Histoire dts Villes de Franct, t. III
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combien il lui importait de se rendre maître de Sens, se porta rapidement vers cette place, qu'il fit battre aussitôt par neuf grosses pièces de canon, du côté de la rue Cbampfeuillard , près de la porte Formeau (14 mars 1590); deux brèches furent pratiquées dans la muraille, ce qui, plus tard, fit remplacer l'ancien nom de Champfeuillard par celui de rue de la Brèche. Le gouverneur, Chanvallon. consentit à capituler; mais les habitants, résolus à subir les extrémités les plus horribles de la guerre plutôt que de recevoir chez eux un prince huguenot, contraignirent Chanvallon à se défendre. Ils avaient une artillerie nombreuse, servie par les villageois des environs de Sens avec tant d'adresse et d'énergie, qu'un jour Henri IV étonné demanda de quel régiment étaient d'aussi bons tireurs : a Ce sont des sabotiers, » lui répondit-on, voulant désigner par là des campagnards. Au même instant, un coup, parti de l'un des fauconneaux, faillit atteindre le roi : * Ventre-saintgris, s'écria-t-il, quels sabotiers! » et quelques jours après il leva le siège pour marcher sur Paris. Sens ne lui ouvrit ses portes qu'en 1594. Soit qu'il eût conservé quelque ressentiment de la résistance des Sénonais, soit qu'il n'eût pas oublié leurs dispositions à son égard, Henri IV dépouilla la commune de tous ses privilèges.
En 1622, Louis XIII obtint du pape Grégoire XV l'érection du siège de Paris en archevêché, et l'archevêché de Sens dut céder à celui de Paris les évêchés de Chartres, d'Orléans et de Meaux. Déjà, en 1543, il avait perdu les bailliages de Troyes, de Langres, de Melun, de Montargis, d'Auxerre, de Chaumont. En 1791, M. de Brienne remplaça son titre d'archevêque de Sens par celui d'évêque du département de l'Yonne, et prêta serment à la constitution civile du clergé. Ce siège, supprimé en 1801, fut rétabli en 1817, avec son ancien titre d'archevêché.
En 1814, le général Allix, enfermé dans la ville de Sens, dont il avait fait murer toutes les issues, la défendit énergiquement contre des bandes de Cosaques qui étaient venues l'assaillir. Le 10 février, le prince de Wurtemberg, éUnt arrivé avec une partie du quatrième corps, devant cette place forte improvisée, essaya de la prendre d'assaut. Deux attaques restèrent sans résultit. Les alliés allaient se retirer, quand le hasard, ou la trahison, les introduisit dans la ville par une petite porte pratiquée au bas du mur de la promenade du Mail, et communiquant avec le collège. Le général Allix dut se replier sur l'autre rive de l'Yonne.
Saint-Étienne, la cathédrale de Sens, occupe, dit-on, remplacement d'un temple païen sur les ruines duquel saint Savinien avait construit, vers la fin du me s., une petite église dédiée à la Vierge. Cette église et deux chapelles, qui y avaient été annexées, furent rebâties en 841, réparées en 947, puis incendiées en 959.
Saint Anastase jeta, en 972, les fondations de l'église actuelle qui, dédiée en 999, rebâtie ou continuée de 1114 à 1168, sous l'épiscopat de Hugues de Toucy, incendiée en 1184, fut reconstruite en partie par Philippe Auguste. En 12£7, la tour du S. s'étant écroulée, on dut la rebâtir, mais elle ne fut achevée qu'en 1535. Elle a 73 mèt. 17 c. de hauteur. On l'appelle la tour de pierre. La tour du N., qui date du règne de Philippe Auguste, porte le nom de tour de plomb, depuis que Pierre de Charny en fit recouvrir la toiture avec ce métal (1279); la charpente de cette toiture, menaçant ruine, a été démolie en 1844.
La façade de Saint-Étienne, divisée en trois parties par un grand portail central et deux petits portails latéraux, a 47 mèt. de largeur.
Le portail du milieu, que domine une belle fenêtre ogivale, dont la verrière fut brisée, en 1638, par l'explosion de pièces d'artillerie tirées sur la place, à l'occasion de la naissance de Louis XIV, a 13 mèt. de largeur et 14 mèt. de hauteur. On en remarque les belles sculptures. Les statues des Apôtres, qui remplissaient les larges embrasures du porche, ont été détruites à la Révolution. A dr. et à g. de la porte, sont représentées les Vierges folles et les Vierges sages. Le grand pilier central, richement orné, a conservé la statue de saint Ëtienne, parce qu'on écrivit sur le livre ouveit, que tient le saint martyr, Livre de la loi. La légende de saint Étienne est représentée dans le tympan, divisé en sept parties. Soixante-dix statuettes d'anges et de saints remplissent les voussures. Au centre, une main nymbée, crucifiée, rappelle la présence de Dieu.
