‹ Itinéraire de Paris à la méditerranéeChapitre 238 sur 360 · DE LYON A MARSEILLE · texte numérisé non relu

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cydide, Polybe, Justin, Strabon, Valôre-Maxime, vantent la sagesse de ses institutions.

Telle était la sévérité des mœurs inassaliotes, que Plaute les prend pour type de mœurs irréprochables; les femmes ne pouvaient boire de vin; chacun devait se livrer à un métier, qu'il fût riche ou pauvre, et aucun motif de religion ne pouvait dispenser de cette obligation; on ne voulait pas d'un corps de prêtres.

« Une fille ne pouvait pas recevoir en dot plus de cent pièces d'or ; les habits et les bijoux portés par un citoyen ne pouvaient excéder la valeur de dix pièces d'or. Il n'était permis à personne d'entrer armé dans Marseille; les étrangers reprenaient leurs armes àJa sortie. »

Celui qui était ennuyé de la vie exposait aux magistrats les motifs qui le portaient à y renoncer. Si le conseil les jugeait légitimes, il envoyait lui-même au citoyen la ciguë qui devait finir ses jours. « On ne voulait pas permettre, ajoute Valère-Maxime, qu'un citoyen se donnât la mort dans un moment de dégoût ou pour une cause légère; mais on ne voulait pas non plus imposer le fardeau de la vie à qui elle était devenue justement insupportable. * Dans une calamité publique, un pauvre se dévouait lui-même à la mort.

Après avoir constitué leur république, les Massaliotes songèrent à se créer une marine; ils établirent des chantiers de construction dans la presqu'île du P/taro, ainsi nommée à cause du phare qu'on y avait élevé pour éclairer les vaisseaux pendant la nuit. Déjà, ils avaient fait alliance avec les Romains et soutenu sur mer plusieurs combats contre les Carthaginois. Au temps de Strabon, on voyait encore dans la citadelle et dans le temple de Massilie les trophées de leurs victoires navales.

Cependant, les Liguriens n'avaient pas renoncé à les chasser de leur territoire; excités par les Carthaginois, ils reprirent les armes et, sous les ordres de Catumandus, se présentèrent devant Massilie, qui fut sauvée par l'intervention de Minerve. Alors, Massilie s'entoura de forteresses; elle possédait un arsenal, une marine puissante, un commerce très-étendu, plusieurs colonies (Nice, Antibes, Olibia, dans le voisinage d'Hyères; Tauroentum, Cithariste, etc.), et un grand nombre de comptoirs ou de marchés (Saint-Remy, Pertuis, Tarascon, Avignon, Vaison, etc.). Voulant profiter des dépouilles de Tyr qu'Alexandre venait de détruire, elle envoya (320 ans avant J.-C.) Pythéas et Euthymènes en exploration vers les pays connus des seuls Phéniciens. Euthymènes côtoya les terres d'Afrique jusqu'au Sénégal, Pythéas celles de l'Europe jusqu'à Thulé (les îles Shetland ou, selon d'autres, Jutland). On croit qu'il soupçonna le premier la relation des marées avec les phases de la lune, et découvrit que l'étoile polaire ne coïncide pas exactement avec le pôle.

Bientôt, la ruine de Carthage et les victoires de Mari us élevèrent

Massilie au comble de la fortune. Au temps de César elle possédait tout le littoral , toute la région des étangs. Sa nouvelle enceinte, qui a été décrite par César, avait environ 4000 mètres de circuit. Mais, après avoir aidé les Romains à détruire Carthage et à conquérir la Ligurie, par une juste expiation, Massilie devait àson tour subir le joug. Ayant pris parti pour Pompée, elle se vit bientôt menacée par César, qui, se rendant en Espagne, chargea de la direction du siège ses lieutenants Trebonius et Brutus. Surprise au milieu de cet amollissement que procure une longue prospérité, Massilie fit des prodiges pour préparer une résistance qui fut longue et glorieuse. Malheureusement, sa flotte, composée' de dix-sept galères, fut détruite entièrement à la suite de deux combats qu'elle livra dans le golfe à celle des Romains. Ce désastre répandit la consternation parmi les assiégés, sans abattre toutefois leur courage. Avertis que l'ennemi sapait leurs murailles, « ils résolurent, dit Vitruve, de creuser tout autour des remparts si profondément que toutes les mines fussent ouvertes dans le fossé ; mais les Romains construisirent des tours et des galeries à l'aide desquelles ils sapèrent les remparts de la ville sans aucune espèce de danger. Dans ce péril extrême, les assiégés, redoutant le pillage et la servitude, vinrent se jeter aux pieds de Trebonius, le suppliant d'épargner une ville qui avait été pendant si longtemps l'alliée des Romains. Trebonius ne put résister à ces supplications, et, au grand mécontentement de ses soldats, accorda une trêve, dont les Massaliotes profitèrent pour détruire par le feu ces grands ouvrages contre lesquels leurs efforts avaient été impuissants jusqu'alors. Stimulés par leur indignation, les Romains les reconstruisirent en briques avec la plus grande célérité. Par surcroît de malheur, une maladie epidémique se répandit dans la ville et enleva une multitude d'habitants. Ceux qui restaient, en petit nombre, privés de tout secours et de toute espérance, résolurent enfin d'ouvrir les portes de la ville à César, qui venait d'arriver. César, considérant l'ancienneté de Marseille et ses nombreux titres de gloire, lui laissa ses lois et sa liberté; mais il détruisit les machines de guerre et les fortifications; il se fit livrer les vaisseaux, les armes et l'argent du trésor, et mit deux légions en garnison dans la citadelle. Marseille perdit toutes ses colonies, à l'exception de Nice, et ne conserva que son propre territoire, qui était probablement le même que ce qu'on appelle aujourd'hui le Terradou.

