‹ Itinéraire de Paris à la méditerranéeChapitre 121 sur 360 · LYON. — AQUEDUCS · texte numérisé non relu

LYON. — AQUEDUCS

hectolitres d'eau par vingt-quatre heures. On voit encore de magnifiques débris de cet aqueduc au-dessus de Fourvières, à Saint-Irénée, à Bonnant, à Chaponost, à Brignais, à Soucieu, à Mornant, à Saint-Maurice-sur-Dargoire, à Saint-Genis-Terre- Noire, à Chaignon et à la Petite-Varizelie.

Les étrangers, qui s'arrêtent quelques jours à Lyon, ne regretteront certes pas d'être allés jusqu'à Bonnant (6 kilom.), et jusqu'à Chaponost (10 kilom.), visiter les curieux débris de cet aqueduc. A Chaponost, on compte 90 arcades.

«< Les portions encore debout, dit M. Mérimée, n'ont aucun ornement. Leurs proportions immenses leur donnent un caractère de grandeur que les détails les plus beaux ne pourraient produire. Partout la construction est uniforme: c'est une masse de pierres brutes noyées dans le ciment et revêtues d'un parement de petites pierres taillées en losange et appareillées avec une précision extraordinaire. De quatre pieds en quatre pieds, la maçonnerie est interrompue par une couche de deux briques posées à plat, sans doute afin de mieux conserver l'horizontalité des assises. Le ciment qui liait les peiites pierres était tellement solide que sur plusieurs points les piliers se sont renversés tout d'une masse. Dans ce cas on remarque que partout c'est la brique qui a cédé aux efforts du temps et des hommes. Le canal intérieur est revêtu d'une couche très-épaisse de ciment, composé de briques pilées et de chaux; les angles ont été arrondis et renfoncés par une épaisseur plus considérable. En examinant ce canal, on voit avec surprise qu'il n'offre aucune trace de dépôt aqueux, et l'on se demande s'il a jamais servi. Peut-être faut-il chercher la cause de cette singularité dans la nature des eaux.

Au quartier Saint-Just, au-dessus de la place des Minimes, on voit encore, dans un clos qui appartient à l'Œuvre des Jeunes pénitentes, les ruines de l'hémicycle d'un théâtre. Les restes des gradins sont enfouis sous une épaisse couche de terre végétale. Ce théâtre reposait sur un sol d'atluvion; et l'architecte romain, redoutant un tassement partiel, avait construit une ligne circulaire de chambres voûtées, qui étaient adossées à l'hémicycle, et sur lesquelles il avait élevé son monument.

En 1859, on a découvert, à l'angle de la place des Terreaux, sur l'emplacement de l'ancien hôtel du Parc , les restes de l'hémicycle d'un théâtre dont les fondations étaient intactes et qui devait avoir 18 mèt. de diamètre sur 2 mèt. de hauteur.

De Miribel à Lyon, le long de la rive droite du Rhône, on trouve de nombreux vestiges d'un canal souterrain, dans lequel un homme pouvait se tenir debout. M. Flacheron a pensé que cet immense canal était un chemin de ronde pour' faire arriver les troupes d'un point à l'autre. M. Comarmond a combattu cette opinion. « J'ai visité, dit-il, les différentes parties de ce canal, j'ai suivi sa direction et je suis arrivé, d'après les différents travaux qui se sont faits sur son long trajet, à prouver que c'était un aqueduc important qui prenait les eaux du Rhône au-dessous de Neyron et les conduisait à )a naumachie du Jardin des plantes. » Cette naumachie, dont M. Artaud a reconnu la dimension, et dont la forme elliptique est encore dessinée sur le terrain, avait 81 mèt. de largeur sur 93 mèt. de longueur. La circonférence de l'amphithéâtre, en y comprenant les gradins et les portiques, était de 266 mèt.

Dans le grand jardin de l'Antiquaille, au milieu de l'hospice, il existe, sous le chemin qui va de la place des Minimes à Fourvières, un réservoir antique. Ce souterrain long de 32 mèt., large de 4 mèt. et haut de 5, est enduit, jusqu'à la naissance de la voûte, d'un ciment rouge extrêmement dur et poli ; un double mur, épais de k mèt., laissant un vide de 2 mèt. entre les rparois avec deux ouvertures pour le passage, sépare cette longue galerie en deux parties inégales. Ce mur intermédiaire devait servir de contre -fort pour résister à la poussée des terres, ou pour neutraliser la pression des eaux sur les parois latérales des murs du réservoir. La forme de cette conserve indique qu'elle était destinée à contenir de l'eau. Elle sert aujourd'hui de jardin d'hiver à l'hospice.

Enfin, place Saint-Just, dans le grand séminaire, on peut visiter une conserve d'eau appelée les bains romains. Cette conserve, composée d'une triple enceinte de portiques voûtés, qui communiquent les uns aux autres dans tous les sens, a 16 mèt. de longueur, \k mèt. de largeur, et près de 7 mèt. de hauteur. On y remarque les deux conduits qui servaient à y introduire l'eau, et plusieurs trous ronds, pratiqués à la voûte, qui permettaient de la puiser. Les murs, épais de l mèt. sont enduits d'un ciment rouge d'une grande dureté.

Édifices religieux.

L'église primatiale de Lyon, Saint -Jean, s'élève sur la place Saint-Jean, entre l'archevêché et le palais de justice, au

Cathédrale de Lyon.

pied du coteau de Fourvières. Son chevet, flanqué comme sa façade de deux tours carrées et masqué par de vulgaires constructions, est tourné vers la Saône (rive droite). Cette belle église, classée parmi les monuments historiques,

a été construite à diverses époques *. Commencée vers la fin du xiie s. ou dans les premières années du xiir9, sur les débris d'une église duvie ou du vu* s., elle ne fut terminée qu'en 1476, sous le règne de Louis XL La partie supérieure de son portail date de la seconde moitié du xve s. Mais on reconnaît facilement en plusieurs endroits, surtout dans l'abside et dans les bases du grand portail, d'énormes blocs de pierre et de marbre tirés des ruines du forum de Trajan.

