PONT-SUR-YONNE. — SENS
Sens (hôtel de VÉcu, rue Royale, près de la cathédrale ; hôtel de Parts, môme rue), aujourd'hui ch.-l. d'arrond. du départ, de l'Yonne, jolie ville de 1 1098 hab., est située dans une plaine fertile, sur la rive dr. de l'Yonne, près de sa jonction avec la Vanne.
Sens est généralement bien bâtie et propre. Ses rues, un peu étroites, mais droites et bien percées, sont assainies par des ruisseaux d'eau courante, dont on peut à volonté augmenter ou diminuer le volume, et qui proviennent du Ru de Mondereau.
Sens existait avant la conquête romaine. Elle était alors la capitale des Senones ou Sénonais, un des peuples les plus anciens et les plus puis-
Église de Saint-Martin du Tertre.
sants de la Gaule. On l'appelait Agendicum ou Agetincum. Elle résista longtemps à César, se soumit une première fois, se révolta bientôt, fut prise par Labiénus après la défaite de Vercingétorix, occupée par César et définitivement conquise.
Quand l'empereur Valens divisa la Gaule en 17 provinces, Agendicum devint la métropole de la quatrième Lyonnaise. Les Romains relevèrent ses murailles bâties par les Gaulois, puis construisirent des théâtres, des cirques, des amphithéâtres, des arcs de triomphe, des aqueducs. Six grandes voies de communication venaient y aboutir : 1° d'Alise, 2° de Meaux, 3° d'Orléans, 4° de Troyes, 5° de Paris, 6° d'Auxerre En 356,
i. On peut consulter sur cet intéressant sujet Y Itinéraire des voies gallo-ro-
les Alamans et les Franks tentèrent en vain de la prendre d'assaut. Défendue par Julien, elle résista à toutes leurs attaques. Elle avait été de bonne heure convertie au christianisme par Savinien et Potentien, qui y souffrirent le martyre. Vers 615, saint Loup, son évôque, mit en fuite, à l'aide d'une cloche, les troupes de Thierry qui l'assiégeaient. En 731 ou 738, son archevêque Ebbon (les chefs de l'Église de Sens prirent ce titre dès la fin du vir s.) défît lui-même les Sarrasins qui étaient sur le point de s'en emparer. Enfin, en 886, elle échappa aux ravages des Normands forcés de battre en retraite à la suite d'un siège de six mois.
Pendant les premiers temps de la féodalité, Sens fut gouvernée par des comtes amovibles qui devinrent héréditaires vers le milieu du x* s. Elle souffrit cruellement, à diverses époques, des querelles que ses comtes eurent avec leurs suzerains ou avec les archevêques. Elle fut plus d'une fois assiégée, prise, pillée et en partie incendiée. Aussi commença-t-elle dès lors à déchoir de son ancienne splendeur. Toutefois, elle vit se tenir dans ses murs de nombreux conciles. En 1140, saint Bernard et Abélard s'y trouvèrent en présence. Attaqué par l'abbé de Clairvaux, l'amant d'Héloïse refusa de prendre la parole pour défendre ses doctrines; il en appela au pape du jugement du concile, qui condamna ses livres au feu.
En 1 146, les bourgeois formèrent entre eux une association de défense mutuelle, sanctionnée, puis dissoute par Louis VU, sur la demande d'Eugène III. L'abbé Hébert, abbé de Saint-Pierre le Vif, avait fatigué ce pape des réclamations du clergé sénonais, pendant son séjour à Dijon. Les bourgeois furieux le massacrèrent à son retour. Louis VII investit la ville et punit les plus coupables; mais la lutte se continua pendant plus de quarante ans entre la bourgeoisie et le clergé. Philippe Auguste y mit un terme en rétablissant la commune.
Sens avait toujours été une ville éminemment catholique. Dès 1522. un individu nommé Passagne y fut attaché au pilori et fouetté par la main du bourreau pour avoir mangé des petits poids au lard en carême; en 1540, un chanoine y brûlait lui-môme un de ses neveux, un gentilhomme nommé Langlois, condamné au feu pour avoir prononcé quelques paroles légères sur la sainte Vierge. En 1562, la populace, soulevée par de faux bruits, massacra tous les protestants qui se trouvaient dans la ville. Aussi Sens fit-elle une chaleureuse réception à Charles IX, même avant la Saint-Barthélemy, et, plus tard, fut-elle une des premières villes de France qui embrassèrent la cause de la Ligue. C'est au village voisin de Serbonnes que naquit Jacques Clément, l'assassin d'Henri III.
a Après la bataille d'Ivry, dit Aristide Guilbert », Henri IV, sachant
maints qui traversent le département de l'Yonne, par Victor Petit. Paris, Didron, 1851. avec une carte.