Les trois statues colossales — le Christ bénissant et deux anges en adoration — au-dessus de la grande fenêtre ogivale, sont des statues modernes, reproduisant d'anciennes statues que le chapitre fit briser vers 1730 pour mettre à leur place un énorme cadran. Enfin, une plate-forme, dont la balustrade a 41 mèt. au-dessus de la place et que surmonte une croix moderne dans le style du xvie s., termine la partie principale de la façade.
Dans le portail de droite, vingt-deux statuettes remarquables, représentant les Frophètes, dont les têtes ont été brisées, décorent les niches trilobées. Les voussures sont occupées par des figures
Cathédrale de Sens.
d'anges. Quatre bas-reliefs, la Mort, l'Ensevelissement, l'Assomption de la Vierge et son Entrée dans le paradis, remplissent le tympan central. A dr. du portail se voient les restes d'une statue équestre de Philippe Auguste, érigée par Guillaume de Brocia, archevêque de Sens.
La tour de pierre, à lr quelle appartient ce portail, est décorée d'un grand nombre de piliers, de colonnes et de clochetons. Nous signalerons seulement les armoiries, récemment restaurées, du roi, du légat- archevêque de Sens, du chapitre et de Mgr de Sallazard, les dix statues représentant les principaux bienfaiteurs de l'église métropolitaine, et hautes de 4 met., qui ont été replacées dans la galerie haute (elles sont de M. Maindron), enfin le campanile à huit pans, qui s'élève à l'angle S. 0. et qui, construit en 1534-35, par Godinet, a 13 mèt. 67 c. de hauteur.
Trois cent trente-six marches conduisent du niveau de la place sur la plate-forme de la tour de pierre, dont le premier et le deuxième étage sont formés par deux vastes salles voûtées. De la terrasse, on découvre un vaste panorama. — On doit redescendre cent trente-trois marches pour aller visiter les cloches, qui ont joui d'une immense réputation au moyen âge, mais dont diverses fontes et refontes ont bien diminué le nombre; il n'en reste plus que deux, fondues en 1560, Savinienne, qui pèse 31 171 livres, et Potentienne, qui pèse 27 730 livres. Il fallait autrefois seize hommes pour les sonner : quatre suffisent aujourd'hui.
Le portail de la tour de plomb, à g. du grand portail, est orné de deux bas reliefs : la Libéralité et V Avarice. La légende de saint Jean- Baptiste déccre le tympan de la porte. Soixante figures, malheureusement mutilées, forment l'ensemble de cette composition dont un Christ nimbé et bénissant occupe le centre. Tout près de ce portail, le long du collatéral N., on remarque le petit portail de Saint-Denis, œuvre élégante du xive s.
Le grand portail latéral du S. fut commencé en 1490 et terminé en 1497. La grande verrière, faite à Troyes, et posée en 1502 au-dessus de la vie et du martyre de saint Étienne, représente la Résurrection des morts et le Jugement dernier. Ce beau portail, que maître Martin Chambiges exécuta avec l'aide de huit ouvriers, a 19 mèt. de largeur sur 41 mèt. de hauteur.
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Le portail latéral du N., plus remarquable encore que celui du S., est du même artiste et il a à peu près les mômes dimensions. Commencé en 1501, il fut achevé en 1516. C'est un des plus admirables chefs-d'œuvre de la sculpture française pendant cette période de l'art gothique. Chacune des innombrables statuettes qui remplissent ses niches si délicatement ciselées porte une banderole sur laquelle se lit le nom d'un personnage illustre de l'Ancien et du Nouveau Testament.
Pénétrons maintenant dans V intérieur de cette belle basilique dont nous venons de faire le tour.
La nef et les bas côtés datent du xinc s. ; car, en 123k, le roi Louis IX se maria dans la cathédrale, et, en 1239, il y déposa la couronne d'épines. Un jubé en stuc, d'un goût déplorable, construit en 1762 à la place d'un jubé du xm* s. et de deux autels, dont l'un avait vu bénir le mariage de saint Louis et de Marguerite de Provence, sépare la nef du chœur. Les quatre statues qui le couronnent représentent, dit-on, les quatre Vertus théologales. La porte par laquelle on entre dans le chœur est un remarquable ouvrage de serrurerie du xvnie s. Les stalles, surmontées de panneaux de boiseries de chêne, sont de 1730. Le grand autel fut élevé, en 17^2, sur les dessins de Servandoni.