a C'est, dit M. Mérimée, un édifice gothique assez noble, où l'on retrouve encore quelques souvenirs du style roman, qui n'a disparu complètement, dans le Midi, qu'à l'époque de la Renaissance. On remarque autour de l'abside principale (c'est la partie la plus ancienne) une espèce de frise ou de cordon d'incrustation rouge sur fond de marbre blanc, dont les ornements sont tout à fait byzantins. Les arcades de la galerie, qui font le tour du chœur, portent sur des colonnes et des pilastres trèsornés, ou plutôt très-tourmentés, appartenant à la dernière période du style roman. Peut-être proviennent-ils de l'ancienne église, sur laquelle la cathédrale actuelle aurait été bâtie. »

Son abside, où l'arc ogival alterne avec le plein cintre, dépourvue de bas côtés et de chapelles rayonnantes, le surhaussement de sa nef, ses grands arcs-boutants et surtout ses quatre tours carrées terminées brusquement en plate-forme, donnent à Saint- Jean un aspect tout particulier. La façade, sur laquelle l'œil le moins exercé reconnaît sans peine l'architecture de deux époques bien différentes, a beaucoup souffert, en 1562, du fanatisme des protestants. Pourtant les voussures des portes offrent encore un grand nombre de petits bas- reliefs, très-curieux surtout par la variété des costumes qu'ils représentent.

Trois des tours sont vides ; la quatrième, qui sert de clocher, renferme une des plus grosses cloches qu'il y ait en France. Cette cloche, fondue en 1662, pèse 10 000 kilogr.

1. M. Savy, dans un rapport présenté au congrès archéologique en 1862, et intitulé : Recherches sur le carat: lire architectural de la cathédrale de Lyon, combat l'opinion, généralement admise, que la cathédrale a été bâtie sur plusieurs plans qui se sont succédé. Il ne reconnaît qu'un plan unique, l'architecte, dit-il, s'étant, à la naissance du gothique, inspiré des souvenirs vivants encore de l'art roman (V. Congris archéologique, xxix» session, t. XXVI, p. 535 et suiv.).

Quand on entre dans Péglise Saint- Jean, on est frappé de la simplicité noble et des belles proportions du vaisseau. Il a environ 79 met. de longueur, 11 mèt. de largeur entre les piliers, et 32 mèt. de hauteur sous clef; la maltresse voûte, près de la porte, n'a guère plus de 30 cent, d'épaisseur à la clef, o Le jour y pénètre par soixante fenêtres; seize piliers, qui se composent de colonnes rondes flanquées de huit colonnettes engagées, séparent la nef des deux bas côtés. Par une singularité remarquable, ils n'ont pas été alignés ensemble. Les quatre dernières arcades, à l'entrée de l'église, sont disposées sur une courbe très-sensible. On s'accorde aujourd'hui à voir dans cette courbure un emblème du mouvement que le corps de Jésus-Christ dessine sur la croix. Elle se rencontre dans un grand nombre d'églises célèbres. (Lyon ancien et moderne.)

La voûte du chœur, que le cardinal Fesch avait eu un moment l'idée de surélever, est considérablement abaissée au-dessous de la nef. L'élévation en est pourtant fort grande encore; elle décrit une ogive à large base avec des nervures robustes, dont les clefs forment des espèces de rosaces peintes et dorées.

Nous signalerons aux touristes dans Tintérieur de Saint-Jean : les deux croix placées à dr. et à g. de l'autel, parce qu'elles y sont conservées depuis la tenue du concile général de 1274, en signe de l'union des deux Églises, latine et grecque, convenue entre les Pères de ce concile et les envoyés de l'Orient; — les vitraux anciens, récemment restaurés ; — Yhorloge astronomique construite, en 1598, par Nicolas Lippius, de Bâle. rétablie et considérablement augmentée, en 1660, par Guillaume Nourisson, en 1780, par Charmy, habile horloger de Lyon, et réparée dernièrement par M. Maurier, marbrier; — un curieux morceau de sculpture dans la chapelle du clocher ; — la chapelle Saint- Vincent-de-Paul ; — une chaire en marbre blanc, d'après les dessins de M. Chenavard; — une copie d'un tableau de Dominiquin, le martyre de saint Barthélémy ; — un tableau de Victor Orsel (dans le transsept sud) , placé d'abord à Fourvières et représentant la Ville de Lyon épargnée par le choléra, grâce à la sainte Vierge, auprès de laquelle sont saint Pothin, saint Irénée et sainte Blandine ; — deux statues en marbre blanc, représentant saint Jean

et saint Étienne, et une Vierge, par un élève de Canova; — la stalle de V archevêque, admirable sculpture en bois d'après les dessins de M. Bossan; — Vorgue, excellent petit instrument, sorti des ateliers de MM. Merklin etScbùtze, avec un joli buffet de M. Bossan ; — mais surtout la chapelle de Saint- Louis ou des Bourbons, bâtie au xve s. par le cardinal de Bourbon et son frère Pierre de Bourbon, gendre de Louis XI; c'est la première à dr. en entrant. En la restaurant on y a découvert le corps du cardinal de Bourbon, parfaitement conservé. Dans la balustrade placée en face de l'autel, les lettres du mot Charles (prénom du cardinal de Bourbon), sont remarquablement enlacées aux ornements, o Elle se distingue, a dit M. Mérimée, par des ornements d'une délicatesse et d'une précision qui m'ont rappelé les tours de force de Brou. Les chardons (on écrivait autrefois cher dons), qui se reproduisent dans tous les ornements, sont un jeu de mots en sculpture. On prétend que Pierre de Bourbon voulait exprimer ainsi que le roi lui avait fait un cher don en . lui donnant sa fille. Le calembour est détestable , mais la ciselure est merveilleuse, i

Les exécutions de la chapelle musicale fondée par le cardinal de Bonald,etdontle personnel est nombreux, sont remarquables.

Le trésor de la sacristie est riche en reliques, en antiquités et en objets sacrés.

Au sud de Saint-Jean, dans la continuation de la façade, les regards sont attirés par un vieux bâtiment appelé la manécanterie. Son origine et sa destination sont fort obscures; mais, de l'avis des juges les plus compétents, il date du xes. Malheureusement, il a été mutilé, en 1562, par les protestants, et des restaurations modernes en ont altéré le caractère. La manécanterie actuelle (la maison des chantres), qui tient à l'archevêché, a été commencée en 1768. Elle ne sert pas au clergé.

