faire au besoin un appui contre les Guises, alors tout-puissants et qui la tenaient pour ainsi dire en tutelle. Les princes lorrains, le connétable de Montmorency, l'amiral Coligny, etc., s'y trouvèrent réunis. L'évêque de Valence, Montiuc, fit des sorties vigoureuses contre les vices du clergé ; puis, s'adressant à la reine mère et à Marie Stuart , présentes toutes deux: c Pardonnez-moi, mesdames les reines, si j'ose entreprendre vous supplier qu'il vous plaise ordonner qu'au lieu de chansons folles, vos filles et toute votre suite ne chantent que les psaumes de David.... » Catherine ne tint pas grand compte de ces admonitions. Manœuvrant avec habileté entre les deux partis qui se disputent la suprématie et qui cherchent à enlever le jeune roi Charles IX jusque dans sa résidence de Fontainebleau, elle triomphe, et, arrivée au faite du pouvoir, elle cherche à faire de sa cour un théâtre de plaisirs et de voluptés. Cent cinquante filles d'honneur dont elle s'entoure, et qu'elle a soin de choisir parmi les plus belles, deviennent les auxiliaires de sa politique. C'est avec cette escorte, plus redoutable au courage des Ligueurs et des huguenots que les arquebuses et les canons, qu'elle se rend, le 31 janvier 1564, à Fontainebleau pour y voir les ambassadeurs du pape, de l'empereur, du roi d'Espagne et d'autres souverains et princes catholiques, qui venaient réclamer l'exécution des articles du concile de Trente, c'est-à-dire demander que la France exerçât des persécutions nouvelles contre les réformés, et revint sur l'édit de la pacification d'Ambo'se. La reine et le roi son fils ne crurent pas le moment opportun pour l'arène sanglante des discordes civiles ; ils répondirent par un refus. Puis les fêtes commencèrent, où les chefs des deux partis luttèrent de courtoisie et de prouesses.
Ces fêtes furent splendides ; il faut lire dans le P. Daniel , et même dans le grave CasteJnau (ce dernier fut acteur dans les divertissements), le récit de ces sortes de représentations théâtrales jouées par les courtisans eux-mêmes, mélange gracieux de
la poésie mythologique et des souvenirs de la Table ronde , et qui caractérise si bien cette époque. 11 y eut des combats entre des Grecs et des Troyens luttant pour leurs dames , des tournois et des tours enchantées dont on fit le siège; les filles d'honneur de la reine mère y remplirent les rôles des sirènes, allégorie peut-être trop transparente et qui révélait les desseins artificieux de Catherine. Mais la troupe légère s'enfuit et se disperse de nouveau. Voici venir Henri III, tout occupé de ses mignons et de ses pèlerinages; il donne à peine un souvenir à Fontainebleau, qui reste morne et désert jusqu'à Pavénement d'Henri IV.
Henri IV fut, après François 1er, le plus grand constructeur du château de Fontainebleau. Il doubla la superficie des bâtiments et des jardins. 11 y fit travailler depuis 1593 jusqu'en 1609, et y dépensa la somme énorme pour le temps, de 2 4d0 850 livres. Entre autres constructions, on lui doit la grande galerie de Diane, la cour des Offices et les vastes bâtiments qui l'encadrent, avec la porte d'entrée sur la place d'Armes; le dôme élevé au-dessus de la porte qui de la cour Ovale va à celle des Offices (c'est sous ce dôme qu'eut lieu le baptême de Louis XIII, et la porte prit le nom de porte Dauphine); les bâtiments de la cour des Princes; la restauration générale de la chapelle de la Sainte- Trinité (l'ambassadeur d'Espagne avait dit à Henri IV, qui lui montrait le château : c Cette maison serait plus belle, sire, si Dieu y avait logis aussi bien que Votre Majesté a); le pavillon du surintendant des finances. Il agrandit les jardins et fit creuser le grand canal de 1200 mètres de longueur sur 39 de largeur, dans un vaste terrain qu'il planta de beaux arbres et qu'il orna de pièces d'eau, toutes détruites aujourd'hui, à l'exception de la pièce du Miroir. L'habile ingénieur italien Francini changea les dispositions du parterre planté par François Ier, qu'on avait nommé jusqu'alors le jardin du Roi, et qui fut appelé depuis le jardin du Tibre, à cause d'une figure colossale placée au centre d'une fontaine , sur un rocher factice et percé à jour. Cette statue, que François Ier avait fait couler en bronze , fut fondue pendant la Révolution. On doit également à Henri IV le réservoir voûté, de 750 mètres de longueur, qui prend son origine aux hameaux des Peleux et des
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Provençaux, et fournit 40 pouces d'eau limpide au château et à la fontaine de la place d'Armes.
Henri IV fit de longs séjours à Fontainebleau; il aimait à s'y livrer au plaisir de la chasse qui a été une passion persistante chez la plupart de nos rois, t Le môme jour, dit Sully, Sa Majesté, après avoir chassé à l'oiseau, fit une chasse au loup, et finit la journée par une troisième chasse au cerf, qui dura jusqu'à la nuit, malgré une pluie qui dura trois ou quatre heures. On était alors à six lieues du gîte. Le roi arriva un peu fatigué.. . . Voilà ce que les princes appellent s'amuser; il ne faut disputer ni des goûts ni des plaisirs. »
Il est une autre passion qui ne tient pas moins de place dans la vie d'Henri IV; mais, par suite de la multiplicité de ses amours, on ne voit pas régner longtemps à Fontainebleau une favorite, comme sous François Ier et Henri II. Gabrielle d'Estrées vient lui rendre une visite; Henri lui écrit ce billet en 1599 : « De nos délicieux déserts de Fontaine-belle-eau. Mes chers amours.... je me porte bien, Dieu merci, je ne suis malade que du désir de vous voir. » Le chiffre mystérieux d'un -S- barré par un trait qu'on se plaît à expliquer par le nom à>Estrées1 est-il le chiffre de la concubine ou celui de Marie de Médicis comme le prétendent certains critiques plus avisés ? Il faut se rappeler d'ailleurs que Gabrielle d'Estrées était morte quand Henri IV épousa Marie de Médicis. Cet emblème a été souvent employé à la Re-
naissance comme celui de fermesse (constance). Henri IV fît décorer de peintures la galerie de Diane, pour satisfaire, dit-on, un caprice jaloux de Gabrielle qui, à l'exemple de Diane de Poitiers, voulait aussi avoir son Olympe, où elle figurât avec le croissant sur la tête. Quand l'Olympe, commandé à Ambroise Dubois, fut prêt, la divinité était morte. Le croissant revint de droit à Marie de Médicis.