Un chef-d'œuvre de ciselure, un retable, sculpté en pierre tendre, est adossé au cinquième pilier de la grande nef (à g. en entrant par le grand portail). Les statuettes ont été brisées ; celles qui décorent les niches n'appartiennent pas au monument. C'est près de cet autel que s'élevait le beau mausolée de la famille Sallazard, détruit à la Révolution.
Saint-Étienne est pauvre en tableaux ; celui qui représente le roi Louis IX et son frère Robert, comte d'Artois, portant la sainte couronne d'épines, est de M. Gaillot ; il a été donné à l'église en 1826. Nous ne le mentionnons que parce qu'il rappelle un fait historique qui s'est passé dans cette cathédrale.
Les roses des transsepts excitent l'admiration de tous les connaisseurs, ainsi que les hautes fenêtres qui les avoisinent. Leurs sujets sont exclusivement religieux.
Dix-huit chapelles, construites postérieurement à la nef et au chœur, et datant des xive, xv« et xvie s., bordent les côtés des
nefs, le chœur et le sanctuaire». Nous signalons les principales en commençant par celles de droite.
1° Chapelle de Saint-Eutrope, fondée en 1317; elle a été restaurée en 1530 par deux chanoines qui y firent placer des vitraux attribués à Jean Cousin et représentant la légende de saint Eutrope en neuf parties. Au-dessus de l'autel, on remarque un charmant bas-relief en pierre, daté de 1531, représentant la Passion, divisé en dix sujets et composé de vingt-huit figures.
2° Chapelle de la Vierge, bâtie sur remplacement de Péglise primitive, reconstruite au xve s., restaurée en 1574. L'autel, qui a été ridiculement peint et doré il y a quelques années, date de la Restauration. Le tableau de V Assomption est de Restout. La statue de la Vierge, sculptée en pierre et donnée en 1334 par un chanoine, était peinte de couleurs éclatantes et ornée de plaques de verre historié. On a badigeonné le tout en gris.
Entre la chapelle de Siint-Mammès et la chapelle de Notre-Dame de Lorette, s'ouvre l'escalier du Trésor, dont les dix-sept marches conduisent à une vieille porte ornée de ferrures du xvi« s. Cette porte franchie, il faut encore monter seize marches pour atteindre la salle du Trésor, vaste salle voûtée en berceau, où sont conservés, entre autres curiosités :
Un coffret en ivoire à douze faces, du xn€ siècle ; un grand peigne en ivoire de saint Loup (ive siècle), avec une monture en cuivre du xiv- siècle portant cette inscription : Pecten sancti Lupi; plusieurs coffrets et reliquaires en ivoire, bois et ivoire, et cuivre doré; deux anneaux de saint Loup et de Grégoire XI; une petite statuette de saint Michel terrassant le dragon ; une tapisserie soie et or, représentant Y Adoration des Mages (3 met. 25 c. de longueur sur 1 mèt.35c. de hauteur), avec les armes de la famille Bourbon- Vendôme , et sa devise : nespoir ne pevr (xv# s.) ; une seconde tapisserie, d'un travail encore plus splendide que la première, divisée en trois parties, représentant : l°à gauche, Salomon couronnant Bethsabé; 2° à droite, Esther aux pieds d'Assuérus; 3° au centre, le Couronnement de la Vierge (ouvrage du xv» s.) ; une troisième tapisserie représentant également des sujets religieux, et une quatrième représentant un Concert d'Anges (ces deux derniers morceaux appar-
l . Les chapelles construites au xv* et au xvi« s., des deux côtés de la nef seulement, ont été détruites dans ce? derniers temps et remplacées par des chapelles du style du xiv« s.
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tiennent encore au xv* s.); le manteau du sacre de Charles X; de nombreuses reliques; un grand fragment de la vraie croix, donné à la ville de Sens par Charlemagne, vers 800, et enchâssé dans un reliquaire en or, orné de deux rubis, six saphirs et huit perles; le tout contenu dans une boîte en cristal et en argent; un admirable Christ en ivoire, de 60 centimètres de hauteur, par Girardon; un fauteuil qu'on persiste à qualifier de fauteuil de saint Loup, malgré son origine évidemment moderne, etc.
Dans une armoire spéciale sont étalés les vêtements sacerdotaux de Thomas Becket , archevêque de Cantorbéry. Ils consistent en une chasuble, une aube, une étole, un manipule, un cordon, une mitre et deux collets. On sait que Thomas Becket séjourna pendant quelques mois à l'abbaye de Sainte-Colombe, voisine de Sens (voir p. 91).
C'est de cette abbaye que proviennent, dit-on, ses vêtements, qui paraissent authentiques, mais qui ont été un peu réparés.