Il y eut alors deux villes : la ville haute ou ville romaine, et la ville basse ou ville grecque, qui resta libre et conserva ses anciennes institutions. Ces deux villes étaient séparées par un mur qui, flanqué de tours et percé d'une seule porte, suivrait aujourd'hui la rue Sainte- Marthe, passerait par la montée des Accoules et irait aboutir au fort Saint-Jean; mais la cité phocéenne n'était plus que l'ombre d'ellemême. Cependant, les lettres et les arts s'y développèrent. Vers la fin

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du règne d'Auguste, elle avait des écoles célèbres où venait s'instruire la jeunesse romaine, et d'où sortirent plusieurs grands orateurs. Marseille, sous Caligula, Néron et Domitien, fut le lieu d'exil d'un grand nombre de Romains. Déjà le christianisme y avait été apporté, suivant les uns, par saint Lazare, celui-là même qui fut ressuscité par Jésus- Christ, suivant les autres, par saint Victor, qui y fut martyrisé, vers Tan 288, sous Dioclétien.

Ravagée successivement par les Visigoths, les Bourguignons, les Sarrasins et les pirates, Marseille ne se releva de ses ruines et ne se re- * peupla que vers le milieu du xe s., sous la juridiction de ses vicomtes; mais ceux-ci, appauvris par suite de leurs prodigalités, n'exercèrent pas longtemps sur la cité leur autorité souveraine, que se partagèrent les abbés de Saint- Victor et les évéques de Marseille. Toutefois, la ville basse conserva toujours ses franchises, et lorsque, en 1112, Raymond Bérenger, cômle de Barcelone, prit possession de la souveraineté de la Provence, par suite de son mariage avec Douce qui en était héritière, Marseille se crut assez forte pour lui résister et se constituer en république.

Un conseil municipal, composé de quatre-vingt-neuf membres, quatrevingts bourgeois, trois clercs et six chefs de métiers, régissait la ville sous un podestat, magistrat viager, secondé par trois syndics choisis parmi les notables, les Prozomes {Probi homines). Cependant ni la ville haute ni le faubourg ne faisaient partie de la république : la première était gouvernée par l'évêque qui en était seigneur, et le faubourg par l'abbé de Saint-Victor.

Ainsi, au moyen âge, Marseille formait trois villes ayant chacune leur gouvernement, leur territoire et leur port : l'ancien port {Portus antiquus) appartenait, en effet, à la ville basse; l'anse de la Joliette (alors port gaulois, Porto gallo en provençal), à la ville épiscopale; et le port Saint-Lambert (entre les remparts et l'anse des Catalans), à l'abbaye de Saint- Victor; mais la ville basse était prépondérante.

A l'époque des croisades, Marseille redevint aussi libre, aussi indépendante, aussi florissante qu'avant la conquête romaine; ses chantiers reprirent leur activité, son port, longtemps désert, se couvrit de navires, son industrie prospéra et ses richesses rappelèrent ces temps où elle avait succédé à Tyr et à Carthage.

Jaloux de la grandeur de cette république, Raymond Bérenger essaya de la subjuguer ; mais elle appela à son aide le comte de Toulouse, qui la délivra. Cependant, elle finit par se soumettre, en 1253, au chef ambitieux de la maison d'Anjou (Charles Ier), qui jura de conserver les franchises et les libertés de la ville. Toutefois, en 1256, Marseille ayant • voulu faire acte d'indépendance ens'alliant à Alphonse X, roi de Castille, Charles d'Anjou marcha sur la ville, la prit par lamine, fit trancher la

tête aux chefs de la révolte et mit garnison dans la citadelle. Un viguier gouverna la ville en son nom, et présida le conseil communal, d'où les chefs de métiers furent exclus à perpétuité.