C'est à Fontainebleau qu'Henri IV vit naître son fils Louis XIII; c'est à Fontainebleau que fut arrêté le maréchal de Biron, son ancien compagnon d'armes et son ami, qui le trahissait alors. Le roi, à qui Lafin, confident des intrigues de Biron avec l'Espagne et la Savoie, avait révélé tout le complot, fit des tentatives réitérées et vaines auprès du maréchal pour obtenir l'aveu de ses torts. Biron fut arrêté dans une antichambre dont les dispositions ont été changées depuis. Transféré à Paris, il eut la tête tranchée dans la cour de la Bastille (1602).
Après la mort d'Henri IV, la régence orageuse et tracassière de Marie de Médicis laissa Fontainebleau désert pendant plusieurs années. Le cardinal de Richelieu y fut reçu en 1625 avec une grande distinction. Le roi lui donna un festin dans la grande salle de bal; Marie de Médicis, une collation dans la galerie d'Ulysse, et Anne d'Autriche, une collation dans la galerie de Diane. Peu après, la cabale formée contre lui, et à Ja tête de laquelle était le frère du roi, voulut le faire enlever dans les environs de Fontainebleau, et peut-être le mettre à mort. Le comte de Chalais, amant de la duchesse de Chevreuse, qui s'était chargé de l'exécution du complot, alla le révéler à Richelieu ; mais, continuant à trahir les uns et les autres, il fut arrêté par ordre de Richelieu, et il eut la tête tranchée à Nantes (1626). — Le jour de la Fête-Dieu de l'année 1633, Louis XIII toucha douze cent soixante-neuf malades des écrouelles, réunis dans l'allée royale, le long de l'étang, près du jardin des Pins. — Richelieu revint une dernière fois, en 1642, à Fontainebleau, après l'exécution de Cinq-Mars et de de Thou. Il occupa l'hôtel d'Albret, dépendance du palais, aujourd'hui détruit. Il était malade et déjà près de la tombe. « On le portoit dans une machine, raconte Tallemant des Réaux, et, pour ne pas l'incommoder, on rompoit les
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murailles où il logeoit, et si c'étoit par eau, on faisoitune rampe dès la cour, où il entroit et descendoit par une fenêtre dont on avoit ôté la croisée. » Ce qui fît dire par allusion à la mort de Cinq-Mars, que cette prédiction de Michel Nostradamus s'était réalisée :
Quand bonnet rouge passera par la fenestre,
A quarante onces (cinq marcs) on coupera la teste.
Louis XIV séjourna souvent à Fontainebleau, mais il devait
La cour Ovale.
établir ailleurs le siège habituel de sa grandeur et de sa magnificence. Sous la régence d'Anne d'Autriche, Fontainebleau reçut la visite de la reine d'Angleterre, femme de Charles Ier (16(*4). Après cette reine exilée et malheureuse, une autre reine du Nord, qui avait volontairement abdiqué, Christine de Suède, y vint à son tour, pendant un second voyage qu'elle fit en France. Cette reine si singulière dans ses manières et sa toilette, cette femme alors âgée de trente et un ans, « qui avait l'air, dit Mlle de Montpensier, d'un joli garçon ; qui jurait Dieu, jetait ses jambes d'un
côté et'de l'autre, les posait sur les bras de sa chaise.... t> avait reçu l'ordre de s'arrêter à Fontainebleau. Louis XIV vint lui rendre visite. Un mois après, elle épouvantait cette paisible résidence par une tragique histoire qui est restée le souvenir funèbre et sanglant du château, l'assassinat de Monaldeschi. Le P. Lebeî, supérieur des Mathurins, a laissé un récit naïf et émouvant de cet événement.
Le 10 novembre 1657, à une heure après midi, il fut appelé auprès de la reine. Il la trouva dans la galerie des Cerfs ayant près d'elle trois officiers de sa suite, et parlant à un quatrième, le marquis de Monaldeschi. Elle montrait des lettres à ce dernier, et le força d'avouer que ces lettres étaient de lui. Il chercha d'abord à s'excuser, o Enfin il se jeta aux pieds de cette reine, lui demandant pardon, et en même temps, les trois hommes qui étaient là présents tirèrent leurs épées hors du fourreau. Alors il se leva, tira la reine tantôt dans un coin de la galerie, tantôt dans un autre, la suppliant toujours de l'écouter. Sa Majesté ne lui dénia jamais rien, mais l'écouta avec une grande patience. « Mon « père, me dit-elle, soyez témoin que je donne à ce traître, à ce perfide, « tout le temps qu'il veut.... » Après une heure de conférence, le marquis ne contentant pas cette reine par ses réponses. Sa Majesté me dit, d'une voix assez élevée, mais grave et modérée : « Mon père, je me re- « tire et vous laisse cet homme; disposez-le à la mort et prenez soin de •< son âme. » Quand cet arrêt eût été prononcé contre moi, je n'aurais pas eu plus de frayeur.
a Monaldeschi se jette de nouveau aux pieds de la reine; le P. Lebel la supplie à son tour : inexorable, elle sort de la galerie. Les trois hommes pressent Monaldeschi de se confesser, Tépée contre les reins. Leur chef lui-même va près de Christine pour la fléchir; il revient en disant à* Monaldeschi de se préparer à la mort. Le marquis éperdu conjure le P. Lebel de venir à son aide. Le moine retourne près de la reine et la supplie « les larmes aux yeux et les sanglots au cœur; » elle refuse obstinément toute grâce. En vain cssaye-t-il de lui démontrer qu'elle ne saurait ordonner un tel meurtre dans le palais du roi de France, et qu'il vaut mieux recourir aux voies ordinaires de la justice; Christine répond qu'elle est reine partout, et qu'en elle réside la justice absolue et souveraine sur ses sujets.
« Je rentrai alors dans la galerie, dit le P. Lebel, en embrassant ce pauvre malheureux qui se baignait en ses larmes. » Nous renonçons à suivre dans son récit les horribles détails de ce drame sanglant, de cette
i. Cette galerie fut convertie, sous Louis-Philippe, en appartements particuliers. On la restaure entièrement (1866).