3° Chapelle de Saint- Savinien , construite vers 1206 (vitraux du xine s.) et renfermant le martyre de saint Savinien, ouvrage du sculpteur Hermand.
4° Chapelle de Sainte- Colombe, reconstruite en 1846 après divers accidents. Depuis quelques années on a placé dans cette chapelle le tombeau du dauphin, les bas-reliefs du mausolée du cardinal Duprat, et deux belles statues en marbre agenouillées. Ces œuvres d'art étaient disséminées auparavant dans diverses parties de l'église. Les restaurations qu'ont nécessitées ces changements ont été exécutées par un jeune statuaire de Sens, M. Deligand, aujourd'hui chanoine et aumônier de l'évêque de Coutances.
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Escalier du Trésor.
Le tombeau du dauphin, fils de Louis XV, père de Louis XVI, et de sa femme, Marie-Josèphe de Saxe, ouvrage de Guillaume Coustou, et l'un des chefs-d'œuvre de cet éminent artiste, s'élevait jadis au milieu du chœur. Doux statues de la Religion et de l' Immortalité décorent une de ses faces. Un petit génie des Sciences s'appuie sur une sphère; derrière lui sont divers attributs et plusieurs instruments scientifiques. Du côté opposé, deux autres statues représentent le Temps et l'Amour conjugal, auquel un génie montre une chaîne de fleurs brisées. Les faces latérales sont couvertes d'inscriptions. Les écussons du dauphin et de la dauphine ornent le soubassement, et le sommet soutient deux urnes en marbre blanc, qui, seules, rappellent un peu que ces magnifiques blocs de marbre sont destinés à figurer un tombeau. En 1792, ce mausolée fut sauvé de la destruction par la fermeté du maire, M. Menestrier. En 1793, il fut enlevé de la cathédrale, et les corps du dauphin et de la dauphine furent inhumés dans le cimetière public. En 1814, eut lieu une cérémonie solennelle d'exhumation et de réintégration.
Le mausolée du cardinal Duprat, archevêque de Sens, et chancelier de France, a été malheureusement détruit à la Révolution. Les bas-reliefs qui le décoraient sont tout ce qui en reste aujourd'hui. Ils avaient été placés dans la chapelle Saint-Germain. Ils représentent : le cardinal Duprat siégeant à la chancellerie (21 figures; ; son entrée à Paris (50 figures); l'assemblée du concile où il présida (2k figures) ; sa première entrée (c'est-à-dire après sa mort, 1535) dans la cathédrale de Sens (160 figures). On ignore le nom de l'artiste qui a sculpté ces quatre admirables basreliefs qui ont 42 c. de hauteur sur 76 c. et 1 mèt. 75 c. de largeur.
De chaque côté de c*;s bas-reliefs ont été placées deux belles statues en marbre blanc agenouillées, qui étaient depuis longtemps reléguées dans les greniers. Elles représentent l'archevêque Jacques Duperron et Jean Duperron, son neveu.
5° Chapelle de Saint- Jean, la partie la plus ancienne de l'édifice, car elle fut bâtie dans les premières années du xir8 s. Les fenêtres de l'abside ont été réparées il y a peu d'années.
t Ce qui caractérise la cathédrale de Sens, dit M. Violiet-le-
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Duc (Dictionnaire raisonné de l'architecture française, tome II, art. Cathédrales), c'est l'ampleur et la simplicité des dispositions générales. La nef est large, les points d'appui résistants, élevés seulement sous les retombées réunies des grandes voûtes; le chœur est vaste et profond. L'architecte avait; su allier la mâle grandeur des églises bourguignonnes du xne s. aux nouvellesformes adoptées par l'Ile-de-France. Mais il ne faut pas croire que ce monument nous soit conservé tel que l'avait laissé Hugues de Toucy.... Saint-Étienne de Sens est une cathédrale à part, comme plan et comme style d'architecture ; contemporaine de la cathédrale de Noyon, elle n'en a pas la finesse et l'élégance. On y trouve , malgré l'adoption du nouveau système d'architecture, l'ampleur des constructions romanes, bourguignonnes et de Langres, comme un dernier reflet de l'antiquité romaine. »
Près du couvent des Jacobins, où Jacques Clément, né au village voisin de Serbonnes, a été élevé, on peut voir encore quelques débris d'une église du xve s., transformée en grange. — Saint- Jean, qui dépend de l'hôpital, a une jolie abside du xvr3 s. — Saint- Maurice (dans l'Ile d'Yonne) a été bâtie au xm« s., mais la grande nef est du xvic. Son grand pignon ogival en bois et son petit clocher aigu lui donnent de loin un aspect pittoresque. A g., en entrant, on remarque, dans une châsse du xviue s., les ossements de trois saints très-vénérés à Sens : saint Fort, saint Guinefort et sainte Ameline. — Saint-Pierre le Rond, église paroissiale, située vers le centre de la ville, date du xnr3 ou du xiv8 s. ; le bas côté nord est du xve (vitraux du xvr3 s., mutilés). A l'extrémité de la petite nef, se voit un bas-relief (le Christ mis au tombeau) assez curieux par les costumes des personnages qu'il représente.
