‹ Itinéraire de Paris à la méditerranéeChapitre 115 sur 360 · LYON. — ASPECT GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LYON. — ASPECT GÉNÉRAL

plateau de Saint-Sébastien, où elle écoula le sermon d'un prédicateur catholique, et on érigea en ce lieu une croix en pierre de couleur jaune, tirant sur le rouge, qui fit donner plus tard le nom de Croix-Rousse au quartier construit à l'entour.

Un chemin de fer, d'un système particulier à machines fixes (V. page 380), inauguré le 1er juin 1862, relie le quartier de la Croix-Rousse à Lyon. Il part de l'ancien jardin des Plantes, qu'il traverse à ciel ouvert, passe dans un tunnel sous la rue Nejret, puis se développe de nouveau à ciel ouvert jusqu'au plateau de la Croix-Rousse. La construction de ce chemin de fer a nécessité d'immenses travaux d'art; les ingénieurs ont dû, en outre, inventer des freins nouveaux, car la pente qui, sur les chemins ordinaires, ne dépasse pas 3 à 4 centimètres par mètre est sur celui-ci de 16 centimètres par mètres.

La commune de Lyon, proprement dite, occupait tout l'espace compris entre la Croix-Rousse et la jonction du Rhône et de la Saône. Au pied de la Croix-Rousse, sur les pentes du coteau, dans les quartiers Saint-Clair et des Capucins, sont établis les fabricants ou plutôt les négociants. De la place Bellecour àlagare de Perrache, s'étend le quartier de la bourgeoisie et de l'aristocratie qui, depuis la Révolution, ont abandonné au barreau et aux ouvriers la rive dr. de la Saône. Au delà de la gare de Perrache (chemin de fer de Paris à Lyon et de Lyon à la Méditerranée) s'élèvent sur la presqu'île Perrache* un certain nombre d'établissements industriels ; des docks, une gare pour les bateaux, un arsenal, un abattoir, une prison y ont été construits.

Les Brotteaux (rive g. du Rhône), aujourd'hui le plus beau quartier de Lyou, ne datent que du commencement de ce siècle. De magnifiques maisons s'y élèvent chaque année sur ses larges et longues avenues (le cours Bourbon, le quai d'Àlbret, le cours Morand, l'avenue de Saxe), et dans ses rues tirées au cordeau, bâties à angles droits. On y trouve réunis un grand nombre de

1. Autrefois le Rhône se réunissait à la Saône près d'Ainay. En 1770, un sculpteur, nommé Perrache, conçut le projet de reculer leur jonction au point où elle a lieu aujourd'hui. Il exécuta ce projet avec un succès complet, et le quartier qu'il a conquis ainsi sur les deux rivières a, depuis lors, porté son nom.

lieux de réunion et de plaisir, restaurants, jardins publics, l'Alcazar, et enfin, à l'extrémité de l'avenue de Saxe prolongée, le Parc de îaTête-d'Or, le bois de Boulogne lyonnais.

Les Brolteaux touchent à la Guillotière, ville populeuse, laide, malpropre, que traverse la route du Dauphiné, de la Savoie et de l'Italie, mais où les étrangers n'ont absolument rien à voir, si ce n'est la ligne que l'inondation de 1856 a marquée sur toutes les maisons.

Près de Fourvières est la maison Caille, d'où le pape Pie VII a donné sa bénédiction à la ville de Lyon. M. l'abbé Caille (décédé en 18^1), qui lui a donné son nom, y a fondé une Providence pour les petits garçons. On découvre une belle vue de la terrasse. En face est le pavillon Nicolas, qui jouit encore d'un plus beau point de vue et appartient au passage Gay. (On peut y déjeuner.)

Histoire.

La position de Lyon est si favorable et si belle, qu'elle dut être occupée dès les temps les plus reculés. 590 ans avant Jésus-Christ, des Grecs, chassés des bords de l'Hérault par les Massiliens, obtinrent des Ségusiens, assurent certains écrivains, la permission de s'y établir. Ils appelèrent Logoudunou la bourgade qu'ils y fondèrent. Quand César eut conquis la Gaule, il ne parla pas dans ses Commentaires de cette bourgade ou ville gallo-grecque bâtie sur la colline de Saint-Sébastien (la Croix-Rousse).

L'an de Rome 710, L. Munatius Plancus vint, suivant les ordres du sénat de Rome, construire des habitations permanentes à la colonie romaine que les Allobroges avaient chassée de Vienne pendant les guerres de César et de Pompée, et qui s'était réfugiée au confluent de la Saône et du Rhône, sur une colline quelle avait appelée Luctus-Dunum (par abréviation Lucdunum, puis Lugdunum), ou la Colline de la Douleur. Telle fut l'origine de la ville romaine construite sur le plateau de Fourvières.