34 m DE PARIS A LYON.
longue agonie prolongée par la cotte de mailles que Monaldeschi portait sous son pourpoint. La maladresse des assassins est égale à la lâcheté de la victime. Après avoir reçu un dernier coup d*épée, Monaldeschi a demeura plus d'un quart d'heure à respirer, durant lequel je lui criais et l'exhortais de mon mieux. Et ainsi ayant perdu son sang, il finit sa vie à trois heures et trois quarts après midi. Le chef des trois lui remua un bras et une jambe, déboutonna son haut-de-chausses et son caleçon, fouilla dans son gousset et ne trouva rien, sinon en sa poche un petit livre d'Heures de la Vierge et un petit couteau. Après quoi ils partirent tous les trois, et moi après, pour recevoir les ordres de Sa Majesté. Elle me commanda d'avoir soin de l'enterrer et me dit qu'elle voulait faire dire plusieurs messes pour son âme. » Monaldeschi fut enterré à l'église d'Avon. Quelle avait été la cause de sa condamnation et de sa mort? Probablement la jalousie et la vanité blessée de Christine. « Ce n'était pas, a dit Voltaire, une reine qui punissait un sujet; c'était une femme qui terminait une galanterie par un crime. »
Malgré l'horreur qu'inspira ce crime, Christine fut accueillie à la cour et assista aux fêtes dont le jeune roi Louis XIV était le héros, et quelquefois un des acteurs. Un jour il récita des vers et dansa au ballet des Saisons, composé, croit-on, par Benserade, et qui fut joué en grande pompe à Fontainebleau, le 23 juillet 1661. C'est à cette époque quril devint amoureux de Mlle de La Vallière.
En 1685, le prince de Condé meurt à Fontainebleau, où il était venu soigner sa belle -fille la duchesse de Bourbon, malade de la petite vérole.
Quand Louis XIV eut établi sa résidence à Versailles et à Marly , il faisait tous les ans le voyage de Fontainebleau. Il couchait ordinairement en route, soit à Petit-Bourg, chez le duc d'Antin, soit à Villeroy, chez le maréchal de ce nom ; il voulait que sa cour fût nombreuse et brillante ; tous les princes de la famille royale devaient être du voyage : c'était lui déplaire que d'être malade. Les princesses, même enceintes, ne pouvaient se faire excuser. C'est ainsi qu'il fit faire à la duchesse de Berri une fausse couche , en 1711. Pour lui obéir, elle vint en bateau jusqu'à Valvin. Mme de Maintenon, pour laquelle un appartement avait été disposé près de la salle d'Henri II, régnait alors dans ce château où avaient régné avant elle la duchesse d'Étampes, Diane de Poitiers, Gabrielle d'Estrées.
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Le 9 novembre 1700, un courrier apporta à Fontainebleau la nouvelle de la mort du roi d'Espagne, qui, par son testament, appelait le petit-fils de Louis XIV au trône. «r Le roi, qui allait tirer, dit Saint-Simon, contremanda la chasse.... Il manda aux ministres de se trouver à trois heures chez Mme de Maintenon. Monseigneur était revenu de courre le loup, il se trouva aussi à trois heures chez Mme de Maintenon. Le conseil y dura jusqu'à deux heures.... Quelque accoutumé qu'on fût à la cour à la faveur de Mme de Maintenon, on ne Pétait pas à la voir entrer publiquement dans les affaires, et la surprise fut extrême de voir assembler deux conseils en forme chez elle, et pour la plus grande et la plus importante délibération qui de tout ce long règne et de beaucoup d'autres eût été mise sur le tapis. A la fin de cette longue conférence, le roi s'adressant à Mme de Maintenon: c Et vous, madame, que t dites- vous de tout ceci? » Elle à faire la modeste ; mais enfin, pressée et commandée, elle fut d'avis d'accepter le testament. »
Quelques jours après, la cour était de retour à Versailles, et Louis XIV y proclamait le duc d'Anjou roi d'Espagne.
En 1717, Fontainebleau reçut la visite du czar Pierre Ier. t Le lieu lui plut médiocrement, dit Saint-Simon, et point du tout la chasse, où il pensa tomber de cheval ; il trouva trop violent cet exercice, qu'il ne connaissait point. Il voulut manger seul avec ses gens, au retour dans Plie de l'Étang. Il revint à Petit-Bourg dans un carrosse avec trois de ses gens II parut dans ce carrosse qu'ils avaient largement bu et mangé. » — En 1768, c'était un autre souverain du Nord, Christian VII, roi de Danemark, qui ve-
Péristyle de la cour Ovale.
nait à Fontainebleau visiter Louis XV; il y assista à la première représentation de Tancrède.
Sous Tinfluence de Mme de Pompadour, une des dernières courtisanes-reines que Fontainebleau était habitué à voir à côté des souverains, un petit théâtre mesquin avait été construit dans la salle de la Belle cheminée. C'est là qu'en 1752 eut lieu la première représentation de l'opéra du Devin du village. Tout le monde se rappelle avoir lu dans les Confessions de J. J. Rousseau comment il y assista, placé sur le devant de la loge de l'intendant des menus plaisirs, faisant face à celle du roi, dans un équipage plus que modeste, la barbe longue et la perruque mal peignée, tour à tour humilié de sa tenue négligée, à cause des femmes élégantes qui l'entouraient, et honteux de sa pusillanimité, à cause de sa philosophie ; il partit le lendemain matin pour éviter d'être présenté à Louis XV. — Un autre philosophe, moins facile à déconcerter que lui, et qui, d'ailleurs, était gentilhomme de la chambre, Voltaire, séjourna aussi quelques jours à Fontainebleau; il négligeait un peu les devoirs de sa charge. « Tous les soirs, écrit-il, je fais la ferme résolution d'aller au lever du roi ; mais tous les matins je reste en robe de chambre avec Sémiramis. » Il était logé chez le duc de Richelieu avec Mme du Ghâtelet. Un soir que la marquise perdait chez la reine une somme de 8k 000 livres , Voltaire lui dit en anglais qu'elle jouait avec des* fripons. Gomme ces fripons étaient de puissants personnages, il trouva prudent de se mettre à l'abri des suites que pouvait avoir pour lui leur juste colère, et il courut à Sceaux se mettre sous la protection de la duchesse du Maine. A la cour de Sceaux, ils déplurent à tout le monde par leur humeur difûcile et tracassière.