Saint-Savinien, église située à l'extrémité du faubourg de ce nom, à l'est de la ville, est le monument chrétien le plus ancien de Sens ; mais elle a été mutilée par de maladroites restaurations. Saint Savinien en jeta les fondements vers la fin du iue s.; elle fut reconstruite au ve s., puis au xie, restaurée sans intelligence et sans goût et rendue au culte il y a peu d'années. La crypte date de 1001. Elle est voûtée en plein cintre, à peu près carrée et éclairée par une fenêtre nouvellement restituée. Quatre inscriptions (du xi° s.) sont incrustées dans les murailles latérales. La
grande pierre qui couvre l'autel est, dit-on, celle sur laquelle saint Savinien offrait le sacrifice de la messe quand il fut frappé par derrière à coups de hache. Elle avait été brisée à la Révolution, mais ses fragments ont été recollés. Le clocher s'élève au entre de l'édifice; sa partie inférieure est de la même époque que l'église ; toutefois, le dernier étage date des premières années du xme s. Depuis 1790, les reliques de saint Savinien sont déposées dans l'église de Saint-Étienne.
L'officialité (monument historique) est le vaste édifice qui s'élève à droite de Saint-Étienne au pied de la grande tour de pierre. Il a été bâti en 1231, détruit en partie lors de l'écroulement de la tour, en 1267, et réédifié depuis. L'intérieur et la façade ont été entièrement et magnifiquement restaurés par M. Viollet-le-Duc.
Ce monument, « unique dans son genre, disait M. Viollet-le- Duc, dans son rapport au ministre de l'intérieur, en date du 1er avril 1851, fut construit d'un seul jet, sous le règne de saint Louis et l'épiscopat de Gauthier Cornu, c'est-à-dire à la fin de la première partie du xiir* s.; il offre donc une parfaite unité dè" style. » *
Cinq belles statues de pierre, dont les têtes avaient été brisées, décoraient le sommet des grands contre-forts de la façade: saint Étienne au milieu, entre saint Savinien (à dr.) et saint Potentien (à g.); du côté de la cathédrale, Gauthier Cornu, qui rebâtit l'Officialité, et, du côté opposé, Louis IX, la seule statue authentique de Louis IX que l'on connaisse aujourd'hui. Chacune de ces statues était placée dans une niche peu profonde, bordée de belles colonnettes dont les chapiteaux feuillagés portaient le couronnement, représentant des châteaux fortifiés, des^églises et des prisons. Quatre contre-forts plus considérables, placés aux angles, soutenaient une terrasse ronde construite en encorbellement .et pouvant servir de guérite. 0 *
L'Officialité se compose à l'intérieur d'un étage souterrain, d'un » rez-de-chaussée, dans lequel se trouvaient la salle du tribunal et les cachots restés intacts, et d'ûn premier étage contenant la grande salle synodale, qui, voûtée en pierre, éclairée, du côté de l'O. et du S., par de grandes et belles fenêtres 1 largement ouvertes dans tout l'espace compris entre les contre- forts, du côté
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de TE., par des fenêtres hautes, assez étroites, était destinée à des réunions nombreuses, carie diocèse de Sens comprenait autrefois plus de 800 prêtres séculiers. M. Viollet-le-Duc l'a restaurée telle qu'elle existait avantl'écroulement de la tour (1267). Non-seulement il Ta reconstruite dans son ancien état, mais il a orné ses murailles de peintures, ses grandes et belles fenêtres de verrières en grisailles, et rétabli ses vastes cheminées, dont les manteaux existaient encore en partie. Dans son opinion, cette pièce, qui est certainement le plus beau modèle d'architecture de ce genre que
Ancien hôpital (la halle au blé) de Sens
possède la France, offre un exemple admirable de salle destinée à contenir un grand nombre de personnes.
On remarque, dans le bâtiment qui relie POfficialité à l'archevêché actuel : le petit portail latéral a un des plus beaux spécimens de l'ornementation de l'époque de la Renaissance; » une charmante petite porte d'escalier (dans la seconde cour) dont les sculptures appartiennent moitié au style gothique, moitié à celui de la Renaissance ; les grandes fenêtres ornées d'élégantes arabesques et le puits de la même cour.