Au commencement du xv* s., Alphonse d'Aragon s'empara de la Ciotat et la livra au pillage; les Marseillais s'y portèrent en armes et reprirent la ville. Alphonse, irrité, parut devant Marseille avec sa flotte, y pénétra de vive force, et la livra au pillage, à l'incendie et au massacre (23 nov. 1408).

Après sa captivité, le roi René fit son entrée solennelle à Marseille, le 15 décembre 1437, et y séjourna quelques mois. C'était sa résidence d'hiver. Pendant cinquante ans que dura son règne, il y fit refleurir les arts, le commerce, l'industrie et l'agriculture.

Au mois d'août 1524, le connétable de Bourbon vint assiéger Marseille, avec une armée de quarante mille reîtres, lansquenets ou condottieri. « Deux ou trois coups de canon épouvanteront si bien ces bons bourgeois de Marseille, disait-il au marquis de Pescaire, qu'ils viendront la corde au cou m'apporter les clefs de leur ville. » Après quelques jours de tranchée ouverte, le connétable assistait à la messe, sous sa tente, devant l'abbaye de Saint-Victor, lorsqu'un boulet de canon, lancé par les assiégés, vint renverser le prêtre qui officiait. « Qu'est-ce que tout cela? dit le connétable effrayé. — Ce sont, répondit Pescaire, les bons bourgeois de Marseille qui viennent, la corde au cou , vous apporter les clefs de la ville. »

Marseille, en effet, s'était mise en état de défense. Deux fois les bandes du connétable ouvrirent la brèche, deux fois elle fut réparée. Pour faire une tranchée, les Marseillais abattirent l'église Saint-Cannat et l'évêché, pendant que l'artillerie tirait à la fois des remparts, du clocher de la Major et de la Sainte-Paule. Cependant, épuisés par quarante jours et quarante nuits de résistance, les assiégés étaient sur le point de succomber ; mais les femmes ranimèrent leur courage ; elles firent dans trois jours une contre-mine dont le travail semblait en exiger quinze, et sauvèrent enfin la ville, qui, en mémoire de ce généreux dévouement, a donné le nom de boulevard des Dames au boulevard qui s'étend de la porte Julia à la porte d'Aix.

Désespérant en effet de s'emparer de Marseille, le connétable de Bourbon leva le siège. On dit que les Marseillais, debout sur leurs remparts, saluèrent le fugitif du nom de Pecaïré, par allusion à ce qu'il avait dit au marquis de Pescaire. Depuis lors, ce nom est resté dans l'idiome populaire comme une expression de commisération.

Marseille prit une part active aux guerres religieuses du xvia s. : elle envoya deux cents hommes à l'armée royale qui battit les réformés à Jarnac; trois cents arquebusiers au comte de Carcès, et six frégates ou galiotes à Arles, pour repousser les religionnaires qui avaient fait irrup- "

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tion dans la Camargue. Enfin elle refusa de reconnaître Henri IV, vivement soutenue dans sa résistance par Casaulx, fils d'un marchand de Marseille, chassé de la ville à cause de sa mauvaise conduite et protégé par la comtesse de Sault qui était l'âme de la Ligue en Provence. Casaulx se fit nommer consul, mais un de ses amis, le capitaine Libertat, gagné à la cause du roi, l'attira dans un piège et le tua. On dit qu'à cette nouvelle Henri IV s'écria : « C'est maintenant que je suis roi! » Il nomma Libertat viguier de Marseille et lui donna le commandement de la porte Royale, du fort de Notre-Dame de la Garde et de deux galères; mais le meurtrier de Casaulx lui survécut peu; il mourut l'année suivante.

Aux guerres civiles et religieuses du xvi" s. succédèrent les agitations de la Fronde; elles ne pouvaient manquer de diviser Marseille qui, depuis sa réunion à la France, regrettait ses anciennes franchises. Louis XIV y entra le 2 mars 1660, non par la porte Royale mais par une brèche qu'il avait fait pratiquer au rempart. Un colonel suisse, venu avec le roi, refusa de le suivre, disant qu'il n'entrait par les brèches que lorsque le canon les avait faites, o Je veux, dit le roi aux Marseillais, avoir aussi ma bastide, » et, pendant son cuurt séjour, il fit jeter les fondements du fort Saint-Nicolas, dont la première pierre porte cette inscription : Afin que Marseille ne puisse plus se révolter contre son rot, poussée par des suggessions perfides ou par la rébellion de quelques audacieux.