Fontainebleau n'eut point à rougir des honteux excès dans lesquels s'éteignirent les dernières années de Louis XV ; le petit-fils de Louis XIV y faisait seulement une apparition tous les ans. 11 construisit la salle de spectacle, incendiée en 1856, et l'aile neuve de la cour du Cheval blanc; et, pour élever cette misérable bâtisse, il détruisit la galerie d'Ulysse.
Louis XVI vint à son tour chasser à Fontainebleau; Marie- Antoinette fit faire des dispositions intérieures dans le château ;
mais le séjour habituel de la cour était à Versailles, à Trianon.... Quand l'orage amassé de longue date éclate, la famille royale n'a plus bientôt qu'une dernière résidence, le Temple, d'où elle ne sort que pour monter sur Péchafaud. Pendant la Révolution, Fontainebleau fut délaissé. En 1794, il servait de caserne à des prisonniers de guerre. En 1804, Napoléon fit restaurer le château pour y loger le pape, qui venait le sacrer. Le 25 novembre, à midi, il alla en habit de chasse dans la forêt au-devant de Sa Sainteté, à la croix de Saint-Hérem. Le saint-père était accompagné des cardinaux Antonelli, Borgia, di Pietro, Gaselli, Braschi et de Bayane ; il prit place dans la voiture à la droite de l'Empereur et arriva au château au milieu d'une haie de troupes et au bruit des salves d artillerie. Plus tard, le souverain pontife, arrêté dans son palais, était transféré à Savone, puis en 1812 à Fontainebleau. Peu de temps après son retour de la campagne de Russie, le 19 janvier 1813, Napoléon, qui venait de chasser à Grosbois, se rend à ['improviste à Fontainebleau, entre brusquement dans l'appartement de Pie VII, et l'embrasse avec effusion; le pape, touché, l'accueille affectueusement. Le 25 janvier, à la suite d'une nouvelle entrevue, le saint-père signait le célèbre concordat de Fontainebleau, par lequel il résignait la souveraineté des États romains. Il ne devait pas tarder, on le sait, à protester contre cette renonciation.
En 1814, le palais de Fontainebleau fut le théâtre d'une abdication autrement grande et solennelle. Épuisé par ses victoires de Champaubert, de Montmirail, de Vauchamp, de Nangis, de Montereau, l'empereur Napoléon, ayant laissé son quartier général à Troyes, arrive à Fontainebleau le 30 mars 1814, sur le soir. Il espérait que Paris se défendrait assez pour lui laisser le temps de venir à son secours. La lâcheté des uns, la trahison des autres, la lassitude de tous, lui enlevèrent cette dernière espérance. Alors il adressa aux chefs de l'armée ennemie une déclaration où il réservait les droits de la régente et de son fils; mais, les souverains alliés ayant refusé de traiter sur cette base, il dut se résigner, après une lutte douloureuse avec lui-même, et il traça de sa main la formule suivante de son abdication :
« Les puissances alliées ayant proclamé que l'empereur Napo-
FONTAINEBLEAU
léon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l'empereur, fidèle à son serment, déclare qu'il renonce, pour lui et ses successeurs, aux trônes de France et d'Italie, et qu'il n'est aucun sacrifice personnel, même celui de la vie, qu'il ne soit prêt à faire aux intérêts de la France. »
Le fac-similé de cette déclaration, encadré sous verre, était conservé dans la pièce du palais où s'est consommé ce grand acte. Il en a été enlevé récemment. On garde aussi le guéridon sur lequel cette abdication fut écrite. Un autre souvenir, le plus
La porte Dauphine, dans la cour Ovale.
populaire de tous, assigne au palais de Fontainebleau une place mémorable dans l'histoire de l'Empire. Le 20 avril était le jour fixé pour le départ de Napoléon, que des commissaires étrangers devaient accompagner à l'Ile d'Elbe. Ce jour-là, il sort de son appartement à midi, suivi des généraux Drouot et Bertrand, descend vivement l'escalier du Fer-à-cheval, s'arrête un moment sur les dernières marches, et, jetant un coup d'œil rapide autour de lui, donne ordre au général Petit de faire former le cercle aux soldats de la vieille garde, réunis dans la cour du Cheval-blanc ; il s'avance au milieu des officiers, et fait ses célèbres adieux à
son armée. Après avoir serré dans ses bras le général Petit, fi s'arrache au spectacle de ses soldats en larmes; ses officiers le conduisent en pleurant à sa voiture, et Fontainebleau retombe dans le silence et la tristesse. < Un an plus tard, dit M. Vatout, le 20 mars 1815, Napoléon, dans cette même cour du Chevalblanc, passait en revue ses vieux grenadiers qui l'avaient accompagné à l'Ile d'Elbe et qui le ramenaient aux Tuileries! i
Louis XVIII fit décorer la galerie de Diane, et, par une inscription en lettres d'or répétée sur les cinq portes, et enlevée
Le château, vu du Parterre.
dans ces dernières années, il data cette restauration de la vingthuitième année de son règne, supprimant sa propre restauration à lui-même. Ce fut à Fontainebleau qu'il reçut Caroline de Naples, fiancée du duc de Berri.
Charles X ne vint à Fontainebleau que pour y chasser. Le 30 juillet 1830, à six heures du matin, la duchesse d'Angoulôme arrivait dans la cour du Cheval-Blanc de fatale mémoire, et y apprenait le triomphe de l'insurrection de Paris.... Le 30 mai 1837, le mariage du duc d'Orléans et de la princesse Hélène de
FONTAINEBLEAU
Mecklembourg était célébré au château, fête pleine d'espérances et de promesses, comme tant d'autres fêtes pareilles....
Louis-Philippe a dépensé des sommes considérables à la restauration du palais de Fontainebleau. Ce qui restait des peintures du Rosso et du Piimatice a été rajeuni par des peintres de talent. Des distributions nouvelles, des remaniements regrettables ou heureux ont modifié le palais à l'intérieur. La plus éclatante des restaurations opérées par Louis-Philippe est celle de la gale-
La, porte Dorée.
rte d'Henri IL Au rez-de-chaussée, au-dessous de celte galerie, a été établie une vaste salle à manger, qui lui est égale en longueur. Parmi les autres restaurations, il faut mentionner encore celles de la chapelle Saint-Saturin, de la salle des Gardes, de la salle de Saint-Louis, dessalons de François Ier et de Louis XIII, de la galerie des Assiettes, de la Porte dorée, de plusieurs escaliers et vestibules, enfin la grande restauration de la galerie de François 1er, le dernier travail entrepris par Louis-Philippe, et qu'il ne put mener à terme.