Le vaste corps de logis qui s'élève près de l'abside de la cathédrale a été construit, en 1557, par le cardinal Louis de Bourbon ; il n'est décoré d'aucune sculpture. C'est la résidence actuelle des
archevêques de Sens. Les autres bâtiments, plus modernes, n'offrent aucun intérêt.
En face de la cathédrale, sur la place Saint-Étienne, dont le puits a été supprimé, un vieux bâtiment en mauvais état attire l'attention des étrangers. C'est Yancien hôpital dont une partie a été démolie pour les besoins de la voirie et du commerce ; il ne reste plus aujourd'hui que la portion de bâtiments dans lesquels on pénètre par une poite en plein ceintre et qui sert de halle au blé, à la viande et au poisson. Les débris d'architecture et de sculptures ont été précieusement conservés.
Depuis 1854, Sens possède un lycée impérial dont la prospérité augmente d'année en année. Le nombre des élèves dépasse 300. De vastes bâtiments viennent d'être ajoutés à l'ancien collège, par lequel les Wurtembergeois sont entrés dans la ville en 1814, et dont les murs portent encore de nombreuses traces de balles. Une pierre commémorative de la fondation du collège de Sens par le chanoine Plodoard, le 12 juin 1537, et qui reproduit une inscription primitive du xvr8 s., a été posée à la façade du lycée le 10 avril 1864, par l'association des anciens élèves du collège et du lycée. Vis-à-vis du lycée, de l'autre côté du Mail, s'élève l'orphelinat départemental.
Avec les murs d'enceinte de la période gallo-romaine sont tombées, depuis cinquante ans, les fortifications et les portes pittoresques bâties à Sens pendant le moyen âge. Il ne reste plus que d'insignifiants débris de ces constructions défensives des temps passés. Un seul fragment un peu considérable se voit encore à g. de la porte Eauphine (en sortant de la ville). Mais leurs parties les plus intéressantes — les sculptures et les inscriptions — ont été réunies depuis quelques années dans le musée lapidaire de la ville, c'est-à-dire placées sous des auvents dans le jardin de l'hôtel de la mairie (rue du Cheval-Rouge). Ce musée mérite d'être signalé aux archéologues. Ses principales curiosités sont décrites dans le Bulletin que publie la Société archéologique de Sens. Les murailles de Sens furent construites, à ce qu'il parait, lors delà grande invasion des barbares. Pour les élever à la hâte, les habitants abattirent les monuments qui décoraient la ville. Aussi, en démolissant ces murailles, y a-t-on trouvé un grand nombre de chapiteaux,
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de fûts de colonnes cannelées, de fragments de corniches, de bas-reliefs, de monuments funéraires et d'inscriptions. Plus tard elles furent souvent réparées et couronnées d'une terrasse, défendue par des mâchicoulis et par des créneaux. Quant aux portes, qui avaient sans doute beaucoup plus souffert, elles furent, comme nous l'avons déjà dit, reconstruites au moyen â^e. Elles ont toutes été démolies depuis le commencement de ce siècle. La porte Dauphine, la seule porte que Sens ait conservée, date de 1777. Elle a été érigée par la ville de Sens en reconnaissance de l'honneur que M. le dauphin et Mme la dauphine avaient fait à la ville de choisir son église métropolitaine pour le lieu de leur sépulture.
Le musée de Sens renferme depuis 1855 plusieurs objets ayant appartenu à l'empereur Napoléon, qui lui ont été légués par M. Sa nt-Denis. Ce sont : 1° un habit d'uniforme de l'Empereur, garni des épaulettes d'officier général et de la plaque de la Légion d'honneur ; — 2° une cocarde de l'un des chapeaux de l'Empereur ; — 3° un atlas des guerres des Gaulois et des Français en Italie (notes et tracés de la main de l'Empereur); — k° un atlas classique et universel de géographie ancienne et moderne (notes de la main de l'Empereur) ; — 5° une carte de l'Ile Sainte- Hélène (lignes et points cardinaux de la main de l'Empereur) ;
— 6° un vol. in-folio sous ce titre : Tableau historique des campagnes d'Italie, depuis l'an IV jusqu'à la bataille de Marengo ;
— 7° un vol. in-8° intitulé : Mémoires pour servir à l'histoire de France en 1815. Ces Mémoires sont l'œuvre personnelle de l'Empereur ; — 8° 2 vol. in-8° avec ce titre: Mémoires pour servir à l'histoire de la vie privée du règne de Napoléon en 1815; — 8° un morceau du cercueil dans lequel l'Empereur avait été inhumé à Sainte-Hélène tt du tronc d'un des saules qui ombrageaient sa tombe en 1840.