Cette ville, bientôt rebâtie, ne devait pas tarder à prendre des développements considérables. Agrippa en lit le point de jonction des quatre grandes voies dont il ordonna la construction à travers la Gaule. Auguste y séjourna trois ans dans un palais qu'a remplacé depuis l'hospice de l'Antiquaille, et où devaient naître plus tard Claude et Caracalla. De magnifiques aque-iucs y amenèrent toutes les eaux des campagnes environnantes ; des temples et un théâtre s'y élevèrent ; elle eut un Sénat et un collège des Soixante, qui rendait la justice: elle devint, en un mot.

la capitale de la Celtique, qui prit bientôt le nom de Lyonnaise. Aussi, pour témoigner à Auguste leur reconnaissance de tant de bienfaits, soixante nations des Gaules y construisirent en son honneur (par ordre probablement ) un temple magnifique inauguré, Tan 744 de Rome , par Drusus.

Claude réunit en une seule ville la colonie romaine et le municipe gaulois qui étaient encore séparés. Il accorda à leurs habitants le droit de faire partie du sénat, et, àcette occasion, il prononça devant le sénat cette harangue qui, gravée sur une table d'airain, et retrouvée en 1528 sur la côte de Saint-Sébastien, est actuellement déposée au musée des Antiques du palais des Arts.

Sous Néron, la ville romaine fut entièrement détruite par un incendie (l'an 59 de notre ère) . Néron la rebâtit plus belle qu'elle n'était avant ce désastre. En 102, Trajan y fit construire, sur l'emplacement actuel de Fourvières, un marché couvert qui ressemblait à un palais, et qui s'écroula sous son propre poids en 840. Adrien et Antonin le Pieux se plurent aussi à l'embellir, lui accordèrent de nouveaux privilèges, y créèrent des foires annuelles qui, faisant affluer dans son enceinte les marchandises d'Europe et d'Asie , lui .rendirent bientôt sa première prospérité. Les relations commerciales avec les peuples d'Orient introduisirent le christianisme dans ces contrées, et, avec le christianisme, commencèrent, vers 177, les persécutions et l'héroïsme des martyrs.

Saint Pothin, disciple de saint Polycarpe, qui était venu du fond de la Grèce, prêcher l'Évangile dans la Gaule, s'était construit ou plutôt creusé un oratoire au milieu d'un marais dont l'église Saint-Nizier occupe actuellement la place. Marc Aurèle donna l'ordre d'exterminer les chrétiens. Saint Pothin, persécuté, subit un effroyable martyre avec un grand nombre de femmes et d'enfants , et une jeune esclave nommée Blandine. Puis la persécution se ralentit pour recommencer bientôt avec une nouvelle violence. Quand Septime Sévère eut vaincu, dans les environs de Lyon, son compétiteur Albin (197), il revint à Lyon qui s'était déclarée pour Albin; et, non content de la livrer aux flammes, il en fit égorger tous les habitants. Saint lrénôe et dix-huit mille chrétiens périrent dans ces massacres.

A dater de ce moment, Lyon, ravagée par les barbares, abandonnée par les empereurs, reste au rang d'un simple municipe jusqu'au jour où les Bourguignons en font la capitale de leur royaume (478) ; puis les Franks s'en emparent et s'y établissent ; les Sarrasins la ravagent après l'avoir occupée, et, si Charles-Martel les en chasse, il ne peut pas y effacer les traces douloureuses de leur passage.

Sous Charlemagne seulement, Lyon se relève de ses ruines. Mais Charlemagne mort, elle devient la capitale du royaume de Provence. En

1024, après avoir subi de nombreuses vicissitudes inutiles à rappeler ici, elle est un fief de l'empire d'Allemagne. Mais, dans la confusion qui suit la mort de Rodolphe le Fainéant (1032), un grand nombre de vassaux, les dauphins du Viennois, les comtes de Savoie, les sires de Beaujeu, les seigneurs de Villars, les comtes du Lyonnais et Forez, se rendent indépendants, et l'archevêque de Lyon, primat des Gaules, Burchard H, fils de Conrad le pacifique et de Mathilde de France, frère cadet de Rodolphe le Fainéant, usurpant le pouvoir temporel, devient de fait le souverain de Lyon.

