‹ Itinéraire de Paris à la méditerranéeChapitre 186 sur 360 · STATION. - PIOLENC · texte numérisé non relu

STATION. - PIOLENC

3 kil. de Mornas. — 706 ML.de Paria. — 158 kil. de Marseille.

Piolenc, V. de 2017 hab., est située dans un pays giboyeux et fertile, au pied d'une colline que couronnent son église au portail roman et les restes d'un ancien monastère de Bénédictins de Cluny, désigné sous le nom de château, aujourd'hui occupé par une congrégation religieuse. Piolenc était jadis environné de remparts, percés de trois portes et flanqués de tours dont une seule subsiste encore.

DE LYON A MARSEILLE

Au delà de Piolenc s'ouvre la belle vallée de PAigues, petite rivière que l'ou franchit plus bas sur un viaduc de cinq arches, de 15 mèt. d'ouverture. A g., se dresse le Mont-Ventoux ; dans la plaine du Rhône, vers le S. 0., on découvre, à travers les arbres, au pied d'une colline que surmonte une statue colossale de la Vierge, la petite ville d'Orange.

32« STATION. - ORANQE.

7 kil. de Piolenc. — 713 kil. de Paris. — 151 kil. de Marseille. — Baflejt.

Voitures de correspondance pour : — Briançon, 27 fr. 50 c, et 22 fr. 50 c. ; — Embrun, 21 fr. 50 c. et 17 fr. 50 c; — Gap, 15 fr. 50 c. et 12 fr. 50 c; — Guillestre, 24 fr. 25 c. et 20 fr.; — Ayons, 3 fr. 50 c. et 2 fr. 50 c. ; — Remusat, 7 fr. et 5 fr.; — Rosans, 9 fr. 50 c. et 7 fr. 50 c. ; — Sanune, 6 fr. 50 c. et k fr. 50 c. ; — Sainte-Cécile, 2 fr. et 1 fr. 50 c. ; — Saint-Maurice, 2 fr. 25 c. et 2 fr. ; — ' Serignan, 1 fr. 25 et 1 fr. ; — Serres, 1 1 fr. et 9 fr. ; Veynes, 14 fr. et 11 fr. 50 c.

Orange (hôt. : de la Poste, des Princes), Arausio Cavarum, V. de 10 622 hab., ch.-l. d'arrond. du dép.de Vaucluse, est située sur la petite rivière de la Meyne. Ses rues sont étroites et mal percées; mais elle possède une assez jolie place, de belles fontaines et de charmantes promenades.

D'abord simple castrum, Arausio dut son nom celtique à sa position sur PAraus, fontaine dont les eaux se perdent dans la Meyne. Au temps de César, qui s'en empara, elle était déjà une des cités les plus importantes des Cavares. Colonisée par les vétérans de la seconde légion, qui l'appelèrent Arausio colonia secundanoi um, elle s'embellit de monuments dont les Barbares firent plus tard des ruines. A l'exception du théâtre, un des mieux conservés que l'on connaisse, de l'arc de triomphe encore presque intact, de l'hippodrome dont on a dégagé de nos jours des portions considérables, des arènes qui existaient encore au xvu* s. et des remparts dont on voit plusieurs centaines de mèt. dans les prairies au N. de la ville et à PO. de la montagne, le reste a disparu. C'est à Maurice de Nassau non moins qu'aux Barbares qu'il faut attribuer la destruction des monuments antiques d'Orange, dont il employa les matériaux à l'édification de sa forteresse. Orange fit partie du royaume d'Austrasie et tomba au pouvoir des Sarrasins, à qui Charlemagne la reprit pour l'ériger en comté. Elle s'insurgea, en 1247, contre ses comtes, mais cette révolte fut apaisée. En 1282 devenue chef-lieu d'une priuci-

pauté, elle obtint l'octroi ou la confirmation de ses privilèges et franchises. A partir de cette époque, elle fut gouvernée par des consuls et syndics, un conseil général composé de tous les chefs de famille et un conseil ordinaire de trente membres. Six prud'hommes jugeaient les affaires commerciales. Plus tard, elle eut un parlement et une université. Orange semblait avoir recouvré son ancien éclat, lorsque, dans les dernières années du xiv* s., Raymond de Turenne s'en empara et brûla ses trois faubourgs. Plus tard, dans les guerres de religion, le palais des comtes, qui avait été fortifié, devint lui-môme la proie des flammes.