Au premier étage de l'hôtel de la mairie, on peut visiter la bibliothèque de la ville , qui possède 1 1 000 volumes environ , 150 manuscrits et 4000 pièces d'archives. En y montant, on remarque dans l'escalier quelques morceaux antiques et huit médaillons de plâtre demi-allégoriques, relatifs au dauphin et à la dauphine, et qui devaient orner dans le principe la porte Dauphine. La première salle, la plus grande, contient une collection
d'objets d'art antiques et du moyen âge, d'oiseaux, de coquillages et de minéraux recueillis par Alfred Lorne, jeune savant sénonais mort à la fleur de l'âge. Parmi les manuscrits on remarquera surtout le Libellas Evangeliorum , grand in-4° manuscrit du xiue s., sur parchemin; mais la principale curiosité de la bibliothèque de Sens est le diptyque qui sert de couverture au fameux missel connu sous le nom d'Office de la fêle des fous et de Vâne. Millin en a fait le sujet d'une dissertation étendue dans son recueil de monuments inédits. Il y a quelques années, le gouvernement en a offert 10 000 fr. en livres à la ville, qui a refusé ce marché. En effet , ce diptyque est doublement curieux. Le texte en a été, dit-on/composé par Pierre de Corbeil, qui fut archevêque de Sens, de 1199 à 1221. Mais ce qui lui donne surtout une grande valeur archéologique , c'est l'admirable couverture en ivoire qui l'enveloppe. Les deux feuilles, hautes de 35 c, larges de 16, ornées de sujets mythologiques, sont appliquées sur des planches de chêne et dans un cadre couvert de lames d'argent. Le travail annonce la décadence des arts, les personnages sont grossiers, mais l'ensemble offre un aspect varié. Les savants ne sont pas d'accord sur les sujets que représentent ces deux plaques d'ivoire, qui, selon l'opinion générale, auraient été sculptées au ne ou au ni8 s.
Duchalais. enlevé trop tôt à la science, avait publié dans le Bulletin de la Société archéologique de Sens (1854) une explication de ce célèbre diptyque auquel M. Quantin, l'archiviste d'Auxerre, a consacré un intéressant article dans le Magasinpittoresque(lXbl), ce beau recueil, si remarquablement dirigé depuis sa création par son fondateur, M. Ëdouard Charton, Sénonais.
Lnfétedes fous , cette réminiscence des anciennes Saturnales, était célébrée à Sens de toute antiquité, selon la déclaration même d'une ordonnance de 1245 qui la proscrivit. Mais le monument le plus ancien qui en constate l'existence est le missel relié dans le dyptique. Ce manuscrit, contenant l'office de la Circoncision et publié par la Société archéologique de Sens, est bien différent de ce qu'on pourrait le supposer. Il offre une suite de morceaux religieux fort graves et dont la mélodie est remarquable. Quelques-uns de ces chants, seulement, sont ap-
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propriés à la fête de l'âne, et la prose rimée qui se chantait lorsque l'on amenait la modeste monture du Sauveur à la porte de l'église, le jour de la Circoncision, est un éloge pompeux des qualités du paisible animal. En voici le début :
Orientis partibus, Advenlavit asinus Pulcher et forjissimus, Sarcinis aptissimus; Hez, sire asne, hez !
Malgré l'ordonnance de 1245,lafête des fous ne fut supprimée qu'en 15V7. Au siècle précédent, ce n'était déjà plus qu'une farce extravagante. Les vicaires de la cathédrale érigeaient un théâtre sur la place Saint-Étienne et y jouaient des mystères. La représentation terminée, ou dans les entr'actes, ils faisaient la barbe à leur préchantre et à tous ceux qui se présentaient. Le préchantre devait, en outre, recevoir trois seaux d'eau sur le dos à l'heure des vêpres, et cela le l«p janvier.
Un notaire de Sens, M. Chaulay, possède un trésor qui mérite d'être recommandé aux artistes : c'est un tableau de Jean Cousin, que son heureux propriétaire montre avec complaisance à tous les étrangers.
Jean Cousin naquit à Soucy, petite commune du canton de Sens ; à quelle époque ? on l'ignore. Probablement vers 1500. Nous n'avons pas ici à raconter sa vie, analysée d'ailleurs, d'après la notice de M. Deligand1, dans le catalogue des tableaux du Louvre, par M. Frédéric Villot. Nous rappellerons seulement qu'il fut tour à tour peintre sur verre, peintre de tableaux, architecte, sculpteur en pierre et en ivoire, graveur sur bois, écrivain. Parmi ses tableaux, il n'en reste que deux qui soient vraiment authentiques : le Jugement dernier du musée du Louvre, n° 137, sur toile, et celui que possède M. Chaulay, et qui est peint sur bois. Ce dernier avait, dans le principe, décoré Tune des pièces du domaine de Monthard, voisin de Sens, et qui appartenait, au xiv8 s., au père de la troisième femme de Jean
1. M. Deligand, avocat et maire de Sens, a publié, sur Jean Cousin, une intéressante notice, qui rectifie plusieurs erreurs et conàent des faits nouveaux.