Cependant, bien qu'elle eût été reconnue par l'empereur Conrad le Salique et confirmée, un siècle plus tard (1157), par Frédéric Barberousse, cette usurpation souleva, à diverses reprises, les protestations des comtes du Forez. Des luttes sanglantes s'engagèrent; elles eurent pour résultat, en 1173, une transaction en vertu de laquelle le comte du Forez céda définitivement, moyennant certaines sommes d'argent, tous ses droits ou prétendus droits sur la ville et sur son territoire, à l'archevêque et à ses chanoines, qui prirent tous dès lors indistinctement le titre de comtes. A partir de ce moment, l'archevêque et les chanoines, se croyant sûrs de l'impunité, abusèrent indignement de leur pouvoir.

C'est une longue et intéressante histoire que celle de la lutte de la bourgeoisie lyonnaise contre l'archevêché et le chapitre. Cette lutte, commencée en 1228 et souvent interrompue par des trêves à la suite de combats sanglants, ne.se termina définitivement qu'en 1393. Mais, dès le commencement du xiv* siècle, l'archevêché et le chapitre avaient été vaincus par la bourgeoisie et par le roi de France. Déjà, en 1269, Louis IX avait profité des dissensions des bourgeois et des chanoines comtes pour rattacher cette ville importante à la couronne. En 1310, Philippe le Bel contraignit l'archevêque Pierre de Savoie, que Louis le Hutin avait forcé de se rendre à discrétion, à lui céder la justice séculière en échange de fiefs éloignés, et trois ans après il établissait à Lyon une sénéchaussée royale, à laquelle il annexa celle de Beaucaire et une partie du bailliage de Mâcon. De leur côté, les bourgeois obtinrent du même archevêque la reconnaissance de la commune. Désormais la ville se gouverna elle-même par des consuls : on donna ce nom aux douze conseillers qu'élisaient librement tous les bourgeois (1320). A dater de cette époque, l'industrie et le commerce, favorisés par une liberté entière, prirent à Lyon des développements considérables. Les guerres civiles d'Italie y amenèrent un grand nombre de familles qui lui apportèrent tout à la fois des procédés de fabrication et d'immenses capitaux pour les exploiter. Des foires, instituées par Charles VII, organisées par Louis XI, augmentèrent encore sa prospérité croissante. Aussi, aux xiv°, xve, et xvie siècles, elle devint l'une des villes les plus

importantes de la France, par ses imprimeries, sa chapellerie, sa tannerie, ses fabriques de drap d'or, d'argent et de soie.

Les guerres d'Italie, si ruineuses pour la France, furent d'abord favorables à Lyon , qui resta pendant longtemps le séjour de la cour ; mais, quand François Ier eut été vaincu à Pavie, le commerce diminua, l'industrie se ralentit, les impôts augmentèrent; il fallut fortifier la ville menacée d'un siège : cette nouvelle dépense acheva d'épuiser les ressources des habitants. La famine vint accroitre la misère générale. Le 25 mai 1529, une violente émeute éclata. Le peuple soulevé se livra aux plus graves excès.

En 1560, les protestants s'emparèrent un instant de Lyon par surprise, mais ils ne purent pas s'y maintenir. En 1562, ils l'occupèrent de nouveau sous la conduite du célèbre baron des Adrets. De persécutés ils devinrent persécuteurs. Ils dévastèrent toutes les églises et tous les couvents ; ils détruisirent complètement l'église des Machabées et l'abbaye fortifiée de Saint-Just. Leurs représailles n'étaient que trop justifiées par les violences et les crimes des catholiques. Elles allaient, d'ailleurs, être suivies d'autres représailles encore plus horribles. En 1563, ils s'étaient vus contraints de remettre la ville aux mains des officiers du roi , mais ils avaient obtenu l'autorisation de s'y bâtir trois temples. Les catholiques démolirent bientôt deux de ces temples, en proférant des menaces terribles contre ceux qui les avaient construits et qui osaient les fréquenter. « Tout était prêt pour une explosion (1572), a dit M. Grandperret, l'archiviste de la ville, lorsqu'on apprit la sanglante catastrophe de la Saint-Barthélémy. C'était le dimanche suivant. Aussitôt Mandelot, le lieutenant du gouverneur, qui était le duc de Nemours, fit fermer les portes de la ville et donna l'ordre d'incarcérer les protestants, sous prétexte de les protéger contre les fureurs de la populace. Peut-être voulait-il réellement les sauver; mais il lui fallait plus de vertu qu'il n'en avait pour décliner les ordres de la cour. Aussi laissa-t-il des bandes d'assassins se jeter sur les couvents où les hérétiques étaient entassés, et immoler pêle-mêle tous ces infortunés. Ne voulant point paraître autoriser de telles horreurs par sa présence, il se porta avec sa garde au delà de la Guillotière, sous le prétexte d'un soulèvement en Dauphiné, et, dans cet intervalle, trois cents protestants, enfermés à l'archevêché, tombaient, comme le bétail à l'abattoir, sous les coups d'abominables sicaires recrutés dans le corps des arquebusiers, qui était composé de Lyonnais et d'Italiens. Les honnêtes citoyen*, les officiers de la garnison , le bourreau lui-même avaient refusé d'intervenir dans cette boucherie. II périt en ce jour néfaste près de mille victimes. »