Déjà la principauté d'Orange avait vu se succéder trois races de sou-

Envirous a'Orange.

verains : la première celle de Guillaume au Cornet ou Court-Nez, célèbre dans le moyen âge; la seconde, la maison des Baux et plus tard d'Orange; et la troisième, celle de Chalon, qui s'était jetée dans le parti bourguignon. Après celle-ci vinrent les Nassau, dont l'un, Maurice, prince guerrier, entreprit de faire d'Orange une place forte (1622). « Il la fit revêtir, dit M. Courtet, de murailles épaisses et terrassées, avec des fossés que remplissait l'eau de la Meyne. Les quatre grandes portes de Lange, Saint-Martin, Pourtoules et du Pont-Neuf, furent flanquées de tours et défendues par des demi-lunes. Le château lui-même se hérissa de onze bastions, avec. fossés creusés dans le roc, et devint une des fortes places de l'Europe. » Au mois de mars 1660, Louis XÏV s'en empara, et, voulant qu'Orange fût une ville ouverte, il en fit raser

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les fortifications, puis, en 1673, le château. La vue de ces ruines impressionna tellement la population que depuis ce temps, elle les a appelées Crève-cœur.

L'Arc de triomphe, situé au N. de la ville, sur la route de Lyon, un des plus beaux que les Romains aient élevé dans les Gaules, est un édifice carré, beaucoup mieux conservé du côté de la campagne que du côté de la ville, percé de trois arcades et mesurant 22 mèt. de hauteur, sur une largeur de 21 mèt., et une profondeur de 8 mèt. Ses quatre faces se font remarquer par l'élégance et les variétés de leurs sculptures : ce sont des fleurs et des fruits, des cornes d'abondance, des sirènes, des vaisseaux, des instruments de marine, des trophées d'armes et de boucliers ; des gladiateurs, des captifs; une belle téte de Phœbus, entourée de rayons et d'étoiles ; des attributs religieux et des scènes de bataille d'une admirable exécution. Sur l'un des boucliers, se lit le nom de Mario, qui a donné lieu, suivant M. Mérimée, à tant de suppositions ridicules, et que M. Courtet croit être celui d'un chef barbare. Ce monument aurait été érigé, d'après M. Lenormant, en l'honneur de Germanicus et de Julius Florus, vainqueurs de Sacrovir, dont on lit aussi le nom sur un bouclier. Suivant M. Artaud, ce serait en l'honneur d'Auguste qu'on l'aurait bâti; le savant Madei le dit contemporain* d'Adrien ; M. Mérimée, de Marc-Aurèle.

M. Deloye, le savant conservateur du musée d'Avignon, nous communique à ce sujet la note suivante :

« Une découverte récente est venue confirmer la conjecture de M. Artaud. En étudiant, d'après la reproduction de M. Caristie (Monuments antiques d'Orange), les traces laissées par les crampons qui fixaient les lettres de bronze de la dédicace, M. Herbert, professeur de rhétorique au lycée d'Avignon, a enfin trouvé le mot de l'énigme. 11 a déchiffré, et nous avons lu après lui, les mots significatifs avgvsto. divi. fil., qui occupent la place d'honneur au commencement de la frise de l'avant-corps septentrional. Cette lecture nous parait incontestable. Le reste de l'inscription présente de grandes difficultés, soit à cause du peu de correction des diverses copies qui ont été faites, soit par suite de quelque changement qu'a pu subir la dédicace postérieurement au règne d'Auguste. La

profusion des ornements qu'offre l'are d'Orange, et qui, au premier abord, semblerait l'éloigner du siècle d'Auguste, s'expliquerait très-bien par l'intervention très-probable des Grecs Massaliotes, alliés des Romains, dans l'érection de ce monument. *

Au moyen âge, Raymond des Baux transforma en un château fort l'arc de triomphe d'Orange, qui subit en outre un grand nombre de mutilations. Les habiles restaurations de MM. Caristie et Renaud lui ont rendu son aspect primitif.

Arc de triomphe d'OraDge.

Du parallèle établi par M. Carislie entre l'arc de triomphe qu'il a restauré et les monuments de ce genre qui subsistent encore en Europe, il résulte que, au point de vue de la grandeur et de l'importance monumentale, l'arc d'Orange est le troisième de tous ceux qui sont parvenus jusqu'à nous; au point de vue du style il l'emporte sur ceux que possède la France.

Le théâtre, adossé à la colline au pied de laquelle s'élève Orange,domine toute la ville, comme une gigantesque forteresse ;

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aussi s'aperçoitril de très-loin. Il a la forme d'un rectangle de 36 met. de hauteur, sur une longueur de 103 met. '*3 cent, et h mèt. d'épaisseur. Aujourd'hui qu'il est déblayé de toutes les masures qui le masquaient, on peut juger de sa grandeur et de la beauté de ses proportions. La scène, le proscenium, l'orchestre et les gradins sont à découvert.