Cousin, un Anglais, nommé Bowyer. Plus tard, il devint la porte d'un charbonnier, où Félibien le découvrit en 1685. Après diverses vicissitudes, il tomba avec le domaine en la possession du beau-père de M. Chaulay. Son authenticité ne saurait donc être contestée. Malheureusement il a été retouché avec une rare maladresse par un artiste sénonais. Il a 1 mèt. 46 c. de longueur sur 96 c. de hauteur. Il porte cette inscription : Eva prima Pandora. Félibien Ta décrit, Millin en a publié un dessin inexact. Il représente une femme nue, à demi couchée dans une grotte; un des bras de cette femme s'appuie sur une tête de mort et tient une branche de- pommier, l'autre est étendu sur un vase qui figure, non point, comme on l'a souvent écrit, la boite fatale indiquée par un autre vase d'où s'échappent des génies malfaisants, mais bien, selon l'opinion plus judicieuse de son possesseur, le vase d'Esculape , source de vie, par opposition à l'emblème de la mort. La grotte s'ouvre sur une mer agitée ; non loin de là se montre une ville de riche architecture. Malgré des incorrections de dessin et une certaine sécheresse de pinceau, cette figure est vraiment remarquable au double point de vue de la composition et de la couleur. L'influence de l'école italienne s'y fait trop vivement sentir pour pouvoir être mise en doute ; mais c'est l'un des premiers essais de la peinture française, et cet essai est presque un chef-d'œuvre. Aussi YEva prima Pandora doit-elle avoir dès à présent sa place marquée au Louvre, à côté du Jugement dernier l.
Une statue en bronze du baron Thénard, le chimiste, par Droz, a été inaugurée à Sens au mois d'août 1861.
Les amateurs de vieilles maisons n'en trouveront qu'un petit nombre à Sens. La plus curieuse est celle qui forme l'angle des rues Dauphine et Jean-Cousin. Ses sculptures en bois représentent tous les ancêtres de la Vierge depuis Abraham (xve ou xvie s.).
Le xviii6 s. a comblé les fossés creusés vers l'an 1370 par ordre de Charles V, abattu les ponts-levis et planté tout autour de la ville des allées d'ormes et de marronniers qui, en
1. M. Chaulay a recueilli aussi des fragments de vitraux de Jean Cousin, peints pour l'église Saint-Romain, aujourd'hui détruite.
SENS
. partie replantées depuis, forment aujourd'hui le Mail , la promenade de Saint-Rem y, les cours Bourrienne et Tarbé. Des quais et des ponts de l'Yonne, on découvre de charmants points de vue. On peut faire en outre dans les environs de Sens plusieurs excursions intéressantes. A 1200 mèt., ou à 15 min. de la ville, sont les ruines de la Motte-du-Ciar. Pour y aller , on sort par la porte d'Yonne, on remonte la rive dr. de la rivière , puis on traverse les deux bras de la Vanne, et, au delà du second bras, on suit la rive g. jusqu'à ce qu'on atteigne les ruines. La Motte-du-Ciar n'est plus qu'une masse informe, dont les décombres annoncent qu'un édifice assez important, d'origine et de destination inconnues, a existé sur cet emplacement. Mais on y a trouvé des fragments de colonnes, des marbres précieux et un grand nombre de médailles antiques. Aujourd nui encore le sol est jonché de petits morceaux de marbre semblables à ceux qui servaient à faire des pavages en mosaïque.
La chapelle de Saint-Bond, située à 30 min. de l'Yonne, au delà de l'embarcadère du chemin de fer, offre un beau panorama. A 2 kil. de la ville, sur la route de Paris, près de la rive dr. de l'Yonne, s'élevait autrefois Y abbaye de Sainte-Colombe, incendiée en 1608 et reconstruite depuis peu. Des annexes y ont été ajoutées et un couvent de femmes y est établi sous le titre de Sœurs de la Sainte- Enfance. Il n'en reste qu'un grand bâtiment nu et froid, antérieur de quelques années seulement à l'incendie. — Pour Fleurigny, V. ^Itinéraire de la France : Bourgogne, Franche-Comté, Savoie, par Ad. Joanne.