‹ Itinéraire de Paris à la méditerranéeChapitre 116 sur 360 · LYON. — LES ÉTROITS · texte numérisé non relu

LYON. — LES ÉTROITS

grand jour; mes yeux, en s'ouvrant, virent l'eau, la verdure, un paysage admirable. Je me levai, me secouai, la faim me prit; je m'acheminai gaiement vers la ville.... J'étais de si bonne humeur que j'allais chantant tout le long du chemin. »

Près de l'endroit où Rousseau passa une nuit si délicieuse, s'ou-

Grotte des Étroits.

vre une grotte que représente notre dessin, mais qui a été trèsendommagée par la construction de la route.

C'est à l'entrée du chemin des Étroits que le général Mouton-Duvernet fut fusillé en 1816, en exécution d'un jugement

rendu par un conseil de guerre, qui l'avait condamné à la peine de mort.

En descendant la Saône, le long de la rive g., du pont de l'Archevêché au pont de la Mulatière, on longe d'abord le quai de Tilsitt (a son extrémité inférieure, une passerelle relie la rue de Sala, près de la nouvelle synagogue, au quartier Saint-Georges), qui aboutit à la place Sainte-Glaire, sur laquelle s'ouvre le pont d'Ainay, composé de 5 piles et d'arches en bois, long de 114 mèt. 50 c, large de 9 met., construit en 1818 et restauré en 1835. Le quai d'Occident, qui fait face au quai delà Quarantaine, dominé par le fort de Saint-Just, se continue jusqu'à la place Napoléon, que le pont Napoléon, pont suspendu avec deux piles, relie au quartier de la Quarantaine. Enfin, au delà du Pont en tôle du chemin de fer de Paris (voir page 294), commence le cours Rambaud , magnifique quai, planté d'arbres, qui se prolonge en regard de l'ancien chemin des Étroits et du coteau de Sainte-Foy jusqu'au pont de la Mulatière, et le long duquel on remarque l'Arsenal, le gazomètre et de nombreuses usines.

Le pont de la Mulatière ou d'Orléans , jeté sur la Saône à l'endroit même où elle confond ses eaux avec celles du Rhône appartient à la compagnie du chemin de fer de Saint-Étienne, qui l'a fait construire. Il a 175 mèt. de longueur sur 10 mèt. 70 c. de largeur. Il se compose de quatre arches en fonte. Des barrières de fer le séparent en deux parties destinées , l'une au chemin de fer, l'autre aux piétons et aux voitures. L'ancien pont de la Mulatière, construit de 1789 à 1792, était en bois. Il menaçait ruine depuis longtemps, lorsque l'inondation de 1840 en enleva deux arches. Force fut de le remplacer d'abord par un pont provisoire, puis par le pont actuel.

Quais et ponts du Rhône.

Au-dessous de la colline qui supporte la Croix-Rousse, le long de la rive droite du Rhône, à la place de la Boucle, s'étend le cours d'Herbouville, dont la longue avenue domine le fleuve. La compagnie de Lyon à Genève a jeté sur le Rhône, en 1857, un beau pont, pour venir, à travers les Brotteaux et la Guillotière, se relier, près de la Vitriolerie, aux chemins de Paris à Lyon, de

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Lyon à Saint-Étienne, de Lyon à Grenoble et de Lyon à la Méditerranée. Ce pont, construit en pierres de Villebois, de -grand appareil, se compose de 7 arches, chacune de 34 mèt. d'ouverture. Sur la rive g. du Rhône, s'étendent le parc de la Tête-d'Or et la vaste plaine du grand Camp transformée en hippodrôme.

Le cours d'Herbouville, en face duquel se trouve, sur la rive g., le cours d'Albret, vient se terminer à la place Saint-Clair, où commence le quai Saint- Clair. A l'entrée de la place Saint- Clair un pont suspendu avec deux piles a été jeté sur le Rhône. Ce pont, appelé dans l'origine pont Louis-Philippe, et aujourd'hui pont Saint-Clair, aboutit à la place Tholozan sur le quai d'Albret.