• Par iro hasard singulier, dit M. Vitet {Gazette de* Beaux- Arts, 1" octobre 1861), la partie qui, dans cette sorte d'édifices, a le plus constamment souffert, qui n'apparait en général qu'à fleur du sol, qui souvent même a complètement disparu, soit qu'elle fût sujette à plus de remaniements, soit que, dans certains cas, on ne la construisit qu'en bois, la scène, l'emplacement occupé par le? acteurs, le théâtre lui-même, à vrai dire, s'est ici conservée dans toute sa hauteur, depuis la base jusqu'au sommet. On peut trouver ailleurs des gradins en meilleur état; la partie semi-circulaire destinée au public, ce que nous appelons aujourd'hui la salle de spectacle proprement dite, n'est plus qu'un amas de ruines; rien ne subsiste des étages supérieurs, et, si les premiers rangs n'ont pas été détruits, c'est qu'ils sont assis sur le roc. La muraille, au contraire, contre laquelle la scène était adossée, et les constructions latérales qui la flanquaient de dr. à g., ce que les anciens appelaient le pontscenium, le proscenium et le parascenium sont restés debout comme par mirac'e. La masse tout entière en subsiste, il n'y manque que les revêtements décoratifs. » Une particularité du théâtre d'Orange qu'on n'a pu observer nulle part ailleurs, c'est l'existence d'un toit qui protégeait la scène et les acteurs contre les intempéries de l'air, sans intercepter d'aucun point de la salle la vue du théâtre. Ce toit était supporté par de fortes pièces de charpente dont le pied, encastré dans la maçonnerie du grand mur de façade, trouvait un point d'appui unique, mais suffisant, dans les assises supérieures^ la dernière corniche de cette façade, qui, suivant M. Caristie, ont été ajoutées après coup. Ce toit a dû être détruit par un incendie, comme on le voit à la couleur rougeâtre et à l'aspect calciné des pierres auxquelles il était adossé.

A l'exception des galeries, le théâtre d'Orange est tout construit en gros blocs d'un coquillier grossier, sans ciment. On évalue à

7000 le nombre de spectateurs qu'il pouvait contenir. Dans le postscenium a été établie une exposition permanente de marbres et de fragments de corniches, de guirlandes, de bas-reliefs et de statues qui ornaient le théâtre.

Les princes d'Orange avaient fait de ce théâtre une espèce de bastion avancé du château construit sur la hauteur à laquelle il est adossé !...

Au commencement de ce siècle, Millin a ne trouvait pas d'expression, dit encore M. Vitet, pour peindre son indignation à la

Théâtre d'Orange.

vue de ces belles ruines transformées en infecte prison. Les immondices versées par les prisonniers formaient, le long des pierres, des sillons dégoûtants, et, dans l'intérieur môme de la scène, dans l'orchestre et jusque sur les gradins, on voyait des amas de maisons, d'étables, d'écuries plus repoussantes les unes que les autres, vrais bouges où croupissait toute une population au milieu des bestiaux, des porcs et du fumier. »

A côté du théâtre était le Cirque ou l'Hippodrome, dont il reste plusieurs pans de mur, une porte triomphale, l'hémicycle qui le

DE L?ON A MARSEILLE

tenuioait du côté de la montagne et un portique extérieur. On estime qu'il pouvait contenir environ 20 000 spectateurs.

Outre ces précieux restes d'antiquités, on a trouvé à Orange une Minerve, une belle tète de Livie, un gladiateur, un beau Mercure, de larges substructions recouvertes de peintures, un taurobole et des mosaïques à dessins variés. « Il n'est pas de maison, dit M. Courtet, qui ne possède quelques fragments antiques. La mosaïque connue sous le nom de Chat de Barrière^ est aujourd'hui méconnaissable. »

L'ancienne église cathédrale de Noire-Dame, édifice romanobyzantin, fut achevée vers 529 par les soins du préfet des Gaules, Liberius, ruinée par les Barbares, puis réédifiée de 1085 à 1126. Les protestants démolirent la voûte et le clocher. Il ne reste de l'ancien monument que les assises inférieures et une partie du portail méridional, en ogive. Tout le reste est moderne et laid.

L'église de Saint-Eutrope, construite par l'évêque de ce nom et dédiée, d'abord à saint Julien d'Antioche, n'existe plus. Maurice de Nassau la démolit complètement pour construire le château. En 1801, on a trouvé dans ses ruines le sarcophage en marbre de saint Eutrope, actuellement dans le jardin de M. de Champier.