Après l'assassinat du duc de Guise, Lyon se déclara hautement pour la Ligue. Le duc de Nemours, qui s'était évadé des prisons du roi, vint prendre possession de son gouvernement. Quand Henri III fut tombé sous

le couteau de Jacques Clément , le duc de Nemour»- conçut le projet de se rendre maître de ce pays dont il n'était que le gouverneur, et de le détacher de la France afin de s'en former, avec une partie de la Bourgogne et du Dauphiné, un royaume à part, si les états généraux, convoqués à Paris par Mayenne, ne le nommaient pas roi de France. Mais les Lyonnais ne voulaient point se séparer de la France; ils forcèrent le duc de Nemours de s'enfermer dans le château fort de Pierre-Scise. Menacée par les Ligueurs et les Royalistes, Lyon se déclara pour Henri IV (1594), qui en eut une grande joie et qui, en reconnaissance de la réception chaleureuse et splendide que les Lyonnais lui avaient faite, les priva de leurs libertés municipales.

Une effroyable inondation (1711), des incendies, des émeutes occasionnées par la misère des ouvriers et par des questions de salaire, des découvertes industrielles, tels sont les principaux événements qu'ont à raconter les historiens lyonnais pendant le xvnr8 s., jusqu'au jour où éclata la Révolution française.

Lyon avait d'abord embrassé avec ardeur la cause delà Révolution. Les cahiers donnés aux députés des trois ordres lors de la convocation des états généraux, surtout ceux du tiers état, contenaient en substance toutes les modifications, réformes, institutions, que l'Assemblée constituante ne tarda pas à convertir en lois. Mais bientôt des excès furent commis par le parti ultra-républicain qui voulut s'emparer du pouvoir. De nouvelles luttes civiles s'engagèrent, une réaction violente eut lieu , et, en 1793, Lyon se souleva en même temps que Marseille et Bordeaux prenaient les armes. Le récit suivant est emprunté à M. Mignet, qui a résumé l'insurrection et le siège de Lyon, dans son Histoire de lu Révolution française.

« Les royalistes s'emparèrent presque partout du mouvement que les Girondins avaient commencé. Ils cherchèrent surtout à diriger l'insurrection de Lyon, pour en faire le centre des mouvements du Midi. Cette ville était fort attachée à l'ancien ordre de choses. Ses manufactures de soie et de broderies en or et en argent, son commerce de luxe, la rendaient dépendante des hautes classes. Elle devait donc se déclarer de bonne heure contre un changement social qui dérangeait les anciens rapports et ruinait ses manufactures en abaissant la noblesse et le clergé. Aussi Lyon, dès 1790, sous la Constituante, même lorsque les princes émigrés étaient dans le voisinage, à la cour de Turin, avait fait des tentatives de soulèvement. Ces tentatives, dirigées par les prêtres et par les nobles, avaient été réprimées; mais l'esprit était resté le même. Là, comme ailleurs, on avait voulu, après le 10 août, faire la révolution de la multitude, et établir son gouvernement. Chalier, fanatique admirateur de Marat, était h la tête des jacobins, des sans-culottes, et de la municipalité de Lyon. Son audace s'était accrue après les massacres

de septembre et du 21 janvier. Cependant rien n'avait été décidé encore entre la classe inférieure républicaine et la classe moyenne royaliste, dont l'une avait le siège de son pouvoir à la municipalité, et l'autre dans les sections. Mais, les débats étant devenus plus grands vers la fin de mai, on se battit, et les sections l'emportèrent. La municipalité fut assiégée et prise d'assaut. Cbalier, après s'être évadé, fut pris, et, au bout de quelque temps, exécuté. Les sectionnaires , n'osant pas encore secouer le joug de la Convention , s'excusèrent auprès d'elle de la nécessité où les jacobins et les municipaux les avaient mis de combattre. La Convention, qui ne pouvait se sauver qu'à force d'audace, et qui en cédant était perdue, ne voulut rien entendre. Sur ces entrefaites, les événements de juin survinrent. L'insurrection du Calvados fut connue, et les Lyonnais, encouragés, ne craignirent plus de lever l'étendard de la * révolte. Us mirent leur ville en état de défense ; ils élevèrent des fortifications, ils formèrent une armée de 200000 hommes, ils reçurent les émigrés aux milieu d'eux, donnèrent le commandement de leurs forces au royaliste Précy et au marquis de Virieux, et concertèrent leurs opérations avec le roi de Sardaigne.'