Après tant de vicissitudes, Marseille, unie à la France, jouissait des bienfaits de la paix, lorsque, le 25 mai 1720, la peste, qui déjà l'avait plusieurs fois visitée, y fut apportée par un navire chargé de laines (le Grand- Saint- Antoine). Au mois d'août, il y mourait déjà trente à quarante personnes par jour, et, dans le mois de septembre, le nombre des morts s'élevait à mille. « Jamais l'Orient, le pays de la peste, dit Méry, n'a vu l'épouvantable tableau de 1720 et 1721 ; il n'y a pas d'exemple d'une pareille dévastation. » Plusieurs citoyens s'immortalisèrent par leur dévouement dans ces jours désastreux, entre autres le chevalier Rose, édile de Marseille, qui, à la tête de deux cents forçats, fit transporter, le 8 septembre, dans les bâtiments de la Tourette, deux mille corps morts qui infectaient les rues et que l'on consuma avec delà chaux vive. A la fin d'octobre, le fléau sévissait encore , lorsque, s'arrachant aux salons de Versailles, Mgr de Belzunce, évêque de Marseille, reparut au milieu de ses ouailles, secourant les malades et consolant les mourants. Un jour, sur un autel élevé au milieu du Cours, il célébra la messe, pieds nus, la corde au cou et la torche à la main. Cette fête de la mort, ajoute Méry, n'eut jamais et n'aura jamais son égale*. »

i. Marseille et les àlarseillais.

Après quelques intermittences, le fléau disparut enfin au mois de mai 1721.

Jusqu'en 1785, la commune de Marseille avait été gouvernée par une sorte d'aristocratie marchande qui excluait toute intervention du peuple, et, quand la Révolution essaya de se manifester dans cette ville, les chefs populaires furent arrêtés et renfermés au château d'If; mais, le 30 avril 1790, une insurrection mit les forts au pouvoir du peuple qui démolit une partie du fort Saint-Nicolas.

Apres le 31 mai 1793, qui livra le gouvernement de la République aux Montagnards, Marseille, comme presque toutes les ville du Midi, s'insurgea contre la Convention; mais le général Carteaux.ne tarda pas à soumettre la cité fédéraliste. A la chute de Robespierre, elle prit part à la réaction thermidorienne, et salua, en 1814, le retour des Bourbons. Sa haine pour Napoléon 1er, qu'elle accusait de la ruine de son commerce et de la misère de sa population ouvrière, était si vive, qu'en apprenant le débarquement de l'Empereur à Cannes, elle organisa des compagnies franches pour le rejeter du territoire; mais Napoléon ne leur laissa pas le temps de marcher à sa rencontre. A la nouvelle du désastre de Waterloo, Marseille fit éclater sa joie. C'était le 25 juin 1815. Après avoir foulé aux pieds le drapeau tricolore et arboré la cocarde blanche, le peuple voulut désarmer la garnison, commandée par le général Verdier ; mais aux cris de Vire le roi! les soldats répondent par la Marseillaise. Cependant, renonçant à se défendre, le général Verdier crut devoir se retirer sur Toulon. Dès lors, maîtres de la ville, les royalistes s'y livrèrent à toutes sortes d'excès. 11 y avait, dans le vieux quartier, une colonie de mamelucks venus d'Égypte à la suite de Bonaparte : ils sont massacrés, et avec eux tous ceux que l'on suspecte d'impérialisme. On dit que les ruisseaux des rues étaient rouges de smg. Après le massacre, le pillage. Alors, effrayés de tant d'excès, les négociants et tes petits marchands prirent les armes et marchèrent contre les pillards, a Jl fallut, dit M. de Vaulabelle, lutter pour leur faire lâcher prise; le soir, le calme était à peu près rétabli, du moins on ne pillait plus l. »

Marseille a vu naître un grand nombre d'hommes illustres dans tous les genres, entre autres : le satirique Pétrone ; les navigateurs Pythéas et Euthymènes; saint Jean Cassien, fondateur de Tordre de Malte; les troubadours Raymond des Tours, Raymond de Salles, Barrai des Baux, Folquet, Bertrand Rostang et Bérenger; Honoré d'Urfé, l'auteur d'Astrée; les généalogistes Pierre et Étienne d'Hozier; le prédicateur Mascaron ; le conventionnel Barbaroux; le marquis de Pastoret, ancien ministre de Louis XVI, en 1791; M. Thiers, l'historien du Consulat et de l'Empire; les poètes Méry et Barthélémy; MM. Léon Gozlan, Louis Reybaud, Amédée Achard, Taxile Delord. Eugène Guinot, Joseph Autran,

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