Comme le montre ce résumé historique, le château de Fontainebleau proprement dit est formé de nombreux bâtiments construits à diverses époques, imposants par leur grandeur, mais confus dans leur disposition générale et disparates dans leur architecture. Leur étendue est telle que la toiture seule présente une superficie de 60 000 mèt. carrés. Nous ne pouvons entrer ici dans le détail de toutes les œuvres d'art que renferme un aussi vaste monument. Nous le parcourerons cependant très-rapidement, en commençant par les cours, qui sont au nombre de cinq.
La cour du Cheval-Blanc, ainsi appelée d'un cheval blanc, détruit en 1626, désignée aussi sous le nom de cour des Adieux, en mémoire des adieux de Napoléon à l'armée, en 1814, mesure 152 mèt. de long sur 112 de large; elle est entourée de bâtiments de trois côtés et fermée par une grille. La façade principale se compose de cinq pavillons à toits aigus et à deux étages, que relient entre eux des corps de bâtiments formés d'un rez-dechaussée et d'un étage; quatre de ces pavillons sont ainsi nommés : pavillons de V Horloge, des Armes (adossés à la chapelle de la Sainte-Trinité), des Peintures (pavillon du milieu décoré d'un escalier en fer à cheval; et des Reines. Le pavillon situé entre ces deux derniers n'a pas, que nous sachions, de dénomination particulière. Dans la construction de l'aile, les massifs sont en maçonnerie, et la brique sert de décoration. A l'angle de gauche se trouve le jeu de paume.
La cour de la Fontaine, limitée au S. par l'étang, est entourée de bâtiments de trois côtés. Au fond s'élève la galerie de François Ier; l'aile située du côté du jardin anglais se termine par un pavillon d'angle dans le style Louis XV; l'autre, avec une double rampe extérieure, a été attribuée à Serlio. La fontaine, surmontée d'une statue d'Ulysse, par M. Petitot, a remplacé en 1810 un autre monument de môme destination. — La porte Dorée, élevée par François Ier sur les dessins du Primatice, et restaurée en# 1855, par M. Picot, donne accès à la cour Ovale ; elle s'ouvre sur la chaussée de Maintenon, en ire le parterre et l'étang. C'est par cette porte que Charles-Quint fit son entrée en 1539.
Le périmètre de la cour Ovale ou du Donjon est en partie celui
FONTAINEBLEAU
du château primitif. Le pavillon de Saint-Louis en occupe le fond, il est encore flanqué d'une tourelle, seul reste apparent de la demeure féodale. La portion la plus remarquable des bâtiments qui entourent la cour Ovale est une façade présentant deux rangs d'arcades, commencée par François Iep et achevée par Henri IV. Vis-à-vis s'élève un péristyle à deux étages, d'un beau style et d'une époque postérieure. La porte Dauphine ou Baptistère, qui
Corps de garde.
fait communiquer la cour Ovale avec la cour des Offices, est formée d'un ordre sévère, couronné par un dôme capricieux, sous lequel fut baptisé Louis XIII. En avant, deux Hermès colossaux, d'un beau caractère, forment une des entrées de la cour des Offices.
La cour des Offices, longue de 87 mèt., large de 78, a une autre entrée monumentale sur la place d'Armes.
La cour dts Princes, entourée de bâtiments de tous côtés, forme un carré long assez étroit.
DE PAHIS A LYON
La chapelle de la Sainte- Trinité (par laquelle on commence la visite du château), bâtie sous François Ier, est tout entière décorée de belles peintures sur plâtre, exécutées par Fréminet, sous le règne d'Henri IV, et restaurées par M. Théodore Lejeune. Audessus de la porte s'élève la tribune du roi, en menuiserie. L'autel, qui date de Louis XIII, est l'œuvre de l'italien Bordogni; les statues de Gharlemagne et de saint Louis ont été attribuées à Germain Pilon. — Le vestibule du Fer-à-Cheval, au premier étage, est remarquable par six belles portes massives en chêne,
Salle des Fêtes, galerie d'Henri II.
faites ou restaurées sous Louis-Philippe. — La galerie des Fresques, où l'on peut admirer des peintures d'Ambroise Dubois (xvi° s.), s'appelle aussi galerie des Assiettes, à cause des assiettes en porcelaine peintes et représentant les résidences royales, dont Louis- Philippe l'a bizarrement décorée. — La nouvelle salle de spectacle se trouve à l'extrémité du long couloir de l'aile de Louis XV. — Les appartements des Reines-Mères, où logea aussi le pape Pie VII, renferment, entre autres curiosités, quelques anciennes tapisseries des Gobelins d'un grand intérêt, et dont l'une a été faite d'après les dessins de Jules Romain. — Les appartements de Napo-
FONTAINEBLEAU
léon Ier ont conservé leur ameublement de l'Empire. Dans le cabinet de V Abdication, on voit encore le guéridon sur lequel cet acte fut écrit et signé. — La salle du Conseil est l'une des plus élégantes. Toutes les peintures qui la décorent sont de Éoucher ; les meubles sont en tapisserie de Beauvais. — Le plafond de la salle du Trône est une merveille en son genre. Le lustre en cristal de roche qui le décore a coûté, dit-on, 50000 fr. — La galerie de Diane, reconstruite par Napoléon, a été'ornée, sous la Restau-
Galerie de François I"r.