Varchevéché, construit dans les dernières années duxve s., restauré par Soufflot, n'a rien de remarquable que la vue de sa terrasse. On vante la chapelle que M. Dtsjardins a élevée à la suite de la salle des Pas-Perdus; elle renferme un certain nombre de portraits des archevêques de Lyon depuis Renaud du Forez.

Le diocèse de Lyon comprend dans sa circonscription les deux

départements du Rhône et de la Loire. L' archevêque prend le titre d'archevêque de Lyon et de Vienne, et son siège épiscopal, celui de premier siège des Gaules. 11 remonte en effet aux premiers temps du christianisme, car il a été fondé par saint Pothin au 11e s. Les évêchés suffragants de l'archevêque de Lyon sont ceux d'Autun, de Langres, de Dijon, de Saint-Claude et de Grenoble. La liturgie lyonnaise se distingue par son caractère tout particulier d'ancienneté.

L'église d'Ainay (dans le quartier de ce nom, entre la place

Saint-Martin d'Ainay.

Bellecour et la place Louis-Napoléon) est de tous les monuments religieux de Lyon celui qui intéressera le plus les artistes et les archéologues. Elle occupe tout d'abord un emplacement célèbre. Là s'élevait le temple dédié à Rome et à Auguste par soixante nations des Gaules. Là, Caligula établit des combats d'éloquence grecque et latine, sous la bizarre condition que tout poète ou orateur qui entrerait en lice et qui serait vaincu donnerait une récompense au vainqueur et en ferait l'éloge ; que ceux qui pré-

senteraient de mauvais ouvrages devraient les effacer avec une éponge ou avec la langue, et qu'en cas de refus, ils seraient frappés de verges ou même précipités dans le Rhône. En outre, aux alentours du temple d'Auguste, se groupaient les riches habitations des pontifes augustaux et d'autres grands personnages romains, ainsi que 1 attestent les belles mosaïques qui y ont été trouvées. (V. le Musée.)

L'église d'Ainay (l'étymologie de ce nom est fort obscure), construite au commencement du vie s. sur les ruines du temple d'Auguste, détruite par les Sarrasins au vine s., a été rebâtie au xe et xie s. dans le style byzantin; consacrée en 1106 par le pape Pascal II, souvent remaniée ou agrandie depuis, elle a été complètement restaurée aux frais de l'État, de la ville et de la fabrique, car elle est classée parmi les monuments historiques.

t La façade d'Ainay, dit M. Mérimée, est ornée d'un cordon de losanges incrustées en couleur rouge. A l'extérieur, l'abside présente un appareil varié, composé de pierres taillées en losanges, en carrés, etc., dont la forme se dessine au moyen d'incrustations semblables. La flèche qui termine la tour située au-dessu de la porte principale, aussi bien que les angles relevés qui donnent à cette tour quelque chose de l'aspect d'un tombeau , me paraissent postérieurs à la construction primitive. Quant à la porte principale qui est en ogive, elle appartient, je crois, à une restauration du xin° s. »

L'intérieur de l'église d'Ainay a actuellement la forme d'une basilique ; mais quelques archéologues ont pensé que son plan primitif était celui d'une croix latine. Les quatre colonnes de granit (on en a fait quatre de deux) qui soutiennent la coupole appartiennent à l'époque romaine; elles sont môme représentées sur des médaillons d'Auguste et de Tibère, supportant chacune une Victoire. Ces colonnes célèbres ont des diamètres inégaux, et leur hauteur varie. Elles étaient originairement accompagnées de chapiteaux antiques en bronze, remplacés, à l'époque romane, par de mauvaises copies en pierres calcaires.

Les trois chapelles absidales sont décorées de remarquables peintures sur fond d'or, par H. Flandrin. Au milieu le Christ, à dr. saint Badulfe, à g. saint Benoit. Une belle mosaïque, de

l'époque du pape Pascal II, a été récemment découverte dans le chœur.

Le marchepied du maître-autel, en bronze doré, par M. Poussielgue, d'après les dessins de M. Questel, est une magnifique mosaïque, exécutée récemment par M. Morat, sur le dessin de M. Questel, architecte des palais impériaux de Versailles et de Trianon.

La chupelle de la Vierge contient : une belle statue de Bonnassieux, sur l'autel sculpté par M. Fabisch; des bas-reliefs de M. Fabisch ; un confessionnal du style byzantin, qui est un chefd'œuvre de menuiserie et de sculpture, etc. Le parvis de l'autel est formé par une mosaïque, ouvrage de MM. Morat frères. Une belle tête de Cérès, trouvée dans l'abbaye, orne le compartiment du milieu. Du côté opposé à la chapelle de la Vierge, en regard d'un beau portail antique qui forme l'entrée de la chapelle des fonts baptismaux, s'ouvre la chapelle de Saint-Martin, construite par M. Pollet, et dont la voûte est décorée de fresques. Dans les niches réservées entre les colonnes, aux sculptures variées, sont représentés Jésus (au milieu), saint Badulfe, sainte Clotilde, sainte Blandine et saint Pothin.

À côté de la chapelle absidale de g., se trouve la chapelle gothique de Saint-Michel, dont la voûte a conservé les traces d'anciennes peintures.

A dr. de la chapelle absidale de dr., une ancienne église rendue au culte servait de sacristie. C'est dans cette église que se trouve la crypte qui passe pour avoir été la prison de saint Pothin et de sainte Blandine. L'humidité qui y règne a détruit en partie les fresques médiocres dont les murs avaient été recouverts lors de la dernière restauration.

La cure a été rebâtie dans le style de l'église.

Près de l'oratoire fondé à Ainay par les premiers chrétiens sur les ruines du temple d'Auguste, s'était établie une abbaye qui, détruite par les Huns, relevée au Ve s. sous l'invocation de saint Martin, saccagée par les Vandales, puis par les Sarrasins, et peut-être par les Hongrois, mais toujours reconstruite, adopta, au commencement du vir2 s., la règle de Saint-Benoit, acquit, au moyen âge, de grandes richesses et une immense puissance, fut

saccagée en 1562 par les protestants, rebâtie une dernière fois par les chanoines, et définitivement rasée en 1793, pour faire place à de nouvelles rues. Le palais abbatial avait compté, parmi ses hôtes, Innocent IV, l'archiduc d'Autriche Philippe le Beau, François Ier, Henri II, Louis XIII, Marie de Médicis, Anne d'Autriche.