« Sur l'ordre de la Convention, Lyon fut assiégée par Kellermann, général de l'armée des Alpes ; trois corps d'armée la pressèrent bientôt de tous les côtés. Les Lyonnais se défendirent avec tout le courage du désespoir. Ils comptaient d'abord sur l'assistance des insurgés du Midi; mais ceux-ci ayant été repoussés par Carteaux, ils tournèrent leurs dernières espérances du côté de l'armée piémontaise, qui tenta une diversion en leur faveur, et qui fut battue par Kellermann. Pressés plus vivement, ils virent emporter leurs premières positions. La famine se fit sentir, et le courage les abondonna. Les chefs royalistes, convaincus de l'inutilité d'une plus longue résistance, quittèrent la ville, et l'armée républicaine entra dans ses murs, où elle attendit les ordres de la Convention.

« Le nom de Lyon, dit Barrère, ne, doit plus exister. Vous rappellerez ville affranchie, et, sur les ruines de cette infâme cité, il sera élevé un monument qui attestera le crime et la punition des ennemis de la liberté. Un seul mot dira tout : « Lyon fit la guerre à la liberté, Lyon « n'est plus. »

Pour réaliser cet effrayant anathème, le Comité de salut public envoya dans cette malheureuse ville un fanatique imbécile, Couthon ; un comédien qui avait à se venger des trop justes sifflets des Lyonnais, Collot-d'Herbois, et un oratorien défroqué, qui devait plus tard aider Napoléon dans son coup d'État du 18 brumaire, et que la Restauration ne rougit pas de prendre pour ministre, Fouché. Couthon, paralysé des deux jambes, se fit transporter en grande cérémonie à l'angle sud-est de la façade de la place Bellecour, la frappa d'un marteau , et donna de

la sorte le signal de la démolition. Les proscriptions commencèrent en * même temps. Les Lyonnais suspects d'avoir pris les armes furent guillotinés ou fusillés au nombre de 50 à 60 par jour. Puis, comme les moyens employés ne lui paraissaient pas assez rapides, Collot-d'Herbois imagina d'employer la mine pour détruire les édifices, la mitraille pour immoler les proscrits, et il écrivit à la Convention que bientôt il allait se servir de procédés plus prompts et plus efficaces pour punir la ville rebelle.

Après la chute de Robespierre, la Convention rendit à Lyon son ancien nom, les démolitions forent interrompues; la circulation reprit ; les terroristes, arrêtés, occupèrent les cachots de leurs victimes; une réaction violente se manifesta ; les membres des compagnies du Soleil "et de Jésus se portèrent aux prisons, les envahirent, y égorgèrent à leur tour 70 ou 8J prisonniers réputés terroristes, et jetèrent leurs cadavres dans le Rhône. La garde nationale fit quelques efforts pour empêcher ce massacre, mais ne montra peut-être pas le zèle qu'elle eût déployé si elle eût eu moins de ressentiment contre les victimes de cette journée.

Sous le Consulat et sous l'Empire, Lyon se releva de ses ruinés. Jacquart y inventa, en 1802, le métier qui porte son nom. Napoléon rebâtit les façades de la place Bellecour, rendit les églises au culte, fonda l'école de dessin, fit construire le pont de Tilsitt; enfin, dans toutes les circonstances, il témoigna une prédilection toute particulière pour cette grande cité à laquelle il réservait un rôle important dans son vaste empire. Mais son ambition et son despotisme précipitèrent une première fois sa chute, et bientôt les Autrichiens menacèrent Lyon,qu'Augereau ne sut ou ne put pas défendre. Ils y entrèrent le 21 mars 1814. Le 6 août et le 21 octobre de la même année, la duchesse d'Angoulême et le comte d'Artois y furent aussi chaleureusement accueillis que Napoléon devait, l'être à son retour de l'Ile d'Elbe, quand, traversant la foule qui se pressait autour de lui, il dit avec toute l'émotion qu'il était capable d'éprouver : « Lyonnais, je vous aime 1 »

Le 17 juillet 1815, les Autrichiens occupèrent de nouveau la ville de Lyon. La réaction s'y montra cruelle. Le général Mouton-Duvernet, qui s'était l'un des premiers rallié à l'Empereur lors de son retour, mais qui s'était empressé, après la capitulation de Lyon, de faire sa soumission au gouvernement royal, fut traduit devant un conseil de guerre, condamné à mort et fusillé à l'entrée du chemin des Étroits (1816). Deux ans après, la cour prévôtale fut instituée pour juger des complots impérialistes, qui ne présentaient alors pour la Restauration aucun danger sérieux. La répression n'en fut pas moins impitoyable.