ration, de tableaux mythologiques, parA.dePujoletBlondel.— Les appartements des Chasses renferment des tableaux représentant des chasses de Louis XV. — Les grands appartements comprennent : le salon des Tapisseries, ainsi nommé à cause des belles et curieuses tapisseries de Flandre qui le décorent, le salon de François Jc* dont les murailles sont tendues en tapisseries des Gobelins; le salon de Louis XHI, où ce roi est né en 1601, et qu'Ambroise Dubois avait orné de quinze tableaux, représentant les amours de Théagène et de Ghariclée. — La salle de Saint-
Louis, dans le pavillon du même nom, contient aujourd'hui la statue équestre d'Henri IV, par Jacquet, qui faisait partie de la décoration de la Belle-Cheminée, dont les autres fragments se voient dans la salle des Gardes. — Dans le salon de Louis XV est un portrait de Diane de Poitiers , représentée en Diane chasseresse, et attribué au Primatice. — Dans la partie supérieure de l'escalier du Roi était située la chambre de la duchesse d'Étampes, appelée depuis la chambre d'Alexandre, du sujet des peintures à fresque, exécutées d'après les dessins du Primatice et restaurées avec plus ou moins de bonheur par M. A. de Pujol. — La galerie d'Henri II ou salle des Fêtes (30 mèt. de longueur sur 10 mèt. de largeur), la merveille du château de Fontainebleau, étale aux regards des visiteurs plus de soixante compositions mythologiques, peintes d'après les dessins du Primatice, par Nicolô dell' Abate, et restaurées en 1834 par M. Alaux. — La chapelle haute a été transformée par Napoléon Ier en une bibliothèque qui contient env. 30 000 vol. — Dans la chapelle Saint- Saturnin se trouve l'autel sur lequel Pie VII dit la messe, pendant son séjour à Fontainebleau. Les vitraux ont été exécutés à Sèvres d'après les dessins de la princesse Marie, fille de Louis-Philippe. — La galerie de François Ier (64 mèt. 31 c. sur 5 mèt. 84) a conservé dans sa décoration le cachet de la Renaissance. La plupart des peintures sont du Rosso ; les ornements des médaillons sont du Primatice. — Les appartements particuliers, pour la visite desquels il faut une permission spéciale, n'offrent qu'un médiocre intérêt.
Le château est entouré de trois jardins : le parterre (3 hect.), où se trouve la pièce d'eau du Bréau et le bassin du Tibre; le jardin anglais, au milieu duquel jaillissait autrefois la fontaine Bleau, récemment retrouvée, et le jardin du Roi ou de VOrangerie, fermé au public. A côté du jardin anglais est situé Vétang (4 hect.), au milieu duquel s'élève un pavillon restauré sous Louis-Philippe. Cet étang, bordé d'une magnifique allée de vieux arbres, nourrit un nombre prodigieux de carpes, dont le* ébats gloutons réjouissent les visiteurs qui s'arrêtent pour leur jeter du pain. — Le Parc ,84 hect.) s'étend à l'E. du parterre et de Fontainebleau. Il est divisé en deux parties inégales par le canal que fit creuser Henri IV (1200 mèt. de long, sur 30 de larg.). On y descend du
parterre par deux rampes entre lesquelles est construit un château d'eau nommé les Cascades. Au N. se trouve la longue treille du roi qui produit, année commune, 3000 à 4000 kilog. d'excellents chasselas. A dr., en venant du parterre, sont les grandes écuries, qui peuvent contenir plus de 300 chevaux;
Une magnifique avenue, bordée d'ormes, plantés il y a deux cents ans, traverse le parc dans sa longueur, parallèlement à celle des bords du canal, et sert de communication pour aller à Changis et à Avon.
Mais ce ne sont ni les jardins, ni le parc, ni la treille que Ton vient visiter à Fontainebleau, quand on a suffisamment admiré le palais : c'est la forêt. Cette forêt, dont la contenance est de 16 900 hect. et le pourtour de 80 kil., n'a pas moins de 20000 kil. de routes et de sentiers. Les rochers y occupent un espace qu'on évalue à 4000 hect. ; ils forment de longues chaînes, ou collines, qui s'élèvent souvent, ainsi que les plateaux de cette contrée, jusqu'à 140 mèt. au-dessus du niveau de la Seine, et marchent parallèlement entre elles, presque en ligne droite, de TE. à 1*0. Sil'on traverse la forêt du S. auN.,on a huit ou dix de ces chaînes à franchir; quelquefois elles se rapprochent l'une de l'autre, et forment alors des gorges étroites et allongées. Le sable et le grès de ces collines constituent une assise très-puissante, atteignant, mais rarement à la vérité, jusqu'à 35 mèt. On remarque, à la partie supérieure, des bancs de 6 à 7 mèt. d'épaisseur, traversés trèsirrégulièrement de nombreuses fissures, d'un grès généralement dur, et d'un grain si fin qu'il prend souvent l'aspect lustré : ce sont les plateaux élevés de la forêt. Leur surface ondulée n'est recouverte, dans de certains endroits, que d'un peu de terre végétale aride et improductive. C'est ce banc, connu sous le nom de Banc royal, qui est exploité de préférence pour le pavage; il est dépourvu de fossiles. Au-dessous, on trouve une masse considérable de sable, quelquefois d'un blanc éclatant, plus ordinairement coupé de lits nombreux d'un sable jauni ou rougi par l'hydrate de fer, et renfermant de nombreuses masses irrégulières d'un grès plus tendre.
Les huits ou dix chaînes qui traversent la forêt semblent être des lambeaux d'une ancienne assise de sable et de grès qui s'éten-
FONTAINEBLEAU
dait sur toute la contrée, et qui aurait été en grande partie détruite par des cataclysmes postérieurs à leur formation. Les vallées qui les séparent auraient été formées par érosion et creusées par des courants sous-marins d'une grande puissance. Les roches horizontales formant le plateau d'une colline se continuent au môme niveau sur le plateau des collines voisines; et, aux bords de chaque plateau, les immenses tables de grès, privées d'appui par l'entraînement dans des parties basses des sables sur lesquels elles reposaient, se sont brisées, affaissées par leur poids, et leurs
La gorge aux Loups.
débris ont produit, en glissant sur les flancs des collines et en s'entassant les uns sur les autres, ce chaos sauvage et pittoresque qui donne à la forêt de Fontainebleau un caractère si particulier.
« La quantité de pavés que l'on enlevait de la forêt avant 1848 s'évaluait à environ 4 millions, dont le poids excédait 100 millions de kilog. Cette lourde marchandise ne produit à l'État qu'un droit minime qu'absorbe et au delà l'entretien des routes, facilement dégradées par les voitures de transport. Les sables blancs sont
exploités par les verreries et les manufactures déplaces. On en expédie môme pour l'Angleterre des chargements assez considérables. Ces exploitations occupent et font vivre près d'un millier de ménages à Fontainebleau et dans les communes limitrophes de la forêt. » (Denecourt.)