Saint-Nizier (rue Centrale) occupe l'emplacement de l'oratoire élevé ou plutôt creusé par saint Pothin au milieu des marécages, pour célébrer les saints mystères. Souvent détruite et rebâtie, elle a été reconstruite au xive et au xvc s. Son portail de la Renaissance, œuvre de Philibert Delorme, fait un contraste choquant avec le style gothique du reste de l'édifice ; mais il attire les regards par son étrangeté. Une statue de la Reine des cieux, par Bonnassieux , orne depuis peu le milieu de ce portail , dont le fronton a été récemment aussi transformé en pignon pointu, d'un assez bel effet. Les statues de sainte Anne, saint Joachim et saint Nizier, placées au-dessous, sont de M. Fabisch. On a terminé aussi le côté S. de la façade, en élevant une nouvelle tour, • surmontée d'une flèche gothique. Saint-Nizier fut pendant longtemps l'église cathédrale de Lyon : on l'appelait alors l'église des Apôtres ; puis saint Nizier, un des évôques, qui y fut enseveli en 573, lui donna son nom. Elle devint ensuite collégiale : elle est aujourd'hui paroissiale. En 1562, les protestants la dévastèrent. La Révolution voulut la transformer en bazar. A l'intérieur, on remarque le triforium ouvert au-dessus des bas côtés, et la voûte de la grande nef, décorée d'écussons coloriés. La chapelle de la Vierge (à g. du chœur) contient une belle statue de la Vierge par Antoine Goysevox; le maltre-autel, du style gothique, en marbre blanc de Carrare, est décoré de statues, exécutées par le sculpteur Blandin, d'après les dessins de l'architecte Pollet. La statue de saint Pothin, qui a été placée dans la chapelle opposée, est d'un artiste lyonnais nommé Chinard. Les boiseries du chœur sont belles, mais elles gênent la vue des vitraux. La crypte a été complètement restaurée, ou plutôt refaite, au xvr9 s. La sacristie a été construite en 1824. Une belle chaire doit être inaugurée prochainement.

Saint- Pierre (rue Centrale), église moderne et sans intérêt, a conservé un curieux portail roman du ix« ou xe s., surmonté

d'une tour, encadré dans les maisons de la rue, et classé parmi les monuments historiques.

Saint-Bonaventure (ancienne place des Cordeliers, rue Impériale) a été commencée au xive s. et finie au xve. Pendant la Révolution, elle servit de magasin à fourrages et de halle aux grains. En 1834, les insurgés y établirent leur quartier général : plusieurs d'entre eux furent tués sur le maltre-autel. Elle a été récemment restaurée par M. Benoit. On y remarque d'assez beaux

Saint-Bonaventure et la place des Cordeliers avant la construction

de la rue Impériale.

vitraux, imitation du style de la fin du xve s., par Steinheil. M. Bellot a sculpté, d'après un dessin de M. Benoit,— outre le reliquaire de style gothique qui décore la chapelle latérale, à dr. du maltre-autel, et qui contient, depuis 1855, le corps de saint Donatien retrouvé dans les catacombes de Rome, — divers ouvrages en bois placés dans la chapelle de Saint-Éttenne du Pardon. Cette église, classée parmi les monuments historiques, contient deux remarquables chapelles sculptées en pierre de Cruaz, d'après les

dessins de M. Benoit; la chapelle du Sacré-Cœur, et celle de la Sainte-Vierge; l'orgue, de MM. Merklin et Schûtze, en est justement renommé.

Saint-Georges (quai Fulchiron, sur la rive droite de la Saône, au-dessous de l'Antiquaille) a été fondée au vie s., souvent ruinée et reconstruite, occupée, au xnr9 s., par les chevaliers de Malte, dévastée à la Révolution, et enfin agrandie il y a peu d'années par M. Bossan, qui a bâti une abside du style ogival. Un joli clocher, terminé en flèche, signale de loin cette église à l'attention des étrangers. Le grand bâtiment qui y était attenant, l'ancienne commanderie de Malte, vient d'être démoli. De l'ancienne église il ne reste plus que la nef qui doit être démolie.

Saint- Just (au quartier de ce nom, près de la place des Minimes et de l'Antiquaille) était, dans l'origine, un oratoire dédié aux saints Machabées. Quand le corps de saint Just, mort en Égypte, y eut été apporté, l'archevêque saint Patient remplaça cette modeste chapelle par une belle église, détruite en 1562, rebâtie en 1761, restaurée il y a peu d'années, mais indigne d'une visite. Les statues de saint Irénée et de saint Just, qui décorent la façade, sont de M. Legendre-Hérald.

Saint- Irénée (pour y aller de Saint-Just il faut sortir de l'enceinte fortiâée et gravir la rue des Machabées) offre plus d'intérêt que Saint-Just, quoiqu'elle soit encore plus moderne. (Le chœur ne date, en effet, que de 1830.) Mais on peut y voir encore quelques débris, bien faibles il est vrai, de son ancienne crypte, dont la construction remonte au n° s., c'est-à-dire aux premiers temps du christianisme à Lyon. Cette crypte, trop souvent agrandie et restaurée (en 1862, on Ta restaurée de nouveau et badigeonnée, et on a remplacé les piliers par des colonnes de marbre poli), contient les tombeaux de saint Irénée, de saint Épipode et de saint Alexandre inhumés dans l'ancienne église et solennellement reconnus le 8 avril 1410, ainsi que le constate une inscription, par le cardinal de Tureyo. Au pied du premier escalier, à l'entrée de la crypte, on remarque, derrière une grille, une grande quantité d'ossements qui sont regardés comme ceux des 19 000 martyrs immolés par les ordres de Septime Sévère. Mais, en 1562, les calvinistes qui dévastèrent l'église ont

mêlé à ces restes vénérables des ossements d'hommes et d'animaux. Du reste, le sacristain, sans l'assistance duquel on ne peut visiter cette crypte, fait voir aux étrangers les parties qui passent encore pour anciennes, les pavés, le bénitier placé à terre à l'un des angles, la piscine, etc.

Une autre crypte tout à fait moderne,, et par conséquent peu digne d'intérêt, existe sous le calvaire (statues et bas-reliefs en marbre) élevé derrière le chœur, et d'où l'on découvre une trèsbelle vue. Le grand bâtiment voisin a été construit par Soufflot

Le coteau de Saint-Just et l'église Saint-Georges.

pour les Génovéfains. C'est actuellement une maison de refuge pour les filles abandonnées ou repentantes, sous la direction des sœurs de Saint-Michel.