L'ovation faite à Lyon au général la Fayette, en 1829, par le peuple et la bourgeoisie, eût dû éclairer la Restauration sur l'état de l'opi-

nion publique dans la seconde ville du royaume. Mais de funestes conseils l'entraînaient à sa] perte. La nouvelle de la révolution de Juillet fut accueillie avec satisfaction par la majorité de la population lyonnaise; le changement de gouvernement ne coûta pas une goutte de sang : après une heure de pourparlers, la garde nationale fut admise à prendre possession de l'hôtel de ville, conjointement avec la troupe de ligne. Malheureusement, une crise commerciale ne tarda pas à éclater, et quelques fabricants refusèrent de se soumettre à un tarif nouveau qui , rédigé avec l'approbation des autorités locales, avait été accepté par un grand nombre de leurs confrères. Les ouvriers s'insurgèrent au mois de novembre 1831 (le 21), arborant un drapeau noir qui portait cette inscription : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ! » et en poussant ces cris : « Du travail ou la mort ! » La lutte fut sanglante: les ouvriers triomphèrent; ils maintinrent Tordre ; ils firent respecter les propriétés; mais, divisés bientôt entre eux, ils ne surent rien organiser. Le 3 décembre, le duc d'Orléans et le maréchal Soult reprirent, à la tête d'une nombreuse armée, possession de la ville que la garnison avait dû évacuer. Le tarif ne fut pas exécuté, la garde nationale fut dissoute, une forte garnison remplaça celle qui avait dû se retirer; des forts s'élevèrent de tous côtés.

En 1834, une nouvelle insurrection eut lieu. Cette fois elle n'était plus seulement industrielle , elle était devenue politique. La Société des Droits de V homme prit fait et cause pour la Société des Mutuellistes , dont neuf membres étaient accusés de coalition. La lutte dura plus longtemps ; elle fut acharnée ; le désastre fut immense ; le nombre des morts et des blessés, tant du côté de la troupe que de celui des insurgés, s'éleva à plus de mille. Plusieurs quartiers furent entièrement détruits par le canon.

Lyon avait à peine effacé les traces de cetto guerre civile, qu'une inondation, plus terrible que toutes celles dont on avait gardé le souvenir, vint y causer d'affreux ravages. Le faubourg de Vaise presque tout entier fut emporté par les eaux ; on alla en bateau dans la plupart des rues de la ville. Le Rhône et la Saône se rejoignirent sur les places Bellecour et de la Préfecture. Mais l'inondation de 1856 fut encore plus désastreuse. Le 18 mai, la Saône déborda et envahit toute la partie de la ville comprise entre les places des Terreaux et Bellecour. Le 21, elle atteignit son maximum d'élévation, puis elle baissa pour grossir de nouveau le 30. Malheureusement, la crue du Rhône prit des proportions formidables; le 31 mai, ses eaux, renversant la levée delà Tête-d'Or, firent irruption sur le territoire des Charpennes et envahirent les Brotteaux et la Guillotière. De nombreuses maisons s'écroulèrent, engloutissant sous leurs ruines une partie de leurs habitants. Vingt mille individus durent camper sur les points que l'inondation n'avait pu atteindre.

Les pertes furent immenses; mais des souscriptions s'ouvrirent de tous côtés, et l'empereur Napoléon III vint apporter aux inondés des consolations et des secours.