Les espèces principales de la forêt sont le chêne, le hêtre, le charme et le bouleau. Le chêne, qui est l'arbre le plus commun, atteint dans certains endroits une hauteur considérable ; on en rencontre qui ont jusqu'à 7 mèt. de circonférence. Quelques-uns de ces vieux arbres ont acquis une grande célébrité ; t on ne les aborde qu'avec ce sentiment de vénération que l'homme, rapide passager de la terre, est toujours disposé à accorder aux choses qui ont supporté le poids et résisté à l'action des siècles. » Du reste, comme cela arrive souvent, la renommée n'appartenait pas toujours aux plus dignes; et, sans les recherches et les nomenclatures de M. Denecourt, une foule d'arbres magnifiques, que les touristes vont aujourd'hui admirer, seraient restés inconnus.
Amant passionné de la forêt, le Sylvain (tel est le surnom donné à M. Denecourt) a consacré sa vie et sa fortune à l'étudier dans toutes ses parties, puis à en décrire les innombrables beautés, les richesses inconnues avant lui, à en faciliter enfin l'exploitation en y ouvrant des sentiers et en y traçant des signes indicateurs qui dirigent le touriste vers les points les plus dignes de sa visite. Il a élevé, sur une colline, une tour haute de deux étages, et surmontée d'un belvédère d'où l'on découvre soixante lieues d'horizon. Cette dernière création, qui lui a coûté plus de 2500 francs, s'appelle le Fort- l'Empereur.
L'essence la plus rare autrefois, mais que l'on a cherché à répandre le plus depuis quelques années, c'est le pin. La culture en a été pratiquée en HSk. Déjà, au milieu du xvu# siècle, on avait essayé d'introduire la culture du pin maritime, naturalisé dans les landes de Bordeaux. Le grand hiver de 1709 fit périr les plants. Une nouvelle tentative faite sous Louis XVI ne fut pas plus heureuse. Enfin M. Lemonnier, médecin de Marie-Antoinette, et bon botaniste, pensant que le pin du Nord ou pin sylvestre résisterait mieux aux grandes gelées, fit venir du Nord des plants et des graines, et en peupla le rocher d'Avon, où ils réussirent parfaite-
FONTAINEBLEAU
ment. Depuis lors les pins ont envahi successivement les terrains les plus arides, et masqué de leur sombre végétation les collines de rochers restées nues jusque-là, contribuant ainsi à faire disparaître de jour en jour cet aspect de solitude sauvage qu'offraient certaines parties de la forêt, telles que les gorges d'Âpremont, de Franchard, du Houx. Les semis de pins ont été surtout propagés sous le règne de Louis-Philippe .
L'étendue des repeuplements en bois résineux dans la forêt de Fontainebleau est aujourd'hui de 5000 hectares sur 16900. Le pin sylvestre forme la majeure partie de ces repeuplements : c'est
I La caverne ténébreuse des gorges d'Apremonl.
l'essence la mieux appropriée à l'état du sol, la plus productive et la plus propre à préparer les terrains sablonneux pour recevoir plus tard de bonnes essences feuillues. Dans quelques cantons, on voit beaucoup de houx et de genévriers, âgés de plusieurs siècles, dont le maigre et triste feuillage pend çà et là dans le voisinage des rochers.
La forêt de Fontainebleau n'était pas jusqu'ici bien aménagée. Elle était exploitée partie en taillis, partie en futaie pleine. On doit abandonner, comme moins productive, l'exploitation en taillis. Les plus belles futaies, les plus âgées, sont, du reste, un luxe végétal que l'on conserve seulement pour l'agrément pittoresque ;
au delà d'une certaine période, les arbres perdent plus qu'ils ne gagnent. Le produit eslimatif moyen de la forêt de Fontainebleau est évalué entre 350 000 et 500 000 francs. Mais ce dernier chiffre est quelquefois de beaucoup dépassé par des coupes extraordinaires.
Dans un de ses derniers ouvrages, M. Denecourt donne une flore choisie de Fontainebleau, et les catalogues des oiseaux et des insectes que l'on y rencontre. Il évalue le nombre des cerfs à
La Mate aux Fees.
50 environ ; des biches à 70 (ce nombre a beaucoup augmenté depuis): des chevreuils à 50, et des daims à 30, dont 26 femelles. Il n'y a plus de sangliers, mais ils étaient nombreux avant l'Empire. Au siècle dernier, on évaluait à 3000 le nombre de cerfs, biches et daims. La vipère, dont la piqûre est si redoutable, était très-multipliée autrefois; mais elle devient de plus en plus rare, car des primes ont été accordées pour sa destruction.
Au moyen âge, la forêt de Fontainebleau s'appelait la forêt de Bière (en latin Bieria), nom faussement dérivé d'un chef danois,
Bier Côte de Fer, qui, après avoir dévasté la Normandie et l'Ilede-France, vint, en 835, planter ses tentes dans la contrée située entre la lisière du bois de Melun, et qui exerça des cruautés inouïes. A l'époque où la forêt fut érigée en domaine royal, elle était plus resserrée dans ses limites qu'aujourd'hui; François Ier l'augmenta beaucoup, soit par des acquisitions de terrain, soit par des confiscations opérées sur des particuliers et des nobles. Les noms de plusieurs cantons, tels que ceux du bois Gautier, de Mâclierin, des Ventes Bouchard. Chapellier, Girard, etc., en sont la preuve. Les noms de plusieurs autres cantons nous montrent aussi qu'ils furent autrefois habités : Y étoile des Petites- Maisons, le carrefour du Puits fondu, les Écuries royales.
La forêt de Fontainebleau a eu aussi sa légende du Chasseur noir, son Robin des Bois, sous le titre du Grand Veneur, c On cherche enccre, dit Sully, de quelle nature pouvait être ce prestige, vu si souvent et par tant d yeux dans la forêt de Fontainebleau. C'était un fantôme environné d'une meute de chiens, dont on entendait les cris et qu'on voyait de loin, mais qui disparaissait dès qu'on approchait. j> Henri IV, selon les historiens du temps, entendit un jour des bruits de cor et d'aboiements de chiens, d'abord éloignés, puis tout à coup rat prochés de lui, et un grand homme noir et fort hideux leva la tête et dit: M'en tendez vous? ou: Qu'attendez-vous? ou, selon d'autres : Amendez-vous, et il disparut. En 1646 eut lieu, dans la forêt de Fontainebleau, une autre aventure assez peu connue. Mazarin, attaqué par un sanglier, mit bravement l'épée à la main et tua l'animal.