Saint-Paul (rive droite de la Saône, près de la passerelle Saint- Vincent) est fort ancienne. Sa coupole et la porte latérale sont d'architecture byzantine ; aussi a-t-elle été classée parmi les monuments historiques. M. Benoit y a fait de nombreuses restaurations intérieures. Sa forme originaire était celle d'une basilique; plus tard, on y ajouta un chœur et des transsepts. La voûte de la nef est en ogive, et les travées, de largeur

inégale, sont en plein cintre. Sa tour carrée a été démolie en

Saint-Polycarpe (rue Vieille-Monnaie) a été construite en 1760 et récemment agrandie (belle chapelle consacrée au Sacré- Cœur). Les travaux de décoration intérieure ont été exécutés sous la direction de M. Desjardins. M. Denuel a peint ou fait peindre la grande nef, la coupole et les deux bras du transsept. Cette église, érigée en paroisse en 1790, eut pour curé constitutionnel le célèbre agronome Rozier, qui fut tué dans son lit par un éclat de bombe, pendant le siège de 1793. L'orgue, fabriqué par M. Zeiger, a quarante-huit jeux. La boiserie a été exécutée en noyer par M. Augustin Paquot, sur les dessins de M. Bossan.

L'église de l'Hôtel-Dieu, qui a son entrée sur la place de l'Hôpital , est richement ornée ( la restauration en est commencée). On y remarque la chaire en marbre, les stalles et les boiseries des chapelles, deux groupes en marbre par MM. Fabisch et Blanchet. M. Fabisch a sculpté aussi pour cette église un admirable bas-relief représentant Notre-Dame de Pitié.

V église du Lycée, qui date de 1617, possède de beaux marbres.

Véglise de Saint- François de Sales (derrière l'hôpital militaire) a dû son nom au grand saint qui mourut dans une des maisons voisines, en 1622. Elle date de 1688. M. Benoit a été, il y a peu d'années, chargé de la restaurer et de l'agrandir. On y remarque de belles peintures, un orgue restauré par M. Cavaillé-Coll et une belle chapelle de la Sainte- Vierge.

Véglise de la Charité, qui forme l'angle de la place de ce nom, a été fondée en 1617, et restaurée en 1843.

Véglise Saint-Louis (quai des Augustins) a été bâtie en 1759, sur les dessins de l'architecte Roux.

Véglise des Chartreux, commencée en 1590, réparée et agrandie au siècle dernier, est aujourd'hui église paroissiale. Le couvent, racheté par le cardinal Fesch, qui le donna à son diocèse, sert d'habitation à un certain nombre de prêtres occupés d'études théologiques et de travaux apostoliques. Le dôme de l'église a été construit par Soufflot. On remarque la richesse de l'autel. Tout auprès s'élève la chapelle de l'institution des Chartreux, construite dans le style gothique par M. Desjardins (vitraux de

M. Steinheil, stalle» de M. Bernard, peintures de MM. Tyr et Sublet, orgue de MM. Merklin et Scbùtze). — A peu de distance se trouve la chapelle des sœurs de Saint-Joseph (belles peintures de M. Tyr) par M. Bresson.

Saint-Pierre-aux-Liens, à Vaise, est une jolie église romane de construction récente dans le style des ix6 et xe s. Le maitreautel, dessiné par M. Desjardins et sculpté par MM. Bonnet et Fabisch, se compose de deux autels jumeaux : l'un, en arrière, n'est qu'une simple table jaune, supportée par d'élégantes colonnettes; l'autre, en avant, est tout en marbre blanc, richement décoré de marbres de couleur, de dorures, d'émaux et de statuettes d'un très-bel effet.

Véglise de V Immaculée Conception, commencée en 1857, est destinée aux besoins religieux du nouveau quartier créé par l'achèvement du quai Joinville sur le vaste emplacement qui s'étend entre le Rhône et le cours Bourbon. L'architecte, M. Bossan, y a marié, comme dans la future chapelle de Fourvières, dont le dessin a été popularisé par la gravure, le style byzantin au style ogival. Au centre du transsept, une coupole surmonte l'église qui, du côté de l'orient, se termine par une tour octogone crénelée et évasée en poivrière.

La chapelle de V Enfant- Jésus, construite aussi dans ces dernières années aux Brotteaux (xve s.), est une croix latine de style gothique.

Les églises Saint-Denis (à la Croix-Rousse), ancienne chapelle d'un couvent d'Augustins, considérablement agrandie, Saint- Charles (à Serin), Saint-Eucher (à Saint-Clair), Saint-Pothin (aux Brotteaux), Saint-André, Saint- Maurice, n'ont absolument rien d'intéressant.

Véglise Saint- Bernard, construite entre le Rhône et la Croix- Rousse, dans le style ogival, par M. Desjardins, sera surmontée d'une belle flèche. — Véglise des Dominicains, à peine achevée (1866), est construite par M. Bresson dans le style ogival du xivc s.: les vitraux en sont peints par un religieux. — Sainte- Anne, à la Guillotière, a pour architecte M. Bossan. — Saint- André est bâtie par M. Desjardins, et Sainte-Blandine (à Perrache) par M. Tisseur.

La loge du change, bâtie sur la Vive droite de la Saône, à l'ex-

dp: PARIS A LYON.

trémité du pont de Nemours, servit, dans l'origine, aux négociants, qui s'y assemblaient pour traiter leurs affaires commerciales, et surtout les changes; elle sert, depuis 1810, de temple aux protestants. Elle a été construite en 1749, sur les dessins de Soufflot, et la restauration en a été achevée il y a quelques années. Enfin on a bâti, tout récemment, un temple évangélique, rue Lanterne, et une synagogue , quai Tilsitt.

Parmi les nombreux établissements religieux de Lyon, nous citerons : les Carmélites (à Fourvières), les religieuses de Sainte- Claire (à l'angle des rues Sala et Saint-François), les dames du Sacré-Cœur (près de la chapelle de Fourvières et à la Ferrandière), les religieuses de Sainte-Élisabeth (près des Chartreux), les religieuses ursulines (près de Sainte-Foy), les religieuses trappistes (à Gorge-de-Loup, près de Vaise), les religieuses de la Visitation (belle chapelle à Fourvières), les carmes déchaussés (à mi-côte à Fourvières), etc.

