AVIGNON. — ÉGLISES
Un sacristain, chargé de la garde de ce précieux dépôt, le vendit à prix d'or à un Anglais en 1730. Cependant, en 1793, il y avait encore dans le tombeau de Laure huit dents et des cheveux, que l'on se proposait de déposera la Bibliothèque nationale, mais qui ont été perdus. Un humble cippe, élevé en 1823, au milieu de quelques cyprès, par un autre Anglais, marquait la place où reposèrent les restes de Laure ; il a été transporté dans le jardin du musée Galvet. Au-dessous d'une inscription latine, on y lit le second quatrain des vers de François Iep.
0 gentille âme ! estant tant estimée, Qui te pourra loûer qu'en se taisant?
Car la parole est tousjours resprimée Quand le sujet surmonte le disant.
La Chapelle de la Miséricorde (Pénitents noirs) (on y descend du rocher des Doms, par un escalier de 128 marches), possède quelques tableaux de Mignard et du Dominiquin. On voit au musée Galvet un beau Christ en ivoire, de Jean Guillermin, qui provient de cette chapelle.
V église des Pénitents gris, située à côté de celle des Cordeliers, dans la rue des Teinturiers, appartient à une confrérie fondée en 1226 par le roi de France, Louis VIII, pour l'extirpation de l'hérésie des Albigeois. Elle a depuis conservé le rare privilège de l'exposition perpétuelle du Saint-Sacrement. D'une construction fort bizarre, elle n'a de remarquable à l'intérieur que son riche autel et de bonnes toiles de N. Mignard, P. Parrocel, etc.
La Chapelle du Lycée (rue Bonaparte), église très-ornée de l'ancien collège des Jésuites, vient d'être rendue au culte. Elle contient une des plus belles toiles de N. Mignard, la Visitation de la sainte Vierge.
Avant 1789, Avignon comptait 35 couvents d'hommes ou de femmes. Elle en possède encore un assez grand nombre.
Édifices civils.
A côté de la cathédrale s'élève, sur l'emplacement de l'ancien palais épiscopal, le Palais des Papes, véritable château fort, l'une des plus vastes, des plus complètes et des plus prodigieuses
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constructions du moyen âge. Benoît XII, le troisième pontifa avignonnais, après avoir rasé le palais élevé par Jean XXII, en fit Mtrr, en 1336, sur les plans de Parchitecte Pierre Obreri, la partie septentrionale, qu'il termina par la grande tour de Trouillas (où fut enfermé Colas Rienzi). Clément VI construisit, en 1349, la façade actuelle et la partie inférieure du midi qui, dans la suite, servit d'arsenal. Innocent VI acheva la partie méridionale. Plus tard, en 1364, Urbain V fit tailler dans le roc la cour du palais, ainsi que le puits, et construire la partie orientale. Aux six tours qui existaient déjà : Trouillas, Y Estrapade, Saint-Jean, la Campane, Saint-Laurent, et la Gâche, il ajouta la tour des Anges, 11 fit plus, il suspendit au faite de Pédifice des jardins spacieux et magnifiques, et donna le nom de Borne à cette partie du palais à cause de sa beauté, nom qu'elle negardapas longtemps; au xvi«s., on ne l'appelait plus que le jardin des Oliviers,
Ce sombre palais du style ogival ressemble plutôt à une forteresse qu'à la demeure du vicaire d'un Dieu de paix * et peut être considéré, dit M. Mérimée, comme un modèle de l'architecture militaire du xive s. » Partout, en effet, le moyen âge s'y révèle par ses murs épais et percés de meurtrières, ses tours menaçantes, ses souterrains et ses passages secrets. Au N. sont les prisons de l'Inquisition; mais la prétendue salle des tortures, que les concierges montrent aux visiteurs, n'était autre chose que la cuisine du palais. Il ne reste plus rien des anciennes fresques que Clément VI avait fait peindre dans la salle du tribunal. On voit encore, dans deux petites salles de la tour Saint-Jean, deux admirables peintures, l'une représentant la Vie de saint Martial, et l'autre celle de saint Jean- Baptiste, par le Giotto, suivant les uns 1 , par le Giottino, suivant les autres. Deux voussures de l'abside, représentant les Prophètes de la Bible et la Sibylle qui prédit la venue du Christ, sont tout ce qui reste des fresques de l'église.
Depuis 1815, le palais des papes sert de prison et de caserne. La restauration en a été confiée à M. Viollet-ie-Duc.
Vis-à-vis du palais des papes est l'ancien hôtel des Monnaies, construit dans les premières années du xvne s., d'après les car-
t. Cette partie du palais n'existant pas à la mort de Giotto (1336), l'attribution est impossible.
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tons de Michel-Ange. Ce monument n'a jamais eu la destination qu'on lui avait assignée. 11 a servi tour à tour de caserne et de mairie. Au-dessus de la porte, au-dessous d'un écusson soutenu par deux puissants génies, on lit cette inscription : Conservatoire de musique.
Les beaux remparts d'Avignon, aujourd'hui classés parmi les monuments historiques, commencés en 1349 par Clément VI, ne furent terminés qu'en 1368 par Urbain V. Bâtis en belles pierres de taille, auxquelles le temps a donné une teinte uniforme de feuille sèche qui en augmente encore la beauté, ils se composent de trente-neuf tours, dont une ronde sur une base conique, une polygonale, deux semi-circulaires, et les autres carrées sur base pyramidale. Distantes de 100 à 120 mèt. l'une de l'autre, ces tours présentent, dans les intervalles, une et plus souvent deux échauguettes en saillie sur les courtines. Les murs ont généralement 2 mèt. 12 cent, d'épaisseur.
Jadis défendus par des fossés larges et profonds, les remparts d'Avignon étaient percés de sept portes que protégeaient des ouvrages extérieurs ou châtelets; il n'en reste que trois à peu près entières. Malgré les mutilations qu'ils ont subies à diverses époques, ces beaux remparts offrent encore, dit M. Viollet-le-Duc, qui a été chargé de leur restauration, « un spécimen très-complet " d'une enceinte de ville méridionale au xive s. »
Vhôtel-Dieu a été fondé par le troubadour Bernard de Rascas en 1354. Le bâtiment actuel a été construit d'après les dessins de P. Mignard; la façade en est fort belle. — L'ancien hôtel des Invalides a été remplacé, depuis la réunion des invalides à Paris, par un pénitencier militaire, une caserne d'infanterie et un hospice pour les vieillards. — Vhôtel de ville (place de l'Horloge), édifice moderne, a été construit, d'après les plans de M. Joffroy , sur l'emplacement d'un édifice gothique qui, après avoir servi successivement de palais à plusieurs princes de l'Église, aux cardinaux Auberti, Jean et Pierre Colonna et au cardinal d'Albano, était devenu le siège du gouvernement consulaire depuis 1447. De ce vieil et intéressant hôtel de ville, qu'il eût été aussi facile qu'avantageux de restaurer, il ne subsiste aujourd'hui que la tour du beffroi, bâtie en 1354 par le