Les promenades dans la forêt de Fontainebleau peuvent être variées à l'infini ; nous en indiquerons un certain nombre
Promenades a pied voisines de Fontainebleau. — Côté S. — Rocher d' Avon (aller et retour 1 h. 1/2 de marche), par le belvédère de Louis VII et le Mont-Louis Philippe (beaux points de vue); — Mail d'Henri IV, l'une des promenades les plus courtes; — Rocher Bouligriy (3 h.).
Côté 0. — Parquet des Monts-Aigus et grotte du Serment (env . 3 h.). Le Mont-Ai^u était la promenade la plus pittoresque et la
I. Voir pour plus de détails: Fontainebleau, par Ad. Joanne. Paris, Hachette <'t Cie.
plus fréquentée de Fontainebleau ; malheureusement, on en a récemment privé le public pour rajouter au parquet réservé au
gibier; il n'est plus ouvert que le dimanche, de 10 h. à 6 h. ;
Gorges du Houx, Grottes du Parjure et du Chasseur-Noir (env. 2 h.).
Côté N. Mont-Ussy et vallée du Nid-de-V Aigle (1 h. 30 min.), une des promenades les plus variées. On voit, chemin faisant, quelques-uns des plus beaux chênes et des plus beaux hêtres de la forêt.
Côté N. E. — Fort des Moulins, Promenades de la reine Amélie, Calvaire (2 h. 30 min.). Au fort des Moulins on a une très-belle vue sur le chemin de fer, les coteaux de la Seine et le château de
Entrée de Barbîzon, chemin des Vaches.
Fontainebleau. De la croix du Calvaire, on découvre la forêt et la ville ; — le Fort de l'Empereur.
Promenades a pied aux sites les plus pittoresques. Futaie
du Gros-Fouteau, vallée de la Solle, fontaine Sanguinède et Mont- Chauvet(env. 4 h.). La futaie du Gros-Fouteau offre à l'admiration une suite de chênes gigantesques, déjà vieux du temps de François Ier. Rien de plus pittoresque et de plus v arié que les sentiers qui serpentent à travers les rochers de la vallée de la Solle. Aux fontaines Sanguinède (belle vue) et du Mont-Chauvet, on trouve des rafraîchissements; — Bocher de Saint -Germain (collines bordant au N. la vallée de la Solle); — la Tillaie, belle futaie où Ton
admire de vieux chênes, entre autres le Pharamond; — Gorges d'Apremont (continuation de la promenade précédente; Ik kil. aller et retour), l'un des cantons les plus sauvages et les plus désolés; on y visite la Caverne ténébreuse (rafraîchissements), qui servit de refuge, sous Louis XV, à une bande de voleurs;— Gorges de Franchard (restaurant et guides), qui rivalisent par leur aspect sauvage et pittoresque avec les gorges d'Apremont. Près du restaurant se trouvent la Mare aux Pigeons , les ruines de l abbaye de Franchard et la Roche qui Pleure, ainsi nommée à cause des gouttes d'eau qui filtrent à travers les fissures du grès; — Gorge aux Loups (env. 5 h.), par la Mare aux Fées. Le Bas-Bréauy trop éloigné de la ville pour qu'on s'y rende à
Marlotte.
pied, est actuellement Tune des plus belles futaies de la forêt. La route de Paris le divise en deux parties. On y remarque entre autres arbres magnifiques le biera, qui est en quelque sorte à cheval sur un rocher. — La Mare aux Évées, les Érables et le Déluge ont perdu depuis 20 ans les arbres séculaires qui les avaient rendus célèbres. Mais on visitera avec intérêt, près du plateau rocheux de l'ancien télégraphe d'Arbonne, le rocher des Sablons, dit le petit Mont-Bianc, l'amas de grès le plus curieux sans contredit de toute la forêt, à cause de la ressemblance que ses sables mouvants prennent, sous l'action du vent, avec la neige des sommets les plus élevés des Alpes.
FONTAINEBLEAU
Promenades en voiture. — Le meilleur mode d'exploration de la forêt, c'est de franchir les grandes distances en voiture et de descendre pour parcourir à pied les sites pittoresques. Franchard ou Darbison doivent être choisis comme point de repos au milieu des grandes courses. Nous donnerons seulement comme modèles quatre tracés de promenades en voiture : — 1° Franchard, — la Tillaie, — la vallée de la Solle, — le Fort de l'Empereur (5 h. dont 1 à pied); 2° Mont-Ussy, - Nid-de-1' Aigle, — Vallée de la Solle, — Monts-Saints-Pères, — de Fays, — Camp de Chailly,— Rocher Saint-Germain, — Fort de l'Empereur (7 h. dont 2 h. 30 min. à pied); —3° Nid-de-l'Aigle, — Vallée de la Solle, Gros-
Mare aux Pigeons (Franchard).
Fouteau, — la Tillaie, — Vente des Charmes, — Gorge du Houx, — Franchard, — Gorges d'Apremont, — Barbison. — Bas- Bréau , — Rocher Cuvier, — Camp de Chailly, — Rocher Saint-Germain, — Fort de l'Empereur, — Calvaire et Fort des Moulins (11 h. env. dont 4 h. 30 min. à pied); — 4° Rochers Bouligny et des Demoiselles, Érables et Déluge, — Gorge aux Loups, — Esplanade d'entre Bouron et Marlotte, — Long-Rocher (8 h. dont 3 h. à pied).
Dans le voisinage de la forêt de Fontainebleau se trouvent plusieurs villages où Ton peut s'arrêter pendant les promenades et même s'établir pour quelques jours : — Avon, Thomery, Moret
(V. ci-dessous); — Barbison (aub. chez Garnie), ham. du v. de Chailly, situé à peu de distance des Gorges d'Apremont et de la futaie du Bas-Bréau, est surtout fréquenté par les peintres paysagistes;— Marlotte (aub. Saccault, maison d'Antony), ham. du v. de Bouron, également fréquenté par les artistes, dans le voisinage de la Gorge aux Loups, du Long- Rocher et de quelques autres sites non moins admirables.