Les frères de la doctrine chrétienne se sont construit, il y a peu d'années, derrière la rue Saint- Jean, sur le coteau de Fourvières, de vastes bâtiments avec une chapelle (on entre par la montée Saint-Barthélemy). Ils ont aussi un couvent pour les novices à Caluire, presque en face de l'Ile Barbe.

Enfin les jésuites ont fait bâtir, près de Fourvières, dans un clos qu'ils possédaient depuis longtemps, un vaste bâtiment qui n'embellit pas le paysage.

Édifices civils.

L'hôtel de ville de Lyon la préfecture du Rhône y est établie maintenant) fut construit, de 1646 à 1655, par un architecte lyonnais, nommé Simon Maupin, sur le lit d'un ancien canal qu'on avait comblé en grande partie avec des terreaux. Cet emplacement servait alors aux jeux de l'arquebuse et de l'arbalète. Les protestants y avaient élevé un temple qui fut détruit en 1562. En 1642, Richelieu y avait fait décapiter Cinq-Mars et de Thou.

L'hôtel de ville forme le côté est de la place des Terreaux. Bien qu'un peu lourd peut-être, il ne manque pas. d'une certaine grandeur; du reste il a subi, depuis sa construction, d'importantes modifications. En 1674, #un incendie détruisit une partie

de la façade et de la toiture. En 1702, Mansart le répara tel qu'on le voit aujourd'hui, et le gâta beaucoup en voulant l'embellir. On vient de le restaurer entièrement sous la direction de M. Desjardins, architecte de la ville. Il se compose d'une façade principale, donnant sur la place des Terreaux, d'une seconde façade sur la place de la Comédie, et de deux ailes en retour formant les rues Lafont et Puits-Gaillot. La façade principale a kO mèt. de largeur ; depuis sa restauration, une statue équestre d'Henri IV,

Hôtel de ville de Lyon.

par le sculpteur lyonnais Legendre-Hérald, occupe dans le tympan, surmonté des armes de la ville, la place des figures en plâtre de la Liberté et de l'Égalité, par Chinard, que la Révolution y avait substituées à une statue équestre de Louis XIV, exécutée en demi-bosse par Chabry père (1705). Les sculptures de la balustrade en pierre qui couronne l'édifice sont de MM. Fabisch, Bonn aire et Bonnet.

Un perron de quatorze marches monte à la grande porte, qui donne accès dans le vestibule, dont la voûte en arc surbaissé est

d'une grande hardiesse, et aux deux extrémités duquel se voient aujourd'hui les groupes en bronze la Saône et le Rhône, par les frères Coustou, qui ornaient autrefois les bas côtés de la statue équestre de Louis XIV sur la place Bellecour. Du vestibule, on passe dans une première cour, exhaussée de près de 5 mèt. audessus du sol, pavée en dalles, et d'un aspect imposant. Cette cour est séparée d'une seconde par un péristyle demi-circulaire de trois arcades surmonté d'une galerie couverte, ornée de statues, de caissons et d'une fontaine jaillissante; on y descend par un perron de quinze marches. La façade, qui donne sur la place de la Comédie, plus élégante et plus gracieuse que celle de la place des Terreaux, a été totalement reconstruite en 1858. Elle est formée de plusieurs arcades que surmonte une galerie avec balustrade en pierre. On a placé dans le milieu un petit jet d'eau jaillissant d'une coquille. Les administrations départementale et municipale, réunies à Lyon entre les mains du préfet, sont installées, depuis le mois d'août 1858, à l'hôtel de ville. Les salons de réception et les appartements du préfet occupent l'étage d'honneur dans l'aile méridionale; les appartements de l'Empereur et de l'Impératrice, richement décorés, sont situés au même étage, dans l'aile septentrionale. Un jardin occupait autrefois l'emplacement que remplissent actuellement la place de la Comédie et le grand théâtre.

On peut visiter à l'intérieur de l'hôtel de ville la salle des archives, qui renferme, outre une riche collection d'archives (on y trouvera des plans de Lyon à toutes les époques de son histoire), un musée historique formé par M. Rosaz, et acquis par la ville. La salle des délibérations du conseil municipal est ornée des portraits de Jacquart, par Bonnefond, et de l'abbé Rozier, l'agronome, par Genod. Une fresque de Blanchet, Y Incendie de Lugdunum, au temps de Néron, qui décore le plafond du grand escalier, avait été fort endommagée par l'incendie de 1674. La restauration en a été confiée depuis à M. Odier.

Sous le nom de Massif des Terreaux, la Compagnie impériale a élevé, sur les dessins de M. Giniès, un grand et bel édifice, en face de l'hôtel de ville. La façade de ce massif est décorée des statues colossales de Philibert Delorme et de Simon Mau-

pin, dues au ciseau d'un jeune artiste de Lyon , M. Guillaume Bonnet.

Le Palais des Beaux-Arts ou palais Saint- Pierre, qui forme le côté sud de la place des Terreaux, comprend actuellement : l'école des beaux-arts et les cours qui en dépendent (voir ci-dessous, Instruction publique) , les musées de statues et de tableaux, les musées archéologiques, le musée d'histoire naturelle et la bibliothèque des beaux -arts (voir ci -dessous, Musées, colléetions). Nous indiquerons ailleurs les nombreuses richesses qu'il renferme ; nous ne voulons ici que résumer son histoire et en donner une courte description, car c'est l'édifice civil le plus intéressant de la ville de Lyon.