Le port Saint-Clair , qui touche presque au grand théâtre et à l'hôtel de ville, termine à la place Tholozan le quai de ce nom. A son extrémité inférieure, s'ouvre le pont Morand, qui met en communication la plus grande partie de la ville de Lyon avec les Brotteaux. Ce pont a dû son nom à l'architecte qui le fit construire en 1774, quand les Brotteaux n'étaient encore qu'une vaste prairie. Il se compose de 16 travées, qui ont de 9 mèt. à 13 mèt. 85 c. d'ouverture. Sa longueur est de 209 mèt., sa largeur de 13 mèt. Il est entièrement en bois. Chaque pile, formée d'une seule travée de poteaux, n'oppose aux eaux du Rhône qu'une très-faible épaisseur. En 1825, des radeaux emportèrent trois arches, contre lesquelles ils étaient venus se briser pendant une forte crue. Mais le pont a résisté à l'inondation de 1840. Au delà de la place Louis XVI à laquelle aboutit le pont Morand, s'ouvrent les cours Morand et Vitton, bordés de belles maisons.

Entre le pont Morand et le pont La Fayette ou du Concert (beaux bains du Rhône), s'étendent: sur la rive dr., le quai de Retz; sur la rive g., le quai Castellane (ancien cours Bourbon. Le quai de Retz a été terminé par l'ingénieur de Ville en 1745. Vers le milieu s'élève le bâtiment lourd et enfumé qui contient le lycée et la bibliothèque , et en face duquel a été construite une passerelle suspendue, avec deux piles, la passerelle du Lycée, aboutissant, par la rue de Condé, à l'église Saint-Pothin.

Le pont appelé tour à tour Charles X, du Concert et de La Fayette, a été achevé en 1828 ; il se compose de huit piles en

pierre et d'arches en bois; sa longueur est de 289 met., salargeur-de IL On y découvre une belle vue. Une rue, ouverte en face, la met en communication avec le quai Saint-Antoine.

Le quai de VHÔpital, qui succède sur la rive dr. du Rhône au quai de Retz , en face du quai Joinville (rive g.), n'a rien de particulièrement intéressant; à son extrémité inférieure, le pont de V Hôtel-Dieu, pont suspendu, avec deux piles, long de 208 mèt. et large de 7 mèt., a été construit en 1839.

Le pont de la Guillotière, qui a remplacé un ancien pont de bois, a onze arches irrégulières en pierre, avec fermes en fonte reposant à leurs extrémités dans des corps de maçonnerie élevés sur les avant et arrière-becs des piles. Il a été aussi élargi et diminué en 1839, par M. l'ingénieur Alexandre Jordan. Il a maintenant 10 mèt. 80 c. de largeur , et 351 mèt. 29 c. de longueur.

En 1611, le pont de la Guillotière fut le théâtre d'un effroyable accident. C'était le 1 1 octobre ; plus de trente mille personnes étaient allées à la fête de Saint-Denis-de-Bron, féte bizarre qui s'est perpétuée jusqu'à la fin de l'Empire \ Quand la cloche annonça la fermeture des portes, la foule se précipita vers la ville. Deux voitures s'accrochèrent sur le pont; il y eut un encombrement tel, que, lorsque la circulation put être rétablie, on releva deux cent trente-huit cadavres, sans compter parmi les morts tous ceux qui, montés sur les parapets , avaient été précipités dans le Rhône. Quelques jours après, on pendit le sergent Thomas Michel, surnommé Bel-Air, qui commandait la garde ce soir-là. L'indignation publique voulait une victime. On accusa le sergent Bel-Air d'avoir fait sonner la retraite avant l'heure, pour fermer les portes et percevoir une rétribution Sur tous ceux qui voudraient rentrer en ville ; mais cette accusation ne put pas être prouvée.

Au-dessous du pont de la Guillotière, que la rue de la Barre, qui doit être élargie, relie d'un côté à la place Bellecour et que le Cours de Brosses, magnifique avenue qui se prolonge jusqu'au boulevard d'enceinte , met de l'autre en communication avec la grande rue de la Guillotière (la route de la Savoie, du Dauphiné,

1. Les maîtres y servaient les domestiques, et tous les passants, de quelque rang qu'ils fussent, avaient le droit de se dire les plus grossières injures.

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