Lyon a vu nattre un grand nombre de personnages illustres ou distingués. Nous citerons : dans l'antiquité, Germanicus et les empereurs Claude et Caracalla ; au ive et au v* s., saint Irénée, saint Sidoine Apollinaire et saint Ambroise de Milan; dans les temps modernes, parmi les littérateurs : Louise Labé, la Sapho lyonnaise (1525-1566), surnommée la belle Cordière, le P. Ménestrier, Lemontey, Ballanche, le baron de Gérando, MM. Bignan, Jal, Carmouche, Aimé Martin; le physicien Ampère ; le mécanicien Truchet ; les médecins et les chirurgiens Ch. Spon, Petetin, Richerand, Falconnet, Bouchet, Yitet, Ant. Petit, Ch. Dumas, Gilibert, Poutheau, Récamier; les naturalistes Laurent, Bernard et Joseph de Jussieu, Bourgelat, fondateur des écoles vétérinaires; le mathématicien Barême ; Yéconomiste J. B. Say; les imprimeurs Gryphe, Barbou, Louis Perrin; les architectes Philibert Delorme et Auxerre; les sculpteurs Coysevox, Nicolas Coustou, Lemot, Chinard, Legendre-Hérald ; les peintres Stella, Blanchet, Pillement, Revoil, Dubost, Artaud , Orsel , MM. Paul et Hippolyte Flandrin ; les graveurs Claude Germain, Gérard Audran, les sœurs Stella, Thomassin, J. J. Boissieu, Galle ; le comédien Perlet; les généraux Duphot, Martin et Suchet; enfin, Roland, le ministre girondin ; Yorateur Camille Jordan ; Y avocat Sauzet ; le philhellène Eynard; Anthelme Selve, connu aujourd'hui sous le nom de Soliman-Bey; Jacquart, l'inventeur du métier qui porte son nom; Morel, le dessinateur de jardins; Parmentier, l'importateur de la pomme de terre ; Mme Sophie Gay ; Mme Récamier, etc.

Quais et ponts.

Les Quais sont une des principales curiosités de Lyon. Ils offrent tous des points de vue pittoresques. Nous ne saurions trop engager les étrangers à se promener, soit à pied, soit sur l'impériale d'un omnibus, soit dans une voiture découverte, des quais de Vaise et du cours d'Herbouville à la Mulatière.

Quais et ponts de la Saône.

Une belle rue, à peine achevée, conduit de la gare de Vaise sur le quai de Vaise, un des plus beaux quais de Lyon. En face, sur la rive g., s'étend le quai de Serin, le Bercy de Lyon.

Le pont de la Gare est un pont suspendu, long de 170 mèt. sur 5, et divisé en deux travées par une pile en pierre. Le pont du

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LYON. — QUAIS ET PONTS

port Mouton, le deuxième pont que nous trouvons sur la Saône en la descendant, est aussi un pont suspendu.

Les quais de Vaise et de Serin viennent se terminer au pont de Serin, pont en pierre, large de 8 mèt. 50 cent, et long de 113 mèt., construit en 1815, en face de la caserne de Serin (rive g.), et de l'École vétérinaire (rive dr.)

Au-dessous du pont de Serin commencent (rive dr.) le quai de l'Observance, sur lequel s'élève l'École vétérinaire, dominée par

Quai de la Saône.

le fort de Lovasse, et (rive g.) le quai aVHalincourt, au-dessus duquel se montre le fort Saint- Jean.

La Saône décrit une forte courbe. Au quai de l'Observance succède le quai de Pierre-Scise, dominé par la batterie et les rochers de ce nom. Pierre-Scise, en latin Petra Scissa, est un rocher qu'Agrippa fit couper, dit-on, lorsqu'il construisit les voies militaires auxquelles il donna son nom. Un château fort qui s'éleva plus tard à son sommet, fut longtemps la résidence des arche-

vèques. puis il servit de prison. Parmi les personnages célèbres qui y furent enfermés, on cite le duc de Milan, Louis Sforce, surnommé le Maure, le baron des Adrets, le duc de Nemours, qui s'en évada sous les habits de son valet de chambre, de Thou et Cinq-Mars, qui n'en sortirent que pour être conduits à Téchafaud, dressé sur la place des Terreaux. En 1792, le peuple, s'en étant emparé, en commença la démolition. Il n'en reste aujourd'hui aucun débris; le rocher lui-même finira par disparaître. On en enlève chaque année d'énormes blocs qui le diminuent et dont l'extraction en modifie sans cesse les aspects.

Sur la rive g., en face de Pierre-Scise, s'élève la manutention des vivres (quai Sainte -Marie des Chaînes) , dominé par la promenade et l'église des Chartreux, et faisant face au quai Bourgneuf. A l'extrémité de ce dernier s'élève, dans un enfoncement du rocher creusé en forme de grotte, la statue de Jean Cléberger, surnommé YHomme de la roche. A en croire la tradition, le bon Allemand, qui vivait à Lyon sous le règne de François Ier, et qu'on appela successivement Jean Kléberg, puis Fléberg, Cléber, enfin Cléberger, nom qui lui est resté, dépensait une notable partie de sa fortune à doter les jeunes filles pauvres de son quartier. Ce fait est douteux; mais ce qui est certain, c'est que Clé» berg, négociant de Nuremberg (peut-être le Bergues de Genève), devint, en 1548, conseiller de la ville de Lyon, et qu'il distribua à l'Aumône générale des sommes considérables pour cette époque, dans les temps de disette. La reconnaissance populaire lui avait jadis élevé une grossière statue de bois. Celle que l'on voit aujourd'hui a été érigée en 1849 avec le produit d une souscription. Elle est de M. Bonnaire, sculpteur lyonnais.