Vers le ive s., un gouverneur de Lyon, nommé Albert ou Adelbert, s'étant converti au christianisme, fonda, dit-on, une recluserie où Radegutide et Aldegonde, ses deux filles, et Sibylla, sa nièce, se consacrèrent à Dieu. Ce couvent était bâti dans le lieu qu'occupe actuellement l'église Saint-Pierre — une lie couverte de bois. — Enrichi par de nombreuses donations, détruit en 732 par les Sarrasins, dolé en 805 par le roi Lothaire, il prit une importance considérable. On l'appelait le monastère de Saint-Pierre-les-Nonnains. Les religieuses avaient adopté la règle de Saint-Benoit ; elles étaient tenues, pour être admises, de faire preuve de noblesse. Dès le xme s., l'abbesse prenait le titre d'abbesse par la grâce de Dieu, et, en signe de pouvoir absolu, le chapelain portait une crosse devant elle dans les processions. Elle recevait, en qualité de dame suzeraine, l'hommage des seigneurs de la Tour du Pin, dont les descendants ont régné sur le Dauphiné, et des comtes de Savoie, fondateurs de la maison régnante de Sardaigne.

a Au xive s., dit un historien, ce monastère possédait les plus beaux immeubles de la ville et augmentait journellement ses richesses en prêtant à gros intérêts aux autres chapitres, ou en achetant leurs biens à bas prix, quand ils avaient besoin d'argent. * Pour mieux écouler les produits de leurs vignobles, les dames de Saint-Pierre, qui s'entendaient on ne peut mieux à l'administration de leur fortune, en vinrent à tenir cabaret dans l'abbaye. Sans doute il n'y avait pas alors de gros négociants

en vins, et, après tout, il faut bien vendre ses récoltes comme on peut. Cependant l'archevêque de Lyon se scandalisa, et Pofficial leur intima l'ordre de fermer leur cabaret sous peine d'excommunication (1354). Mais l'abbesse en appela au saint-siége, accusant le chapitre c d'être jaloux, parce qu'il voulait vendre seul (ainsi que le chapitre d'Ainay) ses récoltes de vin. » En 1384, le pape Clément VII les fit absoudre et ordonna « que rien ne pût être entrepris contre elles, sous peine d'excommunication, dont il se réservait l'absolution. » Fortes de cet appui, elles vécurent dès lors avec une entière liberté ; elles allaient et venaient par la ville ; elles recevaient qui elles voulaient dans leurs cellules particulières. L'archevêque, qui était un Rohan, se crut en droit de leur défendre d'assister aux processions; elles en appelèrent de nouveau au pape, qui les soutint encore contre l'archevêque. Celui-ci, cette fois, en appela au roi qui le soutint contre le pape; il fallut transiger. Une terrible aventure vint interrompre ensuite le cours de leurs prospérités : leur couvent fut saccagé en 1562 par le fameux baron des Adrets; elles le rebâtirent sur l'emplacement qu'il occupe aujourd'hui, et le firent ériger en abbaye royale noble des Bénédictines. Dès lors, protégées par les parlements, les rois et les princes, elles augmentèrent constamment leur puissance et leurs richesses ; elles luttèrent souvent contre la ville. En 1667, l'abbesse Albert de Chaulnes fit construire par un gentilhomme d'Avignon, nommé de la Valsinière, le palais qu'elles ont habité jusqu'à la Révolution, et qui, sauvé de la destruction par M. Cochard, administrateur du département du Rhône, en 1798, fut cédé à la ville en 1805. On l'avait appelé le palais du commerce et des arts, car la Bourse y avait été installée ; mais ce n'est plus maintenant que le palais des arts.

Le Palais des Beaux-Arts, dans son état actuel, est un vaste édifice carré, dont la façade s'étend sur tout le côté sud de la place des Terreaux. Cette façade, longue de 202 mèt., offre un mélange assez heureux des ordres dorique et corinthien. Un entablement d'un bel effet, surmonté d'une élégante balustrade, règne dans toute sa longueur, et sur le corps du milieu s'élève un gracieux belvédère à l'italienne. On entre dans le palais par un portail

orné de deux colonnes. La cour intérieure, que forment les quatre côtés de l'édifice, est d'un beau développement, et l'architecture, bien qu'incorrecte, offre un aspect imposant. Au milieu est un bassin avec une statue d'Apollon, par Vietti. Tout autour régnent des portiques en avant-corps sur le bâtiment, et qui soutiennent de larges terrasses découvertes. Ils sont ornés d'une frise où sont reproduits des bas-reliefs antiques, principalement ceux du Parthénon. Sous ces portiques se trouvent rangées, par ordre chronologique, les pièces nombreuses et intéressantes qui constituent le musée lapidaire ( voir ci-dessous, Musées et collections).

Le palais du Commerce et de la Bourse, œuvre remarquable de M. Dardel (le plan en fut adopté à la suite d'un concours), forme un parallélogramme dont les côtés, correspondant exactement aux quatre points cardinaux, ont 65 mèt. 45 de longueur, sur 57 mèt. 80 de largeur, soit 3783 mèt. carrés de superficie. Son axe est dans la direction du nord au sud ; il a deux façades qui rivalisent de magnificence, l'une sur la place de la Bourse, l'autre sur la place des Cordeliers. La rue Impériale à l'ouest, la rue de la Bourse à l'est, complètent un encadrement que l'on voudrait plus vaste, car la plus grande largeur est de 43 mèt. et ce n'est point assez pour la perspective.

Le palais du Commerce et de la Bourse construit, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, avec des matériaux de premier choix, se compose de quatre corps de bâtiments élevés de deux étages en carrés longs, reliés à leurs angles par des pavillons. Un perron de dix à douze marches conduit au seuil du palais.

Comme l'édifice dont elle occupe le centre, la Bourse est un carré long, ayant deux entrées, l'une au nord et l'autre au midi. Chacun des quatre côtés présente dans sa hauteur trois lignes d'arcades superposées les unes aux autres, dessinant un portique au rez-de-chaussée, une galerie au premier étage, et, dans la partie supérieure, encadrant les fenêtres par lesquelles la Bourse est éclairée. Le plafond s'appuie sur une corniche que soutiennent des cariatides en gaine de proportions colossales. Ces figures au nombre de vingt-quatre ont été sculptées en bois, sur des modèles exécutés par M. G. Bonnet. Cette salle , en comprenant les por-

tiques dont elle est entourée , a 35 mèt. 50 sur 22 mèt. d5, et sa hauteur du pavé au plafond est de 21 mèt. 45. Elle est décorée de huit statues en pierres représentant les quatre éléments et les quatre saisons, par MM. Bonnassieux, Fabisch et Roubaux, artistes lyonnais. Deux escaliers monumentaux, décorés de sculptures en pierre de Cruaz et de peintures dues à M. Beuchot, conduisent aux étages supérieurs.