Véglise Saint-Florent (ancienne église des Gordeliers, aujourd'hui seconde paroisse d'Orange), renfermait autrefois les tombeaux de plusieurs princes d-'Orange.— Véglise des Pères de Saint- Jean est remarquable par sa construction bizarre. En 1794, elle devint le siège de la commission populaire d'Orange qui, en 47 jours, fit tomber 334 têtes.

Orange possède de belles fontaines et d'agréables promenades. Sur la place de PHôtel-de-Ville s'élève la statue en marbre de Raimbaud II, comte d'Orange, par M. Daniel Dulocle, et, sur le cours Saint-Martin, celle en bronze de M. de Gasparin, agronome.

Orange fait un commerce assez considérable de grains, de vins, d'eaux-de-vie, de soies, de laines, de garance, de fruits, etc. Son territoire est des plus fertiles (l'herbe de ses belles prairies se coupe 3 ou 4 fois l'an); ses habitants cultivent le blé, la vigne et le mûrier.

(Pour Vaison et l'ascension du Mont-Ventoux, voir VItinéraire de la France : Auvergne, Dauphiné, Provence, par Ad. Joanne.)

COURTHÉZON. — C HATE AU N EUF-DTJ-PAPE. 83

En s'éloignant de la station d'Orange, sur la g., on découvre encore le Mont-Ventoux ; à dr., en deçà du Rhône, vis-à-vis de l'Ile de la Piboulette, renommée pour sa fertilité et la variété de ses productions, est située Caderousse, petite ville de 3111 hab., » où a été trouvée la belle tête de Jupiter Ammon , que l'on remarque

au musée d'Avignon.

33« STATION. - COURTHÉZON.

9 kil. d'Orange. — 722 kil. de Paris. — 142 kil. de Marseille.

Courthézon, patrie de Joseph Saurin, célèbre mathématicien

Chàteauneuf-du-Pape.

(3635 hab.), à dr. de la station, dans une belle plaine, sur les bords de TAzeille, a conservé, outre ses vieux remparts crénelés et flanqués de tours, ses portes, dites sarrasines.

De Courthézon à Bédarrides, la voie ferrée laisse à g. le hameau de Saint-Roman; à dr., celui à'Usson. Sur un coteau à dr., • est situé Châteauneuf-du-Pape (1471 hab.). Au moyen âge, les

Templiers y avaient un manoir et une église. Plus tard, les papes d'Avignon y séjournèrent; de leur château, il ne reste que des ruine3 parmi lesquelles une tour d'aspect imposant.

Ghâte aune uf-du- Pape est renommé pour ses vignobles, qui oo cupent une superficie d'environ 500 hect. et sant, pour la plupart, exposés au midi. Les crus les plus conna sont ceux de la Nerthe, de Condorcet et du château de Vawlieu. Le vin de la Nerthe était autrefois le plus en renom. « Généreux comme tous les bons vins de la côte du Rhône, dit M. Victor Rendu dans son Ampélographie française, il se distinguait par une belle robe, une grande finesse, de la fraîcheur, une saveur légèrement âpre et un bouquet très-prononcé : il a baissé dans ces derniers temps. » Le vin de Condorcet est très-spiritueux. « Sa réputation s'est fort étendue depuis quelques années; elle se justifie par les soins éclairés donnés à ce vignoble, où le Sirrah de l'Ermitage a été introduit avec un plein succès. Au vignoble de la Fortia on récolte un vin de bonne qualité, plus corsé et plus spiritueux que celui de la Nerthe, mais moins fin.... Le vin de Vaudieu est moins alcoolique et moins foncé en couleur que celui des autres grands crus de Châteauneuf-du-Pape.... Il rappelle les vins d'Espagne. » Les vins de Châteauneuf-du-Pape sont depuis quelques années l'objet d'une dépréciation considérable, par suite du mélange qu'en font les commissionnaires de Bordeaux et de Bourgogne avec des vins plus faibles d'autres terroirs, et aussi parce que les anciens cépages ont été remplacés presque partout, dans la commune, par des plants moins fins, mais plus productifs et donnant un vin plus coloré.

Aux environs et à l'O. de Châteauneuf-du-Pape, sur la cime d'un rocher aride, se remarquent les ruines pittoresques du château de Lersy où l'on a cru voir l'ancienne Aeria.

34" STATION. — BÉDARR1DES.

f UL de Courthéion. — 727 kil. de Paris. — 137 kil. de Marseille.

Bédarrides (3066 hab.), à g. de la station, est situé au confluent de l'Ouvèze et d'une branche de la Sorgues.

35° STATION. - SOROUES.

S kil. de Bédarrides. - 732 kil. de Paris. — 132 kil. de Marseille.

Sorgues, petite ville industrieuse de 4769 habitants, se nommait autrefois Pont-de-Sorgues, à cause d'un ancien pont de

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