L' Embarcadère des bateaux à vapeur de la Saône est établi sur le quai de Paris (rive dr.) qui fait face au quai Saint- Benoit, au-dessus duquel a été créé récemment la promenade de Rouviile. Viennent ensuite (rive dr.), le quai de la Peyrollerie, qui suit le quai de Bondi, (rive g.) le quai Saint-Vincent, qui a absorbé le quai des Augustin*, et le quai d^Orléans. Ce dernier, nommé d'abord quai du duc de Bordeaux, parce qu'il fut ouvert à la fin de la Restauration, a remplacé la rue de la Pêcherie, une des rues les plus malpropres, les plus étroites, les plus puantes du vieux Lyon.

LYON. — QUAIS ET PONTS

La rivière baignait alors les murs des maisons, qui envahissaient môme le pont de pierre.

Entre l'embarcadère des bateaux à vapeur et le pont de Nemours, on trouve deux ponts : h passerelle Saint-Vincent , reconstruite en 1841 (la première ayant été emportée par l'inondation de 1840), longue de 90 mèt., large de 3 mèt., et le pont suspendu de la Feuillée ou de la Boucherie des Terreaux, construit en 1837.

Embarcadère des bateaux à vapeur sur la Saône.

endommagé par l'inondation de 1840 à laquelle il résista, composé de deux piles, long de 101 mèt. 86 c, large de 7 mèt.

L'ancien pont au Change ou pont de pierre, qui datait du xie s., et qui portait des maisons à ses extrémités, a été, en 1846 , remplacé par un beau pont de 6 arches d'une largeur de 15 mèt. (ingénieur Jordan). On l'appelle le pont de Nemours, parce que le duc de Nemours en posa la première pierre .

Au-dessous du pont de Nemours, s'étendent sur la rive g. les quais VUleroy et Saint-Antoine, les plus beaux quais de la Saône ,

plantés d'arbres et bordés d'élégants magasins. Le quai Saint- Antoine se termine au port du Temple, où commence le quai des Célestins, qui se continue jusqu'au pont de l'Archevêché.

Sur la rive dr., entre le pont de Nemours et le pont de l'Archevêché, se développe le quai de l'Archevêché. Le palais de justice donne son nom au pont qui le met en communication avec le port du Temple. Ce pont, lourd et disgracieux, est un pont suspendu, composé de 5 piles et de 5 travées; il a remplacé le pont Séguin, composé de 2 piles, qui fut emporté par l'inondation de 1840 et qui avait remplacé un pont de bois, appelé Pont volant. Il a 163 mèt. 88 cent, do longueur et 6 mèt. de largeur.

Le pont de V Archevêché ou pont Tilsitt, a dû être reconstruit en 1864, parce qu'il gênait la circulation des bateaux.

Le quai Fulchiron, que suit le quai de la Quarantaine, et la belle route qui a remplacé le chemin des Étroits, ont établi une communication directe, jadis impossible le long de la rivière, entre le quartier Saint-Jean et la Mulatière.

Le chemin des Étroits, ainsi nommé autrefois à cause de son peu de largeur, s'étendait de la Quarantaine à la Mulatière, dominé par le beau coteau de Sainte-Foy, que décorent un si grand nombre de maisons de campagne. Jean- Jacques Rousseau l'a immortalisé dons ses Confessions (partie Ire, livre V, 1732). Il y passa une nuit, n'ayant pour toute fortune que deux pièces de sixblancs dans ses poches.

« La soirée était charmante, dit-il; la rosée humectait l'herbe fleurie; point de vent; une nuit tranquille; l'air était frais sans être froid; le soleil, après son coucher avait, laissé dans le ciel des vapeurs rouges dont la réflexion rendait l'eau couleur de rose ; les arbres des terrasses étaient chargés de rossignols qui se répondaient de l'un à l'autre. Je me promenais dans une sorte d'extase, livrant mes sens et mon cœur à la jouissance de tout cela, et soupirant seulement un peu du regret d'en jouir seul. Absorbé dans ma douce rêverie, je prolongeai fort avant dans la nuit ma promenade, sans m'apercevoir que j'étais las. Je m'en aperçus enfin. Je me couchai voluptueusement sur la tablette d'une espèce de niche ou de fausse porte, enfoncée dans un mur de terrasse; le ciel de mon lit était formé par les têtes des arbres; un rossignol était précisément au-dessus de moi; je m'endormis à son chant; mon sommeil fut doux ; mon réveil le fut davantage. 11 était

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