Le Palais de justice a été construit sur remplacement qu'occupait autrefois le palais de Roanne, ainsi nommé des comtes de Forez et de Roanne qui y avaient résidé et fait rendre la justice en leur nom, avant la domination des archevêques. Il fut commencé en 1835, par M. Baltard, aux frais communs de l'État, du département et de la ville, qui y ont dépensé plus de 6 millions. Sa façade, tournée vers la Saône, consiste en une colonnade corinthienne (2k colonnes), portée sur un soubassement en pierre de taille, de 3 mèt. à 3 mèt. 50 environ de hauteur. Son entablement est surmonté d'un lourd attique hors de proportion avec cette base. « On ne découvre dans cet édifice, écrivait, en 1843, M.Victor de Laprade, ni caractère expressif d'une idée, ni harmonie de composition, ni aucune habileté de distribution intérieure, et surtout rien de saisissant, rien d'élevé, rien de poétique.... C'est une maison quelconque plaquée d'une colonnade.... c'est une téte d'Apollon sur le tronc de l'homme de la Roche, c'est le casque d'Achille sur le fourniment d'un garde national.... L'adoption du style grec a entraîné une foule de disparates qui blessent le goût et nuisent à la commodité. Que si, gravissant ces marches roides et étroites, plus semblables aux échelons d'un marchepied qu'aux degrés d'un escalier monumental, on entre dans la salle des Pas- Perdus, après avoir admiré l'ensemble, on est frappé du mauvais goût et du ridicule môme de la plupart des ornements; et puis cette salle, qui ne peut être ni chauffée, ni fermée (elle Test aujourd nui), et à qui son orientation et la disposition de ses ouvertures ne permettent que de recevoir fort peu de soleil, cette salle est impraticable pendant cinq mois de l'année ; il y fait plus humide et plus froid que dans la rue.... En général, toutes les pièces sont froides, sombres et humides comme des caves ; tout le monde se plaint, magistrats, avocats, avoués et greffiers. » Des amélio-

rations récentes ont changé l'aspect de la salle des Pas-Perdus; mais les autres salles manquent encore d'air et de lumière.

La Cour impériale de Lyon comprend, dans son ressort, trois départements : le Rhône, l'Ain et la Loire; dix tribunaux civils de première instance et quatre tribunaux de commerce.

Nous mentionnerons maintenant un certain nombre d'édifices publics qui ne méritent pas la visite des étrangers, mais qui cependant attireront plus ou moins leurs regards pendant leurs promenades à travers la ville.

Vhôtei de la division militaire (à l'angle de la rue Boissac et de la rue Sala) est l'ancien hôtel Vorissan.

Vhôtei des Monnaies occupe les bâtiments de l'ancien couvent des Ursulines, rue de la Charité. Le balancier a été fabriqué avec des canons pris sur le champ de bataille d'Austerlitz. Lyon possède une des trois argues de France (voir Trévoux, page 288).

La manufacture des tabacs forme l'angle du quai de la Charité et du cours du Midi. C'est une ancienne fabrique d'indiennes.

La manutention militaire est un bâtiment moderne construit sur le quai d'Harlincourt(riveg. delà Saône) en face de Pierre-Scise. Une manutention civile a été créée près de l'église Saint-André, à la Guillotière, sur les dessins de M. Exbrayat, pour donner le pain à bon marché ; elle mérite, dit-on, la visite des étrangers.

V abattoir, qui s'élève sur le quai de Perrache, a été construit sur les dessins de M. Dupasquier; mais l'augmentation croissante de la population l'ayant rendu insuffisant, on en a bâti un autre à Vaise.

Le beau marché couvert, construit sur la place des Cordeliers, est l'œuvre de M. Desjardins.

Varsenal d'artillerie (sur la rive g. de la Saône, en aval du chemin de fer), l'un des plus considérables de France, a été bâti de 1840 à 1850 par M. Baltard. Ce n'est point un dépôt d'armes ; c'est un vaste atelier composé de sept corps de bâtiment, où se fabrique tout le matériel qui peut être nécessaire à une armée nombreuse. L'intérieur n'offre rien de particulièrement intéressant aux étrangers qui pourront, d'ailleurs, en embrasser suffisamment l'ensemble depuis le fort Saint- Just.

La huile aux grains occupait, sur le quai du Rhône, remplace-

ment de la chapelle des Pénitents de Confalon et de Notre-Damede-Bon-Rencontre. Elle a été convertie en Monl-de-Piété.

Dans de grandes halles, nouvellement bâties à proximité de la gare du chemin de fer de Paris, et dans le. voisinage de l'abattoir, plus de 1500 bœufs peuvent se tenir à couvert, et une bergerie de 8000 moutons peut être parquée par lots séparés.

Parmi les Casernes, on remarque surtout celle de Serin (cavalerie et infanterie), construite en 1728, — elle servait alors de grenier d'abondance, — et celle des Colinettes (hôpital militaire}, située sur le coteau de Saint-Clair, ancien couvent d'où Ton découvre une belle vue. Depuis 1830, un grand nombre de nouvelles casernes ont été construites à l'intérieur et autour de Lyon. Les casernes de la Part-Dieu, les plus grandes, peuvent contenir 6000 hommes. Quant à la caserne particulière de la gendarmerie, elle a été élevée en 1833, d'après les dessins de M. Gay, à l'angle des rues Sala et Saint-François-de-Sales.

Il n'y a que deux prisons à Lyon, celle de Roanne (maison d'arrêt et de justice), transférée près de celle de Perrache, et celle de Perrache ; celte dernière (maison de correction), dont le nom indique la position, a été construite en 1831, sur les dessins de M. Baltard. — Un dépôt de sûreté a été établi dans la rue Luizerne. — Un pénitencier a été créé à Oullins pour recevoir les enfants de seize ans et au-dessous, détenus par voie correctionnelle, en vertu de l'arlicle 66 du code pénal. Il est tenu par les prêtres de Saint-Joseph.

Théâtres.— Salles de concerts et de réunion.

Le Grand Théâtre, situé entre l'hôtel de ville et le Rhône, a été construit, de 1827 à 1830, sur les dessins de MM. Chenavard et Pollet. Il occupe l'emplacement d'une antre salle, bâtie en 1734 par Soufflot. L'intérieur en a été restauré récemment dans les styles de la Renaissance et de Louis XV, par M. Dardel. M. Abel de Pujol en a peint le plafond. M. Perlet en a décoré le foyer. On n'y joue que la tragédie, la comédie, le grand opéra, l'opéracomique et le ballet.

Le Théâtre des Gélestins (place de ce nom, entre la Saône et la rue Saint-Dominique), construit en 1792, sur l'emplacement

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